« La délinquance des industriels du médicament et ses conséquences sur la santé publique »

Laurent Mucchielli vient de publier un article de synthèse intitulé « La délinquance des industriels du médicament et ses conséquences sur la santé publique ». Le PDF est en ligne ici

https://cahiers.cedimes.com/wp-content/uploads/2025/03/2025_1_08_Les_Cahiers_du_CEDIMES_MUCCHIELLI.pdf

Cet article s’efforce de synthétiser l’état de la connaissance scientifique sur la criminalité des industries du médicament, à partir des sources américaines et françaises.

Après avoir rappelé les affaires les plus graves survenues depuis les années 1950, et les centaines de milliers de décès et de blessures graves occasionnés aux populations, il détaille les mécanismes de fraude et de corruption pratiqués couramment par ces industries.

Il explore également la question des conflits d’intérêt des « experts » mobilisés par les agences publiques de sécurité sanitaire, ainsi que le phénomène des « portes tournantes » qui se cache derrière. L’auteur souligne aussi les failles structurelles de ces agences.

Il montre enfin que les sanctions financières dont ces industries sont régulièrement l’objet font partie intégrante de leur modèle économique, de sorte que ce système délinquant ne semble connaître aucune limite dans les sociétés occidentales contemporaines.

aller jusqu’à des œdèmes cérébraux. . A peine le « scandale » du Distilbène estompé, se profila sur la scène pharmaceutique et judiciaire celui de la Dépakine. Ce médicament antiépileptique, commercialisé par Sanofi à partir de 1967, s’avéra en effet provoquer non seulement des malformations congénitales décrites dans la littérature médicale dès les années 1980, mais aussi des troubles cognitifs et des formes d’autisme chez les enfants, observées seulement dans les années 2000 (Beguin, Brisard, Frachon, 2016 ; Leblanc, 2020).

Dans son rapport de février 2016, l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) décrit en détail cette sinistre saga industrielle, administrative et judiciaire. Non content de mettre en évidence le « manque de réactivité » de l’industriel comme des « autorités sanitaires », le rapport souligne que « les alertes ont été motivées davantage par des signaux exogènes, notamment médiatiques, que par une prise en compte des données de pharmacovigilance et des publications scientifiques » (Chastel, 2016, 4). Sanofi sera finalement mis en examen en août 2020 pour « tromperie aggravée » et « homicides involontaires ».

Depuis, les procès intentés par les familles de victimes (individuellement ou par le biais d’actions de groupe) se multiplient (France Info, 14 mai 2022). Tout ceci était déjà gravissime, mais quatre autres affaires récentes le sont plus encore. Le Rofécoxib était un anti-inflammatoire utilisé pour traiter les ostéoarthrites et les menstruations douloureuses, fabriqué par la multinationale Merck, Sharp et Dohme sous la marque Vioxx. Cette dernière le commercialisa en 1999, alors qu’elle savait déjà qu’il existait des effets secondaires graves (notamment cardiaques). Ce médicament-phare de l’industriel (qui engrangea rapidement plusieurs milliards de bénéfices) fut retiré en 2004, après avoir été prescrit à plusieurs dizaines de millions de personnes dans le monde.

C’est semble-t-il à ce jour le plus grand retrait de l’histoire de l’industrie pharmaceutique (Krumholz, 2007). Son bilan est terrible, avec au moins 30 000 décès imputables à ce médicament aux Etats-Unis où l’industriel sera condamné à débourser plusieurs milliards à la fois pour les victimes et pour l’Etat fédéral. Las, en France, où un demi-million de personnes l’ont également consommé, il n’y aurait eu aucun mort. C’est du moins ce que prétendit un rapport de mars 2013, sous la plume d’un « pharmacologue de renom, incontournable dans les affaires de médicaments, l’expert commis dans le dossier Vioxx n’a pas jugé bon de signaler qu’il avait précédemment travaillé pour l’avocat… du laboratoire Merck » (Le Parisien, 1er avril 2016). La chose est publique : « Bernard Rouveix, pharmacologue de 70 ans, (…) a été membre pendant des années de la Commission d’autorisation de mise sur le marché des médicaments. Aujourd’hui, il est expert pharmacologue-toxicologue et est payé à la fois par la justice et par des labos pour réaliser des expertises.

Sa mise en examen dans l’affaire du Mediator pour prise illégale d’intérêts ne l’a pas empêché de continuer à exercer. C’est lui qui, dans un rapport daté de 2013, a mis hors de cause l’anti-inflammatoire Vioxx, malgré les nombreuses plaintes contre ce médicament » (L’Obs, 7 mars 93 Les Cahiers du CEDIMES, ISSN : 2110-6045, 2025, Volume 20, n° 1 2016).

Quant au PDG de Merck, Raymond Gilmartin, non seulement il ne sera jamais inquiété, mais il quittera plus tard le groupe en 2005 après avoir empoché un salaire de près de 40 millions de dollars la dernière année, et sera accueilli ensuite à la Harvard Business School où il donnera notamment des cours sur la responsabilité sociale des entreprise (Tom, 2008).

Scandale après scandale, les mêmes schémas reproduisent les mêmes effets. La proximité entre experts, membres de l’agence et entreprises pharmaceutiques engendre des conflits d’intérêts qui ont des conséquences en termes de santé publique » (Chamak, 2023, 158-159).

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About pgibertie

Agrégé d'histoire, Professeur de Chaire Supérieure en économie et en géopolitique, intervenant àBordeaux III et comme formateur à l'agrégation d'économie à Rennes Aujourd'hui retraité
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2 Responses to « La délinquance des industriels du médicament et ses conséquences sur la santé publique »

  1. Ping: « La délinquance des industriels du médicament et ses conséquences sur la santé publique » – Qui m'aime me suive…

  2. Avatar de Michel C Michel C dit :

    Quand le conflit d’intérêt tourne au confit d’intérêt, cela devient de la corruption.

    Qui pour éliminer ces bandes mafieuses?

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