Alain JUPPE ET LES FANTOMES DE KIGALI

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Le ministre des affaires étrangères  au moment du génocide du Rwanda s’appelle Alain JUPPE, dans un gouvernement de cohabitation avec Mitterrand.

Le futur président désigné par les médias    n’a certainement pas voulu le génocide, il n’en porte pas la responsabilité directe mais il s’est trompé, lourdement trompé, et les choix qui furent les siens  doivent être connus de ceux qui veulent le plébisciter

Le dossier  du Rwanda reviendra dans l’actualité comme celui de la SYRIE   ou celui des frères musulmans

 

L’histoire juge sévèrement la France François  Mitterrand et son fils JEAN Christophe alliés objectifs d’un régime qui a organisé le génocide  de un million de Tutsis .

Les militaires français instruisent et entraînent une armée totalement monoethnique dans un pays où se développe le racisme interethnique, où vont apparaître des branches extrémistes hutu dans les différents partis et des appels au génocide par la Radio des Mille collines.

Les militaires français ont en effet soutenu d’une manière très forte l’armée rwandaise hutu, en participant à l’élaboration des plans de bataille quotidiens, en étant partie prenante aux décisions, en faisant des contrôles aux portes des villes, en participant, au moins dans un cas, à des interrogatoires, etc.

Globalement, les militaires ont exécuté des missions qui leur avaient été confiées par le pouvoir politique. Mais ne l’ont-ils pas influencé par leurs analyses et leurs demandes ? Et qui entend-on par « pouvoir politique » ? C’est là que les choses sont com­plexes étant donné la multiplicité des filières d’intervention, de la Mission militaire de Coopération au président de la République en passant par la mission de coopération au Rwanda, l’ambassade, le gouvernement, étant donné aussi leur non-coordination et le secret dans lequel la plupart des décisions étaient prises.

Rony Brauman, président de Médecins sans frontières avance quatre raisons  pour expliquer la responsabilité de Mitterrand dans les causes du génocide :

« Dans une sorte de « donnant-donnant » diplomatique, la France, en échange d’une aide logistique et militaire réelle au pouvoir rwandais (et par extension, à tous les pouvoirs de cette zone de l’Afrique), attendait un soutien diplomatique et international capable de justifier son rang de grande puissance internationale

La majorité de la population du Rwanda (environ 85 %) est d’appartenance hutue.  D’où la défense du parti hutu dans la perspective d’un futur gouvernement hutu.

La troisième raison tient à une image faussement favorable (et volontairement inexacte) qu’à le pouvoir à Paris du Rwanda même si le pouvoir mène une véritable politique d’apartheid, le tout sur fond de corruption généralisée.

Les forces tutsies du FPR sont issues pour la plupart de l’Ouganda voisin (où deux cent mille Tutsi s’enfuirent à la suite de la révolution de 1959, l’arrivée au pouvoir des Hutu, qui se traduisit par des massacres). Beaucoup sont anglophones, et beaucoup aussi sortent des rangs de l’armée de ce pays, comme leur chef, KAGAME, ancien stagiaire d’une école militaire américaine ».

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La responsabilité de Mitterrand est totale mais alors pourquoi  citer dans cette affaire Alain JUPPE ?

Ancien fonctionnaire international, journaliste, écrivain, enseignant, David Gakunzi est connu pour son parcours d’intellectuel engagé en faveur de la promotion de la paix, de la transformation sociale et d’un mieux vivre-ensemble. Il a vécu et travaillé en Afrique, en Europe, en Amériques du Nord et du Sud. Il a connu et rencontré au cours de son itinéraire de nombreux personnages dont Julius Nyerere, Dom Helder Camara, Nelson Mandela, Pierre Fatumbi Verger, Graca Machel … Il est à l’origine de nombreuses initiatives dont le Centre international Martin Luther King, la caravane pour la paix en Afrique, l’université africaine de la paix… David Gakunzi dirige le Paris Global Forumet il se situe aux antipodes de l’extrème droite.

SA LETTRE OUVERTE DONNE LE FRISSON

« Manifestement l’homme que vous êtes a du mal à lever les yeux devant le génocide des Tutsis du Rwanda ; manifestement, il vous est pénible, difficile de regarder en face ce qui est advenu ; clairement votre rapport aux victimes du génocide est problématique. Que l’on vous interroge sur les responsabilités de l’Etat français dans la matérialisation de ce crime, que l’on vous questionne légitimement, puisque vous étiez en charge des affaires étrangères à l’époque, et de raison vous n’êtes plus, et la conscience désertée, votre défense se déploie rigide et radicale : « Comment ? l’Etat français témoin passif, témoin actif de l’inacceptable ? Foutaises ! Falsification honteuse de l’histoire, produit de l’imagination maléfique de personnages mal intentionnés œuvrant à souiller l’honneur de la France. » Et… et les nombreux documents donc ? Et les multiples rapports, ouvrages, enquêtes, documentaires, photos et témoignages oculaires accusateurs ? Et la parole de ceux qui ont vu cela de leurs propres yeux, y compris des militaires français présents au Rwanda au moment des faits ? « Tous des affabulateurs ! Tous des honteux ! » Dénégation absolue donc, déni, évasion, réponse hors histoire.

Monsieur Juppé,

Le sens du réel – y compris celui d’un crime de génocide – ne serait – en définitive – chez vous, qu’affaire d’interprétation. Mais, hélas pour vous, (vous n’y pouvez rien) les faits demeurent les faits : le soutien politique, militaire, financier, diplomatique et médiatique de l’Etat français aux génocidaires rwandais est largement documenté.

Quelques exemples pour vous rafraîchir la mémoire. Le 27 avril 1994 en plein génocide vous recevez, vous-même, Jérôme Bicamumpaka et Jean-Bosco Barayagwiza, membres du « Gouvernement intérimaire rwandais », constitué dans les locaux de l’ambassade de France, selon les propos de l’ambassadeur Marlaud lui-même, gouvernement intérimaire qui sera jugé ultérieurement responsable du génocide par le TPIR.

Oui, vous recevez donc Bicamumpaka et Barayagwiza ; vous recevez en toute connaissance, en toute clairvoyance Barayagwiza ; Brayagwiza, ordonnateur et planificateur de meurtres de Tutsis ; Barayagwiza, fondateur de la RTLM, la radio de la haine, la Radio Télé la Mort, la radio-voix du génocide.

Le 27 avril, alors qu’à Kigali, la RTLM éructe des appels quotidiens à l’extermination des Tutsis ; alors qu’au pays des milles collines, on chasse, la machette et la kalach à la main, on chasse dans les villes et les marais, les collines et les vallées, on chasse les Tutsis comme on chasse du gibier ; vous, vous, M. Juppé, vous recevez Barayagwiza. Mais pour quel palabre donc ? Pour évoquer et discuter, sans doute, entre gens civilisés de la vitalité de la littérature francophone ? Ou alors pour échanger sur la beauté naturelle du Rwanda et les immenses atouts touristiques des milles collines vertes désormais rougies de sang ?

Monsieur Juppé, c’est un fait, ce jour-là, en accueillant Barayagwiza, vous-même et tous les autres qui ont reçu ces monstrueux personnages-là, vous avez filé un sacré coup de main aux tueurs de Kigali ; vous avez béni leurs crimes en leur conférant une respectabilité diplomatique ; ce jour-là, vous avez commis plus qu’une erreur politique, une faute morale. Et vous saviez ce que vous faisiez, et vous l’avez fait. Et où était donc passé votre conscience morale ? Et où l’honneur de la France, ce jour-là ? Et où les valeurs de la république ? Piétinées. Foulées aux pieds. Souillées d’une manière indélébile.

Reçus avec les honneurs, Barayagwiza et Bicamumpaka quittent Paris tout sourire, satisfaits, heureux du succès de leur visite. Et le 9 mai, la RTLM annonce la bonne nouvelle : poursuite de l’assistance française à condition de ne plus voir ces cadavres encombrant les trottoirs, ni ces massacres qui tachent car conduits en plein jour. Et toujours dans la foulée de la visite en France, le 16 mai 1994, Bicamumpaka s’adresse au Conseil de sécurité des Nations Unies et nie tout simplement le génocide. Il affirme que tout va bien au Rwanda, que la paix règne et que la radio rwandaise diffuse quotidiennement des messages de paix. Deux semaines plus tard, le 30 mai, ricanements sur la RTLM ; la RTLM ricane, se moque des morts, réfute leur exécution et parle de « suicides » des Tutsis.

Les faits, encore les faits sur les compromissions, les accommodements, les arrangements, les complicités ? Les armes. La livraison des armes. La livraison des armes aux tueurs de Nyamata, de Murambi, de Bisesero, de Gisozi et d’ailleurs au Rwanda. Qui ? Qui a livré les instruments de la mort aux tueurs avant, pendant et après le génocide ? Qui ? Quelle puissance ? Oui, qui ? Quel pouvoir d’Etat, au nom de principes géopolitiques bidons, s’est chargé de livrer les outils de la tuerie aux bouchers de Kigali ? Tenez cette missive du Président du gouvernement intérimaire datée du 22 mai et destinée à son homologue français :

« Monsieur le Président, le peuple rwandais vous exprime ses sentiments de gratitude pour le soutien moral, diplomatique et matériel que Vous lui avez assuré depuis 1990 jusqu’à ce jour. En son nom, je fais encore une fois appel à votre généreuse compréhension et à celle du peuple français en Vous priant de nous fournir encore une fois votre appui tant matériel que diplomatique. Sans votre aide urgente nos agresseurs risquent de réaliser leurs plans et qui Vous sont connus. »

Qui ? Oui, qui a aidé jusque dans leur exil les tueurs ? Qui a livré pas moins de cinq cargaisons d’armes aux génocidaires défaits en fuite dans le Kivu via l’aéroport de Goma, courant mai 1994 ? Et qui a exfiltré du Rwanda les Bagosora et autres tueurs en chef ? La réponse ? Vous la connaissez : le gouvernement dans lequel vous présidiez aux affaires étrangères.

Monsieur Juppé,

Votre parade, votre ligne de défense est connue, archi-connue : « Mais… nous avons sauvé de nombreuses vies d’une mort certaine. Mais enfin… l’opération turquoise ! L’humanitaire opération turquoise qui a permis de sauver des Tutsis ! L’honneur ! L’honneur de la France !!!» Sinistre causerie, lamentable brouhaha. Des vies sauvées ? Sans doute, fort heureusement ! Et, hélas, le plus souvent, seulement à l’initiative de soldats révoltés par les crimes commis sous leurs yeux. Mais pour le reste, oui tout le reste, que fut au fond cette fameuse zone Turquoise sinon une bande de repli sanctuarisée pour tueurs en cavale vers le Zaïre voisin ?

Turquoise ? Vous avez dit Turquoise ? Une blessure béante ! Tenez Bisesero… Oui, Bisesero et ces femmes, Bisesero et ces enfants, ces vieillards, ces jeunes, trompés, livrés aux tueurs trois jours durant, du 27 au 30 juin. Bisesero ? Sur les collines de Bisesero, couvertes de forêts et de buissons, deux mois durant, des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants, armés de pierres et de lances opposent une résistance héroïque, inflexible aux attaques des forces de la mort. Ils tiennent debout dans le froid et sous la pluie, déterminés à combattre, à tenir jusqu’au bout. Les assauts des tueurs sont quotidiens et vers fin juin, la situation est de plus en plus intenable, désespérée.

Le 26 juin des journalistes informent les militaires français : sur les hauteurs de Bisesero, il y a encore des vies à sauver ; dans les buissons de Bisesero, il y a des rescapés encore en vie, cachés, terrés. Le lendemain, une patrouille de l’armée française se rend sur les lieux. Témoignage d’un rescapé :

« Lorsque les Français sont arrivés sur la route, nous sommes descendus de nos collines ; nous sommes sortis de nos buissons ; nous sommes sortis de nos lieux de cachettes. Nous nous croyions sauvés. Cela faisait deux mois que nous étions terrés et pourchassés chaque jour par les miliciens et les militaires. Nous étions fatigués, exténués, à bout de forces. Lorsque nous avons vu arriver les militaires Français, nous nous sommes dit que notre calvaire était fini. Nous sommes donc sortis de nos cachettes et nous avons demandé aux Français de nous protéger. Nous leur avons montré les corps de nos morts et les blessés par balles, et les blessés par machettes. Ils nous ont dit « retournez dans vos cachettes ; ne vous en faites pas nous allons revenir. » Nous leur avons dit : « Mais si vous partez, si vous nous laissez seuls, nous sommes morts. Les tueurs vont revenir pour nous exterminer ». Nous avons supplié : « s’il vous plaît, restez avec nous ou emmenez-nous avec vous ». »

Les rescapés seront abandonnés à leur sort. Les militaires français rebroussent chemin et retournent à leur base. Dès leur arrivée le chef de la patrouille, le lieutenant-colonel Duval, dit « Diego », rend néanmoins aussitôt compte à sa hiérarchie. Fax transmis le 27 juin :

« Dans le secteur de Bisesero, nous avons rencontré une centaine de Tutsi réfugiés dans la montagne. Ils se sont présentés spontanément sur la piste en voyant les véhicules militaires. Ils seraient environ deux mille cachés dans les bois. D’après eux, la chasse aux Tutsi a lieu tous les jours, menée par des éléments de l’armée, gendarmerie, milice encadrant la population. (…) Ils sont dans un état de dénuement nutritionnel, sanitaire et médical extrême. Ils ont directement impliqué les autorités locales de Kibuye comme participant à ces chasses à l’homme. Ils espéraient notre protection immédiate ou leur transfert en un lieu protégé. (…) Il y a là une situation d’urgence qui débouchera sur une extermination si une structure humanitaire n’est pas rapidement mise en place ou tout au moins des moyens pour arrêter ces chasses à l’homme. »

Le lieutenant-colonel Jean-Rémi Duval informe également le patron du commandement des opérations spéciales: « Je rends compte à Rosier (patron du Commandement des opérations spéciales) . Je lui dis verbalement ce que j’écris ensuite dans le fax. Je lui demande l’autorisation d’y retourner le lendemain avec un effectif supérieur et des renforts en hommes et en matériel, qu’il est censé me fournir. Il me répond non. » Ordre de ne rien faire. Ordre de ne pas bouger. Pourquoi ? Guillaume Ancel, ancien officier de l’armée française: « Nous aurions pu combattre les génocidaires, mais nous nous sommes opposés jusqu’au bout à ceux qui les affrontaient, obsédés par un héritage politique dénué de sens. »

Entretemps, sur les hauteurs et les collines de Bisesero, les miliciens tuent, tuent, tuent à tour de bras. Et lorsque trois jours plus tard, le 30 juin, raconte encore Ancel, « des sous-officiers ulcérés par une telle situation « se perdent » malencontreusement dans cette zone et prennent le soin d’avertir leur hiérarchie de leur (re)découverte, obligeant de fait le commandement de l’opération à monter une opération de secours », il est trop tard, beaucoup trop tard : il ne reste plus qu’une poignée de survivants. Des deux mille survivants de Bisesero, il ne reste plus, trois jours plus tard, que huit cents rescapés. Trois jours plus tard, trois jours trop tard… Alors Turquoise ? Turquoise, opération humanitaire ? Vous avez dit humanitaire ?

Monsieur Juppé,

L’honneur d’un grand pays, l’honneur d’un pays qui aspire à la grandeur c’est non l’arrogance toute puissante et écrasante mais le courage d’affronter ce qui a été fait, ce qui a été commis. Le contraire, avancer, détaler loin des murmures obsédants du passé, le cœur et la raison imperméables à la douleur infligée, esquiver le passé, cela porte un nom : la lâcheté, la lâcheté des hommes. Seriez-vous par hasard irrémédiablement atteint par cette sournoise et honteuse maladie ? Car comment expliquer que face-à-face avec l’histoire du génocide des Tutsis et des responsabilités françaises, vous ayez fait de la négation des faits le sinistre combat de votre vie ? Comment expliquer que devant un malheur aussi extrême, aussi singulier que cette tentative d’anéantissement totale de tous les Tutsis du Rwanda, comment expliquer que depuis plus de deux décennies, aucun regret, aucun remord adressé aux victimes du génocide ne soit ressorti de la sécheresse de votre bouche ? Comment expliquer cette rhétorique, votre obscure rhétorique contaminée par pans entiers par la langue, le vocable négationniste des Bagosora et consorts, ces tortionnaires de la mémoire des morts et des survivants. Car s’il est arrivé que vous parliez de génocide dès le mois de mai, que dites-vous ensuite dès le 16 juin 1994, avec une froideur déconcertante, dans une tribune accordée à Libération ? Qu’il existerait une autre version de l’histoire, qu’il y aurait eu selon vos propres mots « des génocides » au Rwanda. Ainsi d’un trait de plume, d’un trait de votre plume, relativisé, soufflé le génocide des Tutsis et cautionnée, amplifiée la thèse perverse, négationniste du double génocide des tueurs. Glaçant!

Monsieur Juppé,

Les faits sont nombreux, concordants, gravissimes, épouvantables. Des vies sont tombées au Rwanda ; des vies ont été massacrées, effacées ; des Rwandais sont morts de mille morts dans d’indicibles souffrances ; le génocide des Tutsis a bien eu lieu, orchestré, organisé, exécuté par des rwandais entourés, soutenus par des responsables politiques français. Telle est la réalité des faits. Et votre combat, votre acharnement à dissoudre, noyer l’histoire de ce crime dans un sinistre récit opaque, abracadabrantesque ; votre entêtement et volonté de remplacer le réel de l’histoire par un fantasque récit qui ne tient pas debout, ne vous honore pas : non seulement il met sérieusement en question la fiabilité, en général, de votre parole politique, pire, il participe à cette perverse, permanente, interminable guerre faite à la mémoire des morts, à la justice et à l’histoire ; il relève tout simplement du négationnisme. Et le négationnisme, vous le savez très bien, Monsieur Juppé, est plus qu’une tentative de liquidation des faits et de leur sens, plus qu’un mécanisme pitoyable d’auto-défense judiciaire, plus qu’une obsessionnelle volonté de faire taire la voix des victimes pour effacer définitivement les traces de l’inavouable, le négationnisme est une réactualisation continuelle de l’appel à l’anéantissement.

Et où l’honneur de la France dans tout ça ?

GAZUNKI

Le rwandais Jean Damascene Bizimana fait lui aussi  un procès à charge :

«

Pendant Turquoise, l’ordre de protéger les membres du gouvernement intérimaire, responsable du génocide a été donné par Alain Juppé. Le général Jean-Claude Lafourcade l’a écrit dans une note du 13 juillet 1994 destinée à ses subordonnés : « J’ai posé la question à notre diplomatie de la conduite à tenir vis-à-vis de membres du gouvernement intérimaire qui viendrait [sic] se réfugier dans la Zone Humanitaire Sûre. A priori, sauf menaces directes sur les populations, nous n’avons pas à arrêter ni à séquestrer personne ». Ce soutien a permis au gouvernement génocidaire et à son armée de poursuivre en toute impunité l’élimination des derniers Tutsis encore en vie dans cette zone.

Le 16 mai 1994, Alain Juppé a publié un article dans le journal Libération signalant qu’un génocide se commettait au Rwanda, sans dire clairement de quel génocide il s’agissait. Certains ont pensé qu’il finissait enfin par reconnaître l’évidence de ce crime des crimes. Mais un mois après, le 16 juin 1994, Alain Juppé sortit un autre article clarifiant sa position selon laquelle il y avait eu un double-génocide au Rwanda.

Il ne s’agit pas là d’une falsification de l’histoire comme le prétend Alain Juppé. Bien au contraire, il s’agit de la vérité historique que personne ne pourra raisonnablement nier. »

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Alain JUPPE  accuse la communauté internationale  et s’appuie sur le rapport de Caseneuve et Quiles

« Ce que je sais, c’est qu’à l’époque, loin de prendre parti pour un camp contre l’autre, le gouvernement français a tout fait pour réconcilier le gouvernement du Président Habyarimana, légalement élu, et le leader du Front Patriotique Rwandais (FPR) , le colonel Kagamé qui, de l’Ouganda où il se trouvait en exil, se lançait dans la reconquête du territoire de son pays. C’est ce qu’on a appelé le processus d’Arusha, du nom de la ville de Tanzanie où se déroulaient les négociations. Ce processus, lancé dès 1992 , a abouti en août 1993 à une série d’accords qui actaient la réconciliation nationale, le départ des troupes françaises présentes au Rwanda, la mise en place d’une force des Nations Unies, la MINUAR, pour surveiller la bonne application de l’accord, et la création d’un gouvernement de transition consacrant la réintégration des exilés tutsis. Nous avons presque réussi à convaincre les parties de respecter cet accord. Nous avons retiré les forces françaises de l’opération Noroît qui étaient présentes sur le sol rwandais depuis octobre 1990 pour protéger les 600 ressortissants français du Rwanda (à l’exception de 24 coopérants militaires dans le cadre d’un détachement d’assistance technique). Une Assemblée nationale de transition s’est installée en mars 1994. Bref le processus de paix semblait bien engagé… jusqu’à l’attentat du 6 avril 1994 qui a évidemment ruiné les efforts de la diplomatie française. Ce que je sais aussi, c’est que loin de se taire sur ce qui s’est alors passé au Rwanda, le gouvernement français a, par ma voix, solennellement dénoncé le génocide dont des centaines de milliers de Tutsis étaient les victimes. Je l’ai dit le 15 mai 1994 à l’issue de la réunion du Conseil des Ministres de l’Union Européenne à Bruxelles, et de nouveau le 18 mai à l’Assemblée Nationale au cours de la séance des questions d’actualité. Ce que je sais, c’est que la communauté internationale a fait preuve d’une passivité, voire d’un « aveuglement » scandaleux. Malgré ce qui se passait sur le terrain et que l’on savait, malgré les appels de son Secrétaire général en exercice, Boutros Boutros-Ghali, qui réclamait l’envoi rapide de 5 000 Casques bleus, le Conseil de Sécurité a été incapable de prendre la moindre décision… sauf celle de ramener les effectifs de la MINUAR de 2548 à 270 hommes (21 avril 1994). Devant la carence de la communauté internationale et les obstacles mis par certaines grandes puissances aux demandes du Secrétaire général de l’ONU, la France a été la seule à avoir un sursaut de courage. J’ai longuement expliqué, à l’époque, l’initiative qui a abouti à l’opération Turquoise, c’est-à-dire à l’envoi d’une force internationale, principalement constituée de militaires français. Le gouvernement français a obtenu le feu vert du Conseil de Sécurité par la résolution  n°929 en date du 22 juin 1994. Le Secrétaire d’Etat américain, Warren Christopher, m’a fait personnellement part de son admiration pour cette initiative de la France. Ce que je sais enfin, c’est que l’opération Turquoise s’est exactement déroulée dans les conditions fixées par la résolution des Nations Unies. Elle a permis de sauver des centaines de milliers de vies. Je me souviens de l’accueil que réservaient à nos soldats les réfugiés qui fuyaient les combats opposant le FPR (Front Patriotique Rwandais du colonel Kagamé) et les FAR (Forces Armées Rwandaises). Turquoise a également protégé des dizaines de sites de regroupement de civils tutsis et permis  aux ONG d’accéder en toute sécurité à ces populations. Son mandat n’était en aucune manière de faire la guerre, mais de mener une opération humanitaire, nettement définie dans le temps et dans l’espace. Elle l’a remplie dans des conditions qui font honneur à l’armée française et à notre pays. Jusqu’à ce qu’enfin arrivent sur place les Casques bleus de la MINUAR II, fin août 1994. Tout cela, je l’ai déclaré en détail devant la mission parlementaire sur le génocide du Rwanda qu’a présidée en 1998 M. Paul Quilès. On peut se référer à ses conclusions,  ou , si l’on cherche un texte plus synthétique, à l’article que Paul Quilès a publié le 28 mars 2009 dans le Figaro, sous le titre « Rwanda: cessons de diaboliser la France ». Aujourd’hui, il est utile que la France et le Rwanda dissipent les malentendus et se réconcilient. Il reste nécessaire que les coupables de cet abominable génocide soient poursuivis, traduits en justice et châtiés, où qu’ils se trouvent. Mais il ne serait pas acceptable de ré-écrire une autre Histoire. Alain Juppé

Il est rigoureusement faux que la France ait aidé en quelque manière les auteurs du génocide à préparer leur forfait. Bien au contraire avant mars 1993 (date de prise de fonction du gouvernement Balladur) comme après cette date, notre pays a tout fait pour pousser à la réconciliation des deux camps. Il a efficacement oeuvré à la conclusion des accords d’Arusha qui posaient les bases de cette réconciliation et qui ont été salués positivement par M. Kagamé lui-même. Il est rigoureusement faux que la France n’ait pas dénoncé le déclenchement du génocide en le qualifiant en ces termes même. Mes déclarations publiques en font foi, en mai 1994, au conseil des ministres des affaires étrangères de l’Union Européenne comme à l’Assemblée Nationale. Quand aux accusations portées contre notre Armée, elles sont tout simplement honteuses. Nos soldats ont exécuté strictement la mission qui leur avait été assignée par le gouvernement, en application d’une résolution très précise du Conseil de sécurité des Nations Unies. Ils l’ont fait avec le courage et la discipline qui les caractérisent. Je me souviens de l’accueil enthousiaste que leur ont réservé les centaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants qu’ils ont protégés. Sans doute subsiste-t-il encore des zones d’ombre sur cette période tragique. Malgré les investigations de l’ONU, de la justice française, de la justice espagnole, on ne sait toujours pas qui sont les auteurs de l’attentat contre l’avion qui transportait le Président Habyarimana et le Président du Burundi le 6 avril 1994 . C ‘est le lendemain de cet attentat qu’ont commencé les massacres de 800 000 Tutsi (et Hutu modérés). En connaître les auteurs serait de première importance pour comprendre l’enchaînement des faits. On peut espérer, comme la mission Quilès, que « la vérité fera peu à peu son chemin. C’est ainsi que le souvenir des victimes du génocide ne se confondra pas avec les intérêts de ceux qui prétendent parler en leur nom ». En attendant que vienne la vérité, on ne peut tolérer la véritable entreprise de falsification historique qui veut faire porter à la France la culpabilité du génocide. La communauté internationale a failli, c’est un fait. Elle a été incapable de prévenir et d’arrêter le génocide. Mais la communauté internationale, ce n’est pas la France seule. C’est le Conseil de sécurité des Nations Unies dont Kofi Annan qui dirigeait alors le Département des Opérations de Maintien de la Paix a décrit plus tard la paralysie. Il écrit: « Les Français ont poussé dès le début des négociations d’Arusha pour qu’une force de l’ONU soit déployée au Rwanda en soutien de l’accord de paix. Hormis côté français, il y avait au début peu d’appétence chez les membres permanents du Conseil de sécurité pour mandater une nouvelle force de maintien de la paix… » Plus loin, il ajoute: « Nous devons reconnaître que le monde a échoué face au mal. La communauté internationale et les Nations Unies n’ont pu mobiliser la volonté politique de l’affronter. » La « communauté internationale » , ce sont aussi les Etats-Unis, très influents dans la région et dont le Président Clinton lui-même a reconnu l’inaction. Ce sont aussi les pays européens dont certains avaient des responsabilités historiques dans la région. La France a été la seule puissance à agir. Il serait aujourd’hui intolérable que nous soyons désignés comme les principaux coupables. J’appelle le Président de la République et le gouvernement français à défendre sans ambiguïté l’honneur de la France, l’honneur de son Armée, l’honneur de ses diplomates. Alain Juppé (2013)

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Qui dit vrai ?

La vérité peut elle venir de la justice ?  Le très politique juge BRUGUIERE  a directement visé le fpr tutsi dans l’attentant qui a tout déclenché l’enquête a pris une nouvelle tournure avec sa reprise en 2007 par les juges Marc Trévidic et Nathalie Poux. Un nouveau rapport d’expertise publié en janvier 2012 étayait en effet l’hypothèse contraire de tirs provenant d’un camp militaire tenu par des extrémistes « Hutu Power » des Forces armées rwandaises (FAR) débarrasser du président Habyarimana, jugé trop modéré, pour faciliter un coup d’État.

à la demande du juge Trévidic, une série de perquisitions menées chez Barril et auprès de son entourage ont permis de mettre la main sur des documents accablants. Outre la demande de 1000 mercenaires, les enquêteurs ont récupéré des factures d’armes, de munitions et d’hommes, liées à « un contrat d’assistance » passé entre Barril et le gouvernement rwandais et daté du 28 mai 1994. Cartouches, obus, mortiers, grenades… le montant global dépasse les 3 M$. Le juge Trévidic interroge le capitaine Barril sur ces documents. Le contrat d’assistance? « Cela n’a jamais existé », prétend l’intéressé. Les factures? « Cela ne s’est jamais fait. » Paul Barril, qui se présente désormais comme conseiller auprès des autorités qatariennes, a une expression pour résumer tout cela : « C’est de la mayonnaise africaine. » Une mayonnaise de près d’un million de morts.

Barril a toujours été l’homme de Mitterrand

L’armée française a-t-elle laissé se perpétrer un massacre de civils tutsis, en plein génocide, au Rwanda, entre le 27 et le 30 juin 1994, sur les collines de Bisesero ?

Juppe et Léotard sont directement visés

Dans un courrier adressé le 24 novembre 2015 au juge Claude Chiquet, l’association Survie, la FIDH et la Ligue des droits de l’Homme, estiment que le fait de « ne pas se rendre à Bisesero pour y intervenir, ne pas désarmer les miliciens présents à Gishyita [à proximité des massacres], les laisser partir combattre vers Bisesero depuis Gishyita, caractérise en l’état du dossier d’instruction des actes de complicité [de génocide]. De même, le fait de relayer aux médias français et internationaux la propagande gouvernementale sur la présence ‘d’infiltrés FPR’ dans ces collines, laquelle permettait de justifier l’absence d’intervention, sont autant d’actes qui ont permis de faciliter la préparation et la consommation du crime. »

 

 

Une excellente présentation générale des « archives de François Mitterrand » sur le Rwanda a été faite sous ce titre par Rafaëlle Maison dans la revue Esprit de mai 2010 (p. 135 à 159). Rafaëlle Maison, Professeur de Droit à l’Université de Paris XI et auteur de La responsabilité individuelle pour crime d’Etat en droit international public (Bruylant – 2004), nous dépeint ces archives fidèlement, faisant notamment ressortir le rôle déterminant de Mitterrand dans le soutien militaire et diplomatique au régime génocidaire, l’atmosphère de glissement partial anti-tutsi et de « médiocrité » qu’elles dégagent lorsqu’on les feuillette dans les « reliures » de l’Institut François Mitterrand. Elle n’oublie pas non plus de s’interroger sur ce que l’on a bien voulu montrer en sélectionnant ces archives et sur leurs silences.

Mais si cette recension donne de ces archives, non sans raison, une impression décevante et une « atmosphère » du pouvoir, il n’en demeure pas moins que lorsqu’on les sort une à une de leur reliure et qu’on les insère patiemment dans le déroulement des événements, ces notes confirment l’image du puzzle décrit par notre commission, voire parfois inversent le sens connu des événements.

Par exemple les  notes de l’Elysée,  montrent non seulement que le premier accord d’Arusha n’a pas été respecté par la France, mais que le rapport des députés français a masqué ce fait, alors que ces notes et d’autres documents des ministères étaient à leur disposition. De même ces notes montrent qu’au moment des événements contestés de Bisesero, pendant l’opération Turquoise fin juin 1994, le Conseil restreint des ministres français parlait de maquis tutsi en évoquant les rescapés réfugiés à Bisesero. Cela confirme d’autres témoignages accablants. Les députés ont éludé cette question. Le témoignage accablant d’Immaculée Cattier devant notre commission concernant la barrière de Ruhengeri en avril 1991 « bénéficie » lui-aussi de notes de l’Elysée qui le contextualisent (Cf.ci-dessous)… notes qu’on a découvert après le témoignage.

Il faut donc sortir ces notes de leur enveloppe et les passer au crible des croisements de documents, de témoignages et de faits, analysant chaque scorie, chaque octet, un travail de police scientifique, c’est le seul moyen de dépasser les silences actuels des archives. C’est ce qu’a fait méthodiquement le mathématicien Jacques Morel dans « La France au coeur du génocide des Tutsi » (Izuba – L’Esprit frappeur, 2010, 1500 pages, au format A4 et en caractères denses, site internet du livre). Son travail monumental est incontournable pour qui cherche encore à mesurer la profondeur de l’implication de la France au Rwanda. Même si l’on ne peut prétendre qu’il a tout cerné, du moins a-t-il cerné tout ce que l’on sait ou suppute à ce jour. Ce travail de fond contraste avec les « à peu près » et contre-vérités des bricolages textuels de trop de commentateurs plus ou moins proches des autorités politiques et militaires françaises, quand il ne s’agit pas de ceux de leurs membres !

Vous pouvez télécharger le livre de Morel, il est hélas accablant pour Mitterrand et pour le gouvernement

http://jacques.morel67.free.fr/FranceCoeurGenocideTutsi-IP.pdf

Le même MOREL accuse  Hubert VEDRINE secrétaire général de l’Elysée  de conforter les choix de Mitterrand. L’un et l’autre s’opposant à Balladur qui  qui voulait seulement une opération  humanitaire

http://jacques.morel67.free.fr/FranceCoeurGenocideTutsi-IP.pdf

 

La France principal commanditaire du génocide

« Les dirigeants français étaient acquis à l’idéologie des auteurs du génocide. Ils étaient informés de leurprojet d’éliminer les Tutsi mais n’ont pas cessé leur soutien militaire. Au moins par trois fois avant 1994,ils ont sauvé l’armée rwandaise de la débâcle devant les forces du FPR. S’ils n’étaient pas intervenus, ladictature raciste d’Habyarimana aurait été renversée, il n’y aurait pas eu de génocide.

La France est probablement impliquée dans l’assassinat d’Habyarimana qui a déclenché le génocide.Le 8 avril, au lieu de faire cesser les massacres, la France participe à la formation du gouvernement quiva les orchestrer. Ses troupes arrivées le 9 avril restent neutres devant les massacres. Lorsque les troupesde ce gouvernement, armée et milices, sont mises en déroute par l’armée du FPR, la France sous couvertd’une mission humanitaire mandatée par l’ONU va tenter de secourir les assassins mais ne parvient pas à redresser la situation à leur profit. Elle protégera leur fuite au Zaïre alors que le génocide des Tutsi estreconnu par l’ONU et qu’elle devait arrêter les présumés coupables.C’est la mise en évidence de l’implication de la France dans l’attentat contre Habyarimana qui validera entièrement cette hypothèse que la France est le principal commanditaire.

L’absence d’ordre écrit, commandant le génocide, fait-il écarter cette accusation de principal commanditaire? Non. Comme dans le cas de Laval et Bousquet, c’est un génocide opportuniste .D’ailleurs ,le terme de génocide est banni du langage de nos dirigeants. Le crime de génocide ne rentre dans le Code pénal français qu’en mars 1994. Mais on a rapporté que pour François Mitterrand, « Dans ces pays-là,un génocide c’est pas très important ». Faut-il y voir une revendication du crime ?

En 1994, ce sont les Tutsi qui sont déclarés et fichés comme ennemis, en tant que tels. À la veille

de l’opération Turquoise, François Mitterrand laisse entendre avec le plus parfait cynisme, que les Tutsi sont les ennemis de la démocratie : « Si ce pays devait passer sous la domination tutsie, ethnie très minoritaire, qui trouve sa base en Ouganda où certains sont favorables à la création d’un “Tutsiland”,englobant non seulement ce dernier pays mais aussi le Rwanda et le Burundi, il est certain que le processus de démocratisation serait interrompu. »

À l’entendre, l’élimination des Tutsi a donc été nécessaire pour défendre la démocratie.

On a rapporté en 1994 que pour M. Mitterrand, le génocide s’inscrit dans une logique de guerre.

Lui et son gouvernement n’ont voulu voir au Rwanda qu’une guerre. Mais il est indubitable qu’ici, en1994, c’est le génocide qui a d’abord commencé. Il a déclenché une guerre le 10 avril, jour de l’arrivée des troupes du FPR à Kigali, qui ont mis fin au génocide le 19 juillet, sauf dans la zone Turquoise où les massacres se sont poursuivis, certes à faible intensité, jusqu’au départ des Français »

 

Les travaux des historiens, l’accès à des archives déclassifiées  permettent-ils d’y voir plus clair sur les responsabilités des uns et des autres ?

Des auteurs tels que Patrick de Saint-Exupéry et des associations telles que Survie ont été parmi les premiers à exprimer cette réflexion inquiète : la France, par son influence et sa politique étrangère, a-t-elle permis, voire facilité le génocide ?

 

Des universitaires français, le plus souvent en dehors de leur champ d’étude habituel, ont été associés à ces travaux, ainsi que de rares historiens. Il s’agissait d’historiens personnellement touchés par la tragédie rwandaise, comme José Kagabo et Marcel Kabanda, ou bien des spécialistes du Rwanda, comme Gérard Prunier et Jean-Pierre Chrétien qui, dès 1994, ont alerté le public français sur les dangers d’une lecture en termes de conflit « ethnique ». Les hutus modérés ont été également victimes . Par la suite, ces chercheurs ont combattu le négationnisme des autorités françaises qui consiste à soutenir la thèse du « double génocide » (les Hutu et les Tutsi se seraient massacrés successivement).

 

 

Rafaëlle Maison a le mérite de faire le point :

 

« En octobre 1990, la présidence française est venue au secours du pouvoir rwandais menacé par la rébellion du FPR, essentiellement composée d’exilés tutsi. Entre 1990 et 1993, l’expertise militaire française a été mobilisée dans la formation de l’armée rwandaise et jusque dans la direction des opérations de guerre, construisant ainsi un lien de co-belligérance contre le FPR. L’influence française était aussi diplomatique et politique. Les sources judiciaires internationales attestent par exemple que de nombreux membres du gouvernement issu du coup d’État du 6 avril 1994 (qui deviendra le gouvernement du génocide) ont été rassemblés à l’ambassade de France à Kigali avant de prêter serment, le 9 avril. Ils quitteront le Rwanda à la faveur de la « zone humanitaire sûre », créée à l’initiative de la France au cours de l’opération Turquoise, à la fin de la période génocidaire.

 

D’où ces questions : pourquoi et comment la France a-t-elle soutenu un régime raciste, dans un pays où les milices hutu étaient en train de s’armer ? Comment l’armée française a-t-elle formé les Forces armées rwandaises ? Qui a présidé à la constitution et à l’exfiltration du gouvernement génocidaire ? La France a-t-elle aidé le gouvernement rwandais pendant le génocide ? Pourquoi a-t-elle abandonné, en avril 1994, les employés tutsi de l’ambassade de France et du Centre culturel français ?

 

Sur ce sujet comme sur d’autres, le travail des historiens peut avoir des conséquences politiques et judiciaires directes. Des éléments susceptibles d’être historiquement attestés sont répréhensibles en droit français. Nulle amnistie n’est ici possible : l’imprescriptibilité et la compétence universelle sont affirmées dans les textes juridiques nationaux et internationaux  La recherche historique peut donc avoir des conséquences dont furent dépourvus les « événements » d’Algérie.

 

Il est sans doute désagréable qu’une procédure pénale puisse être soutenue, voire suscitée, par un travail d’histoire : les chercheurs n’aiment guère témoigner dans les procès pénaux, et on les comprend. Par ailleurs, les mots du droit effraient ou découragent, car ils paraissent figer l’analyse. Ce dont il est question ici, c’est la catégorie juridique de « complicité de génocide », particulièrement inhibante lorsqu’il s’agit de compatriotes.

Même si on se refuse, a priori, à penser que des autorités de notre pays aient pu consciemment soutenir un projet de génocide, la moindre des exigences est de comprendre les motifs de l’aveuglement qui les a amenées de fait à appuyer matériellement et moralement les responsables d’une politique menant à un génocide.

 

L’étude du génocide des Tutsi mérite une réflexion plus complexe. Citons par exemple les interrogations de Gabriel Périès suscitées par l’ouvrage de Jean-François Dupaquier, L’Agenda du génocide. Elles concernent les processus décisionnels dans la période précédant immédiatement les massacres de 1994 : « Combien de hiérarchies parallèles fonctionnent dans cet espace franco-rwandais ? Où se prend donc la décision ? À Kigali, à Paris ? Et qui la prend ? L’État rwandais apparaît en effet totalement dédoublé, tant par ses structures locales que par celles qui répondent à l’État français, lui-même connaissant plusieurs hiérarchies prises dans la boucle folle de la désinformation »

 

L’analyse des « savoir-faire » populaires dans le génocide est sans doute nécessaire, et l’approche « locale-anthropologique » nous a permis d’avancer dans la compréhension de l’événement. Mais il est aussi nécessaire de ne pas renoncer à une histoire étatique, diplomatique, internationale, africaine-européenne, une histoire connectée en quelque sorte, pour comprendre la spécificité du génocide, sans même parler des conséquences pénales. Y renoncer, ce serait prendre le risque, une fois encore, qu’un « pan de l’histoire politique et militaire de la France » ne fasse pas « partie de l’histoire de France »

http://laregledujeu.org/2016/04/07/28695/la-france-le-rwanda-et-lhonneur-de-monsieur-juppe/

 

Nous ferons notre les conclusions de

« Alain Juppé est le chef de la diplomatie française à partir d’avril 1993, mais il n’en est pas le seul responsable. Il y a bien sûr le président de la République, François Mitterrand, son Premier ministre Edouard Balladur, la cellule Afrique de l’Elysée, son Etat-major militaire particulier. Mais la position d’Alain Juppé est alors pleine d’ambiguïtés. Lors de son audition à la mission parlementaire, ses mensonges m’ont véritablement choqué. Il reconstruit l’histoire du Rwanda, celle du génocide. Il ose dire que l’attitude de la diplomatie française a été irréprochable, et en tire même gloire. C’est quelque chose de sidérant. Il y a là un mépris du citoyen qui m’a poussé à enquêter.

 Le colonel Cussac donne l’information au général Quesnot qui la transmet à François Mitterrand. Le pouvoir décisionnaire n’appartient pas à la diplomatie, mais à l’armée. Ensuite, la stratégie choisie, c’est la défense de la francophonie. Alain Juppé prend la suite de Roland Dumas qui s’était désintéressé du Rwanda. Il n’a pas du tout écouté les historiens comme Gérard Prunier et Jean-Pierre Chrétien, c’est vraiment affligeant. Et Alain Juppé soutient Habyarimana, dictateur et président du Rwanda. Au moment de la montée des violences, en 1994, Alain Juppé n’a pas de réaction, même verbale. Sauf une prise de position, en février, lors d’une semaine de massacres horribles de Tutsis.

 

Au début du génocide, Alain Juppé et Edouard Balladur sont en voyage d’affaires en Chine. Mais Alain Juppé revient en France et participe le 13 avril à un conseil des ministres restreint, très important. François Mitterrand lui demande, alors, la position que la France va défendre à l’ONU alors que les Etats-Unis veulent arrêter la mission des Nations-Unies. Sur place, les massacres s’amplifient. Les membres non-permanents du conseil de sécurité de l’ONU ne savent pas que les Tutsis sont visés juste parce qu’ils sont Tutsis. Ils croient qu’il s’agit simplement d’une guerre civile. Alain Juppé soutient, comme la Belgique, la réduction de 90% du contingent militaire de l’ONU à Kigali, n’ayant alors plus pour fonction que de proposer un cessez-le-feu. Passée de 1500 à 350 militaires, cette force devient symbolique et squelettique. Ensuite, le 27 avril, Alain Juppé reçoit avec Edouard Balladur un représentant du gouvernement génocidaire. On ne sait pas bien ce qui s’est dit, mais c’est alors une caution donnée à Kigali.

 

Demander aux génocidaires de s’arrêter, c’est une diplomatie de la parole, sans aucun effet. Trois semaines plus tard, le 15 mai, Alain Juppé fait une déclaration condamnant le génocide. C’est courageux car il agit seul, sans François Mitterrand ni Edouard Balladur. Mais trois jours après, il ose dire que c’est suite à l’agression du FPR que l’armée rwandaise aurait commencé à massacrer. Cela supposerait une offensive du FPR dès le 6 avril [NDLR : jour où le Front est accusé d’avoir perpétré un attentat contre l’avion du président rwandais. Accusation que les enquêtes des juges Trevidic et Poux ont mise à mal depuis 2012]. Mais c’est faux. Les tueurs ont d’abord commencé leur travail d’extermination et ce n’est que le 11 avril que débute une guerre civile entre l’armée rwandaise et le FPR. Dès le 29 avril, on atteint presque 500 000 morts selon les ONG. Si Alain Juppé ose donc parler de génocide, ce n’est pas répercuté par son ministère qui continue à évoquer des massacres.

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Le 2 juillet, Alain Juppé dit dans « Le Monde » que le dialogue avec les responsables du génocide ne pourra pas se poursuivre. Qu’il faut les arrêter, les juger, les punir. On s’aperçoit très vite qu’au contraire, on va les aider à se réfugier dans le pays voisin, le Zaïre (actuelle République Démocratique du Congo), où ils seront en sécurité. On leur prête pour cela des avions, des hélicoptères. La politique française sauve ainsi les responsables du génocide, mais les Français l’ignorent. L’opération Turquoise est alors sensée permettre à Paris de sauver la face. Quant à Alain Juppé, il n’a pas tenu ses promesses. Il a hésité. C’est un homme souvent plein d’irrésolutions, malgré une apparence de détermination. »

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