De Lecanuet à Macron, les médias imposent ils leurs choix aux électeurs ?

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Le phénomène Macron séduit ou agace,de Lecanuet à Macron, les médias imposent ils leurs choix aux électeurs ? cet homme de droite sera-t-il un nouveau Pompidou ou un simple Lecanuet ?   Sauvera-t-il la gauche comme le fit auparavant François Mitterrand ou sera-t-il durablement écarté par la gauche de la gauche même si cela se traduit par une débâcle électorale.

Le microcosme, pour parler comme Raymond Barre, a fait le choix d’Emmanuel Macron mais ce choix a lui seul ne suffit pas pour l’emporter. Le microcosme a détesté Jacques Chirac jusqu’en 2007. Modéré et cultivé il fut présenté comme la brute « facho Chirac » et au mieux comme un niais sympathique mangeant des pommes. Il fut cependant victorieux.

Le microcosme a ridiculisé et tué Philippe Séguin, malmené Jospin et Sarkozy ; il marginalise Le Pen, Fillon et Mélenchon.

Le microcosme peut parvenir à des miracles ; faire oublier le passé vichyste de Mitterrand, l’échec de la politique de 81, transformer un politicien machiavélique en « tonton » sympathique. En 2012 le même microcosme inventa de toute pièce un homme d’Etat avant de le brûler par la suite : François Hollande

La petite étude ci dessous ne porte aucun jugement sur les qualités et le potentiel d’Emmanuel Macron, il n’a pas de bilan et nous connaissons peu ses idées , alors Lecanuet ou Pompidou, l’histoire le dira.

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http://www.slate.fr/story/52713/photos-campagne-1965-lecanuet

 1965 La création médiatique : Jean Lecanuet

Spectateur impressionné par la campagne présidentielle de John Kennedy en 1960 aux États-Unis d’Amérique, Michel Bongrand eut l’idée d’en importer en France les méthodes, en particulier l’importance du rôle de la télévision, pour la première élection présidentielle de la Cinquième République au suffrage direct, en 1965.

Ce gaulliste historique, un temps membre du RPF, proposa naturellement ses services à l’entourage de Charles de Gaulle. Mais le président de la République en exercice ne voulait pas se rabaisser à faire campagne, refusant même au début d’utiliser son temps de parole à la télévision.

Michel Bongrand se tourna alors vers Jean Lecanuet, le « Kennedy français », qui l’engagea. À défaut d’obtenir un débat télévisé sur le modèle de celui entre John Kennedy et Richard Nixon, le publicitaire imagina une mise en scène : réunir les militants centristes au Palais des sports, à Paris, et diffuser avant le discours de Jean Lecanuet la prestation télévisée de Charles de Gaulle, qui s’y était résigné à contrecœur.

« Le procédé est formidable. Lecanuet a gagné son meeting alors qu’il n’était pas encore entré dans la salle, raconta la journaliste Michèle Cotta. Ce n’est plus un homme, c’est une mécanique comme n’importe quelle vedette de cinéma ou de chanson. La salle hurle. Il monte à la tribune, les deux mains au-dessus de sa tête comme un boxeur. Ensuite, il peut dire n’importe quoi ; de toute manière il est acclamé ». Finalement, Jean Lecanuet obtint 16 % des suffrages exprimés, obligeant Charles de Gaulle à affronter François Mitterrand au second tour.

Dès les élections législatives de 1967, les gaullistes, qui avaient pourtant moqué le lancement du candidat Lecanuet « comme une savonnette », firent appel aux services de Michel Bongrand

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ANNEES 70 L’AUTOCREATION JJSS

Jean-Jacques Servan-Schreiber est au milieu des années 1960, un riche patron de presse et un éditorialiste politique toujours à l’affût des nouvelles idées. Par ses brillantes analyses et synthèses, il attire à lui les cerveaux de sa génération. L’Express est le principal journal d’opposition au Général de Gaulle et compte dans ses rangs quelques barons de la presse des décennies à venir : Claude Imbert, Jean-François Kahn, Catherine Nay, Michèle Cotta, Yvan Levaï, André Bercoff, Jean-François Revel…

De plus en plus anti-gaulliste et persuadé que le vieux Général n’est plus l’homme d’une France moderne, JJSS ne veut plus se contenter de son rôle d’observateur politique. Il est pourtant influent dans les milieux de gauche. Mais JJSS est avant tout un agitateur d’idées. Il considère que ses éditoriaux ne suffisent pas à éveiller ses concitoyens sur les défis que la France va devoir relever à l’avenir.  L’un d’eux bouleverse JJSS : les Etats-Unis et l’Europe se livreraient une guerre économique silencieuse où l’Europe semble totalement dépassée, tant au niveau des méthodes modernes du management que de l’équipement technologique et de la capacité de recherche.  Mais Servan-Schreiber y trouve l’occasion de développer un argumentaire en faveur d’un fédéralisme européen, dans un livre choc Le Défi américain, paru en 1967, reste aujourd’hui le plus gros succès de librairie pour un essai politique. Le livre est traduit en quinze langues, se vend à des millions d’exemplaires partout dans le monde et est unanimement reconnu comme très brillant.

 

Avec dix ans d’avance sur les grandes lois décentralisatrices, Jean-Jacques Servan-Schreiber rêvait déjà de consacrer  » le pouvoir régional « .

Son idée ? Ne plus considérer la région comme un simple échelon administratif, réduit à l’application des politiques publiques, mais la doter d’un véritable pouvoir d’action. Un poids politique réel, équivalent à celui de l’Etat centralisé.

Aujourd’hui encore, à l’heure où l’on parle de regrouper les régions, cette conception demeure d’actualité.

Il faut la mener à son terme et doter les régions d’un véritable pouvoir réglementaire, outil indispensable pour mener de vraies politiques globales. C’est le seul moyen de créer vraiment des entités capables de peser au niveau européen et même mondial.

Après le décès du Président de la République, Georges Pompidou, le 2 avril 1974, Valéry Giscard d’Estaing accédait à la tête de l’Etat après 16 ans de régime gaulliste. Au gouvernement, le député Réformateur Jean-Jacques Servan-Schreiber est nommé Ministre des Réformes le 27 mai 1974.

https://soufflezsurlesbraises.com/tag/giscard-destaing/

 

 

1988 LA PRESSE TONTONMANIAQUE

       « tonton laisses pas bêton » Renaud

 

En prononçant un « oui » de vierge effarouchée, Mitterrand se déclare candidat lors d’une émission télé animée par Paul Amar. Nous sommes à un mois du début de la campagne et le président socialiste a su se faire désirer ! Le contexte est très particulier car inédit dans la V e République. Jusqu’alors, aucun président sortant n’a été réélu pour un second mandat. De Gaulle a démissionné en 1969, Pompidou est mort en 1974 et Giscard a perdu en 1981. De plus, pour la première fois, le président en exercice est opposé à son Premier ministre en charge. En effet, la droite a remporté les élections législatives de 1986 et gouverne donc depuis deux ans.

Fin tacticien, Mitterrand décide de jouer la carte du sympathique “Tonton”, presque apolitique, qui est là pour protéger les acquis sociaux de 1981. Ce surnom, apparu fin 1986, provient du pseudonyme que lui donnaient les services secrets à l’époque. Il est repris en chœur par ses partisans.

Le chanteur Renaud s’offre d’ailleurs une tribune dans Le Matin de Paris du 7 décembre 1987 : « Tonton, laisse pas béton » ! dans laquelle il demande à “Tonton” de se représenter. Une grande partie des médias, de Libé à Globe qui publie en 1987 la une “Tonton ne nous quitte pas”, est derrière l’homme de la “France unie” (slogan de l’affiche officielle).

“Tonton”, c’est « un oncle protecteur, bienveillant, affectueux, réconciliateur pour la jeunesse » analyse Emmanuel Lemieux dans son livre Génération Tonton (éditions Don Quichotte, 2011). Monstrueusement dans l’air du temps, l’affiche de précampagne est un recyclage de “Pepsi génération”, une pub de 1984 avec Mickaël Jackson ! : “Génération Mitterrand” en lettres transparentes laisse entrevoir un nouveau né dont la main tient celle d’un adulte… En réalité, cette campagne mêlant accent pub et soutien massif du show-biz est orchestrée secrètement sous l’égide de Jospin depuis l’été 1987 !

Le chef de l’État apparaît très peu sur les écrans, choisissant une campagne presque subliminale, au-dessus de l’arène politique. Tout le contraire d’un Chirac omniprésent. On le voit surtout en compagnie d’artistes, d’intellectuels, dans des lieux de culture. Il dramatise néanmoins son duel avec la droite en appelant le peuple à prendre garde « car la France pourrait être prise en main par des partis qui veulent tout, par des clans ou par des bandes ». Début avril, il envoie sa “lettre aux Français”.

Au soir du premier tour, la “tontonmania” a fait son effet : Mitterrand est en tête avec 34 % des suffrages loin devant Chirac (19 %). La victoire est pratiquement acquise. Le chef de l’État fait l’union dans son camp en passant un accord avec le leader de la “deuxième gauche”, Rocard. En l’échange de sa non-candidature, il lui a promis Matignon. L’hégémonie du PS est totale à gauche puisque le PCF s’effondre à 6 %.

De son côté, la droite divisée ne peut endiguer la vague de sympathie autour du président. À l’approche du Bicentenaire de la Révolution, celui-ci s’érige en héritier des sans-culottes. Son clip de campagne est de forme très moderne : en une succession d’images ultrarapides, il présente sa version de l’histoire de France, de 1789 à son septennat. En 1988, pour la première fois, les contraintes techniques des spots de campagne sont levées. On entre dans l’ère du marketing politique et les candidats sont entourés de conseillers en image plus rigoureux que dans le passé.

Renaud le rebelle soutenant Mitterrand l’ami intime de Bousquet, l’homme de la rafle du Vel d’hiv…

 

 

 

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1995 l’échec   du candidat des médias

« Balladur c’est comme la poterie ancienne. Il supporte les décorations, pas le feu ». (J CHIRAC)

 

Edouard Balladur coupe peu à peu le lien avec le président du RPR. Il ne rend compte à Chirac ni de la composition du gouvernement, ni des premières mesures gouvernementales, ni de ses tête-à-tête avec Mitterrand. La balladuromania déferle. La cote de confiance du chef du gouvernement, établie par la Sofres, surfe sur les 60 % et ne passera sous la barre des 50 % qu’en mars 1995. Un immense état de grâce de deux ans. Le fameux « Putain, deux ans ! » que les Guignols de Canal + font répéter à un Jacques Chirac privé du pouvoir.

Edouard Balladur séduit immédiatement à l’UDF : ses ministres François Léotard, Simone Veil et François Bayrou le soutiennent. Il attire aussi les chiraquiens qui, petit à petit, abandonnent ce qu’ils croient être le Titanic : Charles Pasqua d’abord, François Fillon ensuite, Nicolas Sarkozy enfin. Nicolas Sarkozy, surtout. Car cette « trahison » de Sarkozy, qu’il considérait presque comme son fils, Jacques Chirac mettra des années à la pardonner. En l’entendant dire en 2011 qu’il voterait Hollande, on a même pu comprendre qu’il ne l’avait pas oubliée.

Le 4 novembre 1994, Jacques Chirac prend tout le monde de vitesse en annonçant sa candidature dans La Voix du Nord. Il se lance dans un tour de France où il privilégie la presse régionale et les stations locales de FR3, puisque les grands médias nationaux le snobent. Il n’a pas oublié cette émission de France 2, le 9 janvier, où Arlette Chabot, sans rire, lui a demandé s’il allait renoncer à sa candidature : « Vous parlez sérieusement ou vous faites de l’humour ? » a-t-il répondu avec un regard sidéré.

Edouard Balladur annonce sa candidature le 18 janvier dans une déclaration compassée sous les ors de Matignon. Première erreur. L’effet est désastreux. Mais il a une telle avance dans les sondages que le porte-parole de sa campagne, Nicolas Sarkozy, se demande s’il ne pourrait pas être élu dès le premier tour.

Pourtant, quelque chose se grippe dans la machine. Avec le thème de la « fracture sociale », Jacques Chirac a trouvé le thème de campagne qui fait mouche et mis le doigt sur les souffrances de la société française. A ses côtés, Philippe Séguin, Jean-Louis Debré et Alain Madelin font le forcing. Le 31 janvier, à Bondy, Séguin prononce un discours-choc : « Arrêtez donc de croire qu’il va y avoir une élection présidentielle ! Le vainqueur a déjà été désigné. Proclamé. Fêté. Encensé. Adulé. Il est élu. Il n’y a pas à le choisir, il y a à le célébrer. Cela n’est plus la peine de vous déranger. Circulez, il n’y a rien à voir ! »

Le moral des chiraquiens repart à la hausse. D’autant que Balladur peine à s’imposer. Faire campagne l’ennuie, et même à la télévision ça se voit. Lui qui a parfaitement dominé l’exercice gouvernemental ne parvient à faire passer aucun message fort. Un soir, en Corrèze, Chirac ironise en reprenant une bière et des tripoux: « A cette heure-là, Edouard se couche et lit un livre d’art après avoir mangé du poisson bouilli… »

Fin février, les sondages s’inversent. L’affaire Schuller-Maréchal, sombre feuilleton politico-financier dans les Hauts-de-Seine, donne le coup de grâce. Balladur perd les pédales. En mars, il fait du stop pour prouver qu’il sait « prendre des risques ». Pas de chance : l’automobiliste qui le prend à bord est une cousine de son collaborateur Georges Tron. Puis, au Bourget, il monte sur une table pour saluer 15 000 personnes qui scandent « Allez Doudou ». Balladur est à contre-emploi, quand Chirac reste lui-même.

http://www.lopinion.fr/7-aout-2013/edouard-balladur-president-dans-sondages-2789

 

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2007 : ce sera SEGOLENE

« L’ascension de Ségolène Royal dans les médias et ses effets de censure sur le débat démocratique

par Grégory Rzepski, Mercredi 8 Mars 2006

http://www.acrimed.org/L-ascension-de-Segolene-Royal-dans-les-medias-et-ses-effets-de-censure-sur-le

 

« Depuis plusieurs semaines, on peut constater une ample mobilisation des grands médias [1] qui tend à imposer Ségolène Royal comme candidate de la gauche socialiste aux « citoyens ordinaires, réduits au statut de “consommateurs” » [2]. Elle mériterait qu’on l’analyse sous plusieurs angles [3]. En tous cas, elle n’est pas sans effet sur la mise en forme et la réduction des choix politiques…

La construction de duels théoriquement inévitables au second tour n’est pas un fait inédit. Elle avait déjà marqué les avant scrutins présidentiels en 1995 (nécessairement Balladur – Chirac) et en 2002 (forcément Chirac – Jospin). En outre, en 1980-1981 ou en 1994-1995, on avait également pu observer des campagnes médiatiques comparables aux gesticulations actuelles pour consacrer Michel Rocard puis Jacques Delors en candidats de la social-démocratie raisonnable.

Dans Libération, Daniel Schneidermann s’est récemment intéressé à cette ascension de Ségolène Royal. Il y voit, non sans raison, un cas typique de prophétie auto-réalisatrice et s’interroge sur l’efficacité de telles pratiques [4]. Une autre approche de ce phénomène est possible. Elle consiste à analyser cette campagne médiatique dans ses enjeux de fond et pour ce qu’elle révèle des effets de censure idéologiques exercés par les médias. Comme l’écrivait Pierre Bourdieu en 1981, « le champ politique exerce en fait un effet de censure en limitant l’univers du discours politique et, par là, l’univers de ce qui est pensable politiquement, à l’espace fini des discours susceptibles d’être produits ou reproduits dans les limites de la problématique politique comme espace des prises de position effectivement réalisées dans le champ, c’est-à-dire sociologiquement possible étant données les lois régissant l’entrée dans le champ [5] ».

Un expert dans la mêlée 

L’examen d’une « analyse » récente de Jérôme Jaffré « pour Le Monde », titrée « Ce que Ségolène Royal nous apprend » (Le Monde, 28 février 2006.), nous donne l’occasion de vérifier l’analyse du sociologue selon laquelle les médias, loin d’être de simples institutions témoins de la vie politique, doivent être considérés comme des agents à part entière du champ politique.

En janvier 1995, Le Monde publiait en une un article intitulé « Pour l’opinion, l’élection présidentielle est déjà jouée » dans lequel il était constaté l’inexorabilité de la victoire d’Edouard Balladur. L’oracle s’appelait Jaffré Jérôme [6].

Récidivant sans vergogne, le sondologue peut aujourd’hui commencer ainsi son analyse en page 2 du même journal de référence : « En quelques mois, Ségolène Royal a capté l’espérance du peuple de gauche. ». Mais, un poil plus prudent avec l’âge, Jaffré doit admettre : « Il est évidemment trop tôt pour savoir si le phénomène perdurera et fera d’elle la candidate des socialistes en novembre [2006] »

Notre expert identifie quand même trois raisons qui expliqueraient le succès de l’élue picto-charentaise : « Le refus d’une présidence autoproclamée ou assoiffée de pouvoir, la capacité de se remettre en cause et le souhait d’un programme qui évite les excès des retours en arrière ou la remise en question des protections pour les plus modeste. »

Pour Jaffré, spécialiste (selon son terme) de la « présidentiabilité », nous serions en effet entrés dans une nouvelle ère : « Le temps du président oint du Seigneur est sans doute révolu, où pour être candidat il fallait, comme le disait modestement de lui-même François Mitterrand en 1980, « appartenir au paysage politique de la France ». »

Il oppose de la sorte Ségolène Royal aux candidats du sérail tels Laurent Fabius ou Nicolas Sarkozy en omettant pudiquement de rappeler le CV des plus institutionnels de l’impétrante [7]. Notre analyste poursuit en construisant l’image d’une candidate émancipée des appareils politiciens et capable « de se remettre davantage en question ». Pour l’illustration hagiographique, elle est cette fois opposée à Lionel Jospin incapable de prendre acte du rejet de sa politique par la classe ouvrière en 2002 (certes !) quand Ségolène Royal serait, elle, lucide quant à la cause (l’arrogance) de l’échec (tellement prolétarien !) de Paris dans sa candidature pour l’organisation des Jeux Olympiques de 2012…

Ces deux premières explications présentent donc la réussite supposée de Ségolène Royal comme un effet de sa lucidité, de son courage et de sa modernité (qualités qui avaient toutes été octroyées à Michel Rocard ou Jacques Delors, à qui l’article la compare). Jaffré peut alors avancer la dernière raison de son succès : « Le troisième élément qui fait la percée de Ségolène Royal provient de l’inquiétude que suscitent une gauche trop à gauche et une droite trop à droite. (…) [Elle] paraît promettre un programme plus proche des attentes des citoyens, qui rêvent du bon équilibre entre la tolérance et le respect de l’autorité, entre l’ouverture à l’économie de concurrence et le maintien de la cohésion sociale. »

Le discours révèle ainsi le travail idéologique à l’œuvre sous couvert d’expertise. L’éditorialiste associé au Monde s’emploie en effet à circonscrire le champ du débat démocratique dans les limites de la bienséance en écartant les risques que feraient courir selon lui « une gauche trop à gauche et une droite trop à droite. » Le débat devra se déployer dans les limites qu’implique un « bon équilibre ». Il s’agit de raison garder contre toute « polarisation idéologique » pour « lever en 2007 les blocages de la politique. » [8] Même Dominique Strauss-Kahn, peu soupçonnable de gauchisme, se voit réprimander puisque le succès de Ségolène Royal soulignerait « l’échec [de son] positionnement (…) qui s’est déplacé vers la gauche de la gauche pour répondre à ce qu’il croit être l’attente des militants. »

À travers la promotion de Ségolène Royal en candidate, l’expertise impose donc sa mesure. De surcroît, elle prescrit ses problématiques et les termes du débat : il convient ainsi de choisir entre « respect de l’autorité » et « tolérance  » ; la question sociale peut être réduite à une opposition entre « ouverture à l’économie de concurrence » et «  maintien de la cohésion sociale ». Ces opérations permettent bien de limiter ce qui est « politiquement pensable » pour reprendre les mots de Bourdieu. 

Au final, sans le moindre élément objectif (la référence aux sondages n’est même plus nécessaire pour le sondologue en chef), Jérôme Jaffré et Le Monde élaborent ce qui se révèle être une leçon, voire un rappel à l’ordre. Les modalités du débat et ses limites sont imposés à la démocratie par l’expertise du journal de référence. »

Jamel-Debbouze-vote-Hollande 

2012 la glorification du président normal

Le candidat du journal du dimanche

http://www.lejdd.fr/Election-presidentielle-2012/Actualite/Presidentielle-Francois-Hollande-annonce-sa-candidature-aux-primaires-socialistes-292415

 

« Mettre la France en avant« . Voilà le slogan martelé par François Hollande ce jeudi lors de sa déclaration de candidature à la présidentielle, « à travers la primaire du parti socialiste« . Réélu dans la matinée à la tête de la Corrèze, « Monsieur Normal« , comme il veut se définir désormais, a prononcé un bref discours depuis Tulle, entouré de soutiens scandant « François président!« . La France en avant? « C’est un concept, une démarche positive, de progrès, d’ambition« , s’enthousiasme Stéphane Le Foll, membre du premier cercle de l’ancien premier secrétaire du PS, revenant pourleJDD.fr sur l’événement du jour .

Exercice obligé, François Hollande s’est présenté en recours pour une France qui traverse un « moment exceptionnellement difficile« . « Il n’y a plus de temps à perdre. Il y a même urgence. Il faut à un moment qu’il y ait des idées et une incarnation du changement« , a justifié celui qui n’a jamais été ministre. Urgence pour le pays dont le président serait « en fin de course » et urgence pour lui qui ne pouvait plus retarder une annonce promise de longue date. Une fois sa réélection à la tête du département assurée, « on ne pouvait plus reculer« , explique Le Foll.

Le chouchou de Paris match

http://www.parismatch.com/Actu/Politique/Hollande-La-victoire-de-l-homme-tranquille-153352

L’intello du Monde

http://presidentielle2012.ouest-france.fr/actualite/pour-le-monde-francois-hollande-philosophe-avec-edgar-morin-04-05-2012-1552

« Abordant la question de la présidentialité, François Hollande s’est lancé dans une scansion qui restera l’un des moments les plus forts du débat, enchaînant pas moins de 15 phrases commençant par « Moi président… », attaquant à chaque fois des points de la présidence Sarkozy. « Moi président de la République, je ne serai pas le chef de la majorité, je ne recevrai pas les parlementaires de la majorité à l’Elysée. Moi président de la République, je ne traiterai pas mon premier ministre de ‘collaborateur’… ». Une tirade d’autant plus percutante que M. Sarkozy a laissé son rival la dérouler sans l’interrompre une seule fois. »
En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2012/article/2012/05/03/les-moment-cles-du-debat-hollande-sarkozy_1694468_1471069.html#3qX0RjJKK8DSGgTr.99

 Brigitte-Macron-se-confie-en-exclusivite-a-Paris-Match

2016 l’invention d’une candidature de substitution à gauche

 

Emmanuel Macron nouvelle star des sondages. Après notre enquête Odoxa  qui montrait déjà que le ministre de l’Economie était celui que les Français préféraient voir représenter la gauche à la présidentielle de 2017, Libération publie ce jeudi matin un sondage qui confirme cette percée.

Selon Viavoice*, à la question «pour 2017, chacune des personnalités (de gauche) suivantes serait-elle d’après vous un bon président ? », il arrive en tête avec 38%, devant Manuel Valls 28% et Martine Aubry 21%. François Hollande, lui, ne recueille que 11% des réponses.

Mais nouveauté, c’est la première fois qu’Emmanuel Macron arrive en tête chez les sympathisants de gauche. Il est également leur préféré (15%), juste devant Martine Aubry (14%), Jean-Luc Mélenchon (12%) et Manuel Valls (10%). Le chef de l’Etat est à 7%.

«Bulle spéculative» comme le dénoncent des socialistes ? Ou vrai engouement pour un ministre qui apporte un peu d’air frais ? «Il y a indéniablement un phénomène Macron qui fonctionne aujourd’hui en grande partie sur le rejet de l’offre politique existante», analyse François Miquet-Marty, directeur de l’institut Viavoice.

http://www.leparisien.fr/politique/presidentielle-macron-nouveau-chouchou-des-sondages-21-04-2016-5733333.php

Emmanuel Macron pourrait permettre à la gauche de se qualifier pour le second tour de la présidentielle, selon un sondage Odoxa avec Dentsu-Consulting pour BFMTV et Le Parisien, publié samedi 16 avril. Mais cette hypothèse ne se produirait que si le candidat de la droite était Nicolas Sarkozy.

http://www.francetvinfo.fr/elections/presidentielle/presidentielle-macron-permettrait-a-la-gauche-de-se-qualifier-pour-le-second-tour-mais-pas-hollande-selon-un-sondage_1407755.html²

« Il y a indéniablement un phénomène Macron qui fonctionne aujourd’hui en grande partie sur le rejet de l’offre politique existante, la lassitude envers Hollande et Sarkozy et, sans doute plus qu’on ne le croit, Juppé. Macron, qui a pour lui d’être nouveau dans le paysage, prospère sur les défauts des autres », analysé pour la journal, François Miquet-Marty, directeur de l’institut Viavoice.

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