Critiquer la lobotomisation ne serait plus possible en France aujourd’hui

La presse n’ a pas été un acteur neutre et objectif lors de la crise sanitaire. Elle a sélectionné une vérité imposée comme la Vérité. Elle a contribué à discréditer des scientifiques rreconnus, a censuré les études scientifiques les plus sérieuses. Pire , elle a pesé dans les décisions , et porte une lourde responsabilité dans les erreurs commises.

Le phénomène n’est pas nouveau, la presse, en son temps imposa la lobotomie comme parfait traitement des maladies mentales même si cette boucherie transforma des milliers de victimes en légumes vivants.

Comment la médecine a-t-elle pu accoucher d’une telle invention, et plus incroyable encore, la couronner du prix Nobel ?  L’insuffisance des connaissances ne limitait pas l’esprit d’entreprise des thuriféraires de la lobotomie, qui voyaient alors des indications partout et ont eu le scalpel bien leste.

Les premières lobotomies réalisées par Egas Moniz consistaient à interrompre les circuits neuronaux responsables des troubles psychotiques. Pour cela, on glissait un petit scalpel de chaque côté du front par un trou de trépan afin de déconnecter les lobes frontaux du reste de l’encéphale avec les destructions neuronales que cela engendrait.

Des centaines de travaux académiques ont analysé la couverture médiatique de la recherche biomédicale. Ils ont montré que les observations scientifiques couvertes par les médias sont fréquemment embellies par des distorsions et omissions. Celles-ci sont souvent déjà présentes dans les publications scientifiques et se propagent, voire se renforcent, dans les communiqués de presse publiés par les institutions scientifiques. Elles sont alors reprises, souvent sans critique, par les médias. De plus, le choix des sujets traités par les médias accentue les biais de publication privilégiant les observations initiales et celles qui rapportent un effet positif. Il en résulte que les observations biomédicales rapportées par les médias sont souvent contredites par les recherches ultérieures sans que le public en soit informé. 

On est pour le moins surpris de retrouver des psychanalystes parmi les plus ardents promoteurs de la technique (Serge Lebovici , qui devint par la suite le chef de file de la pédopsychanalyse, est l’un d’eux, qui rapportait avec ces collègues la pratique d’une lobotomie chez un jeune délinquant sur l’insistance de sa mère !)On assiste donc à l’engouement rapide pour la technique, en dépit de quelques réserves initiales, et de l’opposition déterminée de certains psychiatres (Baruk, notamment)

 La lobotomie a été considérée comme révolutionnaire par une grande partie du public pendant plusieurs années. Dans un article publié par le New York Times en 1937, le journaliste William Laurence la présente comme une « opération chirurgicale pour l’âme ». Au total, près de 40 000 Américains ont été lobotomisés. Au plus fort de la mode, en 1949, ils ont été 5 000. La procédure était si populaire que des centaines d’individus se sont portés volontaires pour la subir une deuxième fois. Certains sont même passés trois fois sur le billard.

La lobotomie (ou leucotomie) est une intervention chirurgicale consistant à sectionner les fibres reliant différentes parties du cerveau afin de les « déconnecter ». Ce sont les lobes frontaux (cortex préfrontal) qui sont le plus souvent concernés et « isolés » du reste de l’encéphale.

Le terme de lobotomie fait souvent peur en raison de ses débuts, dans la première moitié du XXè siècle (dans les années 1930 avec le neurologue portugais Egas Moniz qui obtint le Prix Nobel en 1949). Il s’agissait d’une lobotomie destinée à traiter certaines maladies mentales telles que la schizophrénie, voire l’épilepsie, puis d’autres troubles mentaux et moteurs par la suite.

Les séquelles étaient parfois irréversibles, et altéraient en profondeur la personnalité du patient…

Cette lobotomie n’était satisfaisante ni médicalement ( et 6 % de décès) ni d’un point de vue éthique, d’autant qu’elle était irréversible.

À sa suite, dans les années 1940-1950, le neuropsychiatre américain Walter Freeman a pratiqué de nombreuses lobotomies frontales transorbitaires particulièrement violentes. Elles consistaient, après une anesthésie sommaire (provoquée par un électrochoc), à passer sous l’orbite (sous l’arcade sourcilière) et à enfoncer de 7 cm un instrument pointu (« pic à glace ») dans le sinus frontal à l’aide d’un maillet. En remuant la main, il déconnectait les lobes frontaux de ses malades. Quelques minutes suffisaient pour réaliser cette opération.

 W. Freeman a parcouru les États-Unis et opéré entre 2 500 et 4 000 personnes avec 14 % de décès des suites opératoires, de nombreuses séquelles irréversibles

Pour promouvoir sa technique, et avant même d’en publier les trois premiers cas dans une revue médicale, il contacta un ami journaliste. Celui-ci publia en novembre 1936 dans le Evening Star le premier article de presse en faveur de la lobotomie (Ogren, 2013). Ensuite, et pendant une dizaine d’années, la presse américaine a publié de nombreux articles qui étaient tous très favorables à cette intervention. De rares articles mentionnèrent les inconvénients du traitement en les édulcorant : certes les patients étaient très apathiques après l’opération, mais ceci était préférable à leur état antérieur (Diefenbach, Baumeister et West, 1999 ; Ogren, 2013).

Entre 1945 et 1955 les articles de presse devinrent plus nuancés concernant les bénéfices et l’étendue des applications de la lobotomie aux divers troubles mentaux. Cependant, les articles en décrivant clairement les inconvénients et les échecs (y compris le taux de mortalité post-opératoire qui atteignait 10 % dans certains hôpitaux) restèrent rares, d’autant qu’Egas Monitz reçut en 1949 le prix Nobel (Diefenbach et al., 1999 ; Ogren, 2013).

Après 1955, la presse publia de moins en moins d’articles consacrés à la lobotomie. Le nombre d’interventions chuta brutalement au début des années 60, quand l’usage des premiers neuroleptiques se répandit en même temps qu’un bouche-à-oreille croissant parmi les psychiatres concernant l’inefficacité et la dangerosité de la lobotomie préfrontale.

Il faut savoir que les lobes frontaux gèrent un grand nombre de fonctions cognitives (notions mathématiques, mémoire, jugement, planification, personnalité, comportement social et sexuel, etc.) et exerce une partie du contrôle moteur du corps (mouvements volontaires).

Un cas est d’ailleurs resté célèbre, celui d’Eva Peron, la femme du dirigeant populiste argentin

Eva Peron, épouse du dictateur argentin, Juan Peron lobotomisée pour soulager des douleurs provoquées par un cancer de l'utérus. (c) DR

Eva Peron, épouse du dictateur argentin, Juan Peron lobotomisée pour soulager des douleurs provoquées par un cancer de l’utérus. (c) DR Juan Peron. En 1952, elle a été lobotomisée pour un cancer de l’utérus qui l’a emportée à l’âge de 33 ans. L’opération avait ici une visée antalgique, autrement dit celle d’atténuer les douleurs.

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Sorti en 1975, le film Vol au-dessus d’un nid de coucou, dans lequel le personnage principal incarné par Jack Nicholson se fait lobotomiser, achève de retourner l’opinion publique.

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Fait particulièrement troublant: la lobotomie a surtout été pratiquée sur des femmes. Une étude publiée en 2017 dans Nature a révélé que 84% des interventions réalisées en France, Suisse et Belgique entre 1935 et 1985 ont concerné des patientes. Le pouvoir limité des femmes dans la société de l’époque a pu les rendre plus vulnérables à des opérations abusives. Tout comme de nombreux enfants, à l’image de l’Américain Howard Dully, lobotomisé à 12 ans en raison de son caractère récalcitrant

Autre célébrité, Rosemary Kennedy, la sœur de John Fitzgerald Kennedy. Elle a également été opérée en 1941 dans le plus grand secret à la demande de son père, Joseph Kennedy. Elle en gardera d’énormes séquelles, restant handicapée à vie.

Sœur de John F. Kennedy

Rosemary aurait été considérée comme retardée par les membres de sa famille, mais cette évaluation a été largement contestée par les analystes ultérieurs. Certains ont conclu que Rosemary n’était peut-être pas aussi brillante que les autres membres de sa famille, mais elle était une personne pleinement fonctionnelle, tenait un journal et avait une vie sociale active. Rosemary aurait été sujette à de violentes sautes d’humeur et à une personnalité orageuse, mais certains observateurs ont depuis attribué ce comportement à ses difficultés à suivre ses frères et sœurs actifs. En 1941, alors que Rosemary avait 23 ans, son père Joseph Kennedy a été informé par ses médecins qu’une nouvelle procédure aiderait à calmer ses sautes d’humeur que la famille avait du mal à gérer à la maison. Son père a autorisé Walter Freeman et James Watts à pratiquer la lobotomie préfrontale. Après l’opération, Rosemary a été réduite à une mentalité infantile qui l’a laissée incontinente et fixant les murs pendant des heures. Ses compétences verbales étaient réduites à un babillage inintelligible.Rosemary va demeurer invalide, avec l’intelligence d’un enfant de deux ans et une hémiplégie droite, cachée par sa famille dans une institution spécialisée, jusqu’à son décès 57 ans plus tard. 

En 1949, Rosemary a déménagé dans une institution et a reçu la visite régulière de sa sœur Eunice Kennedy Shriver qui est devenue la fondatrice des Olympiques spéciaux.

https://www.letemps.ch/sciences/lobscur-engouement-lobotomie-chirurgie-brutale-cerveau

https://listverse.com/2009/06/24/top-10-fascinating-and-notable-lobotomies

https://www.tandfonline.com/doi/abs/10.1076/jhin.8.1.60.1766

À ces médications de choc on peut ajouter une nouvelle thérapeutique chirurgicale qui semble plus audacieuse encore, la lobotomie préfrontale, qui consiste, avec les précautions que l’on devine, à pratiquer une incision dans les lobes frontaux du cerveau.
Cette intervention a été appliquée à des cas d’angoisse, d’obsession, d’irritabilité, d’hypochondrie, ainsi qu’à la démence précoce, avec de nombreux cas de guérison. The Times citait dernièrement le cas d’une femme accusée de divers méfaits, perverse de nature, que le juge envoya dans un asile psychiatrique où elle se soumit volontairement à la lobotomie préfrontale ; six semaines après l’opération, son état mental était complètement modifié ; elle était devenue une personne normale et modeste. »

Représentation de la lobotomie dans la presse populaire : 1935-1960

Cette étude a analysé le contenu d’articles de presse populaires sur la lobotomie entre les années 1935 et 1960. Une analyse qualitative et quantitative a fourni la preuve que la presse utilisait initialement des styles de reportage non critiques et sensationnels, le contenu des articles sur la lobotomie devenant de plus en plus négatif au fil du temps. Le biais positif initial s’est produit malgré des points de vue opposés dans la communauté médicale, ce qui a fourni une base pour une couverture plus équilibrée. Ces résultats soutiennent la théorie selon laquelle des reportages biaisés dans des articles de presse populaires peuvent avoir été un facteur influençant l’adoption rapide et généralisée de la lobotomie en tant que traitement psychiatrique.

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About pgibertie

Agrégé d'histoire, Professeur de Chaire Supérieure en économie et en géopolitique, intervenant àBordeaux III et comme formateur à l'agrégation d'économie à Rennes Aujourd'hui retraité
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6 Responses to Critiquer la lobotomisation ne serait plus possible en France aujourd’hui

  1. Avatar de Pierre Le lann Pierre Le lann dit :

    Je pense qu on a fait une lobotomie ( de tous les lobes) à certains comme le neuneulogue ex ministre de la santé, le docteur aux millions d’années de recul et tant d’ autres !

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  2. Avatar de francisrau67 francisrau67 dit :

    Quelques grands qui arrivent à être entendus de temps en temps sur des médias à grande diffusion (Raoult, Peronne, Henrion Caude, … ) doivent absolument parler des résultats catastrophiques du rapport final de phase trois de l’essai Pfizer, pour obliger à une vraie discussion scientifique et à la prise de conscience de la population. On ne va quand même attendre quinze ans que l’histoire accepte de corriger d’elle même des erreurs aussi graves.

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  3. Avatar de alienor13 alienor13 dit :

    à l’international, ça sort, mais en france, avec nos zzzééélites, ce n’est pas d’arriver ! et si la tv ne le dit pas, c’est que ça n’existe pas, n’est ce pas

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  4. Avatar de Jeff04 Jeff04 dit :

    C’est de la chirurgie digne des expérimentations nazis dans les camps……

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