Dossier géopolitique : fiasco syrien et fausse guerre contre les islamistes

 

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La France s’est plantée face à la menace islamiste aussi bien en  Syrie que sur le territoire national. La responsabilité de pseudos experts est totale ; ils occupent les plateaux télévisés et les cabinets ministériels. Filliu ,Burgeat, Bonniface  se sont trompés et nous ont trompés. Faut-il en douter ? Sur le terrain, en s’alliant aux iraniens et à Erdogan, Poutine a permis la victoire de Bachar el Assad  et l’élimination  de Daesh. Les Kurdes soutenus par l’Occident sont l’ennemi commun à tous les autres…

Le front arabe a éclaté l’Arabie saoudite a même fini par avoir peur des islamistes et du Qatar. L’Emirat ne finance pas que le Paris Saint Germain…  Plusieurs universitaires analysent  le fiasco occidental , il s’agit de Christopher Davidson, Fabrice Balanche et Frédéric Pichon

 

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Comment la coalition a protégé Daech des frappes russes, syriennes et iraniennes

Shadow Wars: The Secret Struggle for the Middle East  Christopher Davidson

https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/daech-un-atout-strategique-sous-la-190942

Il faut beaucoup de courage pour trouver le fil conducteur de l’occident en dehors de la détestation de Bachar. Soutien aux rebelles et à l’Armée syrienne libre ? Probl7me, très vite les rebelles modérés n’existent plus et l’Asl passe en grande partie aux islamistes .

La carrière d’Omar Gharba, de l’Armée Syrienne Libre, soutenue par Washington et par Paris, est une excellente illustration . En 2012 il est interviewé comme rebelle de l’ASL

Trump totalement incontrôlable a relayé ce mercredi sur Twitter trois vidéos anti-musulmanes qui avaient initialement été mises en ligne par un petit parti d’extrême droite britannique, « Britain First ».

La deuxième, « Un musulman détruit une statue de la Vierge Marie », a été publiée en 2013 sur YouTube.

Le briseur de statue d’une des vidéos n’est autre qu’Omar Gharba, à l’époque membre  de l’Armée Syrienne Libre…soutenue par Washington et par Paris.

« Si Dieu le veut, seul Dieu sera vénéré dans la terre du Levant », a déclaré le terroriste qui a détruit la statue, notant que « aucune autre idole ne sera adorée après ces jours. » Nous n’accepterons que la religion d’Allah et la Sunnah de notre prophète Mohammed bin Abdullah.  »

 

https://www.youtube.com/watch?v=f8HrBOfSp54

https://www.youtube.com/watch?v=ScvhAd33-u8

La scène se déroule en octobre 2013 à Yaaqoubiya dans la province d’Idlib en Syrie les islamistes publient une autre vidéo montrant un chretien qu’ils viennent de ture.

A cette époque-là Daesh n’est pas présente dans la région, il faut attendre le mois de décembre
https://ofpra.gouv.fr/sites/default/files/atoms/files/1602_syr_chronologie_idlib.pdf

Nizar Nayyouf est un journaliste  , il accuse  l’armée syrienne libresoutenu par les occidentaux

Rédacteur en chef du journal Sawt al-Democratiyya (La Voix de la Démocratie), publié par le Comité pour la Défense de la Liberté Démocratique en Syrie (CDF) et contributeur à l’hebdomadaire Al-Hurriya, il a été emprisonné en 1992. Condamné à 10 ans de prison pour appartenir au CDF et diffuser de « fausses informations », confiné dans la prison militaire de Mezze et régulièrement torturé, sa santé est devenue très précaire.

En février 2012, tout en restant opposé au régime syrien, il dénonce le « djihad » mené contre la Syrie par des groupes islamistes.

le 30 octobre, sur son  site de Nizar Nayyouf, affirme que « le terroriste apparaissant sur la vidéo en train de détruire une statue de Marie, dans les environs d’Idlib, n’appartient ni à l’Etat islamique, ni au Jabhat al-Nusra, contrairement à ce qui a été colporté sur son compte, mais au « gang » des Frères Musulmans et de l’Armée libre dirigée par Sélim Idriss. Il fait donc partie des combattants de la Coalition nationale et du Conseil national syrien »…

Celui qu’il renommait Abou Omar al-Ghouraba’, pour apparenter son nom à celui de la plupart des chefs militaires des groupes islamistes, apparaissait sur sapage Facebook avec sur la poitrine les couleurs du drapeau de l’Indépendance et l’emblème de l’Armée libre que n’arborent jamais ni l’Etat islamique, ni le Jabhat al-Nusra.,

Selon Yonah et Dean Alexander dans leur livre « The Islamic State – Combating The Caliphate Without Borders », le cheikh Gharba aurait fini par quitter l’Armée Syrienne Libre pour rejoindre l’Etat Islamique en Irak et Au levant.

L’ affaire est révélatrice du devenir de nos alliés de l’ASL ralliés pour beaucoup aux djihadistes dès la fin 2013 au moment où François Hollande voulait que la France bombarde Damas pour les soutenir
les groupes engagés en Syrie modifient fréquemment leurs allégeances

 

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Mais depuis 2013 nous avons persisté dans l’erreur  en continuant à soutenir nos ennemis , telle est la thèse de plusieurs chercheurs comme l’explque Maxime Chaix

Dans son dernier livre Shadow Wars, à travers lequel il analyse les causes profondes des Printemps arabes et de leurs échecs, le docteur Christopher Davidson soutient avec des arguments crédibles que Daech n’était pas considéré comme un ennemi par l’administration Obama et ses principaux alliés, mais comme un turbulent « atout stratégique ». Consultant pour le Parlement britannique, l’OTAN, le GCHQ, la British Petroleum (BP) ou les ministères des Affaires étrangères néozélandais et néerlandais, cet expert du Moyen-Orient a été décrit par le prestigieux The Economist comme « l’un des universitaires les mieux informés sur [cette] région ». D’après le Financial Times, qui a sélectionné Shadow Wars pour son prochain festival littéraire d’Oxford, le docteur Davidson estime que, sous la présidence Obama, «  les services secrets américains considér[aient] l’État Islamique comme un atout stratégique [indirect] à utiliser contre leurs ennemis, à l’instar d’al-Qaïda  » dans différentes opérations.

Comme il l’écrit dans son livre, « il semblerait au contraire que ces frappes de la coalition aient eu un double objectif : satisfaire l’opinion en agissant ostensiblement contre la barbarie de Daech, tout en s’assurant que les forces aériennes des puissances rivales ne commencent pas à prendre les choses en main, et qu’elles ne tentent pas de réellement détruire l’État Islamique.Comme l’explique Christopher Davidson dans son ouvrage, après l’entrée en guerre russe en Syrie à la fin du mois de septembre 2015, « la concentration des appareils de l’opération Inherent Resolve dans les cieux de la majeure partie des territoires occupés par l’État Islamique, et les informations selon lesquelles les États-Unis avaient pris le contrôle d’un (…) couloir aérien dans le Nord-Est de la Syrie [ont contraint] les forces russes à restreindre le périmètre de leurs frappes au nord-ouest de ce pays. » Comme il l’a précisé au site TheArabist.net, la Russie «  a été gênée dans sa capacité à bombarder Daech puisque la coalition dirigée par les États-Unis a mis en place une zone d’exclusion aérienne effective au-dessus de la plupart des territoires contrôlés par l’État Islamique. Les avions russes, syriens et iraniens ne peuvent voler dans cette zone. Les États-Unis disposent même d’une base aérienne dans l’extrême Nord-Est de la Syrie, à seulement quelques kilomètres de cibles de Daech facilement atteignables.  »

 

 

Dans son ouvrage, Christopher Davidson rappelle également les menaces explicites de James Clapper, le directeur national du Renseignement américain, qui affirma au début du mois de novembre 2015 que l’intervention russe en Syrie risquait de ressembler à la débâcle afghane de l’Armée rouge dans les années 1980. En d’autres termes, si des soldats étaient déployés en nombre par le Kremlin, ou si les appareils russes s’aventuraient dans l’espace aérien contrôlé par la coalition, ils risquaient d’essuyer de lourdes pertes. Ironiquement, les leaders occidentaux et leurs alliés moyen-orientaux demandaient alors au Président russe de « concentrer ses efforts sur le combat contre Daech », ce qui revenait à lui demander d’épargner les 65 000 combattants liés ou affiliés à al-Qaïda qui tentaient de renverser Bachar el-Assad, et qui partagent majoritairement l’idéologie de l’« État Islamique ».

Nous avons pu le constater récemment, lors de la reprise de Palmyre par 4 000 combattants de l’EI en décembre 2016. Selon le docteur Davidson, cette offensive victorieuse de Daech « mériterait une enquête approfondie. En effet, des preuves indiquent que les frappes américaines contre un regroupement inoccupé de camions-citernes ont eu lieu dans la périphérie de Palmyre le jour où l’EI lançait l’assaut pour reconquérir cette ville. En d’autres termes, le Pentagone avait “réservé” cette date du jeudi 8 décembre 2016 pour occuper l’espace aérien de Palmyre, rendant impossible toute patrouille d’avions russes dans cette zone. »

Le 9 octobre 2015, alors que l’armée de l’air russe était engagée en Syrie depuis une dizaine de jours, la coalition du Pentagone menait des opérations aériennes au nord d’Alep (Marea et Manbij, plus à l’est). Malgré la présence de ces avions censés combattre Daech, cette milice put lancer ce jour-là une offensive majeure dans cette zone et se rapprocher dangereusement de la périphérie aleppine.

 

Plus globalement, l’opération Inherent Resolve semble avoir permis au Pentagone de ne pas « détruire » Daech mais de « contenir » cette organisation, voire même de couvrir ses avancées à Ramadi, Palmyre ou Deir ez-Zor. Piégés par l’EI dans cette localité stratégique de l’Est syrien, les dizaines de milliers de civils qui survivent à ce siège dans des conditions effroyables ne semblent pas être une priorité pour les généraux de la coalition

 

 

Ces nombreuses contradictions doivent être mises en parallèle avec l’attaque « accidentelle » d’une position fixe de l’Armée Arabe Syrienne (AAS) protégeant l’aéroport de Deir ez-Zor, le 17 septembre dernier. Ayant mobilisé quatre avions armés de mitrailleuses lourdes, cette prétendue « bavure » de la coalition a permis aux jihadistes de l’EI de s’emparer temporairement de la zone stratégique du mont Thourda

 

Son caractère intentionnel faisant peu de doute, cette attaque de l’armée syrienne par la coalition nous amène à suspecter que cette dernière ait appuyé directement au moins deux opérations de l’EI dans ce pays. Interrogé sur cette frappe de Deir ez-Zor, Christopher Davidson rappelle que « ce bombardement, qui a probablement tué jusqu’à cent soldats syriens, n’était pas un acte isolé.

Comme l’avait souligné la journaliste Lina Kennouche après cette « bavure » controversée de septembre 2016, « une reconquête de cette zone [de l’Est de la Syrie] par les alliés du régime signifierait la réouverture de l’axe stratégique Téhéran-Bagdad-Damas, et donc le rétablissement d’une continuité territoriale et d’une profondeur stratégique ; ce que Washington entend à tout prix éviter. » Mettant en parallèle cette attaque avec une frappe israélienne contre l’AAS, qui avait alors favorisé le Front al-Nosra au sud de la Syrie, Lina Kennouche en conclut que la priorité du Pentagone et de ses alliés était l’« affaiblissement durable » du gouvernement el-Assad, et non la lutte antiterroriste. Au vu de ces éléments, il semblerait que, sous la présidence Obama, l’EI était considéré non pas comme un ennemi, mais comme un « atout stratégique  » dans la satisfaction de cet objectif.

, Michel Goya expliquait dans ce même entretien de juillet 2016 que « les moyens aériens sont faits pour affaiblir un adversaire ou le contraindre à négocier, ce qui n’est pas le cas avec Daech. La France n’est pas à la hauteur des enjeux. Douze avions déployés et, au bilan, une bombe par jour sur un territoire grand comme le Royaume-Uni. Tout ceci est très coûteux et inefficace ».

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Nous actionnons les leviers émotionnels de la diabolisation de Bachar el Assad, tandis qu’il se promène entre Damas et Sotchi et que Poutine réunit Rohani et Erdogan et parle à Netanyahu.

Frédéric Pichon est un géopolitologue, spécialiste du Moyen-Orient. Auteur d’une thèse de doctorat sur la Syrie et chercheur associé à l’Université de Tours, il a publié Syrie: Pourquoi l’Occident s’est trompé (éd. Éditions du Rocher, 2014) et Syrie, une guerre pour rien (éditions du Cerf, 2017)

 PICHON

http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2017/12/06/31002-20171206ARTFIG00145-syrie-la-desillusion-des-pourparlers-de-paix-a-geneve.php

 

Frédéric PICHON.- Les négociations de Genève sont une comédie et pas seulement depuis cette session. D’un côté, les émissaires de Damas font du «tourisme politique» car ils savent que l’opposition est fragmentée, impuissante et n’a pas d’articulation militaire décisive sur le terrain. D’autre part, l’opposition continue de réclamer comme préalable le départ d’Assad. En 2012, on pouvait à la rigueur le comprendre. Mais en 2017, c’est un manque de réalisme confondant. Comment voulez-vous que cela aboutisse à quelque chose? En réalité, tout cela s’est déjà joué en partie à Astana en décembre 2016 et à Sotchi en novembre 2017. Quand Poutine invite par surprise Assad à l’ouverture de sa rencontre avec les Présidents turcs et iraniens, le message est pourtant très clair: il fait partie de l’équation, qu’on le veuille ou non. Et tout le monde le sait, y compris en Arabie Saoudite et à Paris. C’est d’autant plus cruel et pathétique pour les opposants qui sont vraiment les acteurs d’une tragi-comédie.

C’est d’un accord entre la Turquie, la Russie, l’Iran et la Syrie que sortira un cadre que l’on peut deviner à peu près: pas de départ d’Assad avant au moins 2021, date de la fin de son mandat (qu’il pourra renouveler théoriquement jusqu’en 2028) ; organisation d’élections incluant des listes d’ «opposants» (plus ou moins proches de Moscou) et promulgation d’une nouvelle constitution faisant davantage de place à une forme de décentralisation. Tout le reste n’est que spéculations destinées à combler par de l’activisme diplomatique l’impuissance totale des chancelleries occidentales. Nous voilà réduits à actionner les leviers émotionnels de la diabolisation de Bachar el Assad via Arte et Le Monde, tandis qu’il se promène tranquillement entre Damas et Sotchi et que Poutine réunit Rohani et Erdogan et parle à Netanyahu.

Si l’on regarde en termes de troupes et de matériels au sol, ce sont les Iraniens (Pasdarans) et leurs supplétifs (milices chiites irakiennes ou Hazaras afghans) qui sont les plus nombreux. Mais il n’y a pas -officiellement- de bases iraniennes en Syrie. Or les Russes ont la base navale de Tartous, celle de Mheimim et implantent une base d’écoute supplémentaire dans le désert syrien (en plus de celle de Kassab): ils sont là pour un demi-siècle. Ils ont été les seuls à déployer leur aviation et leurs systèmes anti-aériens en Syrie. Politiquement, ils sont plus influents que l’Iran en Syrie, comme le reconnaissent certains responsables syriens qui s’en félicitent d’ailleurs. Je ne crois pas à un «grand remplacement» iranien ou chiite en Syrie comme le brandissent certains illuminés. Les Syriens restent nationalistes et ce ne sont pas les quelque 400 000 chiites syriens qui risquent de submerger la démographie syrienne, majoritairement sunnite. Cela dit, plus que jamais, la Syrie est un élément de continuité territoriale dans le dispositif iranien qui se déploie vers la Méditerranée. Téhéran cherche à en faire un élément de plus en plus imbriqué, y compris au niveau économique et énergétique.

L’Occident est mort en Syrie. Si nous ne l’avons pas encore compris, les mois qui viennent vont se charger de nous l’apprendre. Nous n’avons su poser ni les mots ni les actes sur ce conflit inédit. Autrefois, les guerres se décidaient à Washington, Paris ou Londres, les paix se signaient à Genève ou Camp David. Astana et Sotchi viennent d’entrer dans les annales diplomatiques. Et pour longtemps.

L’administration américaine a beaucoup reculé sur le dossier syrien depuis 2013. Les programmes d’aide aux rebelles ont été supprimés. Les Kurdes des Syrian Democratic Forces, armés et entraînés par Washington vont faire les frais de ce désengagement. Actuellement, Washington veut encore rester dans le Nord Est, jusqu’en 2021 au moins, pour être sûr qu’Assad partira bien et que la reconstruction n’aura pas lieu avec lui. Mais il peut arriver plein de choses d’ici là: on sait comment faire partir les petits contingents étrangers dans la région. Et puis Trump n’est pas à l’abri d’un départ précipité de la Maison Blanche… Quant à la France, elle ne pèse plus grand-chose faute de Realpolitik.

Le Président Macron a semblé montrer une forme de rupture avec ses prédécesseurs. Il n’a de cesse depuis son élection que de rappeler l’irresponsabilité des politiques néoconservatrices et le manque de prudence dans les dossiers libyen et syrien. Emmanuel Macron a utilisé des mots très forts comme par exemple lorsqu’il a déclaré: «On ne m’a pas encore présenté le successeur légitime de Bachar el Assad». Mais ce ne sont que des mots.

Via le Qatar, la France se rapproche de l’Iran et pourrait rééquilibrer sa relation avec l’Arabie.

Sur le dossier syrien, de toute façon la France n’a quasiment aucun levier direct. En revanche, il semble que la politique française dans le Golfe soit en train d’évoluer et que cela pourrait avoir un impact sur la Syrie: via le Qatar, la France se rapproche de l’Iran et pourrait rééquilibrer sa relation avec l’Arabie qui après avoir détruit le Yémen et «kidnappé» le Premier ministre libanais, a terriblement perdu son crédit. Quant aux contrats d’armements français, peu ont été honorés et ce que Manuel Valls présentait comme mirifique s’avère très congru, depuis que Washington a tout raflé au printemps dernier.

Beaucoup de Syriens commencent à revenir de Turquie et de Jordanie notamment. Au Liban, près d’1,5 millions attendent que la stabilité revienne. Mais ne nous faisons pas d’illusions: beaucoup ne sont pas les bienvenus et ne reviendront jamais. Même chez les loyalistes, la question du service militaire empêche encore des milliers de jeunes gens de revenir. La paix et la réconciliation ne sont pas pour demain. En tous les cas, il est évident que les Européens sont face à un dilemme: la position française officielle est d’empêcher que l’aide à la reconstruction ne transite par les organes du gouvernement syrien, afin de ne pas légitimer Bachar el Assad. Mais alors, c’est prendre le risque de ralentir le retour des réfugiés et même, par le biais du regroupement familial, c’est prendre le risque d’augmenter encore leurs effectifs en Europe. Or Federica Mogherini, encouragée par certains pays d’Europe centrale comme ceux du «groupe de Visegrad» ne tient à ce que la situation ne pourrisse. Les prochaines semaines seront déterminantes.

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On en est toujours là en France, on préfère avoir tort avec Jean-Pierre Filliu que raison avec Gilles Kepel.

 

Spécialiste reconnu de la Syrie, Fabrice Balanche est aujourd’hui exilé aux États-Unis pour poursuivre ses recherches. Écarté d’un poste de maître de conférences à Sciences Po Lyon en 2014, il regrette le poids de l’idéologie en France à propos de l’islam et du Moyen-Orient. Entretien.

Finalement, l’histoire a donné raison à ceux qui, comme moi, disaient que le régime de Bachar al-Assad n’allait pas tomber. Non pas parce que nous sommes pro-Assad, mais parce que dès le départ nous avons fait des analyses sérieuses sur la résilience du régime et sur la situation géopolitique. Laurent Fabius a balayé cela et a écarté ceux, au-delà du ministère, qui avaient une analyse différente, se disant que les diplomates sont disciplinés et tiennent aussi à leur carrière. Certains d’entre eux ont préféré se tenir à l’écart et demander des postes ailleurs que dans la division Afrique du Nord-Moyen Orient pour ne pas être en porte-à-faux avec le ministre et ne pas non plus trahir leur morale et leur déontologie. Les journalistes Christian Chesnot et Georges Malbrunot le décrivent bien dans leur livre Les Chemins de Damas. D’un autre côté, des personnalités comme François Burgat ou Jean-Pierre Filiu ont placé leurs élèves : ils ont les postes, les bourses et peuplent les médias. Ils sont pourtant en dehors de la réalité et projettent leur idéologie sur la Syrie. Jean-Pierre Filiu, ancien trotskiste, voit dans le printemps arabe la révolution communiste de sa jeunesse.

Quand on a entendu par exemple qu’il y avait 500.000 manifestants contre le régime à Hama, comment est-ce possible dans une ville de 300.000 habitants, sachant que seuls les hommes manifestent et que 40% de la population a moins de 15 ans ? Au maximum, si tous les hommes entre 15 et 70 ans avaient manifesté, le chiffre tombe à 90.000. Les chiffres répétés ont été ceux de l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), un instrument de propagande basé au Royaume-Uni et créé par le businessman Rami Abdel Rahman. Désormais, cet observatoire a une équipe plus étoffée, notamment parce qu’il a été largement subventionné par la France et la Grande-Bretagne et qu’il a obtenu des subventions de l’Union européenne. Les images des “casques blancs” en train de sauver des personnes prises au piège dans les décombres par les bombardements à Alep font aussi partie de cette instrumentalisation, ils ont d’ailleurs été épinglés en train de faire des mises en scène. L’opposition syrienne, grâce à Al-Jazeera et au Qatar, est passée maître dans l’art de la propagande et de la communication.

Le Qatar a mis sa chaîne de télévision au service de l’opposition syrienne. Tout un tas de sites Internet est sponsorisé par le Qatar, comme ce fut le cas pour l’OSDH dans les premières années. En 2016, il n’y avait pas 250.000 ou 300.000 personnes dans Alep Est, contrairement à ce qu’on entendait dans les médias. En juin 2014, j’étais allé faire une enquête sur les réfugiés syriens dans le sud de la Turquie. Les humanitaires de Médecins sans frontières qui s’occupaient des dispensaires et de l’aide médicale pour les quartiers rebelles estimaient à 200.000 personnes la population d’Alep Est. Comment voulez-vous que le chiffre ait augmenté entretemps ? La zone était bombardée quotidiennement, la nourriture manquait et la population savait que l’encerclement total était proche. Le décompte de la population civile évacuée d’Alep Est effectué par la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA) en décembre 2016 est d’environ 100.000 personnes. Lorsque Georges Malbrunot, qui est allé à Alep, a demandé à un fonctionnaire de l’ONU pourquoi les chiffres étaient gonflés, la réponse a été qu’“il fallait bien aider les insurgés”. L’ONU se décrédibilise complètement en bidonnant les chiffres. Comment peut-on ensuite avoir confiance ? Comment Jean-Marc Ayrault peut-il répéter ces chiffres ? À un moment donné, pour être crédible et ne pas ressembler à Bachar al-Assad, il faut avoir un langage de vérité.

 

Le focus sur la Syrie fait oublier le Yémen alors que les Saoudiens sont en train de détruire ce pays en bombardant des villes, avec la complicité et le silence des Occidentaux. La crise humanitaire dépasse tout ce qu’on voit en Syrie. Mais, comme c’est l’Arabie saoudite qui dirige les opérations, personne ne critique. Les Saoudiens disent que les rebelles houthis sont l’équivalent du Hezbollah et que l’Iran les finance. À la base, ce n’était pas le cas. C’était une révolte classique d’une périphérie contre le centre pour demander un rééquilibrage des pouvoirs, avec également des considérations tribales. Aujourd’hui, il est vrai de dire que les Iraniens sont allés aider les houthis. Ils leur ont donné des armes, en faible quantité, de manière à maintenir le conflit et à ouvrir un nouveau front contre l’Arabie saoudite pour qu’elle lâche sur la Syrie. Lorsque l’Arabie saoudite se décidera à lâcher sur la Syrie, les houthis seront lâchés par les Iraniens. Mais c’est aussi, dans une moindre mesure, la même chose que ce qu’il se passe dans le sud-est de la Turquie contre les Kurdes. Depuis un an, le président Erdogan a rasé des quartiers, voire des villes entières. Et tout le monde se tait. Pourquoi ? Parce que l’Europe n’a qu’une peur : qu’il ouvre les portes de l’Europe aux migrants.

 

Aujourd’hui, cela fait plus de vingt-cinq ans que l’Union soviétique s’est écroulée. Dans les années 1980, quand j’étais étudiant, le poids idéologique me paraissait moindre car ce qu’il se passait en Union soviétique n’était plus caché. Il était plus difficile de soutenir le marxisme comme dans les années 70 et les idéologues marxistes ont, de ce dont je me souviens, fait plutôt profil bas. C’était plutôt l’heure de gloire des libéraux avec l’école de Chicago, plutôt dans les sciences économiques. À mon avis, il y a une résurgence de l’idéologie marxiste ou néo-marxiste dans les sciences humaines et sociales depuis les années 2010, puisqu’une génération a passé depuis la chute de l’URSS. Il y a aussi ce que l’on appelle le droit-de-l’hommisme qui concerne beaucoup de personnalités au sein des universités. Plus spécifiquement dans mon domaine, qui est le Moyen-Orient et l’islam, il y a un poids énorme de ce que Gilles Kepel a appelé l’islamogauchisme. C’est-à-dire les anciens soixante-huitards et néo-marxistes qui voient dans le musulman de banlieue le prolétaire du XIXe siècle et dans le Printemps arabe la révolution communiste de leur jeunesse. L’un des finalistes de la primaire socialiste, Benoît Hamon, est tout à fait dans cette ligne. Ainsi, à propos des cafés de banlieue où les femmes sont persona non grata, il a tout simplement affirmé qu’elles étaient aussi interdites dans les bars ouvriers du XIXe siècle. À mon avis, il n’a pas lu L’Assommoir d’Émile Zola. Ces idéologues ont eu leur heure de gloire puisqu’ils étaient finalement en phase avec la politique étrangère française, pour qui il fallait soutenir la révolution syrienne. C’est un phénomène assez rare selon moi. Pendant la guerre d’Algérie, par exemple, il y avait la position de l’État français et les universitaires étaient complètement contre. Seule une minorité était pour l’Algérie française.

En France, le fait qu’une école de pensée domine et se voit attribuer les crédits de recherche marque la fin du pluralisme. Moi, ça ne me dérange pas qu’il y ait des marxistes et des libéraux à l’université. Au contraire, c’est dans le débat que l’on va progresser. Mais, quand il y a le monopole d’une certaine école de pensée sur la recherche, ça ne va plus, et c’est ce qu’il se passe aujourd’hui. Ce que je dénonce, c’est que, si nous en sommes là sur l’islam, le Moyen-Orient et le terrorisme en France, c’est aussi à cause de certains universitaires qui préfèrent avoir tort avec Jean-Paul Sartre que raison avec Raymond Aron. On en est toujours là en France, on préfère avoir tort avec Jean-Pierre Filliu que raison avec Gilles Kepel.

http://www.lelanceur.fr/fabrice-balanche-sur-le-dossier-syrien-la-domination-dune-ecole-de-pensee-marque-la-fin-du-pluralisme/

 

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