CHOISIR SON ECOLE DE COMMERCE AU TEMPS DU COVID

Les étudiants devront choisir leur école de commerce à l’aveugle. La suppression des oraux ne leur permettra pas de choisir correctement  et c’est pour cela que j’ai voulu réactualiser mon guide 2018 des écoles de commerce et le mettre gratuitement à leur disposition.

téléchargez le guide réactualisé en cliquant sur le lien:

La France est en crise et les jeunes diplômés connaissent aujourd’hui des difficultés pour intégrer le monde du travail. L’époque où les entreprises se bousculaient à la porte des écoles de commerce semble révolue et pourtant lesdites écoles deviennent de plus en plus coûteuses. La jeunesse dorée, des clichés habilement entretenus, s’endette, travaille beaucoup et n’intéresse personne.

Ce qui semblait évident ne l’est plus …

Pendant longtemps la voie normale de formation pour les futurs cadres du secteur privé passait par les écoles d’ingénieurs. Les parents sont encore nombreux à préférer les prépas scientifiques aux prépas commerciales. Les emplois d’ingénieurs de production sont moins nombreux, ceux de la finance, du commerce et de la gestion se sont multipliés. Pourquoi dans ces conditions devenir ingénieur pour une carrière de DRH ? Le niveau exigé en mathématiques ne diffère pas entre cpge Hec et  cpge préparant aux écoles d’ingénieurs. La physique –chimie constituerait elle un plus ?

La tradition française peut expliquer pourquoi pendant longtemps l’Etat s’est désintéressé des métiers de l’encadrement. De très nombreuses écoles d’ingénieurs sont publiques et gratuites, les écoles de commerce privées et payantes.

Dans les années 80 la multiplication des classes préparatoires dites HEC, la montée en gamme de nombreuses écoles ont conduit à une situation assez simple. Celui qui voulait entreprendre de belles études pouvait le faire via des écoles de commerce post prépa.

Les concurrences des écoles d’ingénieurs et des écoles de commerce dites post bac ont toujours existé. La durée des études dans les écoles post bac est identique à celle des écoles post prépa mais l’intégralité du cursus se fait en école. Parmi ces écoles, l’ESSCA d’Angers, le Cesem de Reims et l’Epsci de Cergy. La concurrence a toujours existé avec Dauphine et l’Iep de Paris. J’ai de tous temps défendu la filière cpge-grandes écoles.

La hiérarchie des écoles me semblait alors d’une simplicité enfantine.

Hec dominait, puis venait l’Essec. La fusion avec l’EAP propulsa l’ESCP au sommet.

Lyon et l’EDHEC se discutaient la quatrième place.

Suivaient Rouen et Reims puis Audencia,  Grenoble, Toulouse, Bordeaux. Enfin, Lille, le Ceram, l’Icn, Marseille, l’ISC et Tours.

Pendant près de 30 ans j’ai décrit ce paysage, de forum en journées portes ouvertes auprès de peut-être 100 000 visiteurs.

Rien n’a sans doute profondément changé comme le confirment 3500 anciens étudiants aujourd’hui cadres d’entreprises. Malheureusement un épais brouillard recouvre désormais la formation aux métiers de l’entreprise et l’univers des écoles de commerce.

En 2017  je m’insurgeais face à des classements qui surclassaient  Grenoble  ou Toulouse et déclassaient injustement Neoma  (Reims et Rouen). En 2020 Neoma retrouve sa juste place, Skema est surclassée, Grenoble et Audencia  sont à la peine …

Que s’est-il donc passé ?

L’Université développe de plus en plus des masters de qualité mais elle bute sur la difficulté à sélectionner. Qu’en sera-t-il demain ? Si les grandes écoles de commerce se transforment en « facs » de luxe, avec des professeurs exclusivement chercheurs, si elles perdent leurs liens étroits avec l’entreprise, alors elles seront directement concurrencées par les filières universitaires.

Un certain nombre d’écoles n’ont d’ailleurs rien de différent d’une université, une partie de la formation est même effectuée gratuitement par l’université, l’école se contentant de prélever des frais de scolarité pas toujours justifiés.

Une première épaisseur de brouillard concerne tout d’abord les écoles de commerce et leurs diplômes….

Bachelor, programme grande école, master, Msc, tout se complique et se mélange, les recruteurs voient arriver des Essec recrutés au niveau du bac, suivis bientôt d’EDHEC et d’ESCP. Ils apprendront qu’il s’agit en réalité de BBA …

Ceux qui envisagent des études en école de commerce veilleront à se renseigner sur la nature des diplômes, la reconnaissance par l’Etat, le visa de l’Etat ne signifient pas obligatoirement que le master soit au rendez- vous.

Délivré par l’État, le grade de master est un des quatre grades de l’enseignement supérieur reconnus à l’échelle européenne.

Le grade de master est issu de la déclaration de Bologne du 19 juin 1999, destiné à créer une architecture commune de cursus et de niveaux comparables. Il s’ajoute au baccalauréat, à la licence et au doctorat.

Toutes les écoles de commerce ont créé des formations lucratives qui ne délivrent pas le grade de   master et qui ne sont le plus souvent que des Bts  rendus plus « sexy » par des séjours à ‘étranger et par le logo trompeur de la grande école…

Des indicateurs objectifs et vérifiables existent-ils ? La presse pourrait-elle partir de ces indicateurs officiels, éviter la manipulation de certains services de com trop zélés ?

Oui ils existent et je ne comprends pas pourquoi la presse leur préfère des indicateurs surréalistes. Les vrais chiffres des écoles de commerce sont validés par les directeurs et sont transmis au Ministère de l’Education Nationale de l’enseignement supérieur et de la recherche. Ils sont utilisés pour accorder ou non aux écoles le Master. Ils sont centralisés par la commission en charge des accréditations, la CEFDG.

https://www.cefdg.fr/

L’approche n’est pas facile pour le grand public mais je me propose de dévoiler les fiches cachées des écoles. Nous y ajouterons d’excellentes enquêtes objectives menées par les statisticiens de l’Ensai.               .

Nous serons alors très loin de la grande cuisine des classements  et de l’image de la jeunesse dorée pour laquelle tout serait facile.

LES ECOLES ET L’EMPLOI/ LES VRAIS CHIFFRES 2020

Juger les écoles sur leur capacité à faciliter l’emploi de leurs étudiants ? L’idée ne semble pas mauvaise. Hélas l’art de la com ne permet pas d’appréhender la réalité. Comment ne pas être exigeant si vous sortez d’une école gonflée par des classements imbéciles ?

Saviez-vous qu’un diplômé sur deux n’a pas de CDI un an après avoir quitté certaines écoles ?

Parfois un sur quatre est encore à la recherche d’un emploi au terme d’un cursus qui a pu couter 50 000 euros de frais de scolarité.

Les écoles post bac ne figurent pas dans le petit groupe d’écoles qui réussissent magistralement l’insertion de leurs jeunes diplômés. Elles sont pourtant plus chères et moins ouvertes socialement  que les meilleures.  Les statistiques réservent bien des surprises : contre-performances de certaines écoles chéries de certains classements, réussite de « petites écoles » négligées. Quant aux fameux BBA et bachelors, ils conduisent surtout à intégrer une autre école dans les 3 /4 des cas et donc à des cursus de 80 000 euros…

Des chiffres qui dérangent ?

Si les chiffres que vous allez analyser étaient connus , les classements de la presse seraient ridiculisés…Ne parlons pas des discours lénifiants sur les BBA et bachelors .

Les vrais chiffres des écoles de commerce sont validés par les directeurs et sont transmis au Ministère de l’Education Nationale de l’enseignement supérieur et de la recherche. Ils sont utilisés pour accorder ou non aux écoles le Master. Ils sont centralisés par la commission en charge des accréditations, la CEFDG.

https://www.cefdg.fr/

Les écoles n’assurent pas une protection complète contre le chômage

L’enquête de la CGE nous donne 15%de jeunes diplômés en recherche d’emploi, 80% d’employés et 5% en poursuite d’étude pour l’ensemble des grandes écoles de commerce.

Les écarts sont pourtant conséquents entre des écoles qui comptent moins de 5% de chômeurs après le diplôme et celles qui sont à près de 20%. Mais tous les emplois ne se valent pas, nous prendrons donc en compte le pourcentage de jeunes diplômés en CDI

Qui fait mieux  que la moyenne? Les parisiennes, on s’y attendait mais il y a des surprises.

Les écoles qu’il faut intégrer : moins de 10% d’étudiants en recherche d’emploi et plus de 75% en cdi

Réussite sans égal de HEC, pour pratiquement tous les étudiants c’est le cdi. Certains seront surpris de trouver Neoma dans le premier groupe mais la proximité de PARIS (Reims, Rouen) et l’importance de l’apprentissage n’y sont pas pour rien. Peut être également une moindre exigence en terme d’emplois ?

                       % Diplômés en CDI                                %en recherche d’emploi

HEC                                       86,6                                             1,3

ESSEC                                   83,3                                             4

ESCP                                     79,7                                             6,6

EM LYON                              79,2                                          10

NEOMA                                75,7                                        9

Trois écoles n’atteignent qu’un seul objectif mais leurs performances sont enviables

Je m’attendais à trouver l’EDHEC un peu mieux placée, Kedge s’en sort bien.  Le niveau d’exigence serait-il trop élevé pour les diplômés de l’Edhec qui croient en l’existence d’un top 5 ?

% Diplômés en CDI                                           %en recherche d’emploi

Audencia                                                             73                                              9

SKEMA                                                         72                             9

EDHEC                                                           70.5                         10,8

KEDGE                                                            71,4                          10

Les autres écoles

On trouve dans ce groupe des écoles post bac qui parviennent à égaler des écoles recrutant après prépa ou licence. L’ieseg école chérie des média se situe à ce niveau avec TBS et Skema .

                                                 % Diplômés en CDI    %en recherche d’emploi

TBS                                                                 55,9                           9

Rennes                                                                   55     chiffres peu significatifs en raison du faible pourcentages de       réponses à l’enquête

GEM  Grenoble                                         53 ,2                        19

Les déceptions

Même si c’est un peu mieux qu’en 2017 Grenoble n’a pas en 2020 de résultats à la hauteur  de  classement imaginaires dans la tête des candidats .

La situation du marché local de l’emploi… un indicateur qui n’est jamais pris en compte.

Conclusion : ce qui compte vraiment

Désolé mais intégrer une école ne fera pas de vous un rentier …Le marché du travail ne vous attend pas.

Plus que votre diplôme et une hiérarchie d’écoles, LES STAGES, L’APPRENTISSAGE SERONT DETERMINANTS POUR LE RECRUTEUR …

Il vous appartiendra, grâce à eux, de trouver le secteur et la fonction qui vous intéressent.

Bâtissez votre formation sur du béton plus que sur le blabla pédagogiste à la mode dans trop d’écoles :

-Avant l’école une prépa ou une formation solide et ACADEMIQUE si possible car votre niveau de culture générale ne progressera guère en école. Le risque après un bachelor ou une école post bac c’est d’arriver sur le marché du travail avec une culture générale de …lycée

-En école choisissez les modules les plus sérieux même s’ils ne sont pas « sexy ».

 De toute façon et quelle que soit l’école votre premier job sera, pour une majorité ,dans l’audit ou le conseil où vous allez apprendre à travailler pendant de longues heures. Dans quelques années vous irez en entreprise dans des secteurs diversifiés.

Pour échapper au lot commun il vous faudra de l’audace et penser au numérique, aller sur le terrain commercial. Prendre des risques.

Quelques-uns auront, en plus de l’école de commerce, su acquérir une double compétence en droit, en maths financières, mais alors il vous faudra beaucoup de travail, autant qu’en prépa 

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Un commentaire pour CHOISIR SON ECOLE DE COMMERCE AU TEMPS DU COVID

  1. Michèle MacHenin-Murzilli dit :

    Je n’ai pas tout lu, c’est beaucoup trop long. Mais rien que de parler des Ecoles de Commerce me donne la chair de poule, simplement, parce qu’en tant que diplômée de l’Ecole de la Vie et de l’Expérience, j’ai constaté fort souvent que de jeunes émoulus frais d’une Ecole de Commerce, étaient dressés comme de chiens féroces et qu’une sorte de fashisme suintait au travers de leurs gestes et paroles arrogantes ! Souhaitons que ça change un peu. On n’est pas des troupeaux de moutons ! Mais n’empêche que l’on aime bien manger un gigot bien grillé au four crématoire ! Brave bête, va !… Et personne, qui pense à dire : merci au genre animal !!

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