» fascistes » « nazis » , comment après la guerre , De Gaulle a été traité de fasciste et l’opposition au stalinisme diabolisée puis éliminée en Europe de l’EST

Voici un exemple clair, tiré de L’Humanité (organe central du Parti communiste français) à l’époque de la IVe République, dans le même registre rhétorique que celui utilisé dans les démocraties populaires d’Europe de l’Est.

Citation de L’Humanité (2 octobre 1948)

Article d’André Carrel, sous le titre « De Gaulle, c’est Pétain, et Pétain ce n’est pas la France » :

« Le général factieux commande déjà les troupes de l’ex-maréchal traître… Mais, non content d’être l’homme de la guerre, il est aussi l’homme de la réaction, l’homme du fascisme, l’homme des fier-à-bras et des SS à de Gaulle. »⁠Books.openedition

Cette formulation assimile directement le Rassemblement du peuple français (RPF) de Charles de Gaulle au fascisme, à la collaboration et à Pétain. Elle s’inscrit dans une campagne plus large du PCF qui, après la création du RPF en 1947, présentait le gaullisme comme une menace « factieuse » et « fasciste » héritière des ligues des années 1930 (notamment les Croix-de-Feu de La Rocque).

Contexte

  • Après 1945, le PCF (premier parti de France à la Libération) a largement mobilisé le vocabulaire antifasciste non seulement contre les vestiges de Vichy ou les groupuscules d’extrême droite, mais aussi contre des adversaires politiques légaux et électoraux, notamment le RPF.
  • Dans les élections législatives de 1951, les communistes appellent à voter « contre les fascistes du RPF et leurs complices » et dénoncent « le RPF fasciste de l’apprenti dictateur de Gaulle ».
  • Des textes des Cahiers du communisme présentent de Gaulle comme « une personnification parfaite de la définition du fascisme donnée par Dimitrov » (la définition cominternienne classique du fascisme comme dictature terroriste du capital).

Cette rhétorique servait à justifier une mobilisation et un front « antifasciste » contre le RPF, dans un climat de guerre froide où les deux camps s’accusaient mutuellement de dérive autoritaire ou totalitaire. Contrairement aux pays de l’Est, cela n’a pas abouti en France à l’interdiction du RPF ni à un système à parti unique (le PCF a lui-même été progressivement marginalisé après 1947).

Des archives de L’Humanité de cette période sont disponibles sur Gallica (BnF) et, pour les numéros plus récents, sur le site du journal. L’exemple ci-dessus est documenté dans des travaux historiques sur l’antifascisme français d’après-guerre.

Voici des extraits et formulations typiques des régimes communistes (d’inspiration stalinienne) installés en Pologne, Tchécoslovaquie et Hongrie après 1945. Ils justifiaient la marginalisation, la purge ou l’interdiction des partis d’opposition en les qualifiant de « réactionnaires », « fascistes », « collaborateurs » ou agents de l’impérialisme étranger. Ces arguments servaient à légitimer le passage progressif d’un front « antifasciste » large à un système de parti unique.

Tchécoslovaquie (coup de février 1948, Klement Gottwald)

Après la démission des ministres non communistes, Gottwald et le Parti communiste tchécoslovaque ont présenté la crise comme un « complot réactionnaire » visant à renverser les acquis de la « révolution de mai 1945 » et de la libération par l’Armée soviétique.

Extrait d’un discours de Gottwald (Congrès des comités paysans, début 1948, publié dans For a Lasting Peace, for a People’s Democracy!) :

« La réaction tchécoslovaque et étrangère, qui avait uni ses forces, a été vaincue. L’histoire du complot réactionnaire contre notre république populaire démocratique est connue. Ce complot avait été préparé longtemps à l’avance par les capitalistes et les propriétaires fonciers […] par des gens qui s’étaient unis aux ennemis de la République à l’étranger, principalement ceux qui, il y a dix ans, ont livré notre République à Hitler. L’objectif du complot des hommes de Munich tchécoslovaques et étrangers était de renverser le gouvernement du Front national à tout prix, d’installer un nouveau gouvernement réactionnaire qui détruirait progressivement les acquis conquis par notre peuple à partir de mai 1945 […] »

Il ajoutait qu’il fallait « extirper les racines de la réaction » des partis politiques, des organisations légales et de l’administration, et purger les « agents réactionnaires illégaux » infiltrés dans les partis. Les partis non communistes (socialistes nationaux, populaires, etc.) ont été épurés de leurs éléments « réactionnaires » via les comités d’action du Front national, avant de devenir des coquilles vides.

Hongrie (Mátyás Rákosi et la « tactique du salami »)

Rákosi a décrit ouvertement (notamment en 1952) comment le Parti communiste avait éliminé l’opposition en la découpant « tranche par tranche » (salami tactics). Les adversaires étaient systématiquement assimilés à des réactionnaires, fascistes ou agents de l’impérialisme.

Selon des témoignages et analyses contemporaines (dont The New York Times, 1953) :

« D’abord, toutes les catégories d’opposants ont été progressivement compressées dans un même moule commodément étiqueté “fasciste” et “serviteurs de l’impérialisme américain”. Cela incluait non seulement ceux qui avaient soutenu le régime de Horthy et le mouvement des Croix fléchées, mais aussi des conservateurs connus, des aristocrates, des propriétaires fonciers et les dirigeants anticommunistes des Églises catholique et protestante. […] Ce groupe a ensuite été élargi pour inclure le Parti des petits propriétaires (majoritaire) et tous les sociaux-démocrates. »

Rákosi expliquait lui-même : on « démasquait », isolait et expulsait les éléments réactionnaires du Parti des petits propriétaires (qui avait gagné les élections de 1945), jusqu’à ce qu’il ne reste que des « compagnons de route ». Contrôle du ministère de l’Intérieur (et donc de la police politique ÁVO/ÁVH) + accusations de complot permettaient les arrestations (ex. : Béla Kovács, envoyé en URSS). En 1948-1949, fusion forcée avec les sociaux-démocrates et interdiction de fait de toute opposition réelle.

Pologne (élections de 1947 et liquidation du PSL)

Les communistes (PPR, puis PZPR sous Bierut) ont limité la participation aux « partis démocratiques et antifascistes ». Le Polskie Stronnictwo Ludowe (PSL) de Stanisław Mikołajczyk, principale force d’opposition, a été accusé de collusion avec la « réaction », le « sous-sol fasciste » et le gouvernement de Londres.

Selon des sources historiques polonaises :

  • Les listes électorales excluaient les personnes collaborant avec « les organisations fascistes souterraines ou les bandes visant à renverser l’ordre démocratique de l’État ».
  • Gomułka et d’autres dirigeants déclaraient que le PSL avait choisi la collaboration avec la réaction, permettant à celle-ci de « relever la tête ».
  • La propagande présentait Mikołajczyk et ses partisans comme liés aux « cercles fascistes émigrés » et au sous-sol armé (souvent assimilé aux anciens collaborateurs ou à la droite pré-guerre).

Résultat : terrorisme (assassinats, arrestations de milliers de militants PSL), invalidation de listes, falsification massive des élections de janvier 1947 (le Bloc démocratique revendique ~80 % des voix alors que des protocoles partiels montraient le contraire). Le PSL a ensuite été marginalisé et absorbé/transformé.

Synthèse des arguments récurrents

Dans les trois pays, le schéma était similaire :

  • L’opposition = résidus de l’ancien régime, collaborateurs de Hitler/Horthy, « hommes de Munich », réactionnaires, fascistes ou agents de l’impérialisme occidental.
  • Le Front national/populaire antifasciste (1945) servait de cadre initial ; une fois les communistes aux postes clés (Intérieur, Sécurité, Armée), on « purgeait » les partis alliés de leurs éléments « réactionnaires ».
  • La « démocratie populaire » était présentée comme la seule authentique ; toute critique ou pluralisme réel était un complot contre les acquis de la libération soviétique et de la lutte antifasciste.

Ces justifications apparaissent dans les discours officiels, la presse de parti (Rudé právo, Szabad Nép, etc.) et les procès politiques. Elles combinaient le langage antifasciste hérité de la guerre avec la logique stalinienne de lutte de classes et de consolidation du pouvoir. Les sources primaires et analyses historiques (y compris des écrits de Rákosi lui-même) confirment ce schéma.

Avatar de Inconnu

About pgibertie

Agrégé d'histoire, Professeur de Chaire Supérieure en économie et en géopolitique, intervenant àBordeaux III et comme formateur à l'agrégation d'économie à Rennes Aujourd'hui retraité
Cet article a été publié dans éducation prépa école de commerce. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

3 Responses to  » fascistes » « nazis » , comment après la guerre , De Gaulle a été traité de fasciste et l’opposition au stalinisme diabolisée puis éliminée en Europe de l’EST

  1. Avatar de ambitious85f9f202bd ambitious85f9f202bd dit :

    Manifeste : tu ne peux pas etre anti UE si tu n’es pas anti nazi. https://anti-ueetanti-nazi.blogspot.com/

    J’aime

  2. Avatar de elba elba dit :

    Merci, ambitious, pour le lien.

    Si la finalité du socialisme c’est le consumérisme (production industrielle), il ne sera pas bon dans ce cas que ceux qui dirigent le monde fasse en sorte que la population diminue. Parce que dans ce cas, il y aura moins de gens pour acheter leurs produits.

    Sont-ils seulement conscients de ce qu’ils font ?

    Quelle chienlit !

    Aimé par 1 personne

  3. Avatar de practicallyc66ef89cd9 practicallyc66ef89cd9 dit :

    Communisme : 110000000 de morts ! Qui est fasciste ?

    J’aime

Votre commentaire