la campagne électorale se racialise et aggrave la fracture communautariste

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guilluy

 

La campagne électorale des régionales est révélatrice   de   la   difficile adaptation des politiques aux nouvelles réalités sociologiques de la France. La majorité présidentielle joue la carte du communautarisme et de la menace de la guerre civile . La France périphérique, oubliée par les partis de gouvernement , vote majoritairement pour le FN.

Christophe Guilluy met tout d’abord d’un côté les métropoles avec leur proche banlieue, qui bénéficieraient de la dynamique économique de la mondialisation. Centres et proches banlieues sont habités par la bourgeoisie intégrée et les classes moyennes supérieures. Il s’agit de l’électorat classique des  partis   dits  de gouvernement (bourgeoisie bohème contre bourgeoisie traditionnelle). Là habitent les élites médiatiques . Cette France est également europhile, diplômée et d’autant plus favorable à l‘immigration que seuls les étrangers les mieux intégrés participent au même type d’habitat (exemple Paris commune et banlieue ouest proche) .

http://www.slate.fr/story/111343/tariq-ramadan-grand-ecart-permanent-enquete

Les employés et les ouvriers sont partis mais peuvent cependant encore vivre à proximité des catégories privilégiées les immigrés récents en particulier dans les banlieues bénéficiant des opportunités des métropoles.

« Les populations d’immigration récente vivant dans les quartiers de banlieues où sont concentrés les logements sociaux –un habitant des zones urbaines sensibles (ZUS) sur 2 est étranger en France, 64% en Ile-de-France. Partout le clivage social recoupe un clivage ethnique. 

« La coexistence sur les mêmes territoires de cette population pauvre avec une classe urbaine de cadres aisés allant de pair avec un évitement, qui passe en particulier par le contournement de la carte scolaire »

Les intégrés centraux de la bourgeoisie habitent les mêmes communes, les mêmes départements que les immigrés mais pas les mêmes quartiers. La ségrégation ethnique s’accentue même avec des regroupements communautaristes autour de pratiques religieuses. Coexistent un immobilier très cher et un parc de logement sociaux importants, les catégories moyennes et populaires laborieuses elles ont dû partir plus loin des centres.

La France qui réussit et la France communautariste représenteraient 40% de la population. La droite traditionnelle est très largement majoritaire chez les retraités , le Parti socialiste et la gauche de gouvernement triomphe dans la France des minorités et dans la communauté musulmane http://www.lavie.fr/actualite/93-des-musulmans-ont-vote-pour-francois-hollande-07-05-2012-27212_3.php

« Une étude réalisée par l’institut de sondages OpinionWay le jour du deuxième tour révèle une adhésion massive des musulmans au parti socialiste. Elle témoigne d’un rejet du sarkozysme mais pas de toutes les valeurs de la droite, notamment sur les questions sociétales comme l’homosexualité.

Les musulmans réclamaient le changement, et ils l’ont eu. Selon une étude du corps électoral menée par OpinionWay et Fiducial le 6 mai pour Le Figaro sur 10 000 votants, 93% des pratiquants ont glissé un bulletin « François Hollande » dans leur enveloppe. Seuls 7% d’entre eux ont voté pour Nicolas Sarkozy.

Le candidat socialiste est plébicité depuis le début de la campagne par cette partie de la population, qui représente environ 2 millions d’électeurs selon l’institut de sondages. Déjà au premier tour, la même étude avait montré que 59% d’entre eux avaient voté pour lui. Les deuxième et troisième places revenaient au candidat du Front de Gauche Jean-Luc Mélenchon (23%) et au centriste François Bayrou (7%). Le président sortant, lui, arrivait quatrième, avec seulement 4% des suffrages.  »

Il est alors possible de comprendre la campagne menée par Claude Bartolone . Il ne s’en est pas pris à Valérie Pécresse à la légère.

« C’est Versailles, Neuilly et la race blanche qu’elle défend en creux. »

Habile, il veut faire le plein du côté des électeurs « multiculturels en reprochant à sa rivale des formules comme « nous ne voulons pas devenir la Seine-Saint-Denis de Bartolone » . Valérie Pécresse reprochant surtout à celui que la droite et une partie de la gauche appellent « Don Barto » ou le « parrain du 9.3 » les difficultés financières du département.

La campagne de Claude Bartolone consiste à présenter deux communautés qui s’affronteraient.

Bruno Roger Petit du Point lui répond

« La charge de Bartolone est de nature à conduire bien des électeurs de gauche, instruits de l’affaire, à se poser quelques questions au moment de voter éventuellement pour ses listes en Île-de-France dimanche. Pour quel type de socialiste vont-ils voter ? Pour un héritier de Jaurès, Blum et Mitterrand ? Ou pour un clientéliste électoral prêt à tout et n’importe quoi pour additionner les voix ?

D’autant plus que Claude Bartolone peut se voir aussi attaquer sur un autre front. D’un côté, il se pose en adversaire d’une candidate – Valérie Pécresse – présentée comme avocate électorale de « la race blanche » ; et de l’autre il laisse passer sans réagir un appel à meeting lancé par l’une de ses colistières issue du Front de Gauche, Clémentine Autain, en faveur d’un meeting avec Tariq Ramadan en guest star et organisé par des associations ou mouvements communautaristes contestent le principe même de l’existence d’une République laïque aspirant à l’universel. »

http://www.lemonde.fr/elections-regionales-2015/article/2015/12/11/regionales-claude-bartolone-maintient-ses-propos-sur-la-race-blanche-visant-valerie-pecresse

Claude Bartolone ne fait qu’appliquer les conseils donné par Daniel Cohen en 2009 et par Terra Nova pour les élections présidentielles de 2012. Les socialistes doivent se reconstruire un socle électoral nouveau en privilégiant les communautés « visibles ».

Les ouvriers et les employés sont décris comme conservateurs par le » thinks tank » de François Hollande :

Synthèse du rapport “Gauche : quelle majorité électorale pour 2012 ?” – 2/9www.tnova.fr ouvrière.

 

« Ce socle historique de la gauche se dérobe aujourd’hui, à partir d’un double mouvement. D’abord, le rétrécissement démographique de la classe ouvrière : après un siècle d’expansion, la population ouvrière se contracte rapidement à partir de la fin des années 1970, pour ne plus représenter que 23% des actifs aujourd’hui – soit pour la gauche une chute de 40% de son socle électoral

Second mouvement : les ouvriers votent de moins en moins à gauche. L’érosion est continue depuis la fin des années 1970 et prend des allures d’hémorragie électorale ces dernières années. Au premier tour de l’élection présidentielle, le différentiel de vote au profit de la gauche entre les ouvriers et la moyenne de l’électorat passe de +15 points en 1981 à 0 en 2002 : il n’y a plus de spécificité du vote ouvrier. Pire, le candidat Lionel Jospin n’a rassemblé que 13% des suffrages ouvriers : les ouvriers ont moins voté socialiste que l’ensemble des Français (16%). Au second tour de la présidentielle, le vote ouvrier passe de 72% en 1981 à 50% en 2007 : pour la première fois de l’histoire contemporaine, les ouvriers, qui ne votaient déjà plus à gauche au premier tour, ne votent plus à gauche au second 

Historiquement, la gauche politique porte les valeurs de la classe ouvrière, tant en termes de valeurs socioéconomiques que culturelles. Elle est la porte-parole de ses revendications sociales et de sa vision de l’économie : pouvoir d’achat, salaire minimum, congés payés, sécurité sociale, nationalisation des grandes entreprises, encadrement des prix… Et l’une comme l’autre restent relativement conservatrices sur le plan des mœurs, qui demeurent des sujets de second plan par rapport aux priorités socioéconomiques.

Ce mouvement sur les questions de société se renforce avec le temps pour s’incarner aujourd’hui dans la tolérance, l’ouverture aux différences, une attitude favorable aux immigrés, à l’islam, à l’homosexualité, la solidarité avec les plus démunis. En parallèle, les ouvriers font le chemin inverse. Le déclin de la classe ouvrière – montée du chômage, précarisation, perte de l’identité collective et de la fierté de classe, difficultés de vie dans certains quartiers – donne lieu à des réactions de repli : contre les immigrés, contre les assistés, contre la perte de valeurs morales et les désordres de la société contemporaine.

 Si la coalition historique de la gauche est en déclin, une nouvelle coalition émerge. Sa sociologie est très différente :

  1. Les diplômés. Ils votent plus à gauche que la moyenne nationale (+2 points en 2007). Le vote à gauche est désormais corrélé positivement au niveau de diplôme : plus on est diplômé, plus on vote à gauche ; moins on est diplômé, plus on vote à droite.
  2. Les jeunes. C’est le cœur de l’électorat de gauche aujourd’hui.
  3. Les minorités et les quartiers populaires. La France de la diversité est presque intégralement à gauche. L’auto-positionnement des individus révèle un alignement des Français d’origine immigrée, et plus encore de la deuxième génération, à gauche – de l’ordre de 80-20. On retrouve des scores de cette ampleur dans les bureaux de vote des quartiers populaires, et encore de 62- 38 dans les zones urbaines.
  4. Les femmes. Nous vivons un renversement historique : l’électorat féminin, hier très conservateur, a basculé dans le camp progressiste. « 

Une analyse fine des élections montre une autre rupture. La deuxième France dont parle Christophe GUILLUY vote massivement pour le Front national.

 

Cette France appelée périphérique est composé des espaces périurbains plus éloignés et ruraux particulièrement fragilisés dans leur base économique productive et industrielle, des villes moyennes et petites Cette France est constitués d’ouvriers, d’employés, de paysans, d’artisans, etc. qualifiés de « petits blancs » déclassés, elle comprendraient 61 % de la population.

La France périphérique lâchée par les élites ne comprend pas pourquoi les minorités sont privilégiées par les politiques. Les inégalités caractérisant ces deux mondes seraient plurielles et porteraient sur les revenus, la formation, les accès à la mobilité, à l’emploi, aux services, et plus généralement à toute forme d’ascension sociale. L’auteur dresse ainsi le portrait sans nuances d’une France à deux vitesses et à deux visages, dotée d’une géographie manichéenne, qui opposerait les « intégrés centraux » aux « exclus périphériques La création de richesse se concentre de plus en plus dans le réseau des métropoles les plus dynamiques.

La France périphérique a donc quitté les centres les plus attractifs en matière d’emploi, d’abord pour suivre le mouvement de délocalisation de l’industrie à l’écart des villes, à cause du prix du logement, mais également pour contourner les quartiers populaires rattachés aux grandes métropoles parce qu’elles ont diagnostiqué « l’échec de la cohabitation avec les populations immigrées. » Les territoires de la France périphérique sont ceux où « la contestation de l’Etat-providence est la plus forte et où le sentiment d’abandon “par rapport aux banlieues” le plus aigu ».

Les chercheurs en science politique Fabien Escalona et Mathieu Vieira montrent que les idéopoles, « métropoles concentrant les activités et les groupes sociaux typiques de l’économie post-industrielle et de la mondialisation », votent plus pour le PS que la moyenne nationale. Avoir dans son socle électoral les gagnants de la mondialisation n’est pas la meilleure chose qui soit arrivée aux socialistes français. Car les valeurs de ces populations ne sont pas, ou plus, celles de son hinterland. Comme le notent les auteurs :

« Idéopôles et “France périphérique” se situent de part et d’autre d’une ligne de démarcation sociale et culturelle, mettant aux prises deux “communautés de destin” antagonistes, autrement dit deux sortes d’identités collectives fondées sur des intérêts matériels et des orientations idéologiques différents, auxquelles il n’est guère aisé d’apporter une satisfaction identique au sein d’un même récit politique national. »

http://asset.rue89.com/files/110421_-Gauche_quelle_majorite_electorale_pour_2012_-_Ferrand_Jeanbart_Prudent_0.pdf

C’est à la lumière de cette analyse qu’il nous faut reprendre les déclarations des uns et des autres. La fracture dénoncée il y a 20 ans par Jacques Chirac est aujourd‘hui manipulée par les politiques. Les discours moralisateurs ou l’annonce d’une guerre civile ne résolvent rien

Périco Légasse est rédacteur en chef de la rubrique vin et gastronomie à l’hebdomadaire Marianne., je lui laisse ma conclusion ? il s’en prend à la dramatisation de Manuel Valls

« Faire peur, en appeler à la panique nationale, quitte à mentir un peu et à trahir beaucoup, pour détourner la colère populaire, c’est la base même du fascisme. Quelle est la politique qui peut aujourd’hui conduire à la guerre civile

Le meilleur moyen d’éviter la guerre civile, Monsieur le Premier Ministre, c’est de vous excuser d’avoir conduit ce grand pays là où il en est aujourd’hui et d’en tirer les conséquences politiques. .. Et un peu de pudeur en ces heures difficiles. La guerre civile, c’est de votre discours dont elle se nourrit. »

http://www.polemia.com/gilles-kepel-le-13-novembre-le-resultat-dune-faillite-des-elites-politiques-francaises/

http://www.dimabladna.ma/images/stories/presse/2015/Decembre/11kepel.pdf

http://www.dimabladna.ma/images/stories/presse/2015/Decembre/11kepel.pdf

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3 commentaires pour la campagne électorale se racialise et aggrave la fracture communautariste

  1. pgibertie dit :

    Je vous invite à lire dans le Point l’interview de Gilles KEPEL

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  2. raimanet dit :

    A reblogué ceci sur Boycottet a ajouté:
    Pendant ce temps, rien ne va mieux …

    J'aime

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