La cartographie du déni climatique

https://www.climato-realistes.fr/la-cartographie-du-deni-climatique-sic/
7 février 2026 / Association des climato-réalistes
Rémy Prud’homme, professeur des universités (émérite)
Un certain Jules Xénard a identifié 140 « acteurs » (individus et institutions) coupables de climato-scepticisme, et surtout décrit les relations qui s’établissent entre ces acteurs. Il appelle son travail : « cartographie du déni climatique ». Cette entreprise appelle quatre commentaires.
C’est un exercice de flicage. L’auteur a essentiellement produit un fichier de dangereux mal-pensants. Pour chacun d’eux, il présente les études, la carrière, et les méfaits. Et surtout les relations qu’il a pu entretenir avec d’autres fichés : Pierre a cité Julie ; il a dit du bien de Jules ; il a participé à une émission sur Radio X ; etc. Les archives de la STASI sont pleines de rapports de ce type. La différence est que celui-ci est public. Cet annuaire permettra aux multiples institutions bien-pensantes de savoir qui ne pas lire, qui ne pas inviter, qui ne pas promouvoir, qui vitupérer, éventuellement qui inculper. Tout cela représente un travail considérable, qui ne semble même pas avoir été fait avec l’intelligence artificielle (ni d’ailleurs avec l’intelligence humaine).
La qualité du travail laisse souvent à désirer. C’est ainsi, pour prendre un exemple amusant, que M. Xénard fait tout pour réduire au maximum la crédibilité scientifique de ses fichés. Il définit Richard Lindzen comme un « physicien et météorologue », afin de cacher qu’il a été membre de l’Académie des Sciences des Etats-Unis et professeur au MIT (M. Xénard sait-il que le MIT est considéré comme la troisième université du monde ?). Christian Gerondeau est présenté comme « ingénieur de formation » (de l’Ecole de chimie de Romorantin peut-être ?), afin de ne pas dire qu’il est un X-Ponts (polytechnicien plus Ecole des Ponts et Chaussées), et qu’il a introduit la sécurité routière en France. Votre serviteur est un « économiste à la retraite », afin de mettre sous le boisseau qu’il a été professeur des universités, directeur-adjoint de l’environnement à l’OCDE et fréquent visiting professor au MIT. Ces efforts, qui font sourire, s’appellent : mentir par omission. La STASI, qui jouissait d’une réputation de sérieux, n’aurait sans doute guère apprécié.
Le critère de choix des fichés est simple. Il faut et il suffit de ne pas être totalement d’accord avec tout ce que dit le GIEC, cette agence de l’ONU sur le climat. C’est le grief formellement mentionné dans les fiches : « a contredit telle ou telle affirmation du GIEC ». Vous dites, preuves en main, qu’il faisait aussi chaud qu’aujourd’hui dans la Rome du premier siècle ; les rapports du GIEC ne mentionnent pas ce fait ; vous êtes donc un « dénialiste ». Descartes, qui préconisait le doute systématique (« ne recevoir jamais aucune chose pour vraie que je ne la connusse évidemment être telle »), mériterait de figurer en bonne place dans la « cartographie ». Pour M. Xénard, penser, c’est douter, donc mal penser. C’est inutile et dangereux, puisque le GIEC a déjà pensé à votre place. « L’idéologie, disait Jean-François Revel, c’est ce qui pense pour vous ». Si vous n’êtes pas un bienheureux climato-crédule, vous êtes un misérable climato-sceptique. La « cartographie » pratique, et promeut, une vision dichotomique de la science du climat : le camp du vrai, illustré par la savante Greta Thunberg, d’un côté ; et le camp du faux, représenté par le prix Nobel de physique 2022 John Clauser, d’un autre côté.
La « cartographie » présente cependant – bien involontairement – un tableau plutôt flatteur du monde climato sceptique ou réaliste. La quasi-totalité des fichés sont des scientifiques qui ont fait des études solides, des recherches remarquables, des carrières responsables. Figurer dans cette liste est plus honorifique que déshonorant ; et votre serviteur serait vexé de ne pas s’y trouver. Il en va de même des institutions fichées, qui comprennent des journaux respectés comme Le Figaro, ou des revues estimées comme Commentaire. Les baptiser systématiquement de réactionnaires, de fascisantes, d’extrême droite, ne suffit pas à les décrédibiliser. Les membres de l’ACR (Association des Climato Réalistes) seront ravis de voir que leur modeste association occupe une place centrale dans le travail de M. Xénard. Sa cartographie se veut un pilori. Elle est en réalité un podium. Elle cherche à faire du climato-réalisme un repoussoir. Elle en fait un aimant.
En conclusion, un mot sur M. Xénard. On a cherché à savoir qui il est, pour mieux apprécier et comprendre son « travail ». Il a fait des études dans une école de journalisme, classée 9ème sur 14 écoles de journalisme en France. Des études sans le moindre contenu scientifique, semble-t-il. Ce qui ne le prépare guère à discerner le vrai du faux dans le domaine du climat, qui est un domaine foncièrement scientifique. Il est comme un magistrat qui n’aurait jamais fait de droit. Nous avons échoué à savoir si, où, et pour qui, M. Xénard, qui se dit « journaliste indépendant », a bien pu travailler. Tout ce que nous avons trouvé, c’est qu’il aurait un temps été « administrateur de Wikipédia ». Wikipedia est une institution qui se flatte de reposer sur le bénévolat ; et qui met en avant son souci d’indépendance et d’objectivité. Mais ne vous inquiétez pas pour M. Xénard : on a besoin de gens comme lui, et on peut lui prédire une belle carrière. Le flicage, plus que la science, est un métier d’avenir.
Excellent, cher Patrice, merci pour cet article. Je vous cite : « GIEC a déjà pensé à votre place » ; cela me rappelle ce qui se disait d’un « guide » de l’antiquité récente : « der Führer denkt für euch » ou, variante : « der Führer hat immer recht ». On connaît aussi pas très loin d’ici, un « guide suprême ». Quand suivrons-nous le conseil de notre cher Descartes ?
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