une nouvelle Eglise condamnant un enseignant-chercheur qui refusa de porter un masque absurde, ne pourra échapper à: “et pourtant ils ne servent à rien”. 

Dans une époque où les débats sur les libertés individuelles et la sécurité sanitaire prennent une ampleur inégalée, cette interview avec Vincent Pavan, chercheur et enseignant suspendu par l’université de Aix-Marseille pour ne pas avoir porté le masque, propose une plongée vertigineuse dans les méandres des décisions administratives et scientifiques prises durant la crise sanitaire. Ce débriefing, met en exergue les tensions entre obéissance aux ordres et liberté académique, à travers le parcours tumultueux de Pavan.

Un contexte de sanctions controversées

Vincent Pavan, figure emblématique de la résistance académique face aux mesures sanitaires, a été suspendu pour avoir défié l’obligation du port du masque à l’université, une décision initialement lourde de deux ans, dont l’exécution provisoire avait été suspendue, vient d’être réduite à six mois par le CNESER. « C’est une victoire amère », confie Pavan, soulignant que si la sanction a été réduitela vraie discussion sur l’utilité du masque n’a jamais eu lieu. Ce constat met en lumière les difficultés liées aux décisions disciplinaires au cours de la crise sanitaire, où la forme semble primer sur le fond.

Distinguer le faux du vrai, pour s’appuyer rationnellement sur ce dernier, et spécialement en matière judiciaire, afin de qualifier juridiquement les faits pour en tirer les conséquences logiques qui en découlent. Voilà bien tout ce qu’on nous refuse aujourd’hui. On pourrait à ce stade rappeler la fameuse thèse n°9 de Guy Debord dans La société du spectacle qui s’énonce comme suit[5] : “Dans le monde réellement renversé, le vrai est un moment du faux”, thèse qui inspira au philosophe Italien Giorgio Agamben – celui-là même qui unifiera les pensées de Michel Foucault et Hannah Arendt – les propos suivants[6] :

  • d’abord que durant le COVID, le langage devint le lieu même de confiscation de la vérité de sorte que “c’est le langage lui-même comme lieu de la manifestation de la vérité qui est confisquée aux êtres humains” Et c’est exactement ce que nous propose le Conseiller d’Etat chargé de l’instruction du dossier, dont le rapport orienté remis à la formation de jugement interdit de fait tout débat de fond, comme nous le préciserons un peu plus loin ;
  • ensuite qu’aujourd’hui hélas : “Vrai est le discours faux qui doit être tenu pour vrai même quand sa non-vérité est démontrée”, ce qui nous ramène exactement à l’imposition du port du masque ;
  • et enfin que derrière les restrictions de libertés invraisemblables qui furent imposées durant l’épisode du COVID: “non moins importante est la limitation d’un droit humain qui n’est établi dans aucune constitution : le droit à la vérité, le besoin d’une parole vraie.

Rappelons quelques principes et quelques valeurs platoniciennes : qu’il ne faut pas confondre le vrai, le juste, le beau et le bien. Dans son livre intitulé Qu’est-ce que le commandement, Giorgio Agamben rappelait ainsi la distinction classique sur les types du discours : qu’à l’indistinction originelle entre droit, religion et magie, dont le mode d’expression préférée est celui de l’impératif, s’opposait le caractère apophantique de la science et de la philosophie se développant à l’énonciatif. Pour citer le philosophe italien[7] : “Il y a, dans la culture occidentale, deux ontologies distinctes et cependant non dépourvues de relations : la première, l’ontologie de l’assertion apophantique s’exprime essentiellement à l’indicatif ; la seconde, l’ontologie du commandement, s’exprime essentiellement à l’impératif. […] Droit religion et magie – qu’à l’origine, il n’est pas facile, comme vous le savez, de distinguer – constituent en effet une sphère où le langage est toujours à l’impératif. […] Dans l’histoire occidentale, les deux ontologies ne cessent de se séparer et de se croiser […] La construction au cours des siècles de l’imposant édifice de la dogmatique peut être vue, dans cette perspective, comme tentative de traduire l’ontologie du commandement dans les termes de l’ontologie de l’assertion, quitte ensuite à faire objet d’un commandement la proposition dogmatique qui en résulte.” La perversion du langage consiste donc à faire passer – par l’intermédiaire du droit en tant que parole autorisée – la formule magique d’une considération religieuse (le masque protège des infections virales) pour un fait incontestable. Ainsi, il n’y a pas seulement – comme le disait le sociologue Pierre Bourdieu – une lutte sociale pour le monopole de la vérité (la véridiction foucaldienne), mais il existe pour les chercheurs, les philosophes, les universitaires un impératif moral et métaphysique pour cette vérité.

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About pgibertie

Agrégé d'histoire, Professeur de Chaire Supérieure en économie et en géopolitique, intervenant àBordeaux III et comme formateur à l'agrégation d'économie à Rennes Aujourd'hui retraité
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3 Responses to une nouvelle Eglise condamnant un enseignant-chercheur qui refusa de porter un masque absurde, ne pourra échapper à: “et pourtant ils ne servent à rien”. 

  1. Avatar de practicallyc66ef89cd9 practicallyc66ef89cd9 dit :

    Autrement dit à force de marteler du faux il passe pour la vérité et quand on pourrait la rétablir on cherche des faux fuyants pour se déculpabiliser c’est en ce sens que les juges ne se déjugeront qu’en partie en disant : » Il avait raison mais nous on n’avait pas tort, c’est la loi qui le dit ». Hypocrisies.

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  2. Avatar de DESTIN DESTIN dit :

    ne pas oublier le scandale du sang contaminé à l’époque de Fabius seul Georgina Dufoix a été sanctionné nous avons vu apparaître la nouvelle notion universelle de responsable mais pas coupable tout est dit

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  3. Ping: une nouvelle Eglise condamnant un enseignant-chercheur qui refusa de porter un masque absurde, ne pourra échapper à: “et pourtant ils ne servent à … – Qui m'aime me suive…

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