De Pigasse à Mélenchon, la dangereuse fascination de la gauche pour la guillotine, Robespierre et la Terreur

Avec cette phrase — « La décapitation du roi est un jour de fête » — on comprend mieux ce qui choque dans les propos de Matthieu Pigasse.

Il ne s’agit pas simplement de reconnaître que la Révolution française a mis fin à la monarchie absolue. La formule présente explicitement la mise à mort de Louis XVI comme un événement à célébrer.

Ce que cette phrase signifie politiquement

Trois niveaux de lecture sont possibles :

1. La célébration de la rupture monarchique. Le 21 janvier 1793 symbolise la fin de la souveraineté royale de droit divin et l’affirmation de la souveraineté nationale. Pigasse peut vouloir célébrer cette rupture plutôt que la mort physique du roi.

2. La célébration du régicide. Si la fête porte bien sur la décapitation elle-même, il s’agit d’approuver symboliquement l’élimination physique du souverain. C’est une position plus radicale : la mort devient le signe de la victoire politique.

3. La glorification de la violence révolutionnaire. Si cette déclaration s’accompagne d’une admiration pour Saint-Just ou pour la Terreur, la question devient celle de la légitimité de la violence exercée au nom du peup

La fascination d’une partie de la gauche française actuelle pour la guillotine, Robespierre et la Terreur est un phénomène intéressant, parce qu’il mêle mémoire historique, radicalité politique, imaginaire révolutionnaire et rapport à la violence. Mais il faut distinguer plusieurs choses : la référence à Robespierre, la nostalgie de la Révolution française et la véritable glorification de la Terreur ne sont pas nécessairement équivalentes.

1. Robespierre, le symbole d’une révolution qui ne transige pas

Pour une partie de la gauche radicale, Robespierre incarne une idée politique : celle d’une révolution qui ne se contente pas de remplacer les dirigeants, mais qui cherche à transformer profondément les rapports sociaux.

Il représente notamment :

  • La souveraineté populaire contre les privilèges des élites.
  • L’égalité politique et sociale, au moins comme horizon.
  • La lutte contre la corruption et les intérêts particuliers.
  • La volonté de défendre une révolution menacée par ses ennemis intérieurs et extérieurs.

Dans cette lecture, Robespierre n’est pas d’abord l’homme de la guillotine, mais celui qui refuse que la révolution soit confisquée par les riches, les modérés ou les anciens privilégiés.

Il existe aussi une tradition historique de gauche qui considère que la Révolution française a été interrompue ou trahie : par Thermidor, par Napoléon, puis par la restauration des hiérarchies sociales. Robespierre devient alors une figure de la révolution inachevée.

2. Pourquoi la guillotine fascine-t-elle ?

La guillotine est un symbole beaucoup plus ambigu.

Elle peut être utilisée de façon provocatrice pour exprimer :

  • Le rejet des milliardaires et de l’oligarchie.
  • La colère contre les inégalités et l’impunité des puissants.
  • Le fantasme d’une justice populaire radicale, capable de renverser l’ordre établi.

Dans les manifestations ou sur les réseaux sociaux, l’image de la guillotine fonctionne parfois comme une métaphore : « qu’ils rendent des comptes », « qu’on en finisse avec les privilèges ».

Lorsque la guillotine devient un objet de célébration en elle-même, on entre dans une logique politique plus inquiétante : celle où la violence est perçue comme une purification de la société.

3. Le paradoxe de Robespierre : la vertu et la Terreur

C’est probablement le point le plus intéressant.

Robespierre se présentait comme un défenseur de la vertu républicaine. Il considérait que la République devait être fondée sur la justice et l’égalité, mais aussi qu’elle devait se défendre contre ceux qui menaçaient son existence.

Dans son célèbre discours du 5 février 1794, il défend l’idée que la vertu et la Terreur sont les deux principes nécessaires au gouvernement révolutionnaire en temps de guerre.

La logique est la suivante : si le peuple est souverain, ceux qui conspirent contre lui deviennent des ennemis de la République ; leur élimination est alors présentée comme une défense de la liberté collective.

C’est précisément ce raisonnement qui pose un problème politique majeur.

Qui décide qu’un individu est un ennemi du peuple ? Qui contrôle ceux qui prétendent défendre la révolution ? Et comment empêcher que la justice révolutionnaire ne devienne un instrument d’élimination des opposants ?

La Terreur historique montre à quel point ces questions sont dangereuses. Les accusations de trahison, les tribunaux révolutionnaires et les exécutions ont fini par frapper des personnes très diverses, y compris des révolutionnaires eux-mêmes.

Robespierre fut finalement arrêté et exécuté en juillet 1794.

4. Une gauche qui se réclame de Robespierre est-elle nécessairement totalitaire ?

On peut défendre l’égalité, la redistribution des richesses et la souveraineté populaire sans considérer la Terreur comme une expérience politique admirable. On peut aussi critiquer les privilèges et les abus de pouvoir sans transformer la guillotine en symbole désirable.

le phénomène le plus préoccupant n’est pas tant l’admiration pour Robespierre que la tentation de diviser la société entre un peuple réputé vertueux et des ennemis qu’il faudrait éliminer.

Cette conception peut se nourrir de plusieurs frustrations contemporaines :

  • Le sentiment que les élites économiques et politiques échappent à toute sanction.
  • La conviction que les institutions démocratiques sont incapables de produire des changements profonds.
  • Une colère sociale qui cherche des symboles historiques puissants.
  • La fascination pour les moments où l’histoire semble basculer brutalement.

Mais cette logique contient une contradiction : elle prétend libérer le peuple tout en risquant de supprimer les libertés de ceux qui ne partagent pas sa définition du peuple.

La Révolution française est précisément un avertissement à ce sujet. Elle a produit des avancées considérables en matière de citoyenneté et de droits, mais elle a également montré comment la défense de la liberté pouvait être invoquée pour justifier la répression.

En définitive, il est parfaitement légitime de s’interroger sur la complaisance de certains discours de gauche envers la Terreur. La question essentielle est de savoir si ces discours emploient Robespierre comme une référence historique à discuter, comme une provocation politique ou comme un modèle de gouvernement.

Ces trois attitudes ne sont pas les mêmes, et les confondre empêcherait de comprendre ce qui se joue réellement.

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Mélenchon : Robespierre comme référence politique

Chez Mélenchon, la référence à Robespierre est plus explicite. Il s’inscrit dans une tradition républicaine qui valorise la Révolution française, la souveraineté populaire et la rupture avec les privilèges.

Robespierre représente alors une figure de radicalité politique : celle d’un homme qui entend faire passer l’égalité et la volonté populaire avant les intérêts des élites.

Mais il y a une ambiguïté majeure : Mélenchon peut invoquer Robespierre comme symbole de la République sociale et de la souveraineté populaire sans pour autant revendiquer la Terreur comme modèle de gouvernement.

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About pgibertie

Agrégé d'histoire, Professeur de Chaire Supérieure en économie et en géopolitique, intervenant àBordeaux III et comme formateur à l'agrégation d'économie à Rennes Aujourd'hui retraité
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