Existe-t-il une malédiction brésilienne ?

café brésilien en 1936

 

 

 

 

Frappé durement par la crise de 1929 le Brésil assiste à l’effondrement d’une économie de plantation.

Dans les années 50/60 le Brésil servit de modèle à l’économie du développement. Les erreurs et les limites de la stratégie d’industrialisation par substitution aux importations, les manœuvres de la Cia, le mécontentement des classes moyennes entrainèrent le coup d’Etat contre Goulart en 1964.

Les généraux au pouvoir relancèrent la machine et après la belle croissance des années 70 le Brésil s’effondra au cours des années 80 ; trop endetté, victime de la dollarisation de son économie le pays s’enfonça dans quinze ans de récession. Soumis au consensus de Washington, au poids des créanciers à la libéralisation contrainte de l’économie, le flamboyant Brésil connut une crise semblable à celle des années 30. Le miracle brésilien des années 2000 n’en parait que plus extraordinaire.

Aujourd’hui l’histoire semble se répéter, le modèle de développement, celui d’un pays primarisé, est en crise, le prix de l’énergie s’effondre. Les classe moyennes grondent, les Etats Unis retrouvent le sourire.

La société brésilienne est au bord de la guerre civile,  faut-il redouter un coup d’Etat ?

Dimanche 17 avril, 367 députés brésiliens ont voté « oui » à la destitution de Dilma Rousseff, contre 137 « non ». Première femme Présidente du pays, issue du Parti des Travailleurs (PT), elle est accusée d’avoir maquillé les comptes publics. Elle s’en défend, en dénonçant une « conspiration » et un « coup d’Etat institutionnel ». C’est au Sénat maintenant de se prononcer sur le sort de Dilma Roussef. Si la Présidente venait à être destituée, c’est son vice-président et ex-allié, Michel Temer, du Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB), cité dans le scandale Petrobras, qui la remplacerait

 

LES LIMITES DU MIRACLE

La chance du Brésil, c’est d’avoir eu deux hommes d’Etats remarquables : Cardoso (1994-2002) et Lula (2002-2010). Cardoso met en place des réformes structurelles : privatisation, lutte contre l’inflation et il rétablit la confiance avec l’extérieur (FMI). Avec les répercussions de la crise asiatique, Cardoso décide de faire passer le real en change flottant. En 1999, le real est attaqué sans être défendu (40% de perte de valeur).Le renouveau du Brésil aurait été impossible sans monnaie sous-évaluée .

L’intelligence de Lula, c’est d’incarner la contestation altermondialiste tout en rassurant l’extérieur. Il a rassuré le FMI sur sa politique : le premier mandat a été un mandat de rigueur

Politique sociale en faveur des plus démunis avec les programmes de « Fome zero » pour améliorer l’accès à l’alimentation des plus pauvres (programme récompensé par la FAO car la malnutrition a reculé de 70%) et de la « Bolsa familia » (12$ par mois par enfant scolarisé, concerne 12 millions de ménages). Le salaire minimum est, lui, augmenté de plus de 50%, le Brésil vit la plus forte réduction de la pauvreté de son histoi

Ce n’est que lors de son second mandat qu’il a mis en place une politique commerciale expansionniste. Il a bénéficié de     l’appréciation des cours des matières premières et la découverte de gisement(Pré-Sal)

le Brésil peut alors rembourser par anticipation ses dettes envers le FMI, belle revanche sur les années 1980. La croissance économique moyenne depuis 2005 se situe autour de 5%, et 7,5% en 2010 mais 3,8% en 2011

Il a mis en place une réforme fiscale dure pour continuer à lutter contre l’inflation. Il a fait des politiques structurelles pour permettre la remontée des filières : éducation.

Il a un pragmatisme commercial :il contraint Apple a produire au Brésil ,il développe Embraer etl’agro-business.

Il définit et met en place un fond stratégique de développement : qui utilise les fonds de Petrobras pour financer les firmes innovantes brésiliennes.

En 2007 est découvert Pré sal, une nappe longue de 800 km au large de Santos et Rio mais à plus de 7 000 mètres sous l’eau, elle livre son pétrole depuis 2011 et devrait livrer 2 millions de barils/jour vers 2020. Le potentiel en énergie renouvelable est aussi réel pour le solaire ou l’éolien. En résumé, « Dieu a décidé de passer au Brésil, il ne veut plus partir » Lula.

 

Ces facteurs sont les moteurs de l’émergence brésilienne.

 

Certains évoquent pour le Brésil le concept de maladie hollandaise. Depuis quelque année, l’accès au Brésil à la vente d’énergie couplé à la hausse des prix permet d’assurer au Brésil un excédent de la balance des comptes courants au prix d’un Real surévalué.

une économie de rente qui surévalue la monnaie et tue l’industrie à l’exportation. Il y a même un effet insidieux : ces revenus faciles génèrent des investissements qui se font prioritairement dans ces secteurs au détriment des autres firmes d’activités. Il dispose de produits énergétiques : charbon, gaz naturel et même pétrole pour lequel il est autosuffisant dès 2006. Il met en valeur de façon marginale des schistes bitumineux (Paraná). L’hydroélectricité est un vrai atout, le Brésil ayant tiré parti de son exceptionnel potentiel grâce à la mise en service des centrales d’Itaipu sur le Paraná (à la frontière avec l’Argentine et l’Uruguay) et de Tucurui sur le Rio Tocantins en Amazonie

la rivière Parana (détenue conjointement par le Brésil et le Paraguay)1973, un traité »pour le développement des centrales hydroélectriques ressources du fleuve Parana « et fondée » ITAIPU Binacional « (une collaboration avec les capacités juridiques, administratives et financières et la responsabilité technique à régime, mis en place et exploitation de l’usine PETROBRAS, symbolise un capitalisme brésilien triomphant, réalise en septembre 2010 à Wall Street et Sao Paulo la plus forte augmentation de capital de l’histoire (51,7Md de $), et s’affirme auprès des Majors anglo-saxonnes du pétrole.

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http://www.coface.com/fr/Etudes-economiques-et-risque-pays/Bresil

 

AUJOURD HUI  Un pays en crise

Entré en récession en 2015, le pays a peu de chances de voir une reprise s’amorcer en 2016. Les perspectives pour l’économie sont en effet peu encourageantes en raison d’une conjoncture interne et externe défavorable à la croissance. Sur le plan interne, la consommation des ménages, principal moteur de la croissance, devrait encore souffrir de la cherté du crédit et la baisse du salaire réel en raison du niveau élevé de l’inflation. Le secteur bancaire, exposé à l’endettement des ménages, devrait en effet restreindre l’offre de crédit du fait de la hausse attendue des prêts non performants en lien avec la progression du chômage (taux de chômage élevé autour de 9 % fin 2015) qui limiterait également la reprise de la consommation. Les répercussions de l’affaire Petrobras et la réduction du programme d’investissements 2015-2019 annoncée par cette dernière continuent de décourager les investissements et l’activité des entreprises annexes, dans la construction en particulier, en raison de l’implication des grands groupes du BTP dans cette affaire. L’industrie devrait encore souffrir du manque d’infrastructures et de main d’œuvre qualifiée, qui se traduit par des coûts qui augmentent plus rapidement que la productivité.
Le commerce extérieur resterait pénalisé par le ralentissement de la demande chinoise et son impact sur les prix des minerais. La compétitivité des exportations serait toujours pénalisée par la faiblesse des infrastructures de transport et la rigidité de la réglementation du travail, et ce malgré les gains liés à la poursuite de la dépréciation du réal face au dollar.


Enfin, l’inflation devrait diminuer en raison de l’avancement de la réduction de l’écart entre les prix administrés (carburants et énergie) et les prix de marché opéré en 2015 et de la faiblesse de la demande interne. Elle devrait néanmoins rester au-dessus de la cible fixée par la banque centrale (4,5%) compte tenu de la dépréciation de la monnaie brésilienne. L’inflation encore élevée limiterait par ailleurs la perspective d’une baisse du taux d’intérêt de référence, le SELIC, dans le courant de 2016.

 

Les ajustements de la politique budgétaire initiés en 2015, juste après la réélection de la présidente Dilma Rousseff, peinent à porter leurs fruits : l’inflation et le déficit public n’ont pas cessé de progresser. L’absence de majorité au Congrès et la récession qui frappe encore le pays ont affecté l’ajustement des finances publiques provoquant la rétrogradation du pays en catégorie spéculative par deux agences de notation. En 2016, l’objectif de rétablissement de l’équilibre des finances publiques, avec notamment le retour de l’excédent primaire, semble d’ores et déjà compromis au vu des révisions successives à la baisse des objectifs budgétaires. Malgré la hausse attendue des recettes exceptionnelles grâce notamment à la vente d’actifs (centrales hydroélectriques, terrains, immeubles) et des coupes budgétaires additionnelles (y compris dans les dépenses sociales), la faiblesse de l’activité devrait encore nuire à la collecte des recettes. L’introduction de nouveaux prélèvements, de même qu’une réintroduction progressive de la taxe sur les opérations financières (CPMF) considérée comme essentielle pour atteindre l’objectif fiscal à moyen terme, peinent à être approuvées par le Congrès. Le creusement du déficit budgétaire conduirait à une dynamique inquiétante de la dette publique.

 

En 2015, le déficit du solde courant s’est amélioré grâce notamment à l’affaiblissement des importations en raison du ralentissement de la consommation privée et de l’investissement, ainsi que de la dépréciation du réal brésilien qui a rendu les importations plus onéreuses. Cette tendance devrait se poursuivre en 2016 : la faiblesse de l’économie devrait restreindre la demande pour les biens d’importation, ce qui compenserait en partie la baisse des exportations des matières premières (minerai de fer, soja et sucre en particulier) et le ralentissement de la demande chinoise. La dépréciation de la monnaie locale participerait également au regain de compétitivité des exportations, mais celles-ci resteront encore pénalisées par la baisse du prix des matières premières. Les échanges de services et de revenus (tourisme, dividendes, intérêts) resteraient également déficitaires. Le déficit courant devrait être financé en partie par les investissements directs étrangers qui représentaient environ 2,6% du PIB en 2014, hors réinvestissements.

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Un gouvernement en perte de vitesse, fragilisé par la récession et l’absence de soutien politique

La position de la présidente Dilma Rousseff reste fragile. Son image n’a cessé de se dégrader depuis sa réélection en octobre 2014. Associée au scandale de corruption qui entoure Petrobras, la présidente doit faire face au mécontentement croissant de la population et au faible soutien de la classe politique, y compris au sein de son propre parti. Le gouvernement peine en effet à répondre aux exigences de la classe moyenne, excédée par la corruption, et par la baisse du pouvoir d’achat.
L’inflation, encore élevée, associée à la hausse du taux de chômage pourrait par ailleurs attiser l’agitation sociale et les pressions pour un éventuel départ de la présidente en 2016. Ce risque serait accru en cas de mise en place effective de la procédure de destitution.

 

http://www.liberation.fr/planete/2015/09/28/le-bresil-s-enfonce-dans-la-crise_1392673

 

En regardant leur passé proche, celui des années Lula et celui de Dilma Rousseff, les Brésiliens découvrent que la croissance économique des années fastes n’a pas été synonyme d’industrialisation. «Pire, cette croissance s’est accompagnée d’une désindustrialisation», estime Guillaume Tresca, économiste au Crédit Agricole. «Le Brésil des années Lula a profité du boom des matières premières. En exportant minerais et autres énergies fossiles le pays avait de quoi satisfaire l’appétit de l’ogre chinois», . Ce qui a permis à la septième puissance économique mondiale de surmonter assez rapidement la crise de 2008. Et de mettre en place des programmes sociaux de lutte contre la pauvreté.» Certes, le Brésil pouvait se targuer d’avoir comme premier partenaire la Chine. Mais quand la Chine cale, se sont les carnets de commandes des industries agroalimentaires et autres exportateurs d’énergies fossiles qui se sont aussitôt vidés.

A tout vouloir miser sur les matières premières, le Brésil a oublié d’adopter une politique industrielle digne de ce nom. Le pays découvre aujourd’hui toutes les vulnérabilités d’un modèle que les économistes qualifient de «modèle de reprimarisation de l’économie». En clair, la part des matières premières dans le PIB que dans les exportations n’a cessé de croître tant sous l’ère Lula que pendant celle de Dilma Rousseff. Le Brésil s’est laissé bercer par un modèle d’économie de rente des matières premières. Des chiffres ? «Le taux d’investissement dans le secteur industriel n’est que de 18% du PIB, note Pierre Salama, contre près du double en Inde et plus de 50% en Chine.»

 

http://notes-geopolitiques.com/ou-en-est-vraiment-le-bresil/#more-3712

 

S’il bénéficie d’une bonne aura sur la scène internationale, il est cependant patent que le Brésil de Lula et de Dilma Rousseff n’a pas su profiter de la croissance de la dernière décennie pour entreprendre des réformes de fond. Déficits majeurs en matière d’infrastructures, crise du système éducatif, dysfonctionnements criants du système de santé, bureaucratie tatillonne et désorganisée… provoquent maintenant l’ire du pays profond.

Contrairement à ce qu’écrivent certains observateurs, majoritairement, ce ne sont pas les plus pauvres qui contestent aujourd’hui, mais la petite classe moyenne qui a émergé, travaille dur, a soif de consommer et de s’élever dans l’échelle sociale. C’est elle qui, in fine, se sent flouée par la politique conduite.

Les manifestations du 15 mars 2015 dans deux cents villes du pays pour réclamer l’engagement de la procédure d’impeachment à l’endroit de la présidente Dilma Rousseff montrent le ras-le-bol d’une grande partie de la population, exaspérée de constater que les fruits de la croissance n’ont pas été investis pour structurer en profondeur le pays, mais dilapidés dans l’assistanat et le clientélisme électoral.

Le colossal scandale de la Petrobras, fleuron de l’industrie brésilienne et géant pétrolier mondial, n’est que la partie émergée de l’iceberg de la corruption qui mine le pays. Les sommes détournées – essentiellement au profit du parti au pouvoir – sont faramineuses et les plus hautes autorités du pays sont mises en cause.

Surtout, c’est là un symbole qui est touché de plein fouet. Avec Petrobras, au-delà de l’aspect profondément immoral de l’affaire, c’est le devenir même de l’outil le plus renommé et le plus puissant de la géoéconomie brésilienne qui se trouve remis en cause.

Une criminalité hallucinante

En sus de la corruption généralisée, le Brésil doit aussi faire face à une criminalité proprement hallucinante. Dans une déclaration à la presse début mars, le cher- cheur en sciences politiques Mauricio Santoro, d’Amnesty international Brésil, déclarait tout de go que le Brésil était le pays où l’on tue le plus au monde.

On recense ainsi 56000 homicides par an (sans compter tous ceux qui ne sont pas connus), majoritairement par armes à feu, et près de 92 % de ces homicides ne sont pas élucidés. Un constat confirmé par le criminologue Xavier Raufer, qui rappelle que si le taux d’homicide par rapport à la population générale est de 18 pour 100 000 au Mexique, il est de 26,2 au Brésil (+ 124 % en trente ans !).

Tout cela fait du Brésil, souligne Xavier Raufer, « sans doute le pays le plus meurtrier du monde, zones de guerre comprises« . De même, le processus de sécurisation des centres-villes à l’occasion des grands événements sportifs internationaux a eu pour résultat de déplacer la criminalité non seulement à la périphérie des villes, mais encore de la déployer à travers le pays tout entier. Quant à la drogue, elle provoque des ravages immenses. De 2003 à 2010, le nombre des cocaïnomanes a décuplé…

Une géopolitique puissante et constante

Mais le Brésil a d’extraordinaires ressources matérielles et humaines, et surtout une prodigieuse capacité de rebond. Dans sa dernière analyse mondiale publiée en février, le cabinet mondial de conseil PwC prévoit une inéluctable montée en puissance du Brésil à l’horizon 2030/2050, dépassant la France et le Royaume- Uni.

Une ascension qui vient de loin. Elle s’inscrit dans une logique géopolitique, discrète mais efficace. De Gétulio Vargas aux gouvernements actuels en passant par le régime militaire, les mêmes objectifs ont été poursuivis avec permanence, méthode et ténacité.

Par conformisme idéologique, on se refuse souvent à lire le traité Geopolitica do Brasil du général Golbery do Couto e Silva, qui fut tout à la fois un géopoliticien de renom et le directeur du service de renseignement bré- silien. Dommage car bien des constats d’aujourd’hui s’expliquent en remettant les choses en perspective.

Dès les années soixante-dix, Golbery dresse les grandes lignes d’une volonté de puissance qui se traduit par une influence grandissante du Brésil sur la scène internationale.

Comme le souligne très justement Hervé Théry, directeur de recherches au CNRS et professeur à l’université de São Paulo, de nos jours et en parfaite harmonie avec les objectifs de politique étrangère nationale, « l’influence brésilienne à l’extérieur est portée par de véritables multinationales brésiliennes comme Embraer, la Vale ou la Petrobras, mais aussi par de grosses PME qui ont su valoriser les atouts du pays et conquérir des positions dominantes dans des ‘niches’ de marché comme JBS, Dedini ou Tramontina. »

Un tel diagnostic est partagé par Yves Gervaise, agrégé de géographie et professeur à l’université d’Ouro Preto, pour qui le Brésil a su trouver les chemins de la puissance. Il étend aujourd’hui son influence à travers la planète et sa voix est d’autant plus écoutée que, contrairement à la Russie et à la Chine, il a su consolider sa démocratie.

Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si l’OTAN s’intéresse désormais de très près à l’évolution du Brésil dans le monde. Un tout récent rapport intitulé Enduring NATO, Rising Brazil en est la preuve manifeste.

S’adapter en permanence, une caractéristique-clé du Brésilien

Le Brésil est un pays délicat à appréhender, énigmatique pour tout dire. Commentant son émergence comme grande puissance, Alain Rouquié, ancien ambassadeur de France au Brésil, remarque : « Le Brésil reste toujours à découvrir. Non pas tant en raison de son immensité que de sa vertigineuse pluralité et d’une complexité irréductible. C’est pourquoi d’ailleurs il suscite autant l’hyperbole: misère et splendeur, eldorado et enfer. »

Aussi, au-delà des aspects spécifiquement matériels et techniques, il est une autre dimension à prendre en compte pour bien saisir le Brésil dans son essence même : l’esprit de son peuple. Le Brésilien positive en permanence. Il ne sait pas dire non. Si la hiérarchie est bien acceptée, si l’on accorde de l’importance au rang social et au niveau d’éducation, le chef reste toujours accessible à tous.

Le Brésilien accorde beaucoup d’importance au relationnel et à l’humain. Les réseaux sont importants. L’informel compte beaucoup. On conclut souvent des affaires autour d’une piscine ou d’un churrasco (barbecue).

Tout va très vite au Brésil, on peut y faire fortune ou être ruiné en peu de temps. De fait, le Brésilien est flexible et s’adapte en permanence. « Quem não tem cão caça com gato – Qui n’a pas de chien chasse avec un chat » est un proverbe populaire qui illustre bien cette faculté d’adaptation aux configurations les plus diverses.

De là l’importance du jeitinho qui est un trait de caractère brésilien, une manière d’être, de réagir dans la vie courante, sans la prise en compte duquel on ne peut comprendre le fonctionnement réel du pays. « Ni légal ni illégal, le jeitinho est para-légal, spécial, rapide et créatif pour résoudre les difficultés par des voies détournées« , explique l’anthropologue Roberto DaMatta.

« Dès lors que l’on ne dispose pas des moyens conventionnels pour se sortir d’un mauvais pas, ou seulement défendre ses intérêts, le jeitinho tire d’affaire, parfois sous la forme d’une séduction qui ne dit pas son nom » renchérit Pierre Fayard, fin connaisseur du Brésil et professeur à l’université de Poitiers.

Nul doute que cette faculté d’adaptation aux situations les plus diverses constitue aussi un ressort caché mais redoutablement efficace de la géopolitique brésilienne.

La presse, facteur de déstabilisation au Brésil ? Les médias sont en première ligne dans la crise politique sans précédent qui secoue le pays, gouverné depuis treize ans par le Parti des travailleurs (PT). Favorables, pour la plupart, à la destitution de la présidente, Dilma Rousseff, sur laquelle doit se prononcer le Parlement dimanche, ils sont accusés par le PT de conspirer contre la protégée de l’ex-président Luiz Inácio Lula da Silva, à qui elle a succédé en 2011. En pleine débâcle économique, et alors qu’un tentaculaire scandale de corruption éclabousse la coalition au pouvoir, faudrait-il s’étonner du désaveu des médias ? «La couverture de la crise est militante et tendancieuse, tonne le politologue João Feres Jr., coordinateur du Lemep, un observatoire de la presse. Nos médias sont très conservateurs, très politiques. Ils ne s’intéressent pas à la corruption de l’opposition. Le PT a toujours été victime d’un traitement médiatique injuste.» Il se dit même que les journalistes qui ont le cœur à gauche doivent se censurer pour coller à une ligne éditoriale hostile au parti.

Cette hostilité s’expliquerait par le fait que les groupes de presse sont aux mains d’une poignée de grandes familles soucieuses de défendre leurs intérêts économiques, soi-disant menacés par la gauche : les Marinho pour l’empire médiatique Globo, les Frias pour la Folha de São Paulo,premier quotidien national, les Civita pour l’hebdomadaire à fort tirageVeja. Ce brûlot de droite abonné aux unes sensationnalistes a fait de Lula l’homme à abattre. Son concurrent Istoé, pour sa part, se lâche contre Dilma Rousseff, accusée de passer ses nerfs sur le mobilier du palais présidentiel…

Dans la presse quotidienne, au prestige autrement supérieur, le ton est moins exalté, malgré des éditoriaux au vitriol. Folha de São Paulo se targue d’impartialité. Dans le spectre politique, nul n’échappe à sa plume acerbe, quoiqu’à des degrés divers, selon les sensibilités des journalistes. Parmi ses éditorialistes figurent aussi bien Ronaldo Caiado, étoile montante de la droite, que Guilherme Boulos, le leader du Mouvement des travailleurs sans abri (MTST) au verbe incendiaire.

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Grossières Manipulations

Mais c’est incontestablement TV Globo qui cristallise la colère des partisans du gouvernement. Créée avec le soutien de la dictature militaire (1964-1985), la chaîne numéro 1 au Brésil est accusée de«putschisme». Le PT n’oublie pas les grossières manipulations par lesquelles TV Globo était parvenue à empêcher la victoire de Lula face à Fernando Collor de Mello à la présidentielle de 1989, la première après le retour au suffrage universel. A telle enseigne qu’en 2002, lors de la campagne qui porta finalement l’ex-métallo au pouvoir, le parti a dû négocier une trêve avec la chaîne.

Dans la crise actuelle, TV Globo a amplifié l’onde de choc provoquée par l’interpellation de Lula, le 4 mars. Ce dernier doit s’expliquer sur des«avantages indus» qu’il aurait reçus de groupes de BTP accusés de détourner des fonds de Petrobras, la compagnie pétrolière contrôlée par l’Etat. La chaîne a visiblement été informée à l’avance de l’opération, puisque ses équipes étaient déjà sur les lieux lorsque les véhicules de police sont arrivés au domicile du leader du PT. La gauche a dénoncé un«spectacle médiatique» pour discréditer l’ex-président. Mais, lorsque, quelques heures plus tard, Lula avait convoqué une conférence de presse pour dénoncer les méthodes policières, c’est la droite qui avait protesté contre Globo, coupable de l’avoir retransmise. L’affaire est donc plus complexe qu’il n’y paraît.

Médias alternatifs sur Internet

Le PT lui-même se prévaut des médias dès lors qu’ils prennent pour cible ses adversaires. Ce qui lui arrive plus souvent qu’il ne veut bien l’avouer.«La presse a tendance à scruter davantage le parti qui est au pouvoir,rappelle Ricardo Pedreira, directeur exécutif de l’Association nationale des journaux (ANJ). Quand les journaux tapaient sur le gouvernement et que le PT était encore dans l’opposition, ce dernier applaudissait. Maintenant que c’est lui qui est au pouvoir, le rôle critique des médias le dérange.»

Editorialiste et professeur à l’école de communication de l’université de São Paulo, Eugênio Bucci se dit «soulagé de vivre dans un pays où le gouvernement se plaint de la presse». Transfuge du PT, Bucci a dirigé la radio publique Radiobras sous le premier mandat de Lula. Il reconnaît que les préjugés persistent contre cet homme du peuple coupable d’être entré en politique. Il admet aussi une partialité de la presse en faveur du grand rival de centre droit du PT, le Parti de la social-démocratie brésilienne (PSDB). Mais il ne croit pas pour autant à un acharnement médiatique contre son ancienne famille politique : «Au PT, tout le monde ne comprend pas le rôle de la presse, qui est de montrer ce que le pouvoir voudrait cacher. A la tête du Brésil depuis treize ans, le parti ne peut plus se poser en victime. Au lieu de s’expliquer, il essaie d’imputer aux médias une crise dont le gouvernement est responsable.»

Le parti de Lula ne s’est jamais doté de ses propres organes de presse. Les deux seuls titres de gauche (le mensuel Brasileiros et l’hebdomadaire CartaCapital) ont une circulation restreinte, mais le PT mise sur des médias alternatifs qui jouent les sentinelles sur Internet. L’un de ses grands échecs a été d’avoir renoncé à la régulation du paysage médiatique qui devait mettre fin à des oligopoles comme celui du groupe Globo, présent sur tous les supports de diffusion (télé, radio, Web et papier). «C’est une exigence démocratique, reprend Eugênio Bucci. Mais les patrons de presse ne veulent rien savoir.» «A chaque fois qu’on parle de régulation, ils tentent de barrer la route au débat, au motif que ce serait de la censure», s’est plaint l’ex-ministre de la Communication Franklin Martins. «Nous préférons l’autorégulation,réagit de son côté Ricardo Pedreira. Au PT, il y a des courants pour qui la liberté de la presse est une notion relative.» Pour le politologue João Feres Jr., le parti a baissé la garde après avoir remporté quatre élections présidentielles consécutives malgré le discours des médias : «Il a préféré faire l’économie d’une confrontation. Pour le PT, ces groupes de presse en difficulté s’affaibliraient tout seuls. Ce fut une grande erreur de calcul.» 

 

http://www.diploweb.com/Le-Bresil-et-le-Monde.html

 

Les limites géopolitiques

Le Brésil peut en effet jouer sur deux tableaux, voire trois, en mettant l’accent tantôt sur l’un, tantôt sur l’autre. D’un côté, il tente de maximiser ses avantages, notamment de grand producteur de produits agricoles et de biocarburants, de minimiser ses fragilités, principalement sa dépendance technologique et financière. De l’autre, certains secteurs de l’État et plus encore des ONG sollicitent l’aide – voire la charité – internationale pour des populations pauvres, Indiens ou habitants des favelas. Enfin, d’autres secteurs du même État, notamment ses diplomates, tentent d’animer des dynamiques de recomposition des équilibres mondiaux et d’améliorer la positions du Brésil par rapport aux autres pays, en tenant des discours différents aux pays plus développés d’un côté, aux pays pauvres de l’autre, en jouant de sa situation intermédiaire.

Cette ambivalence est bien apparue dans les grandes réunions internationales oùle Brésil se voit et agit comme un des chefs de file des revendications des pays du sud. Ce fut notamment le cas à la réunion de l’OMC à Cancún, en 2003, où il a largement contribué à bloquer la réunion en organisant la résistance des pays du Sud et à empêcher un accord qui semblait acquis. Il n’y a malheureusement guère eu de suites, ni lors du naufrage de la négociation de Doha, ni dans les autres forums internationaux, ni dans des initiatives sur la lutte contre la faim, un temps appuyée par Lula et Jacques Chirac. Les pays partenaires ont fait remarquer – avec l’exquise politesse des diplomates – que le Brésil devrait peut-être méditer sur l’échec de son programme Fome Zero(« Zéro faim », inclus sans gloire et sans bruit dans les programmes d’assistance existants) avant de donner des leçons au reste du monde…

Dans le même temps, le Brésil revendique, comme puissance émergente, un siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU. Il n’a pas obtenu grands succès de ce côté, ses démarches sont contrariées par les ambitions et les contre-manœuvres de son voisin argentin, ou encore du Mexique. Il est peu probable qu’elles aboutissent, le Brésil ne peut guère prétendre réussir là où l’Allemagne ou le Japon ont échoué. Les efforts faits pour placer des Brésiliens à la tête de grands organismes internationaux ont également fait long feu, en partie faute de recueillir l’accord de ses voisins, qui sont aussi ses concurrents. Les deux exceptions notables ont été l’élection de l’initiateur du programme Fome Zerodéjà cité, José Graziano, à la tête de la FAO en juin 2011 et de Roberto Azevedo à l’OMC en mai 2013 (où il représentait le Brésil depuis 2008).

Ces revers dans la diplomatie multilatérale, malgré l’effort consenti en envoyant des troupes pour maintenir l’ordre en Haïti (et ainsi payer son ticket d’accès au rang des pays qui comptent dans les relations internationales), illustrent bien la position ambiguë du Brésil, pays émergent, situé à la fois dans le peloton de tête des grandes économies mondiales et encore pays sous-développé par bien des aspects. Le Brésil a acquis un poids spécifique considérable, par sa population (202,8 millions d’habitants), par la puissance de son agro-industrie et de son appareil industriel sans équivalent dans l’hémisphère sud, par son rayonnement culturel et sportif. Mais il n’a pas encore trouvé sa place : ni dans la cour des grands, où il pèse peu, ni comme leader des petits, ou les plus pauvres le trouvent trop gros, et où les autres pays émergents jouent leur propre jeu, chacun pour soi

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