J AI ENFIN COMPRIS NUIT DEBOUT GRACE A SCHUMPETER

 

 

schumpeterian-model-of-economic-growth-4-638Pour moi NUIT Debout n’était rien d’autre qu’un moment du processus créatif des ministres socialistes des années 2020.

Les responsables socialistes actuels sont peu nombreux à avoir fait l’ENA; Sapin , Hollande. Ils sont majoritairement issus des mouvements de contestation des années 80 /90. La lutte contre la réforme Devaquet de modernisation des universités sous Chirac, c’est eux ; la lutte contre les réformes Juppé de 95/97, c’est encore eux.

Ils sont le plus souvent issus de la bourgeoisie, ont été trotskystes puis sont devenus gestionnaires de l’UNEF, la « matrice » du socialisme, ils ont géré la MNEF célèbre par ses faillites ? Les études furent laborieuses, le plus souvent une licence d’histoire ou de philosophie arrachées vers 24 ou 25 ans .L’insertion dans la vie professionnelle ignore le monde normal du travail. La génération socialiste au pouvoir est constituée des enfants illégitimes de François Mitterrand et de Martine AUBRY.

Jean Baptis te Eyraud a un bel avenir, william Martinet sera ministre :

Une soudaine exposition médiatique qui ne lui fait « rien lâcher » sur ses vieux dossiers syndicaux : avec la ministre de l’Éducation Najat Vallaud-Belkacem et son secrétaire d’État chargé de l’Enseignement supérieur Thierry Mandon, il continue d’aborder l’épineux dossier de la sélection en master. Ce grand brun élancé semble même mal à l’aise à l’idée de se mettre en avant. « Je sais parler de combats syndicaux, pas de moi. » C’est « peut-être l’occasion d’expliquer à mes proches ce que je fais de mes journées », plaisante l’éternel étudiant, tout juste titulaire d’une licence 3 de biologie, qu’on obtient en général à 21 ans. Il est inscrit en master d’économie sociale et solidaire.

Puis arrive le baptême du feu : en 2006, il sèche ses cours de première et rejoint avec « deux copains » les manifestations massives contre le CPE (contrat première embauche) porté par le gouvernement Villepin et chahuté dans la rue par les lycéens et les étudiants. Tour de chauffe avant les manifestations en 2008, en pleine « crise des subprimes ». « On a tout de suite compris qu’on allait entrer dans un moment très difficile » et que les jeunes seraient davantage confrontés aux « problèmes sociaux et économiques ». Le projet de loi sur le travail ne ferait qu’en rajouter, selon lui.

« L’heure de gloire »

Ses interlocuteurs ne doutent pas de ses qualités de négociateur. C’est « un partenaire exigeant, ferme sur ses positions », reconnaît le président de la Conférence des présidents d’université, Jean-Loup Salzmann. « Il est assez rigoureux, c’est un type plutôt solide, qui a de l’expérience », selon un ancien de l’équipe dirigeante de l’Unef. Toutefois, « quand on exerce des responsabilités, a fortiori pendant les mouvements étudiants, c’est dur, il y a des pressions, des choix à faire, des contraintes à gérer ».

La mobilisation contre le projet El Khomri, « c’est l’heure de gloire pour un président de l’Unef qui est en train de mettre des jeunes dans la rue », juge une observatrice, pour qui « il joue sa carrière politique maintenant ». Jean-Christophe Cambadélis, Pouria Amirshahi, Christophe Borgel, Bruno Julliard : l’Unef a servi de tremplin politique à certains de ses prédécesseurs, mais l’idée que le syndicat soit considéré comme une « pouponnière socialiste » le pique au vif. « Comme si un jeune ne pouvait pas se faire sa propre opinion ou mener ses propres combats. »

Fraîchement inscrit en master d’Économie sociale et solidaire, il dit n’être pas encarté au PS ou ailleurs. Quant à une carrière politique, « on verra. Moi ce que je veux, c’est travailler dans l’économie sociale et solidaire ». En 2007, c’est exactement ce que nous promettait Bruno Julliard : « Tout ce que je peux dire, c’est que je veux une véritable insertion professionnelle. » C’était deux jours avant d’être candidat aux municipales sur la liste PS à Paris.

Le cycle de reproduction  fonctionne bien…

Mais la vérutable explication nous vient de JOSEPH SCHUMPETER, l’économiste génial de la première moitié du XX siècle

Merci à THIBAUT de m’avoir envoyé le lien de B  MARTINOT

http://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses/021895898256-schumpeter-theoricien-de-la-nuit-debout-1219142.php

On connaît le Joseph Schumpeter théoricien de la « destruction créatrice », celui qui place l’entrepreneur et l’innovation au centre de la dynamique du capitalisme. On oublie souvent qu’il fut, comme Karl Marx d’ailleurs, un penseur encyclopédique, dont les analyses convoquaient à la fois – et avec quel brio ! – l’économie, l’histoire et la sociologie.

Dans l’une de ses oeuvres majeures, « Capitalisme, socialisme et démocratie » (1947), le grand économiste autrichien devenu professeur à Harvard développe une thèse selon laquelle le capitalisme génère en permanence une catégorie d’intellectuels qui se retourne contre le système qui les produit et les nourrit. Or il se trouve que cette réflexion s’applique parfaitement au phénomène des « Nuit debout » et autres « Indignés ».

Apparemment, les « nuiteurs », presque tous diplômés de l’enseignement supérieur, seraient des individus qui pensent le monde à partir d’une position en surplomb : tantôt en partant d’une vertueuse indignation issue de l’observation des méfaits du capitalisme, tantôt en s’appuyant sur des considérations théoriques plus ou moins fumeuses qu’autoriserait leur formation académique.

Schumpeter nous invite à envisager une explication moins idéaliste : nous aurions tout simplement affaire à un groupe social assez cohérent plongé dans une réalité économique qui lui est objectivement défavorable. Derrière ces slogans, ces relais dans les médias et cette idéologie un peu vintage – l’étoile rouge comme signe de ralliement, le thème de la « convergence des luttes… » – se cacherait un phénomène inhérent au capitalisme : une partie des intellectuels – ici au sens de « diplômés de l’enseignement supérieur », que Schumpeter qualifie d’ « intellectuels en puissance » – se considéreraient comme des perdants du système.

L’extraordinaire création de richesse engendrée par la dynamique du capitalisme, qui a permis en France une quasi-gratuité et une absence de sélection dans les études universitaires, a ouvert un droit d’accès sans précédent à ces formations. Mais cette révolution n’assure pas spontanément que les emplois proposés à la sortie soient à la hauteur des espérances des impétrants : parce que ces formations ne correspondent pas nécessairement aux besoins de l’économie (15 % des jeunes entrant sur le marché du travail avec une licence sont au chômage deux ans après l’obtention de leur diplôme), parce que le marché du travail ne peut pas les absorber, sauf dans des conditions de grande précarité, de faible rémunération et de déclassement. Lisons Schumpeter dans toute sa cruauté : « La surproduction d’intellectuels donne lieu à des conditions d’emploi peu satisfaisantes – affectation à des travaux inférieurs ou salaires moins élevés que ceux des travailleurs manuels les mieux rémunérés. »

Au total, nous aurions affaire à « un groupe nombreux, dont la situation bien définie est colorée d’une teinte prolétarienne ; un intérêt collectif modelant une attitude collective qui explique d’une manière beaucoup plus réaliste l’hostilité de ce groupe envers le régime capitaliste que ne saurait le faire la théorie selon laquelle « l’indignation vertueuse de l’intellectuel dressé contre le capitalisme serait simplement et logiquement provoquée par le spectacle d’exactions honteuses. »

Schumpeter ajoute que cette attitude anticapitaliste est d’autant plus virulente que la « classe bourgeoise » – ici les médias, les leaders d’opinion, les cadres supérieurs… – fait preuve d’une complaisance singulière vis-à-vis de ce groupe au nom de ses valeurs fondatrices : « Tout en désapprouvant certains des agissements de ces enfants terribles, elle fera bloc derrière eux, car les libertés qu’elle désapprouve ne sauraient être anéanties sans que soient également anéanties les libertés qu’elle approuve. »

Schumpeter, dans une analyse au fond très marxienne, nous invite à penser « Nuit debout » comme un nouvel avatar de cette propension éternelle du capitalisme à générer ses propres critiques. Il est donc vain de s’attarder sur les slogans et les idées qui traversent ces mouvements. L’essentiel est ailleurs : ce sont plutôt leurs réalités économiques et sociologiques qu’il faudrait analyser.

Bertrand Martinot

Bertrand Martinot est ancien délégué général à l’emploi et à la formation professionnelle, coauteur avec Franck Morel d’« Un autre droit du travail est possible », Fayard.

En savoir plus sur http://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses/021895898256-schumpeter-theoricien-de-la-nuit-debout-1219142.php?M9q6WcZsDqFZqAZw.99

 

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