la victoire annoncée du télé évangéliste

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« Il soulève les foules, 15 000 lors de son dernier meeting, leur soutire des cris proches de l’extase -Macron président – et, au passage, quelques dizaines, centaines et même milliers d’euros (un don légal de 7 500 euros  ne coûte, si l’on peut dire, que 2 500 euros au donateur) grâce à la magie du verbe. Il exaspère, en les amplifiant, les penchants, les goûts profonds de chacun qui y trouve son reflet.

Il leur dit « vous », il remplace le « je » par le nous et d’avance implore le pardon pour les erreurs qu’il pourra faire, établissant ainsi une relation intime avec chacun d’entre eux. (Il propose même le droit à l’erreur pour tous, chiche). Il est devant ses choristes de toutes les couleurs, de toutes les ethnies, de tous âges qui sont là pour applaudir chaque parole rythmée par des interruptions calculées.

Macron a terminé son discours la tête rejetée en arrière, les bras en croix dans une attitude christique et ce fut son moment de grâce ! La lumière du seigneur descendit sur lui et les groupies entourèrent le podium sans, il faut quand même le remarquer, lui arracher sa chemise.

 

Il parle aux patrons comme aux ouvriers, absous les 35 heures après les avoir vouées aux gémonies, réaffirme les accords d’entreprise qui existent déjà, défend les fonctionnaires, en appelle à Jospin, à Chevènement, il augmente la CSG mais protège les petites retraites (qui, entre nous ne paient pas de CSG !!!)  et, pour toutes ces promesses, il ne les chiffre pas mais promet d’y « revenir ». »

C Laurans

http://unideeparjour.over-blog.fr/2016/12/macron-le-tele-evangeliste.html

Macron est ainsi tout à la fois le produit de la technostructure et de la com, le dernier avatar d’une société qui se cherche toujours plus de nouvelles icônes. Mais rien ne démontre que la rencontre d’un homme avec la communication n’annonce cette autre rencontre d’un homme avec le peuple …

http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2017/01/17/31001-20170117ARTFIG00138-emmanuel-macron-la-coqueluche-des-medias.php

L’évangélisme n’est pas un phénomène bizarre sorti d’un roman de Sinclair Lewis. Il est l’une des clés de la politique des prochaines années.

http://www.huffingtonpost.fr/2017/01/24/emmanuel-macron-est-il-socialiste-ca-depend-des-jours/

Tribune de Mathieu Bock-Côté, intellectuel québécois, sociologue et chargé de cours à HEC, contributeur régulier du site FigaroVox:
«  La fascination pour Emmanuel Macron d’une bonne partie du système médiatique français a quelque chose d’indécent. Ceux qui normalement se défient de la tentation bonapartiste ou d’une personnalisation à outrance de la vie politique le présentent soudainement comme un homme providentiel admirable, car il représenterait une gauche désormais capable de vaincre la droite et le Front national lors de la prochaine présidentielle.

 

Plus encore, Macron incarnerait la gauche moderne, européenne, mondialisée, affranchie des traditions politiques françaises : ceux qui rêvent du postnational l’adulent. D’un coup, n’importe quelle occasion semble bonne pour lui tresser des lauriers. La dernière en date, c’est ce discours en anglais, prononcé en Allemagne, qui selon l’expression employée par certains journalistes, aurait « ringardisé » la majorité de la classe politique française, incapable de faire de même.
La chose avait pourtant quelque chose de loufoque. Qu’un homme politique français s’adresse en anglais aux Britanniques ou aux Américains peut avoir du sens, bien que la chose ne soit pas nécessaire. Mais pour quelle étrange raison devrait-il, lors d’une conférence à l’université Humboldt de Berlin, s’adresser en anglais aux Allemands ? À notre connaissance, l’anglais n’est pas encore la langue nationale en Allemagne.
Derrière ce choix, il y a peut-être une mode, mais surtout une malheureuse démission culturelle : Emmanuel Macron ne concède-t-il pas ainsi que l’anglais est désormais la langue commune des Européens? Cet européiste croit manifestement que c’est en anglais que se construira l’Europe. L’anglais transcenderait les nations et rendrait un jour possible une citoyenneté globale. Faut-il aussi comprendre que la maîtrise de l’anglais est désormais un signe indiscutable de modernité, et qu’il s’agit d’une compétence indispensable pour accéder à l’Élysée, peut-être même la plus importante ?
Le génie de la civilisation européenne vient pourtant justement de la diversité des nations qui s’y expriment. On se rappellera la fameuse déclaration du général de Gaulle : « Dante, Goethe, Chateaubriand appartiennent à toute l’Europe dans la mesure même où ils étaient respectivement et éminemment italien, allemand et français. Ils n’auraient pas beaucoup servi l’Europe s’ils avaient été des apatrides et s’ils avaient pensé et écrit en quelque espéranto ou volapük intégré. »
L’Européen n’est pas immédiatement européen : il l’est par la médiation d’une nation dans laquelle il s’enracine et à laquelle il appartient politiquement. Sans cela, le concept d’Europe est vide de toute réalité, de toute substance, et ne désigne plus qu’une étape dans l’histoire de la mondialisation. Si l’Europe en vient à effacer ses nations, elle se condamnera aussi à l’effacement historique.
Le mal est peut-être d’ailleurs encore plus profond : il y a dans les élites françaises une agaçante fascination pour l’anglais, et même une délirante anglomanie. À la télévision comme au quotidien, on parlera des news, de son smartphone, de la battle de France, de la society, du Coca light, des mails, des guests, comme si ces termes ne trouvaient aucune correspondance en français. (…). Mais la France est moins soumise à l’impérialisme américain qu’elle ne semble hypnotisée par lui. Comment ne pas voir dans l’anglomanie des élites françaises une forme de dévalorisation de soi, comme si le français était la langue d’un monde déclassé ?
On s’inquiète aujourd’hui avec raison pour la diversité du monde, compromise par une culture globale imposant ses codes dans toutes les capitales. N’est-ce pas justement la vocation singulière de la France d’incarner une résistance à cet impérialisme qui ne dit pas son nom ? Non pas en proposant un impérialisme contraire, mais en prenant la tête, à sa manière, d’une internationale de la diversité des peuples, la France ayant seule vraiment les moyens de tenir tête à ce qu’on appelle communément le rouleau compresseur de la mondialisation.
Ne serait-ce pas une manière aussi de reprendre le flambeau du gaullisme ? On aurait pu parler d’une internationale des petites nations, si le terme n’était pas impropre pour décrire la condition de la France. Ce serait une perte atroce pour l’humanité si, d’une petite capitulation à l’autre, de la langue aux mœurs en allant jusqu’à la politique étrangère, la France renonçait peu à peu à ce qui la distingue comme civilisation.
Qu’Emmanuel Macron parle en allemand aux Allemands, ou qu’il leur parle en français, il serait dans son rôle. Qu’il leur parle en anglais et l’ancien ministre témoigne implicitement de son adhésion à une vision de la mondialisation où la France ne peut qu’être soumise et condamnée au rapetissement. Ce n’est pas en reniant sa culture ou en s’oubliant qu’un peuple se grandit mais en l’universalisant, en la projetant dans le monde, en en faisant une référence pour le genre humain dans son ensemble.
La France demeure, à travers le monde, un pôle de civilisation irremplaçable, et les hommes de partout ont à son endroit des attentes immenses. Hélas, en renonçant à incarner la France à l’étranger, en réservant finalement la langue française aux nationaux, désormais traités comme des provinciaux inadaptés aux exigences de la mondialisation, Emmanuel Macron révèle l’idée assez pauvre qu’il se fait du pays dont il veut être président.« 

 

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