
En résumé : ceux qui consomment beaucoup les médias mainstream traditionnels (TV publique suisse, etc.), qui s’identifient à des partis progressistes/centristes-gauche (Verts, Libéraux), et qui ont une confiance modérée dans l’État sont plus enclins à adhérer pleinement à des claims faux mais alignés avec le narratif dominant. Les plus résistants sont souvent ceux qui se tournent vers des sources alternatives, et paradoxalement, une éducation plus élevée semble protéger contre cette forme de misinformation.
Une étude en préprint sur ResearchGate par le chercheur suisse Felix Schläpfer, intitulée Qui croit à la désinformation alignée avec les récits dominants des médias grand public ?, met en évidence un phénomène sous-estimé : la désinformation qui s’aligne sur les discours institutionnels et médiatiques traditionnels. Basée sur un échantillon représentatif de 1 590 répondants en Suisse alémanique, cette étude démontre que jusqu’à 50 % de la population accepte pleinement des affirmations fausses ou trompeuses sur des enjeux géopolitiques et sanitaires majeurs, tels que la guerre en Ukraine ou la pandémie de COVID-19. Ces résultats interrogent non seulement la vulnérabilité du public, mais aussi les mécanismes cognitifs, les bulles informationnelles et les enjeux de pouvoir qui entravent l’émergence de la vérité.
l’auteur identifie 20 affirmations fausses ou trompeuses, basées sur des preuves vérifiables et indépendantes – y compris des corrections officielles par des autorités publiques. Par exemple, une affirmation comme « L’invasion russe de l’Ukraine est une guerre d’agression non provoquée » est qualifiée de trompeuse
ici, ce sont les consommateurs assidus de médias traditionnels qui sont les plus vulnérables, suggérant que les mainstream media sont une source majeure de désinformation. Schläpfer conclut que les médias traditionnels, dépendants de sources alignées sur les États-Unis, propagent une désinformation systématique, appelant à des mesures réglementaires pour améliorer la transparence des sources, afin de protéger la « formation libre de la volonté politique et le vote impartial » inscrite dans la Constitution suisse. De son point de vue, la désinformation diminuerait avec un sourcing non-mainstream.
Schläpfer classe ces statements comme de la misinformation alignée avec les narratifs dominants des médias mainstream suisses/européens (SRF, NZZ, Blick, etc.), c’est-à-dire des claims faux ou hautement trompeurs mais fréquemment relayés ou implicites dans la couverture médiatique dominante (sans contrepoints équilibrés). Les astérisques (*) indiquent les statements qu’il considère comme particulièrement alignés/misleading dans le sens pro-occidental/NATO.Sur l’Ukraine (panel du haut) :
Pour U1 : « Unprovoked aggression » (l’agression non provoquée de la Russie contre l’Ukraine en 2022)
- Formulation exacte dans l’enquête (d’après les graphiques et le contexte) : quelque chose comme « L’invasion russe de l’Ukraine en février 2022 était une agression non provoquée » (ou équivalent en allemand suisse).
- Pourquoi l’auteur la considère misleading :
- Il la marque d’un astérisque (*) comme l’une des affirmations les plus alignées avec le narratif dominant suisse/européen (SRF, NZZ, etc.), qui présente systématiquement l’invasion comme totalement injustifiée et sans contexte provocateur préalable.
- Dans sa perspective (et celle de nombreux analystes critiques qu’il cite implicitement via la littérature sur la désinformation mainstream), cette formulation est trompeuse car elle occulte ou minimise plusieurs éléments factuels antérieurs à février 2022 :
- L’expansion progressive de l’OTAN vers l’Est malgré des assurances informelles données à Gorbatchev en 1990 (sur lesquelles il y a débat historique, mais des documents déclassifiés US montrent des promesses verbales non tenues).
- Le non-respect effectif des accords de Minsk I et II (2014-2015) par les deux parties, avec des violations documentées des deux côtés (OSCE rapports), et une interprétation ukrainienne qui rendait Minsk II inapplicable sans concessions majeures.
- Le coup d’État/révolution de Maïdan en 2014 (soutenu par des acteurs occidentaux selon des fuites comme celles de Victoria Nuland), perçu par Moscou comme un changement de régime hostile.
- Les bombardements continus dans le Donbass (2014-2022) par les forces ukrainiennes, causant des milliers de morts civils selon l’ONU/OSCE, et la reconnaissance russe des républiques séparatistes juste avant l’invasion.
- Schläpfer argue que qualifier cela d’« unprovoked » (non provoqué) est une simplification extrême qui ignore ces facteurs cumulatifs de tension géopolitique sur 30 ans. C’est un framing narratif dominant dans les médias mainstream suisses (et occidentaux), qui évite souvent de contextualiser ces éléments pour maintenir une vision binaire « agresseur vs victime innocente ». Il considère donc U1 comme misleading (trompeur) plutôt que strictement faux, car l’invasion est bien une agression, mais le qualificatif « unprovoked » est contestable et sert un narratif partisan.
- Les affirmations les plus acceptées (fort accord « fully/rather agree ») sont celles alignées avec le narratif mainstream occidental :
- U1 : « Unprovoked aggression » (Russie agresseur non provoqué) → ~47-50 % fully agree (même en excluant NR/DNK).
- U2 : Russie menace toute l’Europe → ~50 % fully agree (très stable).
- Les affirmations alternatives ou nuançant le narratif (souvent considérées comme « pro-russes » ou fact-checkées comme fausses par les médias mainstream) ont beaucoup moins d’accord :
- U3 : Expansion NATO pas une menace → seulement ~19-20 % fully agree.
- U7 : Minsk II était un effort sérieux → ~14 % fully agree (incl. NR/DNK), monte à 26 % en excluant.
- U8 : USA n’ont jamais promis de ne pas étendre l’OTAN → ~11 % fully agree.
- U9 : Nord Stream saboté par USA (main suspect) → ~8 % fully agree.
- U10 : « Ghost of Kiev » (légende du pilote ukrainien) → très faible accord (~6 % fully agree).
En excluant les « don’t know/no response » (NR/DNK), les pourcentages d’accord augmentent légèrement pour les claims pro-occidentaux, mais les claims critiques restent faibles.Sur les autres sujets (panel du bas) :
Pour V1 : « Covid-19 origin probably natural » (l’origine du Covid-19 est probablement naturelle)
- Formulation : « L’origine du SARS-CoV-2 est probablement naturelle / zoonotique » (pas de lab-leak).
- Pourquoi l’auteur la considère misleading :
- Marquée d’un astérisque (*) comme alignée sur le narratif mainstream dominant (OMS initiale, médias comme Le Monde, SRF, NYT pendant 2020-2022).
- Schläpfer s’appuie sur l’évolution du débat scientifique depuis 2021-2025 :
- Preuves croissantes pour l’hypothèse lab-leak (ou au moins recherche gain-of-function à Wuhan) : proximité du Wuhan Institute of Virology (WIV) avec le marché de Huanan, recherches sur des coronavirus de chauves-souris financées partiellement par les NIH via EcoHealth Alliance, accidents de labo documentés en Chine, absence de hôte intermédiaire identifié malgré des années de recherche.
- Rapports US (FBI, Département de l’Énergie, CIA avec low/moderate confidence) penchent vers lab-leak ; même l’OMS en 2021-2023 a réévalué et qualifié lab-leak de « possible » (pas improbable).
- Critiques sur la suppression initiale de cette hypothèse (emails Fauci, The Lancet letter 2020 qualifiée de « Proximal Origin » avec conflits d’intérêts).
- Dans les médias mainstream suisses/européens, l’origine naturelle a longtemps été présentée comme le consensus quasi-unanime (et reste souvent le framing par défaut en 2026), tandis que le lab-leak était marginalisé comme « conspirationniste ». Schläpfer voit cela comme un cas classique de misinformation institutionnelle : affirmer « probablement naturelle » comme fait établi alors que les preuves sont au mieux équilibrées (50/50 ou incertaines selon de nombreux experts indépendants en 2025-2026). C’est donc misleading car cela sous-estime la plausibilité sérieuse de l’origine en labo.
- Exemples de claims alignés mainstream :
- V1 : Origine COVID probablement naturelle → ~21-25 % fully agree.
- V2 : Vaccins COVID empêchaient la transmission → ~18-19 % fully agree (très contesté rétrospectivement).
- V3 : Chine opère un système de crédit social (souvent exagéré dans les médias).
- V6 : Trump a collaboré avec la Russie en 2016 → ~14-19 % fully agree.
- Claims plus « conspirationnistes » ou anti-mainstream ont un accord faible : ex. V8 (inspecteurs US ont trouvé des ADM en Irak) ~6-8 % fully agree ; V10 (pas de lien CIA/Oswald) faible.
Globalement, l’accord est plus élevé pour les narratifs dominants (U1/U2, V3/V4) que pour les contre-narratifs, même si beaucoup restent dans le neutre ou le désaccord.Interprétation dans le cadre du preprintCes graphiques illustrent que, dans l’échantillon suisse alémanique :
- Une part significative (souvent 40-70 % cumulé « fully + rather agree ») adhère à des affirmations que l’auteur qualifie de misinformation mainstream (exagérations, omissions, framing biaisé en faveur de l’OTAN/USA/Ukraine).
- L’accord est plus fort pour les claims pro-occidentaux sur l’Ukraine que pour les contre-arguments (Minsk, promesses OTAN, Nord Stream, Ghost of Kiev).
- Cela renforce la thèse principale : la susceptibilité à la désinformation n’est pas seulement du côté des « anti-mainstream » (comme souvent étudié), mais aussi — et fortement — chez ceux qui consomment beaucoup les médias traditionnels suisses et s’identifient à des partis centristes/prog (Verts, libéraux), avec une confiance modérée dans les institutions.
Le papier argue que ces résultats montrent un biais systémique dans la couverture médiatique suisse (et par extension occidentale), où certains faits nuancés ou alternatives sont marginalisés, menant à une adhésion plus large à des versions simplifiées/misleading.
Panel Ukraine (U2 à U10)
- U2 : « Russia threat for all of Europe » (La Russie est une menace pour toute l’Europe)
→ Très haut accord (~50 % fully agree).
Pourquoi misleading : Exagération du narratif dominant post-2022. Schläpfer voit cela comme une peur amplifiée sans preuves solides d’une menace existentielle contre l’UE entière (pas d’attaques directes ailleurs, armée russe enlisée en Ukraine). C’est un framing alarmiste relayé massivement par les médias mainstream pour justifier aides militaires et sanctions, mais contesté par des analystes réalistes (ex. : pas de capacité/logistique pour une invasion large). - U3 : « NATO expansion no threat » (L’expansion de l’OTAN n’est pas une menace)
→ Accord faible (~19-20 % fully agree).
Pourquoi misleading : Affirmation alignée mainstream (OTAN défensive, pas agressive). Schläpfer la considère trompeuse car elle ignore les préoccupations sécuritaires russes documentées (promesses non tenues de 1990, élargissement perçu comme encerclement). C’est un claim normatif pro-OTAN qui minimise le rôle des tensions géopolitiques. - U4 : « Revolution of the people » (Maïdan 2014 = révolution du peuple)
→ Accord modéré/faible.
Pourquoi misleading : Simplification romantique du narratif occidental (soulèvement populaire pur). Omet le rôle d’acteurs externes (soutien US/UE via Nuland, snipers controversés, coup d’État aspect selon Moscou et certains observateurs neutres). - U5 : « UK/USA did not obstruct peace » (Royaume-Uni/USA n’ont pas entravé la paix)
→ Accord faible.
Pourquoi misleading : Contredit des rapports (ex. : Boris Johnson aurait dissuadé Kiev de signer un accord Istanbul 2022 ; rôle US dans le rejet de Minsk). Aligné sur le narratif « Russie seule responsable de l’échec des négociations ». - U6 : « Economic crisis unrelated » (Crise économique ukrainienne non liée au conflit)
→ Accord moyen.
Pourquoi misleading : Ignore l’impact cumulé des sanctions, guerre du Donbass et corruption post-Maïdan sur l’économie pré-2022. - U7 : « Minsk II serious effort » (Minsk II était un effort sérieux)
→ Accord faible (~14-26 %).
Pourquoi misleading : Présente Minsk comme viable et sincère côté occidental/ukrainien. Schläpfer note que les violations étaient bilatérales, et que l’Ukraine a refusé des concessions clés (autonomie Donbass), rendant l’accord inapplicable. - U8 : « USA never promised » (USA n’ont jamais promis de ne pas étendre l’OTAN)
→ Accord faible.
Pourquoi misleading : Contredit des documents déclassifiés (assurances verbales à Gorbatchev 1990 par Baker et autres). C’est un point de débat historique, mais le narratif mainstream nie toute promesse formelle pour discréditer la narrative russe. - U9 : « Nordstream main suspect » (USA principal suspect du sabotage Nord Stream)
→ Très faible accord (~8-14 %).
Pourquoi misleading : Inversé ! Le narratif dominant accuse la Russie ; Schläpfer classe ce claim comme non-aligné (alternative), donc pas misleading dans le sens mainstream. (Note : les astérisques sont sur les pro-mainstream ; U9 n’en a pas toujours dans les graphs, mais contexte implique que le claim inverse est dominant.) - U10 : « Ghost of Kiev » (Le Fantôme de Kiev existait)
→ Très faible (~6-16 %).
Pourquoi misleading : Légende propagande ukrainienne relayée initialement par médias mainstream (pilote abattant des dizaines d’avions russes). Débunkée rapidement (même par sources ukrainiennes), mais exemple de désinformation pro-ukrainienne acceptée temporairement.
Panel Divers (V2 à V10)
- V2 : « Vaccines prevented transmission » (Vaccins COVID empêchaient la transmission)
→ Accord moyen/faible (~18-19 % fully).
Pourquoi misleading : Affirmation forte des autorités et médias 2021 (Pfizer, CDC, EMA). Rétrospectivement (2023-2026), consensus : vaccins réduisent symptômes/graves, mais pas transmission de façon significative (surtout Omicron). Exemple classique de sur-promesse institutionnelle. - V3 : « China operates social credit system » (Chine opère un système de crédit social totalitaire)
→ Haut accord (~36-44 %).
Pourquoi misleading : Exagération médiatique. Le système existe mais est fragmenté (local/provincial, pas un score unique Orwellien comme souvent décrit). Framing anti-Chine dominant. - V4 : « China publishes embellished statistics » (Chine publie des stats embellies)
→ Accord élevé.
Pourquoi misleading : Vrai dans certains cas, mais appliqué de façon sélective (même critiques sur stats occidentales ignorées). Renforce narratif sinophobe. - V5 : « Russia and China sabotage sea cables » (Russie/Chine sabotent câbles sous-marins)
→ Accord moyen.
Pourquoi misleading : Spéculations médiatiques sans preuves solides (accusations récurrentes post-2022). Omet sabotage potentiel d’autres acteurs. - V6 : « Trump 2016 collaborated with Russia » (Trump a collaboré avec Russie en 2016)
→ Accord moyen.
Pourquoi misleading : Mueller report n’a pas trouvé conspiration criminelle ; Steele dossier discrédité. Narratif dominant démocrate/médias mainstream 2017-2019. - V7 : « Epstein/secret service conspiracy theory » (Théorie conspiration Epstein/services secrets)
→ Accord moyen.
Pourquoi misleading : Souvent présenté comme farfelu, mais liens documentés (vols, listes clients). Aligné sur minimisation mainstream. - V8 : « US Iraq inspectors found WMD » (Inspecteurs US ont trouvé ADM en Irak)
→ Très faible.
Pourquoi misleading : Faux historique (pas d’ADM trouvées). Exemple inverse : claim pro-Bush relayé avant guerre, mais debunké. - V9 : « Only military can prevent Iranian bomb » (Seule option militaire contre bombe iranienne)
→ Accord moyen.
Pourquoi misleading : Framing hawkish (Netanyahu, GOP, médias conservateurs), ignore diplomatie (JCPOA). - V10 : « No contacts CIA/Harvey Oswald » (Pas de liens CIA/Oswald)
→ Faible.
Pourquoi misleading : Débat historique (documents déclassifiés suggèrent contacts possibles). Narratif officiel Warren Commission.
En résumé : Schläpfer cible les claims qui simplifient en faveur du narratif occidental/institutionnel (pro-OTAN, pro-vax institutionnel, anti-Russie/Chine), souvent au prix de nuances ou de faits contraires. Les accords élevés sur U1/U2/V3 montrent que ces versions « mainstream » sont plus crues que les contre-narratifs.
L’article est long et mélange beaucoup de sujets. Je ne l’ai lu qu’en diagonale. Mais je suis d’accord dans l’ensemble : ceux qui regardent BFM et la tévé en général, sont plus crédules à propos des mensonges qui nous sont déversés en permanence.
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Tout ca semble tellement évident. Ca s’appelle de la propagande!
Lors de des dernieres grandes guerres, comment les dirigeants pouvaient convaincre les populations à aller s’entre tuer, si ce n’etait qu’en gavant les gens d’informations dirigées dans des objectifs bien orientés.
Pourquoi aujourd’hui les mêmes crapules ne feraient pas en sorte d’utiliser les mêmes combines?
Les pires crapules savent que l’opinion a la mémoire courte, quelle manque d’éducation, de réflexions, qu’elle est faible, grégaire et qu’elle se croit impuissante parce que justement divisée!
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