Letordu détruit une filière compétitive, exportatrice qui créait des emplois qualifiés: les chaudières gaz. En 2018 il ferma Fessenheim, il veut aussi tuer la filière automobile

un risque majeur et bien documenté de la transition énergétique dans le chauffage : on passe d’une production majoritairement française (pour:) à des importations massives, surtout asiatiques, pour les pompes à chaleur (PAC).Situation des chaudières gaz (avant la bascule)

  • La France avait une filière industrielle forte et historique dans les chaudières à gaz à condensation.
  • Plusieurs fabricants produisaient largement en France : Frisquet (100 % made in France, usine à Meaux, entreprise familiale), Elm Leblanc (Bosch, production importante en France à Drancy), Saunier Duval (groupe Vaillant, conception et production à Nantes), Atlantic, Viessmann (usine en Moselle pour une partie de la gamme).
  • Selon des estimations sénatoriales et professionnelles, environ 13 usines employaient autour de 6 000 salariés directement dans la fabrication de chaudières gaz en France. La majorité des chaudières installées dans l’hexagone étaient produites localement, avec une forte valeur ajoutée (corps de chauffe en cuivre chez Frisquet, etc.).

Cette filière était compétitive, exportatrice sur certains segments, et créait des emplois qualifiés (mécanique, chaudronnerie, assemblage).Ce qui change avec la poussée des PAC

  • L’interdiction progressive des chaudières gaz 100 % dans le neuf (et la suppression des aides pour le gaz) oblige les fabricants et installateurs à pivoter vers les pompes à chaleur air/eau (et hybrides).
  • Or, la production française de PAC reste limitée :
    • Une partie significative des composants clés (compresseurs, unités extérieures, échangeurs) est importée d’Asie (Chine, Japon, Corée).
    • Estimations récurrentes : 30 à 40 % des PAC vendues en France seraient d’origine asiatique (Daikin, Mitsubishi, LG, Panasonic, Midea, Gree…). Même quand l’assemblage final est en Europe, la valeur ajoutée reste souvent faible en France.
    • En Europe globalement, plus de 80 % des PAC sont assemblées sur le continent (surtout indoor units et monoblocs), mais les outdoor units (la partie la plus visible et coûteuse) sont encore pour moitié importées ou assemblées hors Europe dans certains cas.

Résultat concret : chaque fois qu’on remplace une chaudière gaz française par une PAC, une partie importante de la dépense (et donc de la valeur économique) sort du territoire. C’est exactement ce que dénoncent depuis plusieurs années la CAPEB, Uniclima, certains sénateurs et think tanks : on détruit de la valeur ajoutée française pour enrichir des acteurs asiatiques.Les conséquences pour l’industrie française

  • Pertes d’emplois chez les fabricants historiques de chaudières gaz (ex. : annonces de suppressions de postes chez Saunier Duval à Nantes).
  • Risque de fermeture ou de reconversion coûteuse d’usines (Frisquet, qui mise encore sur le gaz haut de gamme et les hybrides, est souvent cité comme vulnérable).
  • Dépendance accrue aux importations pour les composants critiques (métaux rares, électronique, compresseurs).
  • Même si le gouvernement a lancé des mesures de « préférence européenne » (bonification des aides MaPrimeRénov’/CEE pour les PAC produites en Europe à partir de 2026, agrément qualité/résilience industrielle), cela arrive tard et ne compense pas complètement la perte de la filière gaz.

En résuméOui, on passe clairement d’une production française dominante (chaudières gaz) à un accroissement des importations (PAC, avec forte composante asiatique). C’est un des paradoxes classiques de la « transition écologique » made in France : on veut décarboner, mais on affaiblit souvent l’industrie locale au profit de concurrents qui produisent à moindre coût (et parfois avec une empreinte carbone plus élevée sur l’ensemble du cycle de vie).Des efforts existent pour relocaliser (plan PAC du gouvernement, France 2030, conditionnement des aides), mais ils peinent à rattraper le retard. Les PAC hybrides gaz (qui permettraient de garder une partie de la filière) sont aussi menacées par les ajustements d’aides.C’est un sujet de souveraineté industrielle réel, pas seulement un débat idéologique. Si la transition est trop brutale et mal accompagnée, on risque de perdre des savoir-faire et des emplois sans gagner réellement en indépendance énergétique (puisqu’on importe toujours plus de composants et qu’on augmente la pression sur le réseau électrique)

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About pgibertie

Agrégé d'histoire, Professeur de Chaire Supérieure en économie et en géopolitique, intervenant àBordeaux III et comme formateur à l'agrégation d'économie à Rennes Aujourd'hui retraité
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4 Responses to Letordu détruit une filière compétitive, exportatrice qui créait des emplois qualifiés: les chaudières gaz. En 2018 il ferma Fessenheim, il veut aussi tuer la filière automobile

  1. Avatar de lepiaf18 lepiaf18 dit :

    Peut toujours psalmodier le moine… il y a belle lurette que j’ai décidé de ne plus acheter de voiture neuve… ! la dernière c’tait en… 1978 et le dernier camping-car neuf en 2002… ! depuis je suis monté en gamme, mais… avec des « occasions »…

    Quant au « leasing » la fameuse LOA ou sa version LLD, à part éventuellement le petit gain financier pour celui qui garderait la voiture, celui qui la rend devra en prendre une autre et du coup sera… prisonnier du système…

    Conclusion, les occasions ont encore de beau jour devant elles…

    Quant aux chaudières à gaz ou au fioul, c’est pas vraiment un problème pour les particuliers propriétaires de leur maison, qui ont eu depuis quelque temps déjà l’occasion de passer à la pompe à chaleur quand les autres (dont je suis) sont déjà depuis longtemps chauffés à l’électricité…
    Restera le pb des logements sociaux ou en location… mais le système sera contraint sous peine d’augmentation des loyers ou tout simplement de retrait du marché de la location ce qui aggravera d’autant la pnurie de logement; comme on a pu le voir pour la loi sur le logement indigne et les passoires thermiques.

    Décidément, ils ne savent faire que ça, des effets d’annonces de mesures toutes moins réalistes les une que les autres…

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    • Avatar de Christian Christian dit :

      ce qui est triste, c’est qu’ils sont en train de casser l’outil industriel français qui était déjà bien fragile. Quant on aura plus de travail en France, on encouragera les chômeurs à se délocaliser également… en Chine !

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      • Avatar de lepiaf18 lepiaf18 dit :

        Ben comme ça, on sera moins nombreux en France… ! 🙂

        Bon y’en aura qq uns qui devront réfléchir à leur « retraite » du coup… !

        Regardons du côté de la Grande-Bretagne, chez eux ça commence déjà à secouer il semblerait…

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  2. Avatar de elba elba dit :

    @ lepiaf et Christian : tout à fait d’accord avec vous.

    Ce n’est pas d’hier malheureusement que nos gouvernements successifs s’attachent à saper l’économie de notre pays. Bien « aidés » par l’UE de la Hyène et de ses acolytes.

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