Au moment où le front s’effondre en Ukraine, où Macron délire , tournons nous vers des universitaires sérieux pour comprendre et balayer les idioties de LCI

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n relations internationales, il est le « pape » des réalistes, celui qui s’oppose aux idéalistes comme aux néoconservateurs. Professeur à l’université de Chicago, John Mearsheimer a développé la théorie du « réalisme offensif ». Selon ce courant de pensée, le système international, du fait de l’absence d’une autorité supérieure aux Etats, s’avère profondément anarchique. Pour assurer leur sécurité, les Etats sont ainsi rationnellement poussés à accroître leur puissance afin d’atteindre une hégémonie régionale.

À en croire les discours dominants, la politique étrangère occidentale consisterait à exporter la démocratie libérale et le droit dans le reste du monde. Or les rapports entre puissances obéissent moins aux idéaux qu’à des considérations stratégiques, explique John Mearsheimer


l y a trente ans, nombre d’experts occidentaux assuraient que l’histoire avait pris fin et que l’affrontement entre grandes puissances relevait du passé. Cette illusion a mal résisté à l’épreuve du temps. Aujourd’hui, deux des conflits opposant des grandes puissances menacent de dégénérer en guerre ouverte : les États-Unis contre la Russie en Europe de l’Est à propos de l’Ukraine, les États-Unis contre la Chine en Asie orientale à propos de Taïwan.

Les changements intervenus dans la politique internationale ces dernières années ont marqué une dégradation de la position de l’Occident. Que s’est-il passé ? Où va-t-on ? Répondre à ces questions réclame une théorie des relations internationales qui donne du sens à un monde chaotique et incertain, un cadre général permettant d’expliquer pourquoi les États agissent comme ils le font.

La théorie dite du « réalisme » constitue le meilleur outil disponible pour comprendre la politique internationale. Quels sont ses postulats ? Les États coexistent dans un monde dépourvu d’une autorité suprême capable de les protéger les uns des autres. Cette situation les contraint à prêter attention à l’évolution des rapports de forces, car la moindre faiblesse peut les rendre vulnérables. Être en concurrence sur l’échiquier des pouvoirs ne les empêche pas cependant de coopérer lorsque leurs intérêts sont compatibles. Toutefois, de manière générale, les relations entre États — et plus particulièrement entre grandes puissances — sont fondamentalement assujetties au principe de compétition. Dans la théorie du réalisme, la guerre représente un instrument de gouvernance parmi d’autres, auquel les États recourent pour consolider leur position stratégique. Ainsi s’explique la fameuse formule de Carl von Clausewitz sur la guerre, « simple continuation de la politique par d’autres moyens ».

Le réalisme n’a pas bonne presse en Occident, où la guerre est généralement perçue comme un ultime recours justifiable

Dès le début des années 1990, John Mearsheimer avait averti qu’un conflit entre l’Ukraine et la Russie était possible. Cela lui avait valu les critiques d’un Samuel Huntington qui, dans Le Choc des civilisations, écartait ce scénario du fait de l’appartenance des deux pays à une même culture orthodoxe

Pendant des années, Mearsheimer a soutenu que les États-Unis, en poussant à l’expansion de l’otan vers l’est et en établissant des relations amicales avec l’Ukraine, ont augmenté la probabilité d’une guerre entre des puissances dotées d’armes nucléaires et ont préparé le terrain pour la position agressive de Vladimir Poutine envers l’Ukraine. En effet, en 2014, après l’annexion de la Crimée par la Russie, Mearsheimer a écrit que « les États-Unis et leurs alliés européens partagent la majeure partie de la responsabilité de cette crise. »

« L’Occident est responsable de la situation en Ukraine . » Cette phrase de John Mearsheimer, professeur de sciences politiques à l’université de Chicago, date de 2015. Dix ans plus tard, dans une récente interview au New Yorker, l’intellectuel que l’on présente souvent comme celui qui a « prédit » l’invasion russe persiste et signe : « Nous avons forcé Poutine à lancer une guerre préventive pour empêcher l’Ukraine de devenir membre de l’OTAN . »

Je pense que tous les problèmes dans cette affaire ont réellement commencé en avril 2008, au sommet de l‘Otan à Bucarest, où l’Otan a ensuite publié une déclaration selon laquelle l’Ukraine et la Géorgie feraient partie de l’Otan. À l’époque, les Russes ont clairement indiqué qu’ils considéraient cela comme une menace existentielle, et ils ont tracé une ligne dans le sable. Néanmoins, ce qui s’est passé avec le temps, c’est que nous avons progressé pour inclure l’Ukraine dans l’Ouest, pour faire de l’Ukraine un rempart occidental à la frontière de la Russie. Bien sûr, cela ne se limite pas à l’expansion de l’OTAN. L’expansion de l’OTAN est au cœur de la stratégie, mais elle inclut également l’expansion de l’UE et la transformation de l’Ukraine en une démocratie libérale pro-américaine.

Si l’Ukraine devient une démocratie libérale pro-américaine, et un membre de l’OTAN, et un membre de l’UE, les Russes considéreront cela comme catégoriquement inacceptable. S’il n’y avait pas d’expansion de l’OTAN et de l’UE, et que l’Ukraine devenait simplement une démocratie libérale et était amie avec les États-Unis et l’Occident en général, elle pourrait probablement s’en sortir. Vous devez comprendre qu’il y a une stratégie à trois volets en jeu ici : l’expansion de l’U.E., l’expansion de l’OTAN et la transformation de l’Ukraine en une démocratie libérale pro-américaine.

Cette guerre aura quatre ans en février. Nous avons donc dépassé la barre des trois ans et demi. Nous avons déjà eu une longue guerre. Et ce qui se passe ici, c’est que Poutine comprend, compte tenu des positions défensives puissantes à partir desquelles les Ukrainiens mènent des combats dans l’est de l’Ukraine, le fait qu’ils mènent des combats depuis ces villes, et que les Russes doivent entrer dans les villes et réduire le nombre de troupes ukrainiennes là-bas. Il prend le risque que l’armée russe subisse d’énormes pertes. Et la dernière chose que Poutine voudrait voir, c’est un grand nombre de Russes revenir chez eux dans des sacs mortuaires. Il a agi très lentement et prudemment. Et dans sa stratégie pour gagner cette guerre, il a remplacé la force vivante par la puissance de feu. Et quand vous faites cela, cela prend beaucoup plus de temps que si vous attaquiez simplement. Voilà pourquoi vous devez vous rappeler que toutes ces déclarations selon lesquelles les Russes subissent d’énormes pertes, qu’ils s’épuisent, sont fausses. Ce n’est pas le cas, car les Russes agissent très prudemment.

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About pgibertie

Agrégé d'histoire, Professeur de Chaire Supérieure en économie et en géopolitique, intervenant àBordeaux III et comme formateur à l'agrégation d'économie à Rennes Aujourd'hui retraité
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9 Responses to Au moment où le front s’effondre en Ukraine, où Macron délire , tournons nous vers des universitaires sérieux pour comprendre et balayer les idioties de LCI

  1. Avatar de Duke Duke dit :

    Vous plaisantez???

    Cette vidéo est créée par IA et en plus très mal!

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    • Avatar de practicallyc66ef89cd9 practicallyc66ef89cd9 dit :

      Vous avez pris ça pour de vrai ??? La seule chose qui soit vrai dans cette histoire est que ce Mearsheimer a raison sur cd conflit, cela confirme ce que dit X. Mareau et quelques autres réalistes bien informés « Et la dernière chose que Poutine voudrait voir, c’est un grand nombre de Russes revenir chez eux dans des sacs mortuaires. Il a agi très lentement et prudemment. Et dans sa stratégie pour gagner cette guerre, il a remplacé la force vivante par la puissance de feu. Et quand vous faites cela, cela prend beaucoup plus de temps que si vous attaquiez simplement. Voilà pourquoi vous devez vous rappeler que toutes ces déclarations selon lesquelles les Russes subissent d’énormes pertes, qu’ils s’épuisent, sont fausses. Ce n’est pas le cas, car les Russes agissent très prudemment  » Tout est là !

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      • Avatar de lepiaf18 lepiaf18 dit :

        Je suis assez d’accord avec l’analyse de cet américain !

        Et les rares photos ou vidéos qui nous parviennent de l’Est de l’UKR sous contrôle russe désormais, montrent une toute autre « ambiance » que ce que montrent les médias occidentaux. La Russie, aux abois, voire exsangue financièrement, aux dire de nos « élites » pourrait malgré tout se payer le luxe de reconstruire les villes que les ukrainiens s’acharnent à continuer d’essayer de détruire ?

        Il n’y a pas quelque part un contre-sens là ?

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    • Avatar de lepiaf18 lepiaf18 dit :

      Bien sûr que non; soyons sérieux !

      En Russie ce sont les ours les « chefs de section » qui défilent à côté des « troupes » !

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  2. Avatar de Aedes Aedes dit :

    Vous n’avez visiblement pas lu le « Choc des civilisations » de Samuel Huntington car il consacre un chapitre au risque de guerre en Ukraine où la partie occidentale, catholique se distingue de la partie orientale, orthodoxe. Il montre clairement la fracture en s’appuyant sur les très fortes disparités lors des élections présidentielles : candidat pro occidental à l’ouest, pro russe à l’est. Enfin il donne clairement comme scénario possible, une partition de l’Ukraine.

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    • Avatar de JEAN-LUC JEAN-LUC dit :

      Précisément, la stratégie « Anglo-saxonne », a été d’amplifier et instrumentaliser les disparités multiculturelles et religieuses en sponsorisant un coup d’État puis un État d’apartheid à l’encontre d’une catégorie russophone. Stratégie systématiquement employée dans les colonies pour régner ensuite sur le chaos.
      En l’espèce les initiateurs de cette stratégie savaient qu’à terme la Russie interviendrait pour protéger les Russes du Donbass et empêcher l’installation de l’OTAN en UKR. Donc c’était la guerre assurée du fait de la Russie, dont le camp occidental pensait sortir grand vainqueur, au passage en virant ou en assassinant Poutine avec la complicité de quelques oligarques.

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      • Avatar de elba elba dit :

        Je remplacerais bien l’expression « anglo-saxonne » pour la remplacer par quelque chose qui commencerait par Sio…quelque chose, Jean-Luc. Ou même par le nom d’une famille mondialement connue depuis longtemps.

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    • Avatar de elba elba dit :

      Pour moi, une partition de l’Ukraine est de plus en plus probable. Et toujours selon moi, elle est souhaitable pour que la guerre cesse.

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      • Avatar de lepiaf18 lepiaf18 dit :

        C’est même la solution unique possible !

        Bon restera l’épineux problème de l’entrée de ce qui restera l’Ukraine de l’UE et/ou dans l’Otan. Pour le moment ça s’est calmé avec Trump aux manettes, mais l’homme est malgré tout assez imprévisible et est… âgé, quoi qu’on en pense.

        Et quid du retour des Démocrates et avec eux de la CIA ?

        Concernant l’UE, normalement malgré les discours, il y a fort peu de chances que quoi que ce soit change, surtout si on regarde du côté de l’aversion provoquée par la marche force de la Commission vers une UE Fédérale. Le revirement vers une Europe des Nations cèlerait cette scission; de quoi contenter la Russie.

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