Les effets bénéfiques des sanctions anti russes pour ….la Russie :retour des capitaux , diversification industrielle , croissance à 5%

Au moment où DIE WELT confirme la possibilité d’un accord en mars 2022 entre Russes et Ukrainiens , il faut s’interroger sur l’erreur majeure de ceux qui ont fait pression pour que l’Ukraine les refuse.

Les sanctions se révèlent en effet favorables à la Russie car elle l’oblige à sortir du modèle de pays exportateur d’énergie pour diversifier son économie.

Jacques Sapir et Emmanuel Todd nous permettent de comprendre

Les Russes riches redoutent la confiscation de leurs avoirs en Occident et songent à les déplacer vers la Russie. Ils comprennent que les citoyens russes ne sont plus les bienvenus en Occident. L’occident a ainsi aidé Poutine qui tentait de convaincre les Russes riches de transférer leur argent en Russie et d’y investir

Il fut un temps où les introductions en Bourse de sociétés russes s’enchaînaient à une telle vitesse que le « Financial Times » avait surnommé cet afflux le « caviar express ». Le train avait déjà ralenti depuis l’annexion de la Crimée en 2014 et l’affaire Skripal en 2018. Il est désormais totalement à l’arrêt.

La Bourse de Londres a suspendu la cotation de 28 entreprises ayant des liens avec la Russie, dont les géants Lukoil, Gazprom, Sberbank et Rosneft. En outre, les actions russes ne sont plus prises en compte dans les indices du London Stock Exchange.

La croissance du PIB calculée en glissement annuel (février 2024 / février 2023) montre une croissance de +4,6% en janvier 2024, +7,7% en février 2024 et sans doute +4,3% en mars, soit une croissance de 5,5% pour le premier trimestre.

@BrunoLeMaire attribue cette forte croissance à la montée des productions d’armements en Russie depuis le début des hostilités. Il est évident que cela joue sur la croissance, mais est-ce que cela explique TOUTE la croissance ?

La production de munitions de 152-mm pour 3,6 millions d’obus/an implique 40 000 tonnes de produits chimiques dérivés des nitrates. La production russe est de 1,2 millions de tonnes, soit 37,5 fois plus.

Si l’on compte large avec 120 000 tonnes au total pour les divers armements, on est à 10% de la production totale. C’est important, mais insuffisant pour expliquer la croissance de la production. Les nitrates servent à faire des engrais…

Pour les chars et véhicules blindés, la hausse de production est très importante (de 250 chars à probablement 1500 aujourd’hui). Mais, une partie (la moitié) de ces chars sont des véhicules reconstruits.

L’impact sur l’industrie est certainement important et diversifié (métallurgie, électronique et optronique, composants électriques, moteurs, etc…). Il n’est pas possible de calculer directement l’impact.Par contre, on peut mesurer un « effet d’éviction » : la production de chars et véhicules blindés entraine-t-elle une baisse (éviction absolue) ou une stagnation (éviction relative) des différents moyens de transports (du ferroviaire à l’automobile). La réponse est non.

La hausse de la production des matériels blindés a certainement un effet dopant sur l’économie russe, mais c’est une contribution et non la cause principale de la croissance des branches concernées.

L’implosion de l’URSS a remis l’histoire en mouvement. Elle avait plongé la Russie dans une crise violente. Elle avait surtout créé un vide planétaire qui a aspiré l’Amérique, pourtant elle-même en crise dès 1980.

La construction de drones et de missiles a aussi fortement augmenté. On signale 3 nouvelles lignes de production d’une surface de 40 000 à 60 000 m2. C’est important. Mais sauf en électroniques, drones et missiles pèsent peu dans la production industrielle.

Or, on ne constate pas d’effet d’éviction avec des productions civiles apparentées (électro-ménager, électronique civile). L’impact est certain, mais il reste donc modéré car il ne provoque pas de baisse de la production civile.

@BrunoLeMaire se trompe donc lourdement quand il attribue à la production militaire la TOTALITÉ de la croissance russe. Que la production militaire pèse est certain. Mais ce poids est largement sous le 50% (40% étant le plus probable).

Cela revient à dire que sur les 5,5% de croissance au 1er trimestre, la production militaire expliquerait 2,2% et la production civile 3,3%, ce qui constitue un fort bon résultat si on le compare à ceux de l’Allemagne ou de la France.

Qu’est-ce qui explique donc la croissance du secteur civil ? Essentiellement deux facteurs : la substitution aux importations et la substitution aux entreprises occidentales ayant quitté la Russie, dans une logique d’acquisition de parts de marché.

Bien sûr, ces processus sont portés par le maintien d’une forte consommation des ménages et une consommation publique (construction, infrastructures, etc…)

Notons que ces investissements sont largement financés par les profits (57,5%) puis par les subventions publiques (19,5%). Les emprunts bancaires que 8,7%, ce qui explique l’insensibilité à la politique de la Banque Centrale qui a fortement relevé ses taux.

C’est ce qui explique que l’investissement ait progressé fortement en Russie : +6,2% en 2022, +9,8% en 2023. Les entreprises sont dans une logique où l’accroissement de l’activité engendre des profits qui sont immédiatement ré-investis avec nouvelle croissance

La répartition de cette croissance des investissements est significative : +85,5% dans la métallurgie, +22% dans la Chimie, +72% dans l’électronique, +37% dans les machines et équipements, + 65,3% dans l’automobile. Total +19,2% pour industrie manufacturière.

Non seulement on a eu de forts investissements, mais ceux-ci sont concentrés sur une modernisation du tissu industriel. La Russie se réindustrialise mais surtout fait un effort de modernisation comme probablement jamais avant !

Avec de tels investissements il est normal que la croissance de la production soit forte. Mais cela ne doit pas cacher que l’industrie manufacturière (et l’économie de la Russie) se transforme qualitativement, point qui est généralement ignoré.

Cette dynamique a d’ailleurs entrainé le retour d’une bonne partie des Russes qui avaient quitté le pays en 2022.

Quelles sont les limites possibles à cette dynamique ? Tout d’abord la main d’œuvre. Il faudra accroître l’immigration de 300k à 500k par an. Notons qu’une immigration chinoise se développe actuellement en Russie, jusqu’à Moscou.

Mais, l’important est que la guerre, depuis 2022, a entraîné une transformation qualitative profonde de l’économie et l’industrie russe, transformation dont les économistes russes se faisaient les avocats depuis plus de 10 ans.

Un mouvement paradoxal s’est alors déclenché : l’expansion conquérante d’un Occident qui dépérissait en son coeur.

La disparition du protestantisme a mené l’Amérique, par étapes, du néo-libéralisme au nihilisme ; et la Grande-Bretagne, de la financiarisation à la perte du sens de l’humour.

L’état zéro de la religion a conduit l’Union européenne au suicide mais l’Allemagne devrait ressusciter.

Entre 2016 et 2022, le nihilisme occidental a fusionné avec celui de l’Ukraine, né lui de la décomposition de la sphère soviétique.

Ensemble, OTAN et Ukraine sont venus buter sur une Russie stabilisée, redevenue une grande puissance, désormais conservatrice, rassurante pour ce Reste du monde qui ne veut pas suivre l’Occident dans son aventure.

Les dirigeants russes ont décidé une bataille d’arrêt : ils ont défié l’OTAN et envahi l’Ukraine. Mobilisant les ressources de l’économie critique, de la sociologie religieuse et de l’anthropologie des profondeurs, Emmanuel Todd nous propose un tour du monde réel, de la Russie à l’Ukraine, des anciennes démocraties populaires à l’Allemagne, de la Grande-Bretagne à la Scandinavie et aux États-Unis, sans oublier ce Reste du monde dont le choix a décidé de l’issue de la guerre.

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About pgibertie

Agrégé d'histoire, Professeur de Chaire Supérieure en économie et en géopolitique, intervenant àBordeaux III et comme formateur à l'agrégation d'économie à Rennes Aujourd'hui retraité
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5 Responses to Les effets bénéfiques des sanctions anti russes pour ….la Russie :retour des capitaux , diversification industrielle , croissance à 5%

  1. Avatar de ljsylvos ljsylvos dit :

    Sans oublier l’abandon forcé et stupide des investissements de long terme des entreprises françaises, telle que Total, Renault et autres qui fut une aubaine pour la Russie. Dieu que nos dirigeants européens et français en particulier sont imbéciles.

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  2. Avatar de Pierre DRIOUT Pierre DRIOUT dit :

    La Russie n’a pas fait la guerre pour la croissance – comme les Occidentaux – mais pour sa survie en tant qu’Etat indépendant !

    Cela fait une notable différence dans les motivations à se battre …

    Si hormis des mercenaires grassement payés on ne trouve en Occident aucun va-t-en-guerre vraiment convaincu c’est que la guerre des oligarques n’est pas vraiment une motivation suffisante.

    Le gros des Européens qui appuie cette guerre ce sont des rentiers frileux du système !

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    • Avatar de Pierre DRIOUT Pierre DRIOUT dit :

      Il y a en Occident une admirable collection de figures politiques éminentes qui souhaitent continuer cette guerre par procuration du moment qu’elle ne touche pas à leur chère peau qu’ils considèrent – à juste titre – comme sacrée !

      Je suppose – par oui dire – que quand on vit à Bruxelles dans les quartiers de l’Otan ou de la Commission de la Communauté – et qu’on est dans une situation de surabondante prospérité on veut tout faire pour se conserver jusqu’au bout jouissant de toutes ses facultés et pas en fauteuil roulant cul de jatte sourd et aveugle !

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  3. Avatar de dannas dannas dit :

    C’est les russes qui doivent se marrer à l’heure actuelle. Et qui c’est qui passent pour des cons ?. Je vous laisse répondre à cette question.

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