De Crit Air à Sandrine Rousseau qui rêve de décroissance: pourquoi les écolos détestent ils le peuple????

Le gouvernement poursuit la chasse aux particules, et pas de manière fine. Dès le 1er janvier 2025, les véhicules étiquettés Crit’Air 3 seront interdits de circulation à Paris et à Lyon — sauf dérogations exceptionnelles. Une barrière de plus pour les plus démunis, qui risque de mettre le feu aux poudres.

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La gauche nouvelle ne s’intéresse pas au pouvoir d’achat et Sandrine Rousseau ne s’en cache pas, la crise actuelle de la consommation est une bonne nouvelle….

Le cauchemar des écolos bobo, l’amélioration du pouvoir d’achat , la démultiplication des consommateurs .

Quelques pistes de réflexion…

Selon Thorstein Veblen, les milieux populaires ne seraient que dans l’imitation des modes de vie des classes dominantes et les pays du Sud dans celle des pays du Nord. Si Thorstein Veblen avait raison nous pourrions dire que « les riches détruisent la planète » mais qu’il n’y aurait rien de bon à attendre des milieux populaires, d’ici et d’ailleurs. Thorstein Veblen, logique avec lui-même, disait d’ailleurs n’avoir d’espoir que dans une prise de conscience des ingénieurs et techniciens, jamais dans un sursaut des « gens de peu » . La gauche et les « écolos » aiment bien, certes, les milieux populaires, mais ceux d’avant, ceux d’ailleurs, jamais ceux d’ici, jamais nous-mêmes, signe d’une culpabilisation et même d’une auto-culpabilisation imposées par le système.

Je crois donc nécessaire de pousser un coup de gueule contre l’idée qu’il n’y aurait rien de bon à attendre des gens ordinaires au regard de la situation sociale, politique, écologique.

C’est à qui dénoncera le plus vertement leur rêve de grand écran de télévision, leurs vieilles voitures polluantes, leurs logements mal isolés, leurs achats dans les hypermarchés, leur goût pour la viande rouge et les boissons sucrées, leurs rêves de zones pavillonnaires et de vacances bon marché, etc. Les élites auraient donc raison de dire : « salauds de pauvres qui consommez si mal ! » et qu’il faudrait rééduquer au moyen d’une « fiscalité verte » socialement injuste et écologiquement absurde, comme celle qui taxe la collecte des ordures en fonction du poids, pénalisant ainsi les milieux populaires. Les élites auraient donc encore raison de dire : « salauds de pauvres qui votez si peu » et qu’il faudrait frapper d’une amende comme le propose l’ex-député EELV François Goullet de Rugy.

Au moins, les riches achèteraient des produits bio, auraient des voitures électriques, des maisons bien isolées et lorsqu’ils prennent l’avion pour leurs vacances, ils achèteraient des compensations carbone, etc. Ce mépris des milieux populaires ne résiste pourtant pas à l’analyse. Tous les indicateurs prouvent que les milieux populaires ont un bien meilleur « budget carbone », une bien meilleure « empreinte écologique », un bien plus faible écart par rapport à la « bio-capacité disponible », un bien meilleur indice « planète vivante » (concernant l’impact des activités sur la biodiversité), un « jour de dépassement de la capacité régénératrice de la planète » plus tardif, une moindre emprise sur la « déplétion » des stocks non renouvelables, etc.

L’erreur serait cependant de croire que les milieux populaires affichent un meilleur bilan carbone simplement parce qu’ils auraient moins de moyens financiers. Cette vision, rassurante pour la « bonne société », est démentie par toutes les recherches. Ce n’est pas parce qu’ils sont plus pauvres que les milieux populaires ont un meilleur bilan carbone mais parce qu’ils ont (encore) d’autres modes de vie. C’est pourquoi, j’ai mobilisé des centaines de travaux de sociologues, d’économistes, de psychologues, de géographes pour montrer que les « gens de peu » ne sont pas des riches auxquels il ne manquerait que l’argent, qu’ils ne se définissent pas d’abord en termes de manque (en économie, le manque de pouvoir d’achat ; en culture, le manque d’éducation ; en politique, le manque de participation ; en psychologie, le manque d’estime de soi, etc.)  Oui, les milieux populaires sont dominés mais cette domination n’est jamais absolue.

Les élites auraient donc raison :  » salauds de pauvres qui consommez si mal ! « . Ce discours discriminant est susceptible de contaminer ceux qui à gauche se disent les plus conscients des enjeux planétaires et sociaux. Pourtant tous les indicateurs prouvent que les milieux populaires ont un meilleur bilan carbone, une meilleure empreinte écologique que les milieux aisés, y compris quand ces derniers ont des pratiques  » écolos « . Iconoclaste, Paul Ariès invite à relativiser les thèses de Veblen et de Bourdieu sur l’imitation par les milieux populaires des modes de vie des riches. Certes,  » les riches détruisent la planète « , mais les  » gens du commun « , ne sont pas des riches auxquels il ne manquerait que du capital économique, social, culturel et symbolique. 

https://shs.cairn.info/revue-savoir-agir-2015-3-page-13?lang=fr

A trop répéter que l’économie a été inventée par l’Occident, on risque de
confondre l’acte de production – qui est une catégorie anthropologique – et les conditions
sociales de sa réalisation – catégorie historique –, ou le « procès de travail en
général » et le « procès de travail capitaliste »,comme disait Marx. D’où les assimilations
par certains théoriciens de la décroissance entre l’économie et le capitalisme, leur
affirmation qu’avant le capitalisme il n’y avait pas d’économie, leur refus de considérer avec
attention les expériences d’ « économie solidaire » et plus généralement tout projet
d’économie non capitaliste. Car tout raisonnement économique est jugé économiciste ; ainsi, l’opprobre est jeté sur tous les économistes, accusés d’avoir « bousillé la planète » [Ariès, 2005, p. 83].
Selon cette thèse, l’« effondrement environnemental n’est que la conséquence de
l’effondrement symbolique et institutionnel de la société » [Ariès, 2005, p. 35] : tout se
joue donc au niveau des représentations, tandis que les logiques matérielles et les
rapports de force disparaissent.
Le paradoxe est que le courant de la décroissance adopte une posture très critique
à l’égard du capitalisme. Mais la critique de celui-ci se fait le plus souvent au nom du
passé. Les communautés traditionnelles sont magnifiées alors qu’elles connaissaient pour
la plupart des phénomènes de domination, notamment des hommes sur les femmes.
Si la Terre est un être vivant ressortissant à un ordre cosmique autonome
et supérieur à l’espèce humaine, elle est sacralisée et l’ordre social est biologisé. La
société est un corps biologique qui se décompose sous les coups de
l’occidentalisation, rongée par le cancer de la modernité. Il y aurait donc une essence humaine dont la science et la modernité nous auraient dépossédés, en même temps qu’elles
nous auraient fait quitter un ordre naturel qu’il s’agit de retrouver. Cyril Di Méo
[2006, p. 26] accuse cette vision biologisante de correspondre à une « rhétorique
réactionnaire » [Hirschman, 1991] ou à une« pensée louche » [Bourdieu, 1988] dont la
question démographique est une illustration :certains prônent un retour à Malthus, voire à
l’eugénisme d’Alexis Carrel [1935]. Di Méo avance l’hypothèse que la recherche d’un
ordre supposé naturel rassurant est la transposition des angoisses devant le tragique
de l’existence tel que le définit le philosophe Clément Rosset [1993] : le refus de la
finitude de l’Homme dans un univers qui apparaît comme infini conduit à se réfugier
dans des arrière-mondes religieux.
L’un des sous-courants de l’écologisme appelé « écoféminisme » associe la fertilité
féminine à la fertilité biologique ; ainsi, les femmes sont-elles les mieux à même de
respecter la nature malmenée par le système patriarcal et d’aller vers la décroissance.
La naturalisation des conditions sociales et le retour du religieux vont de pair avec la
délégitimation du politique. L’espace politique comme lieu de médiation et de
transformation est répudié au nom d’une radicalité libertaire ou religieuse
[Charbonneau, Ellul] et la méfiance s’installe vis-à-vis de l’Etat-providence et de ses
institutions [Illich]. L’espace individuel est conçu comme le seul espace possible de
transformation sociale et nourrit la dépolitisation des sociétés individualistes,
c’est-à-dire la crise du politique.
Sur quoi fonder l’écologie demande Goldsmith [2002] ? Pas sur la science mais
sur la foi, répond-il. Il s’agit donc de réenchanter le monde. Alors que la modernité
avait laïcisé la société, confinant la religion à la sphère privée, le religieux est réintroduit
dans l’ordre politique pour détruire celui-ci comme lieu de construction de la cohabitation
entre les humains. Nous sommes à l’opposé d’une conception tendant à concilier
« écologie et politique » [Gorz] ou bien à redéfinir la notion de progrès comme essaie
de le faire Christian Coméliau [2006].
Pour les théoriciens de la décroissance et du refus du développement, la coupable est
finalement la Raison, confondue avec la rationalité capitaliste, qui a désacralisé,
« désenchanté » le monde. La nécessaire critique de l’instrumentalisation de la Raison
tombe alors dans un relativisme qui met sur le même plan la science et la croyance. Or, s’il
existe des croyances au sein de la science –l’économie en est un bel exemple –, la science
possède des garde-fous – la Raison précisément et la vérification – qui lui évitent
de se perdre dans la crédulité. Derrière la critique de la Raison, il y a le rejet des
Lumières et de l’idée même que puissent être construits des droits universellement
respectés pour tous les humains.

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About pgibertie

Agrégé d'histoire, Professeur de Chaire Supérieure en économie et en géopolitique, intervenant àBordeaux III et comme formateur à l'agrégation d'économie à Rennes Aujourd'hui retraité
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8 Responses to De Crit Air à Sandrine Rousseau qui rêve de décroissance: pourquoi les écolos détestent ils le peuple????

  1. Avatar de dannas dannas dit :

    Evidemment on tape encore sur le peuple comme d’hab. Les riches polluent certainement plus que les smicards et je doute que cette sandrine Rousseau soit si vertueuse que ça en matière d’écologie. Quant aux économies et si on tapait un peu sur les politiques dont le train de vie délirant dans un pays aussi endetté ne choque pas grand monde. Pour rappel un ancien président de la république coûte au contribuable entre 5 et 7 millions d’euros par an et par tête de pipe. Et des exemples de ce genre il y en a à la pelle…..

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    • Avatar de lesubversif lesubversif dit :

      Ben viiiiii c’est vrai ça !… c’est vraiment scandaleux quand on y pense! 😁

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    • Avatar de lepiaf18 lepiaf18 dit :

      Ben viii ça, un Renault Espace 5 de 200 ch dans les rues de Paris, c’est sûr ça pollue pas qu’ils vont vous dire !

      Ben voyons on est au royaume du « faites ce que je dis pas ce que je fais », vous ne vous en étiez pas encore rendu compte.

      Bon en même temps faut avoir rien d’autre à faire que de tenter encore de rouler dans Paris et proche banlieue. Quand j’y viens je pose ma caisse et je prends le métro et/ou le RER, c’est bien plus pratique. Bon faut pas avoir un caddie plein de courses à ramener, mais vu les nombre d’épiceries de quartier (arabes souvent, mais très bien achalandées), ils stockent pas comme nous en campagne, ils font ça au jour le jour ou presque. Parfois c’est même ouvert tard le soir, voire la nuit !

      En plus il y a de grandes chances que ce soit quasi au frais des franciliens vu que les TP c’est du ressort de la Région !

      Bon le ticket de métro c’est pas donné mais je fais pas ça tous les jours.

      Au fait c’est quand qu’on la grille au barbeuc. la Sardine?

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  2. Avatar de Gilbert Gilbert dit :

    Un vrai scandale d’accepter encore la norme Crit Air 3, Rousseau aurait dû imposer directement la norme Crit Air 1 puis Crit Air 0 qui implique que tout véhicule même électrique soit totalement interdit.

    La norme Crit Eau 3 prendra alors le relais, à savoir se rendre au travail à nage par la Seine qui est enfin redevenue potable grâce aux JO. Nous pourrons alors passer à la norme Crit Eau 2 qui implique le port d’un maillot de bain étanche.

    Mais cela ne suffira pas à sauver notre pauvre planète et nous avec, pauvres mortels !

    Alors une innovation pourrait changer la donne: un masque sanitaire qui protège des virus tout en éliminant le CO2 que nous expirons.

    Un autre dispositif sera ensuite introduit pour éviter les émanations de carbone.

    Elle est pas belle la vie !

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  3. Avatar de Stanislas Stanislas dit :

    les écolos se détestent tout simplement puisque la phrase type c’est « on est de trop »

    Les bourgeois eux ne croient rien, ils sucent leurs maitres du biusiness qui les paient bien, ils enfoncent les croyants durs comme fer que tout doit être réglé au millimètre ici bas..

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