
La « dimension bizarre » : l’Occident, en pleine crise interne (déclin démographique, régression intellectuelle, vassalisation heureuse face à un allié imprévisible), se retrouve à envoyer des contingents symboliques (quelques « troufions » français, allemands, danois, etc.) au Groenland. Officiellement pour contrer une menace russe ou chinoise dans l’Arctique, mais en réalité pour dissuader ou signaler à Trump qu’il ne peut pas annexer ou forcer l’achat du territoire sans conséquences politiques majeures.
La « peur des Russes » comme phénomène pathologique : Todd y voit un élément clé de la « folie occidentale ».
Malgré l’évidence que la Russie est embourbée en Ukraine (incapable d’occuper pleinement le Donbass après trois ans), que son économie résiste aux sanctions et que ses capacités d’expansion massive vers l’Europe sont limitées, les élites européennes maintiennent un narratif d’agression imminente russe comme justification existentielle. Cela sert à masquer le vrai danger perçu : la décomposition de l’alliance transatlantique et l’agressivité américaine (menaces douanières sur l’Europe, revendications sur le Groenland, chantage sur l’Ukraine).
Défendre le Groenland contre l’allié américain : C’est le cœur de l’absurde. L’OTAN est censée protéger contre les menaces extérieures (Russie, Chine), mais ici les Européens déploient des forces face à un risque interne : un Trump qui traite ses alliés comme des vassaux à rançonner. Le Danemark (et le Groenland) est déjà sous influence américaine massive (bases, surveillance NSA à Copenhague), pourtant on envoie des soldats européens pour « réaffirmer la souveraineté » face à Washington. Todd y voit un symptôme de perte totale de repères : l’Occident se fracture hiérarchiquement, comme l’URSS en 1989-1991, avec une élite qui croit encore à ses propres mythes (menace russe existentielle) tandis que la réalité (déclin US, vassalisation européenne, renoncement productif) éclate au grand jour.
Emmanuel Todd : « La guerre en Ukraine est perçue en Occident comme une invasion russe, et j’admets que c’est bien l’armée russe qui est entrée en Ukraine. Mais la réalité historique est que la véritable cause du conflit est l’expansion de l’OTAN en Russie, via l’Ukraine, et la guerre menée par les Ukrainiens eux-mêmes, poussés par l’Occident, contre les Russes dans le Donbass. Il est absolument vrai que, pour les Russes, cette guerre est défensive.
Pour moi, il est évident que les Américains et les Européens sont les agresseurs, puisqu’ils se sont approchés à moins de mille kilomètres de Moscou. C’est la situation objective. Ce qui est fascinant, c’est que ces agresseurs se croient attaqués et contraints de se défendre. Il y a une part de folie dans notre situation en Europe. »
‘Emmanuel Todd sur le plateau de Figaro TV (émission « Points de Vue », enregistrée au Grand Palais pour le bicentenaire du Figaro, diffusée autour du 16 janvier 2026).Todd y développe son analyse géopolitique actuelle en prenant l’affaire du Groenland comme symptôme majeur du déclin et de la décomposition interne de l’Occident. Selon lui :
Emmanuel Todd: le Danemark est déjà complètement soumis, le centre de la NSA à Copenhague a servi de base arrière à l’espionnage des dirigeants européens «Le Danemark n’est même pas un allié des Etats-Unis.» «C’est juste un instrument de contrôle américain en Europe. Le Groenland est de fait déjà contrôlé par les Etats-Unis et l’OTAN est sous commandement américain.» «Le Groenland sert d’ultime vérité. L’Occident perd les pédales et sa dislocation est comparable à la chute de l’URSS», résume l’essayiste qui avait jadis su prédire la chute du régime soviétique.
- Le Groenland représente « un point ultime qui dit la vérité ultime » sur l’état réel de l’Occident.
- Les tensions autour de cette île (menaces de Donald Trump pour obtenir son contrôle ou son achat forcé, chantage aux droits de douane sur plusieurs pays européens dont la France, le Danemark vassalisé, envoi de troupes européennes pour « défendre » le territoire face aux États-Unis eux-mêmes) révèlent une folie et une perte de repères collectives.
- Cela s’apparente, selon lui, à une forme plus douce mais comparable à la dislocation du communisme (ou chute de l’URSS) qu’il avait anticipée dès les années 1970 : une fracturation hiérarchique, une régression intellectuelle et démographique, une vassalisation heureuse des Européens face à un allié américain devenu imprévisible et agressif, le tout dans un contexte de renoncement productif et de déclin objectif.
Todd insiste sur plusieurs éléments :
- L’OTAN n’est plus une alliance équilibrée mais un outil de domination américaine pur.
- Le Danemark n’est pas un véritable allié souverain, mais un instrument (avec la NSA qui surveille les Européens depuis Copenhague).
- Trump agit avec virulence (Groenland, Venezuela, Iran…) parce qu’il perçoit le déclin américain et y répond par une posture de force brutale plutôt que par une vraie reconstruction.
- L’Occident « perd les pédales » et vit une décomposition idéologique, économique et stratégique comparable à celle de l’URSS à la fin des années 1980.
Cette intervention s’inscrit dans la continuité de ses ouvrages récents comme La Défaite de l’Occident (2023-2024) et de ses analyses sur la « dislocation » en cours de l’Occident (fracturation hiérarchique, effondrement des croyances libérales, retour des nations, etc.).
Todd a raison mais lUne guerre d’attrition, ou guerre d’usure, est une guerre qui s’étend dans le temps. L’objectif d’une guerre d’attrition est d’épuiser l’adversaire, user les forces combattantes et les réserves de son opposant. La stratégie d’attrition est simple : l’attente.es Russes ne sont pas embourbés en Ukraine, ils mènent des combats d’attrition » c’est le contraire d’un Blitzkriegg; Les Russes ne veulent pas massacrer la population, quel intérêt ? Ce ne sont pas de génocidaires contrairement aux affirmations de quelques commentateurs demeurés et haineux .? Donc ils ont la patience alors qu’ils pourraient facilement mettre fin avec un assaut massif…
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Todd évoque un déclin américain, avec Biden c’est ce que l’on ressentait. Trump conscient de cette situation a agi de manière stratégique avec les évènements que l’on connait, mais je crois que le coeur de sa stratégie qui consiste a empéché toute ingérence des russe et des chinois en amérique du sud (qui ont investi au vénézuéla de fortes sommes) et en contrôlant le groenland , il controle la zone arctique et ses ressources. Mais je crois qu’il veut surtout gagner la bataille de l’IA et sanstuariser le continent américain. L’Europe dans tout ça très vassalisée et faible elle n’a pas d’avenir dans ce contexte géopolitique de reconfiguration des grands blocs. Tant que l’idéologie primera sur le pragmatisme on n’aura pas de vision stratégique pour limiter les dégâts . Je crois que la maîtrise de l’IA deviendra facteur d’hégémonie dans le monde
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