Là où jadis la catastrophe jugeait le pouvoir, le pouvoir contemporain tend de plus en plus à instrumentaliser la catastrophe pour élargir son emprise.

autrefois, le Ciel rappelait l’empereur à l’ordre ; désormais, l’État invoque le Ciel (ou plutôt le climat) pour rappeler le citoyen à l’ordre.

Dans la Chine impériale, le mandat du Ciel (天命) faisait de l’empereur le responsable ultime de l’harmonie cosmique. Les rituels au Temple du Ciel (天坛) à Pékin n’étaient pas de simples cérémonies symboliques : l’empereur y priait pour des récoltes abondantes et un climat favorable. Sécheresses, inondations ou épidémies n’étaient pas vues comme des hasards météorologiques, mais comme des signes que le souverain avait perdu la vertu nécessaire à gouverner. Cela pouvait légitimer des réformes, des repentances publiques… ou, dans les cas extrêmes, la chute d’une dynastie.Aujourd’hui, la logique s’est inversée sur un point essentiel. Les canicules (et plus largement les événements climatiques extrêmes) sont bel et bien entrées dans le champ des préoccupations étatiques — ce qui n’est pas en soi nouveau ni illégitime : un État moderne a des responsabilités en matière de prévention, d’infrastructures et de protection des populations vulnérables. Ce qui change, c’est le sens de la relation. Là où jadis la catastrophe jugeait le pouvoir, le pouvoir contemporain tend de plus en plus à instrumentaliser la catastrophe pour élargir son emprise.On le voit dans plusieurs registres :

  • Discours qui présentent chaque épisode de chaleur comme une preuve de l’urgence absolue justifiant des mesures exceptionnelles.
  • Extension progressive de la réglementation dans des domaines auparavant privés (consommation énergétique, mobilité, habitat, habitudes alimentaires).
  • Tendance à traiter la population non comme des citoyens capables de s’adapter, mais comme un ensemble de comportements à orienter, surveiller et corriger.

Le contraste est net : autrefois, le Ciel rappelait l’empereur à l’ordre ; désormais, l’État invoque le Ciel (ou plutôt le climat) pour rappeler le citoyen à l’ordre.Cela ne signifie pas que les vagues de chaleur n’existent pas, ni qu’elles ne méritent aucune réponse publique. Mais la question que soulève votre formule reste pertinente : dans quelle mesure la canicule sert-elle réellement à protéger les vies… et dans quelle mesure sert-elle à les administrer davantage ?

D’un côté, le code forestier impose l’obligation légale de débroussaillement (OLD) dans les zones à risque : nettoyer la végétation basse autour des habitations (rayon de 50 m, parfois 100 m), le long des routes, créer des discontinuités de combustible, entretenir les pistes, retirer une partie du bois mort, etc. L’idée est simple : réduire la charge de combustible pour ralentir la propagation du feu et faciliter l’accès des pompiers.

Des rapports montrent que 90 % des maisons détruites se trouvaient sur des terrains mal ou non débroussaillés, et que le taux d’application des OLD reste historiquement faible (autour de 30-50 %).De l’autre, le code de l’environnement (notamment l’article L. 411-1, transposition des directives européennes « Habitats » et « Oiseaux ») protège les espèces et leurs habitats « potentiels ». Cela se traduit par des restrictions fortes sur les travaux forestiers, surtout entre mi-mars et mi-août (période de nidification), des exigences de dérogations, des inventaires, et l’intervention possible de l’Office français de la biodiversité (OFB) sur signalement. Les forestiers et exploitants décrivent une superposition de zonages (Natura 2000, ZNIEFF, etc.) et d’arrêtés préfectoraux qui multiplient les jours d’interdiction de travail et alourdissent la charge administrative.Résultat : des situations que les professionnels qualifient d’« ubuesques ».

On cite des cas où le débroussaillement ou une coupe a été retardé ou annulé pour protéger une tortue d’Hermann, un oiseau nicheur ou un habitat potentiel… puis le feu a tout brûlé, y compris les espèces que l’on voulait préserver.

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About pgibertie

Agrégé d'histoire, Professeur de Chaire Supérieure en économie et en géopolitique, intervenant àBordeaux III et comme formateur à l'agrégation d'économie à Rennes Aujourd'hui retraité
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13 Responses to Là où jadis la catastrophe jugeait le pouvoir, le pouvoir contemporain tend de plus en plus à instrumentaliser la catastrophe pour élargir son emprise.

  1. Avatar de Pierre Driout Pierre Driout dit :

    Comme résumait si bien Voltaire esprit pragmatique s’il en fut : le mieux est l’ennemi du bien !

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  2. Avatar de Fémina Fémina dit :

    Avec leur projet, on peut d’ores et déjà en déduire que tous ces feux étaient intentionnels et faisaient partie d’une stratégie convenue d’avance…….

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    • Avatar de lepiaf18 lepiaf18 dit :

      Affirmation gratuite à laquelle je ne souscrit pas !

      En plus on sait depuis le début que les 2 incendies des Landes et de Gironde sont « accidentels », même si celui de Gironde est en fait dû à une « bourde manifeste d’un professionnel appartenant à une entreprise sous-traitante d’ENEDISp
      Donc rien de prémédité… Et vue l’ampleur, il aurait fallu être pas mal fou pour allumer un tel incendie…
      Enfin, et pour rappel, ces forêts sont en grande partie privées; c’est du bois de culture et de rapport… Les exploitants ne sont sans doute pas prêts à brader leur patrimoine…!

      Ces « champs solaires » sont établis (pour ceux déjà en exploitation) sur des parcelles cultivables; gageons que du coup, les investisseurs vont être un peu refroidis et vont rapidement réévaluer le risque…

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  3. Avatar de artois76 artois76 dit :

    Trop vrai, le pouvoir nous infantilise !

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  4. Avatar de artois76 artois76 dit :

    A l ’emplacement des incendies ? Bizarre !

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  5. Avatar de Michel C Michel C dit :

    Sardine Roussie au barbe cul devrait apprécié les piafs rôtis tot comme les tortues et autres.

    Ces gens savent ce qu’est le con promis, mais pas le compromis :mrgreen:

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  6. Avatar de practicallyc66ef89cd9 practicallyc66ef89cd9 dit :

    Comme je l’ai dit par ailleurs, la Tonelier et la Sardine trousseau doivent être contente elle ne voulaient pas d’interventions dans les sous-bois pour protéger la petite faune et les vermisseaux, maintenant elle pourront le manger grillés …

    Nonobstant la bêtise des escrologistes, il me paraît un peu fort de café qu’on implante cette folie de panneaux solaires juste dans les endroits qui on brûlés, je crois que l’occasion fait le larron mais l’addition, vu le peu d’efficacité de ces « énergies » dites renouvelables, risque d’être salée. Plutôt réimplanter des arbres ou des végétations moins inflamables que des pins.

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    • Avatar de lepiaf18 lepiaf18 dit :

      J’ai effectivement vu sur les images d’un des reportages pendant les incendies que ce genre d’installation existait déjà au Sud-Ouest de Bordeaux. Il se pourrait même que le parc en question ait eu très chaud, voire ait carrément cramé…
      Logiquement du coup ça devrait refroidir les ardeurs de quelques investisseurs…

      Enfin, si ces forêts ont té plantées avec des pins maritimes il y a quelques très très bonne raisons…et compte tenu de la composition des sols,entre autre, mais aussi du climat (sans même polémiquer sur réchauffement refroidissement ou plus ou moins d’orages ou de tempêtes), il va être considérablement difficile de remplacer les pins…

      Sinon le solaire à des avantages et des inconvénients, suffit de faire les bons compromis. Il n’en est pas moins vrai que c’est une façon totalement gratuite de fabriquer son énergie électrique et que les coûts de revient n’ont jamais été aussi bas !
      Faut juste « consommer ce qu’on produit » au lieu de tenter vainement d gagner un peu d’argent en revendant une misère ( 0,05€ le kWh actuellement) cette (sur)production à EDF qui vous la revend à un prix multiplié par 4 au minimum… Sacré cercle vicieux; mais il est vrai que nos jeunes sont désormais ignares en mathématiques…

      Interroge donc les camping-caristes, du van aménagé sommairement au PL ou bus converti baroudeur, ils sont quasiment tous équipés désormais…
      La « résilience », ça commence par ça; se désolidariser des « fils à la patte » !

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  7. Avatar de Paul-Emic Paul-Emic dit :

    Dissonance cognitive, encore et toujours

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  8. Avatar de Michel C Michel C dit :

    Les écolos sont incroyables : ils ne connaissent pas le français :

    « nous ne voulons pas d’intervention forestière pour protéger les oiseaux ».

    Alors qu’ils auraient du dire :

    « pour protéger les oiseaux, nous ne voulons pas d’intervention forestière »

    Avec l’inversion, le sens change, subtilité de la langue française.

    Mais eux, les subtilités, faut pas trop leur en demander ❗

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    • Avatar de elba elba dit :

      Ou alors, s’il n’y a pas méprise, de la façon dont c’est dit, nous devons comprendre qu’ils ne veulent pas protéger les oiseaux… 😉

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      • Avatar de lepiaf18 lepiaf18 dit :

        Pourtant ça braille pas mal et ça fait cui-cui chez la Roussette et la Tondelier; ça piaille en permanence…

        Au fait la Tondelier elle a toujours son compte Twitter (X) ? Si oui, qu’elle fasse gaffe,pourrait bien perdre ses « contacts » parce que Tatalou il est reparti en guerre contre Musk avec son sempiternel, « c’est les russes, c’est les russes… »

        Un vrai gamin… !

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  9. Avatar de lepiaf18 lepiaf18 dit :

    Je crois en fait qu’en la matière ce « projet » (si ça n’est pas déjà réalisé) va avoir du plomb dans l’aile ! Parce u’il me semble bien avoir vu des images où justement on voyait une telle installation prête à êtr croqque toute crue par l’incendie remontant sur Bordeaux…

    En même temps, fallait être totalement idiot pour ne pas avoir anticipé ce risque (décidément l’odeur du fric fait vraiment faire n’importe quoi; sur les images de drone ou d’hélicoptère (je ne sais…) on pouvait clairement voir ce genre d dispositif cerné par la forêt en feu…

    Le solaire, c’est bouffeur de surface et du coup ça n’a d’utilité que posé sur les toitures ou édifices ayant déjà un implantation au sol et pour recouvrir des parkings ou installations demandant une protection éventuelle contre la chaleur…

    Se servir de terres cultivables est une aberration.

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