Le fascisme n’est pas l’extrême droite ,le RN n ‘est pas fasciste , Bolloré n’est pas Coty. Coty n’est pas Vichy. Vichy c ‘est compliqué: Petite leçon d’histoire

Je suis attristé de voir l’histoire manipulée avec des raccourcis monstrueux,. Marc Bloch, pour sa part, savait que ni l’homme ni les sociétés ne sont bâtis comme des théorèmes. Là où l’homme est présent — et en histoire, il est partout présent — l’esprit de géométrie perd ses droits. Les opérations de l’historien ne valent que présidées par l’esprit de finesse. Un esprit qui fait défaut à ceux qui se livrent à des raccourcis suspects

1 Certains essayistes et journalistes instrumentalisent clairement la comparaison entre François Coty et Vincent Bolloré dans un objectif politique précis : dénoncer l’influence du Rassemblement National (RN) et alerter sur une supposée menace pour la démocratie.

Le discours est le suivant

  • Bolloré est l’héritier moderne de Coty : un industriel richissime qui construit un empire médiatique (CNews, Europe 1, JDD, Paris Match, Canal+, etc.) pour servir un projet politique et civilisationnel de droite radicale.
  • Coty dans les années 1930 (avec Le Figaro et L’Ami du peuple) aurait préparé le terrain idéologique aux ligues et à l’antiparlementarisme qui a mené à Vichy.
  • Bolloré ferait la même chose aujourd’hui : il « normalise » les idées d’extrême droite, « infuse la haine raciale », prépare le terrain pour que le RN arrive au pouvoir sans que Bolloré lui-même se présente aux élections.
  • « Coty et Le Figaro en 1930, c’est un peu Bolloré et le JDD aujourd’hui. »
  • « Le projet Bolloré, c’est de gagner des élections sans jamais se présenter. »
  • « Bolloré renoue avec les années 1930. »

Pour ces journalistes l’ascension médiatique de Bolloré explique en grande partie la progression électorale du RN et de la droite radicale (il l’a notamment dit après les législatives de 2024 et les scores du RN).

Pourquoi on peut parler d’instrumentalisation sur le RN

Le RN est clairement et de plus en plus de droite dite Bonapartiste au sens de René Rémond, la droite dite édouardophilippienne est orléaniste et Philippe de villiers est légitimiste

On peut donc le qualifier de droite nationale bonapartiste modernisée.il combine le langage qui plaît aux classes populaires avec une vision bonapartiste de l’État qui rassure une partie de la droite classique Le bonapartisme historique (Napoléon III, de Gaulle) sont ses précurseurs

Volonté d’un État fort et régalien (police, justice, armée, frontières).
Figure du chef qui incarne la nation (Marine Le Pen puis Jordan Bardella se positionnent de plus en plus comme des « présidents potentiels » au-dessus des partis).
Centralisme jacobin très marqué (opposition aux régionalismes, défense de la République une et indivisible).
Projet de VIe République avec un exécutif très puissant et un recours accru au référendum (classique bonapartiste)..

Il participe pleinement au jeu démocratique, respecte les institutions, et n’a ni milices, ni projet totalitaire, ni culte de la violence. Droite national-bonapartiste comme l’ancien RPR

Pourquoi on peut parler d’instrumentalisation sur la comparaison

  • Anachronisme : Les contextes sont très différents. Les années 1930 étaient une période de crise existentielle de la démocratie, avec violence de rue, ligues paramilitaires et montée du fascisme en Europe. Les années 2020-2026 se déroulent dans une démocratie stable, même fragilisée. Bolloré n’a créé aucune ligue, aucun mouvement paramilitaire, et ne prône pas la dictature.
  • Amalgame : On passe rapidement de « Bolloré pousse une ligne éditoriale très droitière » à « il prépare le retour des années 1930 / Vichy / fascisme ». C’est une rhétorique classique de diabolisation qui vise à délégitimer tout l’espace médiatique et politique à droite du centre.
  • Objectif politique visible : Ces interventions interviennent systématiquement au moment où le RN progresse électoralement (présidentielle 2022, législatives 2024, etc.). On présente Bolloré comme le grand marionnettiste qui tire les ficelles pour faire gagner l’extrême droite.
  • Ni Coty ni Bolloré ne sont des « fascistes en puissance ». Coty était un nationaliste autoritaire qui a financé des mouvements fascisants. Bolloré est un conservateur réactionnaire qui exerce une influence médiatique importante, mais dans le cadre légal du capitalisme et de la démocratie.
  • Les adeptes directs de Coty (Solidarité française) n’ont pas massivement basculé dans la collaboration active, contrairement à d’autres groupes (PPF de Doriot notamment).
  • La comparaison est utile pour analyser une stratégie (industriel → contrôle médiatique → influence politique), mais elle devient idéologique quand elle sert à assimiler toute critique du progressisme ou toute défense des valeurs traditionnelles à une menace « fasciste ».

Des journalistes engagés à gauche criminalisent l’influence de Bolloré et, à travers lui, celle du RN. La comparaison Coty/Bolloré est un outil rhétorique dans un combat politique, plus qu’une analyse historique sereine et proportionnée .C’est un cas classique de militantisme déguisé en expertise historique.

De plus l’empire Bolloré a toujours bien plus soutenu Retailleau, Zemmour , Knafo, Lisnard que le RN, plus la droite légitimiste que bonapartiste

Les vrais historiens insistent sur deux points quand on leur parle de ce genre de parallèle :

  • Les contextes sont très différents : les années 1930 étaient une période de crise profonde de la démocratie (chômage massif, peur du communisme, violence de rue, montée des totalitarismes en Europe). Les années 2020-2026 se déroulent dans une démocratie libérale, même très polarisée.
  • La stratégie médiatique existe, mais elle n’est pas nouvelle ni réservée à la droite. Des industriels de tous bords (à gauche aussi) ont toujours essayé d’influencer l’opinion via la presse. Pigasse et autres

Les historiens sérieux évitent les analogies rapides du type « Bolloré = Coty = retour des années 1930 », car elles risquent de banaliser le fascisme historique ou de servir plus à la polémique qu’à la compréhension.

2) La France des années Trente a connu une poussée de l’extrême droite mais pas de fascisme comparable à l’Allemagne et à l’Italie. Cette extrème droite nationaliste ne doit pas être confondue avec Vichy, les seuls vrais mouvements fascistes ont une origine de gauche

L’historien Zeev Sternhell (dans Ni droite ni gauche et La Droite révolutionnaire) est celui qui insiste le plus sur cette dimension :Le fascisme naît d’une fusion entre :Une droite révolutionnaire (nationalisme anti-Lumières, antiparlementarisme, culte de la violence et de l’énergie vitale – Barrès, Maurras, etc.).
Une gauche révisionniste : des socialistes et syndicalistes révolutionnaires qui rejettent le marxisme matérialiste et internationaliste (Georges Sorel, le syndicalisme révolutionnaire italien, Henri de Man, etc.).

Mussolini lui-même était un socialiste révolutionnaire avant 1914 : directeur de l’Avanti!, marxiste radical, partisan de la grève générale. En 1914-1915, il rompt avec le socialisme pacifiste pour devenir interventionniste (pro-guerre). Le premier fascisme italien (1919) attire d’anciens syndicalistes révolutionnaires et socialistes qui veulent un « socialisme national ».
D’autres figures : beaucoup de premiers fascistes italiens venaient du syndicalisme révolutionnaire (une gauche anti-parlementaire et anti-réformiste).

Sternhell voit donc le fascisme comme une idéologie « ni droite ni gauche » née d’une hérésie de la gauche (révision du marxisme) croisée avec un nationalisme radical.

Oui, le fascisme a une composante de gauche dans ses origines : beaucoup de ses premiers militants et une partie de son vocabulaire révolutionnaire viennent du socialisme et du syndicalisme dissidents. Mussolini et une fraction des premiers fascistes étaient d’anciens socialistes.Mais le fascisme n’est pas une idéologie de gauche. Il se définit par son nationalisme radical, son anti-libéralisme et son anti-marxisme. La dimension « socialiste » ou révolutionnaire est subordonnée à l’objectif suprême : la régénération de la nation par un État autoritaire et une mobilisation totalitaire.C’est pourquoi les historiens parlent souvent de « national-socialisme » (dans le sens large, pas seulement nazi) ou de « troisième voie » : ni capitalisme libéral, ni socialisme marxiste.

René Rémond, dans son ouvrage majeur Les Droites en France (première édition en 1954 sous le titre La Droite en France, rééditée et augmentée jusqu’en 1982/2005), propose une typologie célèbre des droites françaises en trois familles principales :

La droite légitimiste (traditionaliste, contre-révolutionnaire, souvent catholique intégrale, nostalgique de l’Ancien Régime).
La droite orléaniste (libérale-conservatrice, parlementaire, favorable à une monarchie constitutionnelle ou à une république modérée).
La droite bonapartiste (autoritaire, plébiscitaire, nationaliste, hostile au parlementarisme, attachée à un chef fort et au suffrage universel contrôlé).

Il analyse les ligues des années 1930 à l’intérieur de cette grille, sans créer une « quatrième droite » fasciste autonome, les ligues ne constituent pas un fascisme français authentique


Rémond rejette fermement l’idée que les ligues des années 1930 seraient une simple variante française du fascisme italien ou du nazisme. Selon lui, parler de « fascisme français » à propos des ligues, c’est « prendre l’apparence pour la réalité ».
Il insiste sur leur imprégnation conservatrice forte : elles restent largement ancrées dans les traditions françaises (nationalisme, antiparlementarisme, anticommunisme), et non dans une idéologie révolutionnaire totale comme le fascisme.
Les ligues sont pour lui surtout des expressions modernes de la tradition bonapartiste : autorité d’un chef, appel direct au peuple, rejet des partis et du parlement, nationalisme. Elles prolongent le boulangisme (fin XIXe siècle) plus qu’elles n’imitent Mussolini ou Hitler.
La manifestation du 6 février 1934 est pour lui une « simple manifestation de rue » antiparlementaire, pas une tentative de coup d’État fasciste.
Il les décrit comme un « scoutisme pour adultes », un mouvement d’anciens combattants disciplinés, plus moral et social que révolutionnaire. Il voit leur évolution vers le Parti Social Français (PSF) après 1936 comme une normalisation vers la droite républicaine modérée. Pour lui, c’est la « pièce maîtresse » qui montre qu’il n’y a pas eu de fascisme de masse en France.
Action française : Il la rattache surtout à la droite légitimiste/traditionaliste (maurrassisme).

Rémond explique la faiblesse du fascisme en France par :La force des traditions républicaines.
L’existence déjà ancienne des trois droites classiques, qui absorbent les mécontentements sans besoin d’une idéologie nouvelle.
Le conservatisme profond des ligues, qui les empêche de devenir réellement révolutionnaires.

François Coty (de son vrai nom Joseph Marie François Spoturno, 1874-1934) est une figure majeure de l’histoire française du début du XXe siècle : parfumeur de génie, industriel visionnaire, magnat de la presse et homme politique de droite (voire d’extrême droite).Né le 3 mai 1874 à Ajaccio (Corse), orphelin jeune, il grandit dans un milieu modeste. Il change son nom en Coty (d’après le nom de jeune fille de sa mère, Marie Coti) pour le rendre plus « français » et facile à prononcer à l’international. Comme Napoléon (dont il revendiquait une lointaine parenté via la famille Bonaparte), il est corse, ambitieux et bâtit un empire.

Coty révolutionne complètement l’industrie du parfum, jusqu’alors réservée à une élite avec des productions artisanales chères

Il démocratise le luxe en produisant des parfums de haute qualité à des prix accessibles.Il innove dans la composition (il crée ou popularise des familles olfactives comme le Chypre avec Chypre en 1917, l’Oriental, etc.), le marketing (bouteilles design élégantes, souvent signées par des artistes comme Lalique ou Baccarat), la publicité et la distribution de masse.

Ses positions (nationalisme fort, anticommunisme virulent, critiques de la IIIe République, antisémitisme dans certains de ses journaux) en font une figure controversée : admiré par certains pour son patriotisme et son anti-bolchevisme, critiqué pour ses dérives autoritaires et ses financements de ligues.Dans les années 1930, sa fortune décline (mauvaises gestions, crise économique), il perd le contrôle de certains médias et meurt le 25 juillet 1934 à Louveciennes, relativement isolé et moins riche qu’au sommet de sa gloire.

Coty a racheté ou lancé des journaux (Le Figaro en 1922, L’Ami du peuple, Le Gaulois) pour défendre ses idées nationalistes, anticommunistes et antiparlementaires. Il finançait aussi des mouvements de droite.

  • Jean Renaud (commandant Jean Renaud) : Le principal dirigeant opérationnel de la Solidarité française (ligue fondée par Coty en 1933). Après la mort de Coty en 1934, Renaud a radicalisé le mouvement (chemises bleues, salut romain).
  • Il a soutenu financièrement d’autres ligues et figures : le Faisceau de Georges Valois, les Croix-de-Feu du colonel de La Rocque, et des journaux comme L’Action française.

Il n’est pas fasciste

René Rémond (Les Droites en France, 1954 et rééditions)
Coty incarne la tradition bonapartiste : nationaliste autoritaire, plébiscitaire, antiparlementaire. Il est un financier de la droite radicale, mais pas un fasciste doctrinal. Rémond refuse de qualifier ses ligues (dont la Solidarité française) de fascistes pures.

Serge Berstein (plusieurs ouvrages sur les années 1930, dont La France des années 30)
Coty est un industriel nationaliste autoritaire qui a contribué à la radicalisation antiparlementaire de la droite. Berstein fait partie de l’école qui défend la « thèse de l’immunité » : la France des années 1930 n’était pas « allergique » au fascisme, mais Coty reste dans le cadre des droites françaises traditionnelles plutôt que dans un fascisme révolutionnaire importé.

Pierre Milza (Fascisme français, passé et présent, 1987)
Coty est un représentant de l’ultra-droite des années 1930. Il finance des mouvements radicaux, mais Milza le place plutôt dans le camp des ligues autoritaires et conservatrices que dans le fascisme « pur » à l’italienne ou allemande.

Les adeptes directs de Coty (Solidarité française et ses cadres principaux) n’ont pas basculé dans la collaboration active pendant l’Occupation.

Commandant Jean Renaud (chef du mouvement après la mort de Coty en 1934) :
Il reste relativement discret pendant l’Occupation. Il ne rejoint ni la Milice, ni la LVF, ni aucun parti ultra-collaborationniste. Il n’a pas de rôle propagandiste majeur et continue une activité d’écrivain (romans coloniaux). Il n’est pas poursuivi à la Libération pour faits de collaboration et meurt en 1952 sans condamnation.

Jean-Pierre Maxence (intellectuel du mouvement) :
Position plus ambiguë. Il collabore à des journaux parisiens sous l’Occupation (Aujourd’hui, La Gerbe, Paris-Midi) et exprime un certain soutien à la « Révolution nationale » de Vichy. Cependant, il n’est pas un propagandiste extrême. Après la Libération, il est inscrit sur la liste noire des écrivains et s’exile en Suisse.

Louis Mouilleseaux (théoricien corporatiste et candidat en 1936) :
Il dirige et publie des ouvrages collectifs à la gloire de la France Libre, de la Résistance et du général de Gaulle (La France et son Empire dans la Guerre, dédié à de Gaulle « libérateur du territoire »). Cela le place clairement dans le camp patriotique/gaulliste après-guerre.

Georges Valois (financé par Coty dans les années 1920 avec le Faisceau) :
Il choisit la Résistance, publie des textes clandestins et meurt déporté au camp de Bergen-Belsen en 1945. Il est reconnu à titre posthume comme résistant.

Le fascisme n’est pas l’extrême droite ,le RN n ‘est pas fasciste Bolloré n’est pas François Coty. Coty n’est pas Vichy.

3°) Vichy comme la Résistances ne peuvent être réduits à la droite et à la gauche, il faut dénoncer toute manipulation

Vichy ce n’est pas l’extrème droite mais une coalition composite avec beaucoup d’opportunistes issus du système et venus des modérés : Laval Darlan

des fascistes tous ou presque venus de gauche et des actions françaises

Une anecdote (rapportée par plusieurs sources) résume le contraste :« Présentez une femme et la République à Pétain et à Castelnau : Pétain viole la femme et sauve la République ; Castelnau fait le contraire. »

Pétain ,homme à femmes, passait pour un militaire républicain discret. Il ne s’est jamais affiché ouvertement contre la République (contrairement à beaucoup d’officiers monarchistes ou catholiques militants à l’époque). Il a servi loyalement la IIIe République, a été promu sous des gouvernements républicains, et a évité de prendre position publiquement lors des grandes crises (affaire Dreyfus, séparation des Églises et de l’État, etc.). Cette image de « maréchal républicain » lui a valu une grande popularité dans l’opinion publique.

Édouard de Castelnau (1851-1944) ?Grand militaire catholique, monarchiste par conviction (mais loyal à la République par devoir).
Surnommé le « capucin botté » par Clemenceau et les anticléricaux à cause de sa foi très affirmée.
Rôle majeur pendant la Grande Guerre :Sauve Nancy en 1914 (victoire du Grand Couronné).
À Verdun en février 1916 : c’est lui qui, en tant que chef d’état-major général adjoint de Joffre, se rend sur place dès le début de l’attaque allemande, réorganise le commandement et nomme Pétain pour défendre la place forte. Beaucoup d’historiens considèrent qu’il est le véritable « sauveur » initial de Verdun, avant que Pétain ne prenne le relais.

Il perd trois fils tués au combat pendant la guerre.

La IIIe République lui a toujours refusé le bâton de maréchal (contrairement à Joffre, Foch et Pétain), en grande partie à cause de son catholicisme militant et de ses idées conservatrices. Il en a souffert.

il refuse l’armistice et Vichy, et soutient la Résistance malgré son âge avancé.

Castelnau est souvent présenté aujourd’hui comme l’anti-Pétain : un grand oublié de la Grande Guerre qui a choisi l’honneur et la Résistance là où Pétain a choisi l’armistice et la collaboration.

Charles de Gaulle

Il est un conservateur nationaliste, patriote et républicain, avec une vision très « bonapartiste » de l’État fort (présidentialisme, indépendance nationale, etc.). Il se voyait au-dessus des clivages gauche/droite classiques (« la France n’est ni de gauche ni de droite »).

François de La Rocque (colonel de La Rocque)Chef des Croix-de-Feu (ligue d’anciens combattants très populaire dans les années 1930) puis du Parti social français (PSF).
Il est classé à la droite nationaliste ou droite conservatrice chrétienne-sociale, parfois avec des accents autoritaires ou « parafascistes » par certains historiens de gauche.
il refusait la violence, les complots (il a fait échouer la Cagoule), l’antisémitisme virulent, et il respectait globalement la légalité républicaine. Il s’opposait à Doriot, à Maurras et aux vrais fascistes.
Pendant la guerre, il a créé un réseau de résistance (Réseau Klan) et a été déporté par les nazis. De Gaulle lui a rendu hommage après sa mort. L’étiquette « fasciste » lui colle souvent à cause de la propagande du Front populaire et de la gauche, mais elle est très contestée aujourd’hui.

Colonel Rémy (Gilbert Renault) Résistant de la première heure (dès juin 1940), fondateur du grand réseau de renseignement Confrérie Notre-Dame au service de De Gaulle.
Il venait de la droite catholique nationaliste, sympathisant de l’Action française (monarchiste d’extrême droite) dans sa jeunesse,
C’est un nationaliste de droite qui a choisi la Résistance gaulliste par patriotisme et germanophobie. Après-guerre, il a eu des positions parfois critiques ou nostalgiques, mais il reste avant tout un héros de la France libre

Les historiens français et étrangers (Robert Paxton, Jean-Pierre Azéma, Philippe Burrin, Pascal Ory, Henry Rousso, Michèle Cointet, etc.) distinguent clairement :

Collaboration d’État (Vichy) : Régime autoritaire, conservateur, réactionnaire, issu de la défaite. Il met en place la « Révolution nationale » (antiparlementarisme, traditionalisme, corporatisme, antisémitisme d’État). Paxton et Azéma insistent : Vichy n’est pas un régime fasciste au sens strict au départ (pas de parti unique, pas de mobilisation de masse révolutionnaire, pas de culte du chef charismatique totalitaire). Il devient plus radical après 1942-1943 sous pression allemande, mais reste hybride.

herodote.net

Collaborationnisme (ou « ultra-collaboration ») : Courant idéologique qui veut imiter activement le fascisme italien ou le nazisme, pousser Vichy vers un régime totalitaire, et engager la France pleinement aux côtés de l’Axe. C’est là que se trouvent les mouvements explicitement fascistes.

Les principaux mouvements fascistes actifs pendant la guerre

Parti populaire français (PPF) de Jacques Doriot Ancien communiste passé à l’extrême droite. Le PPF (créé en 1936) est considéré par beaucoup d’historiens (Jean-Paul Brunet, Dieter Wolf, Robert Soucy) comme le mouvement le plus proche d’un fascisme « made in France » avant-guerre : style paramilitaire, culte du chef, anticommunisme violent, appel aux classes populaires, antisémitisme croissant.
Pendant la guerre : Collaboration radicale. Doriot fonde la Légion des volontaires français contre le bolchevisme (LVF) en 1941 et combat sur le front de l’Est. Le PPF reste rival du RNP et critique Vichy pour son manque de radicalité. Il recrute surtout en zone occupée.

Rassemblement national populaire (RNP) de Marcel Déat Ancien socialiste néo-socialiste. Déat évolue vers un « socialisme national ». Le RNP (1941) est fascisant : corporatisme, autoritarisme, anticommunisme, volonté d’un parti unique.
Historiens comme Philippe Burrin (dans La Dérive fasciste) analysent sa trajectoire comme une « dérive » typique de certains intellectuels et politiques de gauche vers le fascisme par pacifisme, nationalisme et rejet du libéralisme. Déat entre au gouvernement en 1944 (ministre du Travail) sous pression allemande.

Milice française de Joseph Darnand (créée en 1943, issue du Service d’ordre légionnaire) Organisation paramilitaire explicitement fasciste : serment de fidélité au chef, uniforme, lutte armée contre la Résistance et les Juifs, idéologie antirépublicaine, antisémite, anticommuniste et totalitaire.
Michèle Cointet et d’autres historiens la qualifient d’épisode fasciste dans l’histoire française : elle représente la radicalisation la plus violente, avec des actions de police politique et de répression (assassinats, tortures). Darnand devient secrétaire général au maintien de l’ordre en 1944. La Milice est souvent vue comme le bras armé du collaborationnisme le plus dur.

Autres groupes plus marginaux :Francistes de Marcel Bucard (parti fasciste des années 1930, actif pendant la guerre).
Intellectuels autour de Je suis partout (Robert Brasillach, Lucien Rebatet, Pierre Drieu la Rochelle) : ils défendent ouvertement le fascisme et le nazisme, critiquent Vichy comme trop tiède.
Groupes comme le Groupe Collaboration ou des petites formations pro-nazies.

Deux viennent de la gauche (Doriot du communisme, Déat du socialisme) et incarnent la « dérive fasciste » classique analysée par Burrin : des hommes de gauche qui, par anticommunisme, pacifisme ou volonté d’autorité nationale, basculent vers le fascisme dans les années 1930.Un seul vient de la droite : Darnand, qui reste dans la continuité de l’extrême droite française (Action française, ).

Darlan est un républicain conservateur, de tendance centre-gauche / centre à l’origine, technocrate et opportuniste plutôt qu’idéologue. Il n’est pas issu de l’extrême droite. Certains ministres de Vichy le soupçonnent même d’être « de gauche » et franc-maçon.Famille républicaine laïque, père député républicain progressiste (centre-gauche) et ancien ministre.
Carrière dans la Marine, opportuniste : sert des gouvernements de centre-droit comme de centre-gauche.
Sous le Front populaire, ses affinités avec la gauche lui permettent une promotion rapide (chef d’état-major de la Marine).

Pierre Laval (Vice-président puis Chef du gouvernement en 1940 et 1942-1944)Origine : Avocat, issu d’un milieu modeste auvergnat.
Parcours politique avant 1940 : Début à l’extrême gauche : Adhésion au Comité révolutionnaire central (blanquiste) en 1903, puis à la SFIO (socialiste) en 1905.
Député socialiste SFIO en 1914 (circonscription d’Aubervilliers).
Pacifiste pendant la Grande Guerre.
Quitte la SFIO vers 1922-1923, devient socialiste indépendant, puis évolue vers le centre-droit opportuniste.
Plusieurs fois ministre et président du Conseil dans les années 1930 (gouvernements de centre-droit ou union nationale).

Position historiographique : Classique exemple de dérive depuis la gauche socialiste vers la droite pragmatique et opportuniste, puis vers la collaboration totale. Laurent Joly le décrit comme un homme de « centre-droite opportuniste », pas culturellement d’extrême droite au départ.
À Vichy, il incarne surtout la politique de collaboration d’État avec l’Allemagne (plus que la Révolution nationale idéologique).

  • Adrien Marquet : Député et maire socialiste SFIO de Bordeaux, cofondateur des néo-socialistes (1933) avec Déat (scission autoritaire, nationale et anticommuniste). Ministre de l’Intérieur en 1940. Historiens le décrivent comme une dérive vers l’autoritarisme dès les années 1930.
  • André Février et Albert Rivière : Tous deux députés SFIO. Ils sont ministres (Travail et Colonies) dans le premier gouvernement Pétain (juillet 1940). Leur présence est souvent citée comme exemple de la participation initiale d’hommes de gauche.
  • Ludovic-Oscar Frossard : Ancien secrétaire général du Parti communiste (1919-1920), puis passé au socialisme. Ministre dans le premier gouvernement Vichy.
  • Camille Chautemps : Radical-socialiste, plusieurs fois président du Conseil avant-guerre (notamment dans des gouvernements du Front populaire). Vice-président du Conseil en 1940. Il vote les pleins pouvoirs à Pétain.
  • Albert Chichery : Radical, ministre de l’Agriculture en 1940.
  • Charles Pomaret : Issu de la gauche républicaine / radicaux, ministre dans le premier gouvernement.
  • René Belin : Secrétaire général adjoint de la CGT (tendance anticommuniste « Syndicats »), syndicaliste postier. Ministre de la Production industrielle et du Travail (1940-1941), puis secrétaire d’État au Travail. Il est l’auteur principal de la Charte du Travail (corporatisme vichyste). C’est le cas le plus emblématique de syndicaliste de gauche entré à Vichy pour « réformer » le monde du travail hors des partis.

Yves Bouthillier : Ministre des Finances (1940-1942). Haut fonctionnaire conservateur, proche de la droite classique (héritier de l’Alliance démocratique, centre-droit libéral-conservateur).

.Pierre-Étienne Flandin : Plusieurs fois ministre avant-guerre dans des gouvernements de droite, président du Conseil en 1934-1935. Il représente la droite parlementaire modérée (Alliance démocratique). Il est brièvement ministre des Affaires étrangères à Vichy en 1940-1941.

Vichy c ‘est aussi des ACTION FRANCAISE

Raphaël Alibert : Garde des Sceaux (ministre de la Justice) en 1940. Monarchiste catholique traditionaliste, proche de l’Action française de Charles Maurras depuis longtemps. Il est l’un des artisans des premiers actes constitutionnels et du premier Statut des Juifs (octobre 1940). Laurent Joly le décrit comme un royaliste fanatique, figure clé de l’extrême droite à Vichy.


Xavier Vallat : Secrétaire général aux Anciens Combattants puis Commissaire général aux Questions juives (1941-1942). Député d’extrême droite avant-guerre, antisémite notoire, influencé par l’Action française et les ligues. Il est l’auteur principal du deuxième Statut des Juifs et de nombreuses mesures antisémites. Considéré comme un antisémite « à la française » (nationaliste, catholique, pas racial-biologique comme les nazis).


Joseph Barthélemy : Ministre de la Justice (1941-1943). Député de l’Alliance démocratique (droite modérée), mais attiré par Maurras et l’Action française. Il succède à Alibert et continue la politique antisémite et répressive.

Opportunistes / issus du système républicain (modérés ou centre) : Laval, Darlan, Bouthillier, Baudouin, Lémery → environ 40-50 % du gouvernement initial.
Venus de la gauche ou de la gauche dérivée : Laval, Marquet, Belin (et quelques autres comme André Février ou Albert Rivière, socialistes SFIO restés très peu de temps).
Venus de la droite ou de l’extrême droite :, Alibert, Ybarnégaray, Weygand, Caziot → ils fournissent l’ossature idéologique de la « Révolution nationale » (antiparlementarisme, traditionalisme, antisémitisme d’État).

Le pacifisme de gauche (surtout socialiste et syndicaliste non-communiste) était très répandu dans les années 1930. Il a conduit une minorité à accepter l’armistice de 1940 et à rallier Pétain, souvent par refus de « mourir pour Dantzig » ou par anticommunisme viscéral.

Paul Faure
Secrétaire général de la SFIO, chef du courant pacifiste du parti dans les années 1930
Soutien initial à Pétain en 1940, reste en retrait
Représente le pacifisme socialiste majoritaire à la SFIO avant la guerre ; minoritaire dans le vote des pleins pouvoirs
Charles Spinasse
Député socialiste SFIO, ministre du Front populaire, pacifiste
Soutien à la collaboration, participe à des initiatives vichyste

Jean Luchaire

Avant-guerre : Journaliste et patron de presse, pacifiste convaincu dans l’entre-deux-guerres. Il milite pour la réconciliation franco-allemande et fréquente les milieux de gauche modérée et pacifiste.
Pendant l’Occupation : Il devient l’un des grands patrons de la presse collaborationniste. Avec l’appui d’Otto Abetz (ambassadeur allemand), il fonde et dirige le quotidien Les Nouveaux Temps (novembre 1940), journal pro-européen et pro-collaboration. Il est nommé directeur de la Corporation nationale de la presse française. Proche de Laval, il incarne l’opportunisme vénal et la vie mondaine parisienne avec les Allemands.
Après-guerre : Condamné à mort et fusillé le 22 février 1946 au fort de Châtillon

Robert Brasillach
Pacifiste dans les années 1930, puis fasciste (Je suis partout)
Rédacteur en chef de Je suis partout, articles violemment antisémites et pro-nazis
Fusillé en 1945
Lucien Rebatet
Pacifiste au départ, puis extrême droite (Action française → Je suis partout)

Vichy n’est pas un régime d’extrême droite pure, mais une coalition composite avec beaucoup d’opportunistes issus du système républicain (modérés, centre, gauche dérivée), des fascistes/collaborationnistes venus surtout de gauche, et une minorité d’Action française.


Les opportunistes et ex-pacifistes de gauche ont fourni des hommes (surtout au début, pour la légitimité et la compétence administrative). L’extrême droite (Action française et apparentés) a fourni l’ossature idéologique de la Révolution nationale.

Oui, l’idée que le nationalisme (surtout le nationalisme républicain) pourrait agir comme un vaccin contre le fascisme est un thème récurrent dans l’historiographie française

.Elle renvoie directement au grand débat sur « l’immunité » ou non de la France au fascisme dans les années 1930-1940.La thèse classique de l’« immunité » (René Rémond Serge Berstein, Michel Winock, etc.) ont longtemps soutenu que la France était relativement immunisée contre le fascisme « pur ».
Raisons invoquées :La tradition nationaliste républicaine

Dans cette vision, le nationalisme républicain empêche le basculement vers le nationalisme organique, ethnique ou anti-démocratique (celui de Barrès, Maurras, ou plus tard du fascisme).

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Agrégé d'histoire, Professeur de Chaire Supérieure en économie et en géopolitique, intervenant àBordeaux III et comme formateur à l'agrégation d'économie à Rennes Aujourd'hui retraité
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6 Responses to Le fascisme n’est pas l’extrême droite ,le RN n ‘est pas fasciste , Bolloré n’est pas Coty. Coty n’est pas Vichy. Vichy c ‘est compliqué: Petite leçon d’histoire

  1. Avatar de lepiaf18 lepiaf18 dit :

    Qu’espérez-vous attendre d’autre de ces escologistes socialos, journalistes, ou « essayistes » (avec beaucoup d’essais non transformés,pour me gausser !) qui ont oublié depuis bien longtemps le peu de cours d’Histoire qu’ils ont de plus dû subir plutôt qu’ils les aient captivés…

    Ce qui doit les emmerder au plus haut point, c’est que des De Villiers ou des Bardella fassent un tabac avec leurs bouquins alors que eux sont obligés d’user leurs fonds de futal (pour les femmes aussi d’ailleurs, plus d robes…) sur les plateaux de France TV, LCI ou BFM…

    Merci pour ce billet que je vais m’empresser de lire… à tête reposée… !

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  2. Avatar de Christian Christian dit :

    Ben oui, tous ceux qui te traitent de facho ou de collabo, parce que tu leur envoient quelques vérités, ne se rendent pas compte que ces qualificatifs, auraient pu convenir à 80% de leurs références de gauches naguère. Et qu’aujourd’hui ce sont plus eux, l’extrême gauche et écologistes intolérant, qui ont un comportement en facho et collabo.

    C’est gens là feraient bien de relire l’histoire, avant d’utiliser des insultes qu’ils ne maîtrisent pas, mais qu’ils répètent pour culpabiliser, comme par ailleurs le mot complotiste. On vit une époque formidable où le jeu consiste à traiter l’autre de ses propres démons, en retournant les preuves de la vérité.

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    • Avatar de practicallyc66ef89cd9 practicallyc66ef89cd9 dit :

      « On vit une époque formidable où le jeu consiste à traiter l’autre de ses propres démons, en retournant les preuves de la vérité. » Ca s’appelle l’inversion acusatoire …

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  3. Avatar de Christian Christian dit :

    lire : …parce que « tu leurs envoies »…

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