Merkel/Macron:Jupiter se prend un vent

 

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“Le Désenchantement”, titre Der Spiegel vendredi 20 avril, au lendemain de la rencontre entre Emmanuel Macron et Angela Merkel à Berlin, au sujet des réformes européennes. L’hebdomadaire de Hambourg avance que le président français doit maintenant se poser la question : “Que retenir de cette visite ?” 

Elu il y a près d’un an sur un credo très pro-européen, Emmanuel Macron voit aujourd’hui son projet de refondation de l’Europe suite à la montée des populismes contrarié par des blocages allemands, notamment sur la zone euro où Berlin redoute de devoir payer pour les autres pays.

 

 

Après être restée largement silencieuse pendant des mois en raison d’une crise politique dans son pays, Angela Merkel se fait désormais entendre elle le fait pour marquer sa différence, à un moment où elle est sous pression croissante de son parti conservateur qui lui demande de ne rien lâcher.

 

La chancelière a ainsi insisté jeudi à Berlin sur la nécessité pour les gouvernements de faire des « efforts nationaux », des économies budgétaires et des réformes pour rendre leurs économies plus compétitives.

Un des chantiers les plus immédiats porte sur l’Union bancaire en Europe, un projet de gestion commune des faillites des banques suite à la crise de la dette en zone euro, dont M. Macron a rappelé que la France souhaitait son accomplissement dès que possible.

 

Mais Angela Merkel a réitéré le refus de son pays de mettre en oeuvre dans l’immédiat le troisième et très important pilier de ce projet: la création d’un fonds européen de garantie bancaire des dépôts des particuliers. 

 

L’Allemagne reste ouverte à cette idée mais « pas dans un avenir proche », seulement « dans un avenir plus éloigné », a souligné la chancelière.

 

Mathieu Mucherie :

A court terme, rien ne va se passer, c’est la politique du chien crevé au fil de l’eau, et l’Allemagne ne veut pas entendre parler des gadgets de nos diplômés de sciences-po sur un gouvernement plus économique de l’euro (pourquoi changer un système qui avantage incalculablement Francfort ?). Les élections de 2019 ne serviront à rien, comme les précédentes, comme les suivantes aussi très probablement. Cette année-là, on va encore faire tout un numéro sur la transparence et la compétence et la solidarité, tout en laissant Weidmann prendre la BCE ; comprenne qui pourra.

 

A moyen terme, c’est plus compliqué. Laissez-moi extrapoler un peu. Il n’y aura pas de réponse fédéraliste convaincante à nos problèmes, car il faudrait pour la rendre soutenable une citoyenneté européenne qui n’arrivera jamais : un ado de Paris aujourd’hui peut être plus proche d’un ado de Chicago ou de Tokyo que d’un ado de Berlin ou d’Athènes. L’Europe n’est pas un échelon très pertinent économiquement, et ne fait pas vraiment rêver quand on l’envisage sous l’angle d’un processus. C’est la Cacanie de Robert Musil, “qui périt d’être inexprimable”, la créativité viennoise en moins. Si tout se passe bien, nous allons connaître la voie japonisante sur laquelle nous sommes déjà engagés et qui correspond assez bien à notre goût continental pour les pentes faciles, à nos caractéristiques démographiques et à notre banque centrale déflationniste.

Edouard Husson

. Je ne suis pas sûr qu’Emmanuel Macron soit prêt à être aussi direct sur le mode: « Mon projet est la seule manière pour l’Europe de s’en sortir. Madame la Chancelière, vous prenez vos responsabilités! J’ai un plan B. » En a-t-il seulement un?  S’il ne fait pas cela, où sera la différence avec Hollande, à part le style? Les élections européennes de 2019 tourneront à la victoire des conservateurs et des populistes. Les milieux dirigeants européens, par réaction, se réfugieront toujours plus dans l »idéologie. Angela Merkel deviendra définitivement « Frau Nein »


Florent Parmentier

Depuis quelques mois pourtant, les nuages s’amoncellent. Plus précisément, Emmanuel Macron semble reprendre certains vieux travers de la technostructure française. En particulier, son discours de la Sorbonne a pu montrer les ambitions présidentielles en matière européenne, digne d’un grand réformiste européen. Cependant, la manière ressemblait foncièrement à la gestation de l’Union pour la Méditerranée du temps de Nicolas Sarkozy : les bonnes idées viennent de Paris, en attendant de convaincre le reste de l’Europe. Dans une certaine mesure, la logique de la co-construction de politiques publiques avec nos partenaires européens échappe encore au logiciel de nos élites administratives.

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