Ces technos qui tuent l’école

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Au plus haut sommet de l’Etat comme à la base une vision technocratique s’impose. La spécificité de l’enseignement est niée, l’étudiant ou l’élève transformés en apprenant ne sont rien d’autre qu’une matière première à transformer. EXIGENCE ET EMPATHIE SONT LES CLEFS DE LA REUSSITE PEDAGOGIQUE. Les technos au pouvoir ont rarement enseigné et ne comprennent pas pourquoi l’humain fait de la résistance.

Les technos sont d’autant plus dangereux qu’ils communiquent bien et se revendiquent de la modernité. La réforme du collège entre en vigueur, NAJAT VALAUD BELKHACEM complète son œuvre de destruction massive par une abomination supplémentaire, la réforme de l’orthographe.

Un cliché résume à lui seul les dégâts des « têtes « malfaisantes. On y voit des technos en place   et les futurs ministres, en particulier le président actuel de l’UNEF  un vieil étudiant à bac plus 10 en biologie. Aucun des participants à cette réunion n’a fait au cours de sa vie autre chose que de la politique.

Ne croyez cependant pas que le technocratisme pédagogiste soit une maladie de la seule gauche de gouvernement, le virus franchit les barrières de l’espèce et frappe durement un peu partout. Paradoxalement il conduit à deux effets contraires : l’abaissement du niveau pour le plus grand nombre avec le délitement du tissu républicain et le repli élitiste dans les gated communities  de grands établissements publics ou privés .

J’ai consacré deux chapitres sur la question dans « Pourquoi les Gaulois …. »

https://pgibertie.com/2016/01/05/les-editions-papier-et-numerique-viennent-de-sortirpourquoi-le-gaulois-ont-ils-peur-que-lislam-leur-tombe-sur-la-tete/

 

J’ai toujours combattu le technocratisme pédagogiste et je me suis efforcé de faire vivre les valeurs de la république là où j’avais des fonctions de responsabilité. J’ai toujours pensé que la base, l’établissement scolaire pouvait s’immuniser contre la maladie et ses vecteurs de transmission à la condition que les étudiants, les parents, les professeurs et la direction partagent  les mêmes valeurs .

Les meilleures choses ont une fin, même à Grandchamp et j’ai le sentiment d’avoir perdu la guerre.

Je ne veux pas m’attarder sur ma situation personnelle, je suis un dinosaure à la retraite. Je pense aux professeurs en exercice qui affrontent le mépris du technocratisme .

Je vous livre la lettre ouverte d’un professeur , Isabelle DOGNICOURT

 

Je vous accuse, avec tant d’autres qui vous ont précédée, d’être responsable et coupable de la désespérance dans laquelle vous plongez notre jeunesse.

Je vous accuse de refuser à mes prochains élèves toutes les richesses dont ont bénéficié les précédentes générations.

Je vous accuse de priver mes plus jeunes enfants de l’École de l’exigence et de l’excellence à laquelle, moi, enfant du peuple, j’ai eu droit et d’être ainsi responsable de leur inculture à venir !

Auraient-ils besoin d’Accompagnement Personnalisé en plus de leurs heures disciplinaires ? Tant pis pour eux, ils en auront, mais en lieu et place de leurs heures de cours. Voudraient-ils suivre un véritable enseignement du latin ? Ils n’en auront pas le droit ! Auraient-ils, arrivés en 4e, envie de parfaire leur anglais et la volonté d’être bilingue au sortir du lycée comme leur sœur aînée ? Pas de chance, c’est terminé ! Ils se débrouilleront pour l’être avec leur cours d’anglais en classe entière ! Souhaiteraient-ils découvrir les métiers et études vers lesquels ils voudraient se diriger après la 3e parce que l’enseignement général ne leur correspond pas ? Ils auraient pu demander une option DP3. Mais ça, c’était avant !

Combien de parents pourront ajouter l’école à la maison pour pallier les manquements de l’École ? Combien de parents auront les moyens d’offrir des cours particuliers à leurs enfants pour qu’ils puissent continuer à avoir accès aux savoirs et aux connaissances ? C’est cela votre conception de l’égalité pour tous ?

Ce n’est pas la mienne ! Et je sais d’où je le tiens : mes parents, avec la meilleure volonté de monde, n’auraient jamais pu remplacer l’École si elle n’avait pas été de qualité. Au contraire, ils lui faisaient confiance et ils avaient raison… Sans doute, suis-je de ces dernières générations non sacrifiées.

Je viens, aujourd’hui, de recevoir ma répartition horaire pour l’an prochain… L’an prochain, Madame le Ministre, grâce à cette réforme que vous défendez si bien, je devrai enseigner 21 heures par semaine : 16 heures de latin, les seules qui survivront à la réforme (sur les 26 qui existaient jusqu’à présent) et 5 heures de français, soit 21 heures de présence en cours , 4 niveaux de classes différents, 4 nouveaux programmes à préparer contre un temps plein en latin cette année sur 2 niveaux… Quelle reconnaissance de mon métier, n’est-ce pas ? De mon investissement ? Votre directrice générale de l’Enseignement, Madame Florence Robine, y a déjà répondu : « Les profs, ils auront leurs vacances pour préparer, et ils n’ont pas besoin de manuels, tout est sur Internet. »

Vous dites vouloir promouvoir le latin pour tous… Il existait déjà, et bien avant vous ! L’interdisciplinarité, Madame le ministre, cela fait 25 ans que je la pratique ! Mes cours ne sont pas faits que de déclinaisons et de grammaire qui ennuient mes élèves !

Faut-il si peu connaître mon métier et me mépriser ?

Faut-il tant me mépriser pour me dire en formation que ma « position monolithique d’opposante à la réforme ne vaut que parce que je suis susceptible de perdre mon poste et qu’il faut avoir pour moi de la compassion jusqu’au mois de juin » ?

Faut-il tant mépriser notre langue et les élèves pour m’apprendre, toujours en formation, que l’an prochain, il serait judicieux que je tolère, dans les copies, « les petit-ENT filles » parce qu’il y a la sensation du pluriel ?

Faut-il tant mépriser le métier de professeur ou le méconnaître pour laisser dire que « l’enseignant ne transmet plus les connaissances liées à sa discipline, il aide l’élève à construire les compétences qui feront de lui un bon citoyen européen » ?

Oui, je crains que vous ne me méprisiez, que votre silence, une fois de plus, ne soit que mépris, que vos interventions médiatiques prochaines ne soient que mépris…

Pourtant, Madame le ministre, si vous preniez la peine de m’entendre, si vous preniez la peine d’écouter la désespérance et le cri du cœur de l’appel qui vous est lancé, vous y trouveriez bien plus que de simples « bruits de chiottes », vous y trouveriez le respect que j’ai pour mes élèves, vous y trouveriez le respect que j’ai de mon métier, vous y trouveriez la passion qui m’anime chaque fois que je passe le seuil de ma classe, vous y trouveriez cet amour que j’ai de mes élèves et que je suis en train de perdre de mon métier… Et si vous preniez la peine d’entendre et d’écouter les 80 % de professeurs qui s’opposent aujourd’hui à cette réforme, à celle des rythmes scolaires et à celle du lycée, vous entendriez des femmes et des hommes de conviction, des femmes et des hommes de propositions, des femmes et des hommes convaincus que notre École est malade de sa refondation et des réformes qui se succèdent, des femmes et des hommes prêts à œuvrer de longues années encore pour une Réinstitution de l’École au service de tous les enfants de la République.

Continuez à nous mépriser encore, Madame le ministre, et vous entendrez bientôt le bruit de notre colère, vous entendrez gronder notre désespérance, parce qu’il n’y a rien de pire que de ne pas être entendus alors même que d’autres le sont.

J’aspire au jour où je pourrai de nouveau m’adresser à mon ministre de tutelle, avec tout le respect qui lui est dû, j’aspire au jour où mon ministre de tutelle aura pour moi, professeur, autant de respect que j’en ai pour mes élèves. J’aspire au jour où mon ministre de tutelle aura pour mes élèves tout le respect qui leur est dû. J’aspire au jour où mon ministre de tutelle saura réinstituer l’École de la République. Alors, seulement, ma haute considération et mes salutations respectueuses seront sincères, alors seulement, la confiance reviendra.

Je vous prie donc d’agréer, Madame le ministre, mes salutations qui ne sont respectueuses que parce qu’elles sont formelles.

Isabelle Dignocourt

Professeur certifiée de lettres classiques

 

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2 commentaires pour Ces technos qui tuent l’école

  1. Xavier Gond dit :

    Bonjour Monsieur,
    Non, vous n’avez pas perdu la guerre.
    Vous avez semé le savoir, et il vit en chacun de vos anciens préparationnaires. Le fait que l’ivraie semble ponctuellement étouffer le blé ne signifie pas que le blé va disparaître. Je vous ferai la même réponse qu’à ma chère femme, professeur certifié de Lettres Classiques elle aussi, qui désespère parfois de la situation (elle enseignait à Périgueux à l’époque et il me semble que l’endroit vous est familier ?) : il suffit d’avoir infléchi une seule trajectoire, d’avoir suscité une seule vocation chez un élève, d’avoir ouvert l’esprit et la curiosité de 5% d’une classe pour consacrer votre victoire sur l’ignorance et la technocratie que vous dénoncez fort justement. Car même en germe, même à distance dans le temps, ce que vous avez transmis se perpétue et se renouvelle sans fin, à l’image de cultures de blé dont je prenais l’image. Votre enseignement est rémanent : vous laissez votre place, mais votre œuvre perdure. C’est la noblesse et la beauté de votre métier.
    Il faut continuer de résister et ne pas abandonner le terrain de l’éducation aux technocrates et aux idéologues.
    A ce sujet, il me semble que le tort de votre génération (sans vous faire offense, grosso modo celle de mes parents, les baby boomers) est d’avoir abandonné le terrain de la politique, de la culture et de la pédagogie aux cercles que vous décrivez très bien dans votre précédent article (cf la pouponnière à ministres de votre article « En France l’échec des réformes est nécessaire car il participe au cycle naturel de reproduction chez les socialistes », mais aussi « l’énarchie », la droite dite gaulliste qui a abandonné ces sujets au camp d’en face).
    Sur ce dernier point -mille pardons pour cette deuxième irrévérence- mais il me semble que vous n’allez pas assez loin dans l’analyse, et que vous vous bornez au constat de la dictature technocratique sans en aborder les causes profondes : il ne s’agit pas d’un phénomène de génération spontanée, mais bien de la conséquence d’une idéologie mortifère à l’usage d’une élite possédante, avec ses têtes pensantes et ses idiots utiles, qui se propose de préempter le savoir (entre autres choses) en ne laissant que la faculté de consommation à la majorité bêtifiante.

    Courage, continuez à y croire. Il faut avoir foi en ce que vous faites et en ce que vous défendez.
    Sursum corda !!!
    Bien sincèrement,
    Xavier

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