
Stepan Bandera n’était pas seul à incarner l’OUN, d’ailleurs marquée par une scission importante entre bandéristes et melnykistes (d’après Andreï Melnyk, adversaire historique de Stepan Bandera). Aujourd’hui encore, on oppose la radicalité de Stepan Bandera à la modération de Melnyk. Alors que tous deux ont collaboré avec l’occupant nazi en vue d’une Ukraine indépendante. Et que cette vision épousait celle des nazis, dans le sens où depuis les années 1930, l’OUN rêvait d’une Ukraine ethniquement homogène, débarrassée de ses minorités polonaise et juive. Les Juifs étaient assimilés au bolchévisme et aux auteurs de la Révolution russe – une vision des choses dont même un Alexandre Soljenitsyne nobélisé se fera le relais à la fin de sa vie.
https://www.land.lu/page/article/138/342138/FRE/index.html

L’historiographie aussi s’est toujours concentrée sur Bandera. Alors que la liste des crimes de guerre impliquant des membres de l’OUN-B comme de l’OUN-M (Volhynie, Chatyn, Babi Yar…) est longue et insoutenable. Même si, comme leurs sympathisants aiment le répéter, Bandera et Melnyk étaient tous deux prisonniers au camp de Sachsenhausen, au moment où les faits reprochés ont eu lieu… Dans ce contexte, Yuri Radchenko renvoie toujours au programme de l’OUN datant des années 1930 et qui prône un combat ethnique contre les Polonais et les Juifs – idées dont ses membres étaient imbibé-e-s et qui guidaient leurs actes. Jeune historien à l’Institut d’études orientales et de relations internationales de Kharkiv et chercheur à l’université Ben-Gourion du Néguev, Yuri Radchenko a eu accès à des documents inédits, notamment israéliens, sur les nationalistes ukrainiens. Et actuellement, recentre ses recherches sur le personnage d’Andreï Melnyk, son parcours et celui de combattants de l’OUN-M.
En 1938, Kovovalets est assassiné à Rotterdam par un agent soviétique, Pavel Sudoplatov, le futur commanditaire de l’assassinat de Trotsky. Melnyk prend alors la tête de l’OUN. Il continue la collaboration avec l’Allemagne, notamment son service de renseignement. L’officier chargé des relations avec l’OUN est Erwin Lahousen, un proche du chef de l’Abwehr. Les nazis espèrent manipuler certains groupes ethniques pour conquérir et exploiter les territoires d’Europe centrale au profit de l’Allemagne. Les membres de l’OUN sont intégrés au département sabotage et subversion de l’Abwehr. Ils apportent leurs connaissances des régions ukrainophones en Europe centrale et un réseau de partisans cachés parmi la population. En 1938, les hommes de Melnyk participent à l’invasion de la Tchécoslovaquie et proclament une république ukrainienne dans les Carpates. Cependant, après l’invasion, ce territoire est offert à la Hongrie, également alliée de l’Allemagne. Les leaders de l’OUN sont frustrés de « l’ingratitude » des Allemands. Ce sera une constante des relations entre les leaders de l’OUN et les leaders nazis. En 1939, l’OUN participe à l’invasion de la Pologne. Nouvelle volte-face des Allemands qui offrent à l’URSS l’est de la Pologne. En Galicie, les Soviétiques déportent 140 000 personnes susceptibles de s’opposer à eux ou appartenant aux « classes bourgeoises ». Les Polonais en sont les principales victimes. Bandera est libéré de sa prison polonaise. Une rivalité commence entre lui et Melnyk, deux factions se créent.
Dans la Pologne occupée, le géographe ukrainien Volodymyr Kubiyovych, proche de Melnyk, se met au service d’Hans Frank, le gouverneur allemand. Il espère une position favorable pour les Ukrainiens dans la hiérarchie raciale que les Nazis imposent en Pologne. Kubiyovych crée une administration et une police auxiliaire ukrainiennes qui aide le régime nazi dans sa guerre et les déportations. La cathédrale de Chełm est rendue aux Ukrainiens. Les terres qui appartenaient aux Juifs sont distribuées aux fermiers ukrainiens.

En prévision de l’invasion de l’URSS, l’Abwehr crée deux unités ukrainiennes. Le bataillon Roland de Melnyk et le bataillon Nachtigall de Bandera. La veille de l’invasion de l’URSS, Melnyk écrit une lettre à Adolf Hitler, lui assurant être son meilleur allié. Il se dit prêt à construire une nouvelle Europe « libre des juifs, des bolchéviques et des ploutocrates ». Nous arrivons à la période la plus trouble de la vie d’Andriy Melnyk.
A partir de juin 1941, les deux bataillons ukrainiens participent à l’invasion de l’Ukraine soviétique. Lors de la retraite, les agents du NKVD soviétique exécutent les prisonniers détenus dans les prisons. En Galicie, ils tuent 3 000 prisonniers, dont des membres de l’OUN. Les troupes allemandes et le bataillon Nachtigall entrent à Lviv le 30 juin 1941 et découvrent le massacre des prisonniers. Des membres du bataillon Nachtigall et les membres locaux de l’OUN s’attaquent aux Juifs dans le premier pogrom de Lviv. Celui-ci dure plusieurs jours. Le 2 juillet, les Einsatzgruppen d’Otto Rasch arrivent à Lviv et participent au massacre. 12 000 personnes sont tuées. Du 25 au 27 juillet, un nouveau pogrom cause la mort de mille à 2 000 Juifs. Parmi les victimes se trouve l’ingénieur Josef Bloch. Avant la guerre, il avait senti la montée des tensions ethniques et avait organisé des tournois de football pour essayer d’endiguer la haine. Il reste quelques photos de ces massacres. On y voit les victimes déchirées par la foule devenue meute. Ces photos ont été prises par la propagande allemande pour « illustrer la révolte des peuples d’URSS contre le judéo-bolchévisme ». Le massacre des prisonniers par le NKVD sera utilisé pendant longtemps comme « explication » au pogrom.
Dès le 30 juin, les membres de l’OUN proclament l’indépendance de l’État ukrainien. Les Allemands s’opposent à cette initiative unilatérale. À Cracovie, Bandera est arrêté et envoyé au camp de concentration de Sachsenhausen. Cependant, il est traité comme un otage de marque. Ses conditions de détention sont très différentes de celles des autres prisonniers du camp.
En Bucovine, une région aujourd’hui divisée entre l’Ukraine et la Roumanie, le bataillon Roland de Melnyk participe à l’invasion avec les troupes roumaines et allemandes. Les Einsatzgruppen commencent la Shoah par balles. En un mois, la quasi-totalité des Juifs de Bucovine est assassinée. Des membres locaux de l’OUN participent au génocide. A Babi Yar, en septembre 1941, certains de ces hommes participent aux meurtres de 33 000 Juifs en détenant et dépouillant les victimes avant leur assassinat par les Einsatzgruppen. On force les corps des victimes dans les fosses à coups de bottes.
Dans l’Ukraine occupée, les partisans de Melnyk servent dans l’administration et la police auxiliaire. Ils collaborent à l’Holocauste et à la déportation de deux millions d’Ukrainiens comme « Ostarbeiter » en Allemagne. Après la guerre, Nikola Sjoma raconte comment un policier l’avait menacé d’incendier sa maison et de tuer sa mère s’il ne partait pas travailler en Allemagne. L’adolescent sera réduit en esclavage dans une usine souterraine.
Cependant, la collaboration entre les Allemands et les hommes de Melnyk reste conflictuelle. Certains collaborateurs ukrainiens sont déportés ou exécutés. Les partisans de Bandera tentent d’établir un rapport de force avec l’Allemagne pour créer une Ukraine indépendante. Ils fondent l’UPA (Armée Insurrectionnelle Ukrainienne), une organisation à la fois en conflit avec l’armée allemande et les différents groupes de résistants. Ses militants s’attaquent aussi aux partisans de Melnyk qu’ils perçoivent comme des collaborateurs. En août 1943, l’UPA commet les massacres de Volhynie contre les populations polonaises d’Ukraine, tuant 80 000 personnes. Pour les belligérants, s’attaquer aux populations permet de changer la démographie ethnique d’un territoire, de détruire d’éventuels soutiens aux mouvements adverses, ou d’utiliser des civils comme otages. Les troupes nazies peuvent instrumentaliser « cette guerre dans la guerre » pour affaiblir l’UPA et les autres groupes de combattants. Elles préparent « l’espace vital » de l’Allemagne à l’est.
À Lviv, Otto Wächter, le nouveau gouverneur allemand, organise la déportation des 525 000 juifs de Galicie orientale vers les camps d’extermination. En février 1943, Melnyk propose à l’armée allemande de former une unité ukrainienne pour combattre l’Union Soviétique. Cette idée sera reprise par le général SS Wächter qui propose à Kubiyovych de former la division SS « ukrainienne » Galicia. En février 1944, Melnyk est interné au camp de Sachsenhausen, accusé d’avoir voulu entrer en contact avec les Alliés. En octobre 1944, le régime nazi le libère, ainsi que Bandera, et leur propose de créer une armée. Melnyk accepte d’abord cette offre avant de changer d’avis. Il part vers la Bavière. En février 1945, Melnyk arrive à Bad Kissingen et contacte les autorités américaines.
Lorsque l’Armée rouge arrive en Galicie orientale en juillet 1944, seulement 15 000 des 540 000 juifs de la région ont survécu à l’Holocauste. Entre 1944 et 1946, les communistes polonais et les soviétiques décident d’un échange de populations entre la Pologne et l’Ukraine soviétique dans leurs nouvelles frontières. 800 000 Polonais sont déplacés, ainsi que 500 000 Ukrainiens. En mars 1947, le vice-ministre de la Défense polonaise est assassiné par l’UPA. En représailles, le régime communiste polonais décide d’accomplir l’opération « Wisla » : 140 000 Ukrainiens sont « transférés » de l’est à l’ouest de la Pologne pour les « assimiler » dans la société polonaise. En quinze années de génocides, de crimes de guerres et d’expulsions, la démographie ethnique de l’ancienne Galicie et de l’Europe centrale est méconnaissable. Des peuples entiers ont disparu et les États sont désormais homogènes.
Sa conclusion ? « La direction des melnykistes ne semble pas s’être inquiétée du fait que des membres de son organisation aient pu participer au meurtre de prétendus étrangers – surtout juifs. Pas plus qu’ils ne semblent avoir eu de réserves morales devant le fait d’allier la construction d’une vie nationale ukrainienne au meurtre de Juifs et d’autres groupes que les nazis avaient condamnés à l’annihilation. » écrit-il dans une récente publication. Or, bizarrement, personne ne s’est apparemment intéressé à l’OUN-M.
Andriy Melnyk (en ukrainien : Андрій Мельник) désigne le plus souvent Andriy Atanasovych Melnyk (1890–1964), un officier militaire, homme politique et dirigeant nationaliste ukrainien.
en.wikipedia.orgFaits clés
- Contexte : Né en 1890 dans la région de Lviv (alors en Autriche-Hongrie). Il a servi dans la Légion des fusiliers de la Sitch ukrainienne pendant la Première Guerre mondiale, puis comme colonel dans l’armée de la République populaire ukrainienne (RPU) pendant la guerre d’indépendance ukrainienne (1917-1921).
- Organisations nationalistes : Co-fondateurs de l’ Organisation militaire ukrainienne (UVO) en 1920, qui lutta contre la domination polonaise en Ukraine occidentale. Celle-ci devint l’ Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN) en 1929.
- Direction : Après l’assassinat du fondateur de l’OUN, Evhen Konovalets, par les services de renseignement soviétiques en 1938, Melnyk prit la tête de l’OUN. Une scission survint en 1940 : sa faction plus modérée (OUN-M, ou Melnykites) s’opposa à la faction plus radicale dirigée par Stepan Bandera (OUN-B, ou Bandéristes).en.wikipedia.org
La faction de Melnyk collabora très tôt avec l’Allemagne nazie, espérant obtenir l’indépendance de l’Ukraine.
Contexte de la collaborationMelnyk et l’OUN-M entretenaient des contacts avec l’Abwehr (renseignement militaire allemand) depuis les années 1930.
Après le déclenchement de l’Opération Barbarossa, l’OUN-M espérait que les Allemands permettraient une administration ukrainienne autonome.
Contrairement à la faction plus radicale de Stepan Bandera (OUN-B), qui proclama unilatéralement l’indépendance à Lviv le 30 juin 1941 (ce qui provoqua l’arrestation rapide de Bandera et Stetsko), les Melnykivtsi adoptèrent une approche plus prudente et « évolutionniste », continuant à coopérer avec les autorités d’occupation allemandes dans les premiers mois.
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Arrestation et internementMalgré cette collaboration, les Allemands n’avaient aucune intention de créer un État ukrainien souverain. Ils voyaient l’Ukraine comme un espace vital (« Lebensraum ») à coloniser.
Melnyk fut placé sous assignation à résidence à Berlin dès l’été 1941 (juillet/août), avec une surveillance étroite de la Gestapo.
szru.gov.ua
En 1944, après avoir tenté de s’éloigner de Berlin (alors sous bombardements), il fut arrêté par la Gestapo en janvier/février 1944 et transféré au camp de concentration de Sachsenhausen (près de Berlin) en juillet 1944, dans la section des prisonniers spéciaux (Sonderhaftlinge ou Zellenbau).
en.wikipedia.org
Il y resta jusqu’à sa libération en octobre 1944, lorsque les Allemands, face à l’avancée soviétique, tentèrent de mobiliser les nationalistes ukrainiens contre l’Armée rouge (via le Comité national ukrainien).
Cependant, certains membres de l’OUN-M participèrent à des structures collaboratrices (administration locale, police, et même soutien à la formation de la Division SS Galicia). Cette période reste très controversée dans l’historiographie ukrainienne et internationale : pour les uns, c’était une alliance tactique contre le stalinisme ; pour les autres, une compromission idéologique et morale avec le régime nazi.
Contacts avec l’Allemagne avant 1941
- Les liens entre l’Organisation ukrainienne militaire (UVO) puis l’OUN et les services allemands remontent aux années 1920. Melnyk lui-même avait des contacts avec l’Abwehr (renseignement militaire allemand) dès cette époque.
- À partir de 1938, après l’assassinat de Yevhen Konovalets, Melnyk est recruté plus activement par l’Abwehr (nom de code : Consul I). L’objectif allemand était d’utiliser les nationalistes ukrainiens pour des actions de sabotage et de diversion contre la Pologne puis l’URSS.
- L’OUN-M recevait un soutien financier et logistique en échange de renseignements et de préparation d’actions derrière les lignes soviétiques. Des écoles de formation (sabotage, espionnage) existaient en Allemagne et en Pologne occupée. en.wikipedia.org
Après l’invasion de l’URSS (juin 1941)
- L’OUN-M adopte une ligne pragmatique et « évolutionniste » : collaboration étroite avec les Allemands dans l’espoir d’obtenir progressivement une autonomie ou une indépendance ukrainienne.
- Contrairement à l’OUN-B de Bandera, qui proclame unilatéralement l’État ukrainien à Lviv le 30 juin 1941 (ce qui provoque une répression immédiate), les Melnykivtsi évitent la confrontation directe au début et participent à la mise en place d’administrations locales, de police auxiliaire et de structures collaboratrices dans les territoires occupés.
- Certains membres de l’OUN-M participent à des pogroms antijuifs (notamment en Bucovine) et intègrent des unités de police auxiliaire impliquées dans la Shoah en Ukraine. La faction soutient aussi la création de la Division SS Galicia (1943). en.wikipedia.org
Arrestation et internement de Melnyk
- Fin juillet 1941 : Melnyk et sa femme sont arrêtés sur ordre direct d’Heinrich Müller (chef de la Gestapo) et placés en assignation à résidence à Berlin, sous surveillance constante. Les Allemands refusent toute idée d’État ukrainien souverain.
- Il reste sous ce régime jusqu’en janvier 1944. Pendant cette période, il continue d’envoyer des mémorandums aux autorités allemandes (notamment en 1942 à Hitler) pour demander l’arrêt des répressions contre les Ukrainiens et la création d’une entité ukrainienne alliée.
- Fin 1943 / janvier 1944 : Melnyk tente de quitter Berlin (sous les bombardements) pour Vienne. Il est arrêté par la Gestapo à Vienne et ramené à Berlin.
- Mars 1944 : Interné comme Sonderhäftling (prisonnier spécial) à Hirschegg (Alpes).
- Juillet 1944 : Transféré au camp de concentration de Sachsenhausen (section Zellenbau, pour prisonniers politiques importants). Il y retrouve d’autres dirigeants ukrainiens (Bandera, Stetsko, etc.). Les conditions sont dures (isolement), mais il bénéficie d’un traitement spécial (maison gardée avec une gouvernante) car les Allemands espèrent encore l’utiliser. en.wikipedia.org
- 17 octobre 1944 : Libéré avec d’autres nationalistes, alors que l’Armée rouge avance. Les Allemands tentent de créer un « Comité national ukrainien » pour lutter contre les Soviétiques.
Différences avec la faction Bandera (OUN-B)
| Aspect | OUN-M (Melnyk) | OUN-B (Bandera) |
|---|---|---|
| Approche | Pragmatique, évolutionniste, compromis | Révolutionnaire, proclamation immédiate |
| Collaboration | Plus prolongée et loyale (jusqu’en 1944-45) | Plus conflictuelle après juin 1941 |
| Division SS Galicia | Soutien actif | Opposition (préférence pour l’UPA) |
| Base | Plus forte dans la diaspora | Dominante en Ukraine occidentale |
Les deux factions ont collaboré avec l’Allemagne au début, mais les Allemands se méfiaient de leur nationalisme et les ont réprimées dès que cela ne servait plus leurs intérêts.
Cette période reste hautement controversée : l’OUN-M est vue par certains comme ayant choisi le « moindre mal » contre le stalinisme, et par d’autres comme compromise dans des crimes de guerre via ses membres locaux.
la faction Melnyk (OUN-M) a activement soutenu la création de la Division SS Galicia.Voici des détails plus précis sur ce sujet :Contexte de la création (1943)
- La 14e Division de Grenadiers Waffen-SS (1re Galicienne), communément appelée Division SS Galicia (ou Dyviziya Halychyna), est officiellement annoncée le 28 avril 1943 par le gouverneur allemand du district de Galicie, Otto Wächter.
- Après la défaite allemande à Stalingrad (février 1943), les nazis cherchent désespérément des troupes supplémentaires sur le front de l’Est. Ils acceptent de former une unité ukrainienne, mais limitée à la Galicie (pour éviter tout symbole d’unité nationale ukrainienne plus large).
- Les volontaires devaient prêter serment à Adolf Hitler personnellement.
Rôle de l’OUN-M
- Contrairement à l’OUN-B de Bandera, qui s’oppose officiellement à la division (préférant développer sa propre armée partisane, l’UPA), l’OUN-M de Melnyk la soutient activement.
- Melnyk et ses partisans voient dans cette division :
- Une opportunité de former une force militaire ukrainienne entraînée et disciplinée, qui pourrait servir de noyau à une future armée nationale.
- Un contre-poids à l’influence grandissante de l’OUN-B et de l’UPA en Ukraine occidentale.
- Le Comité central ukrainien (UTsK), dirigé par Volodymyr Kubiyovych (proche de l’OUN-M), joue un rôle clé dans la propagande et le recrutement. Kubiyovych et d’autres figures melnykivistes font campagne pour encourager les jeunes Ukrainiens à s’engager.
Niveau de soutien et participation
- L’OUN-M appelle publiquement la jeunesse galicienne à s’enrôler, considérant cela comme une chance de lutter contre l’URSS.
- De nombreux membres et sympathisants de l’OUN-M intègrent la division (comme officiers, sous-officiers ou soldats), même si les officiers supérieurs restent majoritairement allemands.
- En 1943-1944, Melnyk (alors sous surveillance allemande) continue de soutenir l’idée d’une force armée ukrainienne. Plus tard, en 1944-1945, il défend l’idée que la Division Galicia devienne la base d’une Armée nationale ukrainienne (UNA) indépendante des SS.
Chiffres et réalité
- Environ 80 000 Ukrainiens se portent volontaires initialement ; environ 13 000 à 15 000 sont acceptés dans la première vague.
- La division subit de lourdes pertes lors de la bataille de Brody (juillet 1944) contre l’Armée rouge.
- Elle est reformée et combat ensuite en Slovaquie, en Yougoslavie et en Autriche.
Note historique importante : Bien que la division n’ait pas été principalement impliquée dans la Shoah (elle combat surtout sur le front), certains de ses membres avaient des antécédents dans la police auxiliaire ukrainienne, et des unités SS ont participé à des opérations anti-partisans brutales. L’unité reste très controversée : symbole de collaboration pour les uns, de lutte anti-soviétique pour les autres.
La police auxiliaire ukrainienne a été mise en place par les autorités nazies à partir de l’été 1941 dans les territoires occupés d’Ukraine (Reichskommissariat Ukraine et District de Galicie). Elle remplaçait les milices nationales ukrainiennes improvisées créées juste après l’invasion (surtout par l’OUN). Les Allemands manquaient d’effectifs pour contrôler le territoire, lutter contre les partisans et mettre en œuvre la « Solution finale ». Ils ont donc recruté localement : environ 80 000 auxiliaires ukrainiens dans le Reichskommissariat Ukraine seul (beaucoup plus que les policiers allemands sur place).Rôle de la faction Melnyk (OUN-M)L’OUN-M a été particulièrement active dans la formation et le contrôle de ces unités, surtout à Kyiv et dans certaines régions de l’Est et du Centre.
Dès septembre 1941, les melnykivtsi (dont des membres du Bataillon bucovinien — Bukovynskyi Kurin) ont rapidement organisé la milice puis la police à Kyiv. Ils ont pris des postes de commandement importants.
ukrainianjewishencounter.org
Exemples : Le maire de Kyiv (Volodymyr Bahaziy) était proche de l’OUN-M.
Des figures comme Oleksandr Kvitko (ancien officier de l’Armée de la République populaire ukrainienne) dirigeaient la hiérarchie policière.
Le Bataillon bucovinien (majoritairement melnykivste) a fourni le noyau de plusieurs bataillons de police (notamment les 115e/62e et 118e/63e Schutzmannschaft).
Contrairement à l’OUN-B (Bandera), qui a été plus réprimée après sa proclamation d’indépendance à Lviv, l’OUN-M a maintenu une collaboration plus prolongée et a été vue par les Allemands comme plus fiable au début.Rôles et actions de la police auxiliaireLes tâches incluaient :Maintien de l’ordre quotidien.
Lutte contre les partisans soviétiques.
Participation massive à la Shoah : enregistrement des Juifs, rafles, garde des ghettos, escortes vers les sites d’exécution, cordons de sécurité pendant les fusillades, et parfois exécutions directes.
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Exemples notables :Babi Yar (septembre 1941) : Des unités de police ukrainienne ont aidé les Einsatzgruppen allemands lors du massacre d’environ 33 771 Juifs.
Garde des ghettos, confiscation de biens, chasse aux Juifs cachés.
Actions anti-partisans brutales, parfois avec massacres de civils.
De nombreux membres de l’OUN-M (et de l’OUN-B au début) ont vu dans cette police une opportunité de former une future armée ukrainienne et de lutter contre le bolchevisme. Cependant, cela les a impliqués directement dans des crimes de guerre et la Shoah.
blog.ehri-project.eu
ÉvolutionEn 1942, les Allemands ont réprimé l’OUN-M à Kyiv (arrestations, dissolution de certaines structures).
Beaucoup d’auxiliaires (surtout de l’OUN-B à partir de 1943) ont déserté avec leurs armes pour rejoindre l’UPA.
Certains bataillons melnykivstes ont été intégrés dans d’autres unités, dont des soutiens indirects à la Division SS Galicia.
Cette police reste l’un des chapitres les plus controversés et douloureux de la période : pour les uns, c’était une collaboration forcée ou tactique ; pour les historiens, elle a joué un rôle essentiel dans l’extermination des Juifs d’Ukraine (estimations : dizaines de milliers de victimes directes ou indirectes).
, le 118e bataillon Schutzmannschaft (aussi appelé 118e bataillon de police auxiliaire ukrainien ou 118/63e) est l’un des exemples les plus tristement célèbres.Formation et compositionCréé au printemps 1942 à Kyiv (Reichskommissariat Ukraine).
Effectif : environ 500 hommes, organisés en trois compagnies.
Noyau principal : Membres et sympathisants de l’OUN-M (faction Melnyk), issus notamment du Bataillon bucovinien (Bukovynskyi Kurin), un groupe de nationalistes ukrainiens de Bucovine (région annexée par l’URSS en 1940).
en.wikipedia.org
Beaucoup de ces hommes avaient déjà participé à des actions à Kyiv en 1941, y compris autour du massacre de Babi Yar.
Le bataillon était subordonné aux Allemands et souvent placé sous le commandement opérationnel d’unités SS, notamment le tristement célèbre SS-Sonderbataillon Dirlewanger (connu pour son extrême brutalité).
Le massacre de Khatyn (22 mars 1943)Contexte : En représailles à une embuscade de partisans soviétiques qui avait tué plusieurs policiers allemands et ukrainiens près du village.
Déroulement :Les hommes du 118e bataillon (1re et 3e compagnies principalement), avec le bataillon Dirlewanger, ont encerclé le village de Khatyn (Biélorussie, région de Minsk).
Ils ont rassemblé presque toute la population (149 personnes, dont 75 enfants) dans une grange.
Ils ont incendié la grange et mitraillé ceux qui tentaient de s’échapper.
Seuls quelques personnes ont survécu (cachées ou par miracle).
Ce massacre est devenu un symbole de la terreur nazie et de la collaboration en Biélorussie. Khatyn a été transformé en mémorial après la guerre.
Autres actionsLe bataillon a participé à de nombreuses opérations de « Bandenbekämpfung » (lutte contre les partisans) en Biélorussie entre 1942 et 1944, impliquant des dizaines d’autres villages brûlés et des milliers de civils tués.Liens avec l’OUN-MLe bataillon était étroitement lié à la faction Melnyk (plus que Bandera à ce stade).
Des officiers et « activistes politiques » du bataillon étaient des melnykivtsi.
Cela illustre comment une partie de l’OUN-M, en cherchant à construire une force militaire ukrainienne, s’est profondément impliquée dans des crimes de guerre sous commandement allemand.
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Alors que Bruno Retailleau est en Ukraine pour sa campagne, un « accord » aurait été trouvé entre la Macronie et Les Républicains pour ne pas interférer dans la nomination d’Emmanuel Moulin comme gouverneur de la Banque de France.
En échange, François-Noël Buffet (LR) serait pressenti pour succéder à Claire Hédon en tant que Défenseur des droits
