Erdogan peut-il entraîner le monde dans la troisième guerre mondiale ? La responsabilité historique d’Angela Merkel

L’article a été réactualisé le 19/02…. l’actualité s’accélère

 

 

XVMfee7440a-767c-11e5-b0b0-c31b3ebd6616Le dirigeant turc menace la paix du monde. Pour des raisons idéologiques il ne peut accepter la défaite des islamistes en Syrie car les « rebelles modérés «  sont proches de lui et donc de l’idéologie des frères musulmans. Pour des raisons géopolitiques  tout sera on pour « casser » du Kurde et empêcher  la création d’un Kurdistan aux frontières de la Turquie. Si l’objectif déclaré de la coalition internationale menée par les Etats-Unis est de combattre l’Etat islamique, tandis que la Russie est intervenue avant tout pour soutenir le régime de Bachar al-Assad, la Turquie n’a pas les mêmes priorités. Après deux ans de cessez-le-feu, les affrontements meurtriers ont en effet repris l’été dernier entre les forces turques et le PKK dans le Sud-Est à majorité kurde du pays, faisant de nombreuses victimes. Le conflit a fait plus de 40.000 morts depuis 1984.

Au cours des cinq dernières années la stratégie d’Erdogan  a parfaitement réussi. Soutenu par les régimes idéologiquement proches des frères musulmans comme le Qatar et par les salafistes de l’Arabie Saoudite, Erdogan s’est révélé le maître d’œuvre de la déstabilisation de la Syrie. Plus personne n’ignore le soutien aux islamistes.

D’un point de vue militaire Daesh avec ses 80 000 combattants  a pour adversaires principaux  sur le terrain les combattants kurdes et les chiites irakiens soutenus par l’Iran. Malheureusement l’organisation peut recruter via la Turquie, vendre son pétrole via la Turquie et bénéficier des bombardements turcs sur les positions  kurdes. Sans la position pour le moins ambiguë de la Turquie, Daesh ne serait plus un danger.

En effet l’organisation s’est mise à dos les occidentaux et même les pétro monarchies du Golfe. Seul le Sultan d’Ankara la soutient discrètement. L’Arabie saoudite et le Qatar souhaitent d’abord renverser le régime de Bachar pour affaiblir le monde chiite et construire un gazoduc vers la Méditerranée, ils préfèrent donc soutenir des islamistes bien plus engagés contre Bachar que ne l’est Daesh .Depuis le début 2014 Daesh ne peut compter dans le monde arabe  que sur des donateurs privés saoudiens ou qataris.

Mais Daesh n’est qu’une composante du terrorisme islamiste dans la région, la seule dont nous entendions parler en Occident, peut-être pas la plus dangereuse.

En Syrie  se sont développés des organisations  comme AL NOSRA variante locale d’Al Qaeda et surtout le Front Islamique.

Le Front créé en 2013 regroupe 7 organisations et 80 000 combattants, il recrute dans le monde sunnite, bénéficie du soutien de la Turquie  et des pays du golfe, de la bienveillance occidentale. Son but affiché : le renversement  de Bachar, la mise en place d’une république islamique avec la charia. La CIA s’est posée la question de l’utilité ou non d’utiliser ces islamistes contre Daesh. Plusieurs organisations du Front Islamique sont issues des rangs de la fameuse « armée syrienne libre » présentée en Occident comme démocratique. Dans la réalité les combattants de l’ASL  privée d’aide militaire occidentale sont passés à peu près tous dans les mouvements soutenus par la Turquie, l’Arabie saoudite et le Qatar.

Bilal Erdogan, 35 ans, l’un des quatre enfants du président turc, est soupçonné de blanchiment d’argent par le parquet de la ville italienne de Bologne en Italie , il serait très lié au commerce deu pétrole de Daesh.

L’opposition turque accuse : « La Turquie a vu les Kurdes syriens en train de créer leur propre autonomie démocratique. Lorsque la guerre a éclaté à Kobané, tous les Kurdes se sont réunis face à la menace. Cette unité empêche Ankara de conduire sa politique islamiste pro-sunnite au Proche-Orient », affirme la députée turque Selma Irmak .

Les Kurdes ont gagné du poids dans l’arène internationale, ce qui s’ajoute aux préoccupations de Recep Tayyip Erdogan .La Turquie a pris l’Europe en otage ayant employé l’afflux des réfugiés en provenance du Proche-Orient comme une arme contre l’Europe. Les Etats-Unis gardent également leur silence, car ils ont des intérêts communs avec la Turquie. Ainsi, Washington souhaite continuer à utiliser la base militaire d’Incirlik (…). Une telle impunité rend l’armée turque d’autant plus insolente » ..

« La Turquie constitue une importante source d’approvisionnement pour Daech. Ses combattants sont autorisés à franchir la frontière turque, ils y reçoivent les papiers nécessaires. L’EI possède des camps d’entraînement en Turquie, et le pétrole de Daech est vendu via la Turquie (…). Dans ses interventions, Erdogan ne dit rien contre l’EI. Il ne dénonce jamais la cruauté de l’Etat islamique, et il ne le fera jamais« ,

Dans « Pourquoi les Gaulois.. » nous avons expliqué les imbrications géopolitiques et surtout comment l’Europe s’est faite piégée par le Sultan. La responsabilité de cette inconséquence revient largement à MME Merkel  et à Laurent Fabius. Le sultan a compris qu’en laissant opérer les passeurs, il maitrisait les flux vers une Europe incapable de contrôler ses frontière extérieures. Il a entre ses mains une arme extraordinaire et il sait s’en servir. Merkel de son côté se trouve piégée par un discours généreux et irresponsable  qui lui a permis d’être nominée pour le prix Nobel de la Paix et de faire exploser l’Europe.

Après avoir lâché 700 000 réfugiés vers l’Europe, le sultan peut savourer sa victoire face à une Europe donneuse de leçons. Il n’a aucune envie d’intégrer l’Union, la Turquie bénéficie déjà de l’ouverture du marché européen  grâce aux accords de voisinage. Erdogan a fait le choix d’un retour à l’impérialisme ottoman, s’appuyer sur les turcophones  présents dans de nombreux pays, mettre en place des régimes idéologiquement proches et donc liés aux Frères Musulmans.

L’Union européenne prend une décision courageuse le 30 novembre 2015: se prosterner devant le sultan Erdogan.

https://pgibertie.com/2016/01/05/les-editions-papier-et-numerique-viennent-de-sortirpourquoi-le-gaulois-ont-ils-peur-que-lislam-leur-tombe-sur-la-tete/

Erdogan a sous-estimé la réaction du vieil ennemi du sultan, le tzar. Poutine ne pouvait pas laisser s‘effondrer le régime de Bachar et perdre l’accès à la Méditerranée. Il devait se montrer crédible à l’égard de ses alliés chiites, de l’Iran, de la Chine.

Au moment où Erdogan allait réussir à imposer une zone de non survol  sur l’Iran  pour empécher Bachar d’utiliser son aviation, Poutine est intervenu.

Erdogan s’est vivement inquiété de l’évolution sur le terrain. Soutenues  par l’aviation russe les forces du régime syrien finissent par progresser  et reprennent petit à petit  le contrôle de la frontière nord du pays. Si l’on ajoute que les Kurdes font de même de leur côté le risque de voir les islamistes  encerclés n’est pas mince. Nul ne s’y trompe, Nosra  ainsi que les mouvements proches des frères musulmans ne peuvent tenir leurs positions sans le soutien direct de la Turquie qui sert de base arrière. A l’est, les  Turcs bombardent massivement les Kurdes du Pkk et en Syrie ils entendent faire de même.

La situation se dégrade d’autant plus pour Erdogan que l’aviation russe a détruit des colonnes de camions citernes amenant l’or noir de Daesh en Turquie. C’est au nord de Lattaquié que la situation devient le plus préoccupante  et ce malgré les missiles américains TOW fournis aux islamistes.

La grande bataille pour le contrôle des 820 kilomètres de frontières de la Syrie avec la Turquie a commencé. C’est un tournant stratégique. Car aucune rébellion armée ne peut durer très longtemps si elle n’est pas ravitaillée à partir d’un pays voisin.  Au sud le roi de Jordanie a fermé la frontière car il sait lui que les « rebelles modérés » n’existent pas. Il ne reste donc que la frontière turque .

Erdogan tend un piège à un avion russe et appelle l’Otan au secours. Les Américains ne sont pas dupes , ils n’ignorent pas le machiavélisme de leur allié. L’Otan appelle à la désescalade.

Erdogan joue au poker : il sait que Poutine peut difficilement prendre le risque d’une rupture des relations diplomatiques qui le priverait d’accès à la Méditerranée. Le détroit du Bosphore est contrôlé par la Turquie. L’envie de fermer le Bosphore doit être forte pour Erdogan mais s’il prenait cette décision, la troisième guerre mondiale commencerait.

L’obsession d’Erdogan est kurde. Il ne veut pas d’un Etat kurde à ses frontières et il se sait soutenu par une majorité  de sa population mais peut-il prendre le risque d’entrainer son pays dans une  guerre  civile ?

Erdogan joue sur la russophobie des américains et des occidentaux, il espère le soutien de l’Otan. Mais les opinions publiques accepteront-elles de risquer une guerre mondiale pour soutenir le meilleur ami des islamistes? Poutine n’a pas intérêt à jeter de l’huile sur le feu. Sa stratégie est payante sur le terrain, le temps joue pour lui.

Le sang-froid du tsar et la défaite sur le terrain des islamistes  poussent Erdogan à commettre le pire.

Il entend imposer  la fameuse zone d’interdiction de vol sur le nord de la Syrie et empêcher les Russes de bombarder les islamistes. Il voudrait justifier une intervention au sol  en Syrie de troupes turques et saoudiennes. Il bombarde les kurdes et organise l’arrivée en Syrie de 2000 combattants islamistes équipés par lui.

https://fr.news.yahoo.com/quelque-2-000-rebelles-syriens-retour-en-syrie-100100861.htmlErdogan veut intervenir en Syrie mais il a besoin d’alliés et de prétextes.

Le prétexte : l’attentat du 17 février à Ankara. Les  Kurdes démentent car ils n’ont aucun intérèt à fournir des justifications à une intervention turque. A qui profite le crime ?

Le président turc, Tayyip Recep Erdogan, a insisté: « Même si les dirigeants du PYD et du PKK disent qu’il n’y a aucun lien avec eux, sur la base des informations obtenues par notre ministre de l’Intérieur et nos services du renseignement, il a été établi que (l’attentat) avait bien été commis par eux. »

Ankara redoute que la branche armée du parti kurde syrien de l’Union démocratique (PYD), en s’en emparant, ne prennent le contrôle de la centaine de kilomètres de frontière commune avec la Turquie qui lui échappe encore.

Azaz est situé sur le dernier axe de circulation possible pour les rebelles entre la Turquie et Alep, la grande ville du nord de la Syrie où les forces de Bachar al Assad, appuyées par l’aviation russe, mènent une offensive depuis le début du mois.

Davutoglu a précisé que ces tirs de barrages se poursuivraient. « L’attentat d’hier visait directement la Turquie et ses auteurs en sont les YPG et l’organisation terroriste séparatiste du PKK. Toutes les mesures nécessaires seront prises à leur encontre », a-t-il dit.

« J’aimerais prévenir la Russie, qui apporter un soutien aérien aux YPG dans leur progression sur Azaz, de ne pas se servir de ce groupe terroriste contre les populations innocentes de Syrie et de Turquie »,

Il a également confirmé que l’aviation turque avait bombardé dans la nuit de mercredi à jeudi des bases arrière du PKK dans le nord de l’Irak.

Peut-il envoyer son aviation sur le territoire syrien sans prendre le risque de déclarer la guerre à la Russie ?

Erdogan a besoin d’alliés et  comme nous l’avons écrit Obama fait preuve de prudence et de pragmatisme. Les Etats Unis soutiennent et arment les Kurdes que combat Erdogan. L’opinion publique accepterait elle une troisième guerre mondiale pour défendre…Daesh ?

Les Anglo-saxons  s’agacent d’Erdogan  à l’image d’un article de the Economist :

« …The danger of isolation was sharply underlined in November when Turkish jets shot down a Russian fighter over Syria that had briefly entered its air space. The Russian president, Vladimir Putin, swiftly responded with a broadside of sanctions. The Russian measures could trim up to 0.7% from Turkish GDP growth this year, according to the European Bank for Reconstruction and Development.

» With lukewarm support from its allies, Turkey has tried to calm the excitement. But given its support for militias fighting against Syria’s president, Bashar al-Assad, and Russia’s growing military commitment to his survival, there could well be more clashes. Turkey seems in danger of stumbling into an unplanned but potentially costly fight. It imports most of its gas from Russia, and Turkish construction firms have well over $10 billion-worth of Russian contracts on their books.

» Now Turkey faces a new threat. A double suicide-bombing in Ankara on October 10th last year aimed at a march by leftist trade unions and Kurdish activists killed more than 100 people. In January suicide-bombers struck again, this time in the heart of Istanbul, killing ten tourists. Both attacks were attributed to Islamic State. In a country that has long seen itself as insulated from Middle Eastern turmoil, the intrusion of violent radical Islam came as a particular shock. Worse, it partly reflected Mr Erdogan’s slowness to recognise the danger of blow-back from his own policies in Syria, where Turkey for too long indulged radical Islamists so long as they opposed the Assad regime.

» Rather than blame the party in power for such setbacks, worried voters in November rallied behind Mr Erdogan, backing a strong, tested government rather than risk rule by a possibly weaker coalition. It helped that the ruling party, in effect, controls Turkey’s mainstream media, which pumped up nationalism in the face of danger. Mr Erdogan had carried the 2014 presidential election with a slim majority of 52%, and his AK party, for all its success, enjoys the support of just half the Turkish public. Many of the rest remain sceptical or even bitterly opposed to him.

» This special report will argue that Turkey’s leaders, with their ambitions still set on mastery, are not doing nearly enough to heal such internal rifts. The Kurdish issue looms as one big danger, and so does the Turkish economy’s growing vulnerability to external shocks. Mr Erdogan’s blustering, bulldozing style, together with his party’s growing intolerance for dissent, portends trouble. »

http://www.economist.com/news/special-report/21689871-under-recep-tayip-erdogan-and-his-ak-party-turkey-has-become-richer-and-more-confident

 

En Europe il y a malheureusement une personnalité de premier plan, russophobe depuis l’enfance car née à l’Est, totalement inconséquente en géopolitique et traumatisée par sa  bourde  de la porte ouverte à un million de migrants.  Il s’agit d’Angela Merkel. Elle est capable de tout y compris du pire pour empêcher une nouvelle vague de malheureux sur l’Europe. Le sultan la connait bien  et chaque fois qu’il la rencontre il menace d’ouvrir les vannes…

Merkel , en rupture totale avec la géopolitique traditionnelle allemande , soutiendra Erdogan. Elle s’est dite favorable  à une zone d’exclusion aérienne en Syrie, comme le réclame depuis longtemps la Turquie, dans une interview au quotidien Stuttgarter Zeitung. « Dans la situation actuelle, il serait utile qu’il existe une zone qu’aucun des belligérants ne bombarde – donc une sorte de zone d’exclusion aérienne », a déclaré Angela Merkel. Elle entend donc permettre l’extermination des Kurdes par les Turcs.

Poutine n’acceptera jamais que des puissances étrangères imposent cette interdiction à un gouvernement reconnu légitime par l’onu, le gouvernement syrien.

Comment interdire à Poutine d’intervenir en Ukraine au nom du droit international et intervenir en Syrie contre le droit international.

Que cela plaise ou non la seule intervention légale en Syrie est l’intervention russe car autorisée par le gouvernement de ce pays.

Bush en son temps viola le droit international en Irak. Veut-on recommencer ?

Poutine ne redoute pas l’armée allemande réduite à 6 vieux tornados seulement capables de voler le jour.

Hélas Erdogan est notre allié dans le cadre de l’Otan. Le suivrons-nous dans cette aventure ?

Merkel est heureusement  de plus en plus isolée dans l’Union et Les Etats-Unis, la France ont exhorté Ankara à mettre un terme aux bombardements turcs. Barack Obama estime que la question syrienne est ingérable et que l’Amérique doit se tenir à l’écart, il a sans doute raison.

La paix du Monde dépend du basculement de l’opinion publique à l’ouest. Le sort des civils préoccupe mais rien n’est clair. Les hopitaux de MSF ont été détruits, la Turquie  accusé la Russie, mais pas ..MSF.

Qui empêchera Erdogan de déclencher la troisième guerre mondiale ?

Pour aller plus loin  et comprendre le contexte géopolitique ( premiers chapitres)

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Pour suivre le déroulement de l’actualité

BookCoverPreview

Les mauvaises nouvelles

https://fr.news.yahoo.com/tsar-contre-sultan-choc-russie-turquie-syrie-train-100925778.html

https://fr.news.yahoo.com/l-attentat-d-ankara-attise-grand-jeu-r%C3%A9gional-191111326.html

http://www.causeur.fr/angela-merkel-migrants-cologne-36843.html#

http://www.courrierinternational.com/une/vu-dallemagne-les-trois-points-que-defendra-merkel-au-sommet-europeen

http://www.tuniscope.com/article/89209/actualites/international/turque-402018

L’armée turque accusée par une députée, d’avoir brûlé vifs, 150 Kurdes

http://tempsreel.nouvelobs.com/video/20160219.OBS4945/guerre-pkk-turquie-les-reporters-ont-le-pistolet-sur-la-tempe.html

la sale guerre d’Erdogan

http://www.francetvinfo.fr/monde/proche-orient/video-un-oeil-sur-la-planete-syrie-quand-on-combat-on-recoit-un-salaire_1321953.html#xtor=AL-79-%5Barticle_video%5D-%5Bconnexe%5D

Les bonnes nouvelles:

les Etats Unis et le sultan

https://fr.news.yahoo.com/attentat-dankara-washington-appelle-turquie-kurdes-%C3%A0-retenue-220641217.html

l’Arabie saoudite se rapproche des russes

https://fr.news.yahoo.com/entente-russo-saoudienne-p%C3%A9trole-dernier-clou-cercueil-l-103023179.html

Comment le jeu dangereux d’Angela Merkel vis-à-vis de la Turquie et de la Russie est en train de se retourner contre elle

Presse 11 février 2016 Interview de Didier Billion – Atlantico

Comment Angela Merkel en négociant au nom de l’Europe avec la Turquie et la Russie s’est-elle trouvée à la merci de Poutine et d’Erdogan ? Tout d’abord, on ne peut pas dire que Merkel en tant que telle, négocie ou discute avec ses interlocuteurs Poutine ou Erdogan au nom de l’Union européenne (UE).

Aucun conseiller européen ne lui a donné un mandat à ce propos. Angela Merkel prétend représenter l’Europe sans aucune décision collective. Cette ambiguïté sur le rôle qu’elle se donne est pour le moins critiquable.

Elle le fait parce qu’elle considère qu’elle est en capacité d’initiative et que, sur la question des réfugiés, ses déclarations un petit peu imprudentes du mois de septembre dernier lui valent quelques difficultés intérieures en Allemagne.

Lorsqu’Angela Merkel négocie avec Erdogan et son Premier ministre ou avec Poutine, c’est bien au nom des intérêts allemands et non des intérêts européens.

Il n’existe aucune coïncidence entre les intérêts allemands et les intérêts européens.

En ce qui concerne la crise des réfugiés, vu l’ampleur des difficultés, l’Europe est en position de faiblesse.

Les Turcs ont parfaitement compris que l’UE avait besoin de la Turquie pour négocier sur la question des réfugiés.

De ce point de vue-là, ils sont en position de force, pas seulement vis-à-vis d’Angela Merkel, même si ça se concentre sur elle parce qu’elle était à Ankara il y a quelques jours, mais vis-à vis de l’UE qui à cause de son manque d’unité est dans l’incapacité de gérer humainement mais aussi efficacement la crise des réfugiés et a donc plus que jamais besoin de la Turquie.

On ne peut même pas dire qu’Erdogan soit cynique, il est simplement dans un rapport de force et il essaie d’en profiter comme tout Etat le ferait.

Ce n’est pas moral mais on sait que la morale dans les relations internationales n’est pas toujours présente, c’est le moins qu’on puisse dire.

Au niveau du dossier syrien, Angela Merkel a pris il y a quelques mois l’initiative de rencontrer Poutine.

Cette rencontre bilatérale visait à discuter du dossier syrien.

Mais l’évolution de la situation et notamment la décision russe de procéder à des bombardements massifs depuis le mois de septembre ne donnent plus sur ce dossier à Angela Merkel le rôle qu’elle avait pu escompter obtenir avant le début des bombardements.

On ne peut pas dire qu’il y ait une politique particulière d’Angela Merkel à l’égard de Poutine sur le dossier syrien.

Au passage, il n’y a pas non plus de position européenne à l’égard de Poutine ou de tout autre dossier.

Peut-on encore espérer une coopération avec ces deux pays ? Au niveau de la crise des réfugiés, avec la Turquie il y a aura une coopération mais il est impossible de prévoir à quel rythme ni avec quels résultats.

C’est absolument indispensable, qu’on le veuille ou non, la Turquie continuera à avoir un rôle central sur ce sujet.

D’ailleurs, j’aimerais souligner que les positions des autorités européennes et notamment de la Haute Représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Federica Mogherini qui a déclaré que la Turquie avait une obligation légale sinon morale d’accueillir les réfugiés tout en demandant aux Turcs de fermer leurs frontières pour que les réfugiés syriens ne puissent pas partir vers l’Europe sont absolument insupportables et absurdes.

On se moque de la Turquie.

Même si la Turquie est très critiquable en de nombreux aspects, c’est un grand pays qui ne peut être considéré comme le marchepied des Européens.

En ce qui concerne le dossier syrien, je ne suis pas très optimiste.

La Russie reste un interlocuteur incontournable pour tenter tant que faire se peut de résoudre la crise syrienne, qu’on le veuille ou non et même si les méthodes de Poutine peuvent être critiquables.

Mais, comme on l’a vu, la vaine tentative de mettre en place des négociations la semaine dernière s’est soldée par un échec absolu.

Si aucun accord ou compromis satisfaisant avec la Turquie n’est trouvé, quelles seront les conséquences pour l’Europe et le projet européen ? Il faut raisonner sur le court terme et sur le long terme.

Si aucun compromis n’est trouvé avec la Turquie sur le court terme, l’Europe sera confrontée à une vague de plus en plus incontrôlable de réfugiés.

Sans accord avec la Turquie, cette dernière laissera une partie des réfugiés partir en Europe ce qui multipliera par 2, 3 ou 4 le nombre de réfugiés.

Sur le long terme, si l’UE n’est pas capable de trouver un compromis sur ce sujet, avec la Turquie et si les 28 membres ne sont pas capables de trouver un accord, un nouveau coup sera porté au projet européen.

Déjà au niveau économique, l’UE n’a pas été capable de gérer la crise économique européenne à 28, sur le dossier grec, les négociations ont été compliquées et si l’on ne trouve pas d’accord sur le problème des réfugiés alors on peut se poser la question suivante « quel projet européen existe » ?

A mon avis, le projet européen n’existe plus puisque plus rien de concret ne peut se faire à 28.

Si sur ce dossier brûlant que constitue cette question des réfugiés nous ne sommes pas capables de nous mettre d’accord à 28, je crains fort que le projet européen subisse un processus de recul.

Et pour l’Allemagne? Angela Merkel paiera-t-elle le prix de son « imprudence »? Angela Merkel rencontre de nombreux problèmes et paie déjà le prix de son imprudence.

Elle subit de plein fouet les grands discours généreux qu’elle avait prononcés à l’automne et qui à l’époque avaient subjugué les Européens à tel point qu’on l’appelait « Mama Merkel ».

En réalité, elle a mal mesuré l’ampleur du défi posé par les réfugiés.

De plus, Angela Merkel avait affirmé qu’il y avait un intérêt national économique allemand à accueillir des réfugiés, or l’ampleur de ce flux de réfugiés est tel que ça devient contradictoire avec les intérêts économiques allemands.

Cela découle sur la vie politique : en Allemagne, les turbulences politiques se font de plus en plus vives et les critiques de plus en plus fortes à l’égard d’Angela Merkel.

C’est d’ailleurs pour cela qu’elle s’est rendue à deux reprises en Turquie, une première fois à la fin du mois d’octobre et une seconde fois il y a quelques jours.

Elle a tenté de prendre ce problème à bras le corps non pas pour les intérêts européens mais pour ses propres intérêts.

En quoi le fait que l’Allemagne ait pris la tête des négociations avec ces deux pays est révélateur des faiblesses de la PESC et des institutions européennes ainsi que de la perte d’influence de la France dans le domaine de la politique étrangère? J’insiste bien sur le fait que l’Allemagne ne parle pas au nom de l’UE même si elle prétend le faire.

Quant à l’hypothétique PESC, c’est le vide intersidéral.

Elle n’existe pas.

On en a là une preuve tragique : l’UE est incapable de formuler une réponse collective à quelque problème qui se pose à elle.

Si c’est comme ça, à quoi bon l’Europe?

Quant à la France, il est sûr que la politique menée par le gouvernement actuel et par le précédent gouvernement, reflète l’incapacité, l’inconsistance et le manque de volonté de la France à se poser comme une nation qui a prétention à l’universel et qui ne peut jouer un rôle au niveau international et européen que si elle ne fait valoir ses spécificités.

Les élites françaises ont vraisemblablement abandonné cette singularité.

A partir du moment où la France n’a plus cette singularité, la capacité d’initiative de la France est perdue et cette dernière passe au second rang puis disparait des écrans radar.

Ce n’est pas irréversible mais force est de constater que la France, non pas à cause de l’Allemagne mais à cause des incapacités de ses élites, n’est plus dans une situation de prise d’initiative.

Cela est très préoccupant.

Malgré leurs tensions et des objectifs divergents sur quels points se retrouvent Erdogan et Poutine?Aujourd’hui, on ne peut pas dire qu’ils se retrouvent. La crise est profonde entre les deux pays.

Depuis le 24 novembre, après qu’un avion russe a été abattu par la flotte turque, la crise est devenue sérieuse même s’il n’y a pas eu rupture des relations diplomatiques ni des échanges économiques.

Les divergences entre les deux pays concernent le dossier syrien et depuis le 24 novembre, aucun terrain d’entente n’est possible.

On le voit bien dans la façon dont les Russes soutiennent le PYD (les Kurdes de Syrie) alors que la Turquie les considère comme des terroristes.

Par ailleurs, ceux qui sont bombardés par les Russes, notamment les forces rebelles dans leur variété, sont considérées comme des alliés par Ankara.

Il y a donc bien sur ces points une divergence absolue et la tension est vive. Il faudra attendre un certain temps avant que les relations ne se renormalisent entre Moscou et Ankara.

Même si la Turquie et la Russie ont toutes deux utilisé des postures similaires de contestation de l’ordre mondial hérité de la Seconde Guerre mondiale, il ne s’agit pas de politiques réelles.

En effet, lorsqu’Erdogan critique les alliances occidentales et l’ONU, il s’agit uniquement d’uneposture.Ce qui s’est passé juste après que l’avion russe a été abattu le montre.

A peine une heure après, Erdogan a fait une demande de convocation de l’OTAN.

Les Turcs sont les premiers à demander une convocation d’une réunion extraordinaire de l’OTAN quand ils ont un problème.

Il semble dès lors un peu facile de critiquer l’ordre mondial et l’impérialisme.

http://www.iris-france.org/71779-comment-le-jeu-dangereux-dangela-merkel-vis-a-vis-de-la-turquie-et-de-la-russie-est-en-train-de-se-retourner-contre-elle/

 

 

 

 

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4 commentaires pour Erdogan peut-il entraîner le monde dans la troisième guerre mondiale ? La responsabilité historique d’Angela Merkel

  1. Ping : Erdogan peut-il entraîner le monde dans la troisième guerre mondiale ? La responsabilité historique d’Angela Merkel | LE BLOG DE PATRICE GIBERTIE

  2. pgibertie dit :

    A reblogué ceci sur LE BLOG DE PATRICE GIBERTIEet a ajouté:

    c ‘est toujours d’actualité

    J'aime

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