Des temps bibliques à la fin du 19eme , une histoire résumée de la Palestine

Avant le Sionisme, avant le nationalisme arabe, avant les guerres mondiales et le jeu des puissances , il n’y a même pas un siècle et demi, que savons nous de cette terre?

Ne voyez aucun parti pris dans ce petit résumé tiré de l’ouvrage de Dominique Perrin ;

Plusieurs surprises: la présence juive n’ a jamais disparue, elle s’est toujours maintenue. Les communautés religieuses plus qu’ethniques ont toujours cohabité, y compris avec une forte minorité chrétienne .

Les juifs ne sont pas brutalement arrivés en 1948. Ils représentaient un tiers de la population avant la deuxième guerre mondiale contre la moitié aujourd’hui

Le concept de peuple juif n’est pas ethnique mais religieux et ce dès le début du judaisme. Les juifs de la diaspora n’ont pas tous des ancètres venus de la terre promise, beaucoup sont descendants de convertis au judaisme car la religion juive est prosélyte pendant toute l’ antiquité . Les chroniqueurs arabes nous apprennent l’existence, au VIIe siècle, de tribus kabyles judaïsées : face à la poussée arabe, qui atteint l’Afrique du Nord à la fin de ce même siècle, apparaît la figure légendaire de la reine juive Dihya el-Kahina, qui tenta de l’enrayer. Des Berbères judaïsés vont prendre part à la conquête de la péninsule Ibérique.

Les mouvements de population sont continus avec les allées et venues des juifs, de persécutions en retour à la terre promise . Ceux qui restaient se convertissaient souvent aux religions des maitres successifs des lieux , ceux qui revenaient étaient les plus attachés à l’identité politique et religieuse du Peuple juif .

Le seul fait d’employer le mot Palestine, plutôt que l’expression Terre d’Israël (Eretz-Israël), pour désigner le territoire qui s’étend de la Méditerranée à la vallée du Jourdain et du Mont Hermon au golfe d’Akaba, prête à discussion.

Cette région comprise entre Méditerranée et Jourdain a longtemps été connue sous le nom de Terre de Canaan. C’est en particulier le vocable employé dans les livres de l’Ancien Testament.La civilisation cananéenne a exercé un très fort attrait sur les populations nomades vivant à l’Est et au Sud du pays et qui s’y sont régulièrement introduites, fixées et ont été en général assimilées.Le nom même de Palestine est relativement plus récent. Il n’apparaît qu’au Ve siècle avant J.C. Il est employé par l’historien grec Hérodote et repris ensuite par la tradition gréco-latine. Palestine signifie, suivant une opinion communément admise, « pays des Philistins »

Si l’on se réfère à la terminologie officielle employée au cours de l’histoire, il faut convenir que le mot Palestine n’a été utilisé que pendant deux périodes très distinctes :

  • au cours des premiers siècles de notre ère, au temps de la domination romaine et byzantine ;
  • à l’époque contemporaine (fin du XIXe siècle, première moitié du XXe siècle) dans les dernières décennies de l’Empire Ottoman (notamment dans les documents du mouvement sioniste naissant) et durant les quelques trois décennies d’administration britannique au temps du mandat confié à la Grande-Bretagne après 1918.
  • Le terme de Palestiniens n’est employé que pour la période postérieure à la Première et surtout à la Deuxième Guerre mondiale.

C’est dans ces conditions-là que la Palestine est devenue l’enjeu d’un affrontement entre Juifs et Arabes musulmans et chrétiens  :

  • les Juifs s’estiment dépositaires d’une promesse divine de les faire entrer en possession d’une terre à laquelle les rattache toute leur culture ;
  • les Arabes s’estiment, quant à eux, les seuls véritables propriétaires d’une terre qu’ils occupent depuis de nombreux siècles et qu’ils ont conservée malgré les assauts venus de l’extérieur.

Pour les Juifs, la terre de Canaan, la Palestine, est la Terre Promise par Dieu à leur ancêtre Abraham et à ses descendants. Les livres de l’Ancien Testament en font mention à maintes reprises.

Pour les Chrétiens, la Palestine est la région où s’est déroulée l’existence terrestre de Jésus-Christ. Le Christ est présenté comme celui qui vient accomplir les promesses faites au peuple juif, au nom de Dieu, par les prophètes, interprétation que les Juifs récusent bien sûr totalement.

L’Islam se présente comme le produit d’une nouvelle révélation divine par le prophete Mahomet (ou Mohammed). . Aussi les Musulmans honorent-ils les grands personnages bibliques, et les lieux où la tradition situe leur existence et leurs sépultures.

C’est bien en Palestine qu’est né le peuple Juif et que s’est formé le judaïsme au cours du premier millénaire avant J.-C. La plupart des commentateurs s’accordent pour penser que le peuple hébreu, historiquement repérable au 1er millénaire avant J.-C. en Palestine, est issu en fait de l’association de groupes différents mais ayant sans doute une origine araméenne commune.C’est donc sur une base religieuse que s’effectue l’unification nominale des clans Israélites.

Vers l’an 1000 avant J.-C. environ, une grande partie de la Palestine se trouve aux mains des tribus qui composent le peuple d’Israël. C’est au sein de ce groupe de tribus encore mal unifiées que s’enracine une tradition religieuse originale, dont l’inspiration est attribuée à Moïse, mais dont la constitution est historiquement difficile à établir.

En définitive c’est bien la religion qui donne peu à peu sa véritable identité au peuple juif, qui se définit comme un peuple élu de Dieu, occupant une place à part dans l’ensemble des nations. Et c’est la fidélité à ses croyances, aux préceptes et aux rites qui en découlent qui va permettre à ce peuple juif de préserver son existence tout au long d’une histoire tourmentée.

David, qui aurait régné de. 1005-1000 à 970-965 avant J.-C., est principalement un souverain guerrier qui achève d’unifier politiquement la Palestine A David, succède son fils Salomon (970-965 – 930-925 avant J.-C.) qui travaille à consolider son royaume en organisant le gouvernement et l’administration des provinces. Il est surtout celui qui édifie à Jérusalem un Temple qui achève de faire de la ville le centre spirituel de l’ensemble du peuple d’Israël. Le Temple abrite l’Arche d’Alliance qui symbolise l’alliance conclue par Yahvé avec son peuple

L’unité du royaume ne survit pas à Salomon.

les Assyriens s’emparent de Samarie en 721 avant J.-C…. Le royaume d’Israelest détruit. Une partie de la population est déportée et remplacée par des colons recrutés dans d’autres provinces de l’empire assyrien. Les colons s’unirent aux Israélites laissés dans le pays pour former un nouveau peuple, les Samaritains.

Le royaume de Juda parvient à subsister encore pendant plus d’un siècle grâce à une politique plus prudente que celle du royaume frère du Nord. Les troupes du roi de Babylone, Nabuchodonosor, s’emparent de Jérusalem en 587 avant J.-C. La ville est mise à sac, le Temple est détruit et une grande partie de la population est emmenée en captivité à Babylone.

L’exil à Babylone donne naissance à la diaspora israélite, d’abord en Mésopotamie, en Egypte également où se sont réfugiés une partie de ceux qui ont échappé à la déportation, puis le long des rivages méditerranéens et dans une grande partie de l’Orient. Par la suite la diaspora n’a cessé de s’accroître. Les communautés existantes sont renforcées par de nouveaux éléments venus de Palestine qui émigrent pour des raisons économiques ou politiques, et par des conversions.C’est à Babylone qu’ont été probablement rédigés, dans leur forme définitive, les cinq premiers livres de la Bible (qui forment le Pentateuque et qu’on appelle chez les Juifs la Torah) grâce à un travail de compilation et de recomposition d’œuvres plus anciennes.

En 539 avant J-C. l’empire de Babylone est détruit par les Perses qui étendent leur domination jusqu’à la Méditerranée. Le roi de Perse, Cyrus, autorise les Israélites exilés à retourner à Jérusalem et à reconstruire le Temple.

Seul un petit nombre d’exilés (50 000 ?) reprend le chemin de la Palestine. L’entreprise de réinstallation s’avère extrêmement difficile. Les nouveaux arrivants trouvent un pays à peine sorti de ses ruines. Ils se heurtent surtout à l’hostilité des Israélites qui n’avaient pas été déportés. Ces derniers s’étaient emparés des terres abandonnées et étaient restés inégalement fidèles à leurs croyances religieuses. Le conflit prend un tour particulièrement aigu avec les Samaritains.

Ainsi se constitue sur une partie très modeste du vaste Empire perse, une sorte d’Etat sacerdotal autonome, dont les habitants peuvent régler leurs propres affaires selon une loi religieuse particulière.

C’est là que résident les autorités religieuses qui ont compétence pour interpréter la Loi et définir les dispositions juridiques qui en découlent. Le rôle dévolu à Jérusalem et à la Judée conduit à utiliser le terme de Judéens pour désigner les Israélites, qu’ils soient ou non habitants de la Judée. C’est de « judéen » que nous avons fait le mot « juif ».

L’observance de la Loi (ramenée par les exilés de Babylone) assure plus que jamais l’unité et l’identité du peuple juif et sa pérennité au milieu des autres peuples.

Puis avec Alexandre et ses successeurs,sujets de souverains hellénistiques d’origine grecque, les Juifs se trouvent en effet confrontés à la pénétration de la civilisation grecque devenue omniprésente dans tout l’Orient. Bien des Juifs, notamment des couches supérieures de la société, se laissent séduire et adoptent les usages grecs .Les réactions provoquent le déclenchement d’une insurrection dirigée par la famille des Maccabées (167 avant J.-C.). Cette insurrection se transforme en révolte nationaliste et débouche, après un quart de siècle de combats, sur la restauration d’un Etat Juif indépendant (140 avant J.-C).

 L’apogée est atteinte vers 75 avant J.-C. Cette politique de conquête s’accompagne d’une entreprise de rejudéisation des territoires conquis. Partout s’imposent les préceptes de la Loi juive. Ce processus de judéisation porte particulièrement ses fruits en Galilée.Les Samaritains apparaissent toujours comme des dissidents et sont durement traités.

Le lien entre Palestine et diaspora est spécifiquement religieux. Il était essentiel pour les Juifs, vivant loin de la Terre Sainte, que l’autorité religieuse et législative du Temple de Jérusalem puisse s’exercer librement. Si cette liberté était assurée, peu leur importait le statut politique précis de la Palestine, et donc l’existence ou non d’un Etat Juif indépendant. La diaspora assiste donc sans réaction majeure au déclin rapide de l’Etat créé par les Maccabées, affaibli par les divisions au sein de l’élite dirigeante.

Deux « partis » principaux s’opposent pour des raisons à la fois religieuses et politiques :

  • les Sadducéens, qui se recrutent notamment dans l’aristocratie sacerdotale, défendent des positions conservatrices en matière religieuse, ils s’en tiennent à la Torah écrite Le Temple est également pour eux une partie intégrante de l’Etat. De ce fait, les Sadducéens sont très liés au pouvoir politique en place ;
  • les Pharisiens apparaissent comme les héritiers des Juifs pieux qui ont déclenché la révolte des Maccabées et la vocation religieuse d’Israël leur parait avoir plus d’importance que la destinée politique de la Palestine. Une telle attitude les met en conflit avec le pouvoir royal.

Pompée entre à Jérusalem en 63 avant J.-C. La Palestine devient un territoire vassal de Rome qui y laisse subsister une ou plusieurs principautés autonomes dont les frontières sont fréquemment remaniées.

Hérode est proclamé roi en 37 avant J.-C. mais ce titre royal lui est conféré par les Romains. Issu d’une famille arabe de judaïsation récente, Hérode est mal accepté par l’aristocratie et le clergé.

Dans la première moitié du premier siècle de notre ère, la Palestine passe à peu près entièrement sous l’administration directe de Rome.

L’ordre romain s’installe difficilement en Palestine. La région connaît au cours du 1er siècle de notre ère une véritable fermentation à la fois politique, sociale et religieuse. Les Juifs supportent mal l’administration directe par Rome et ont la nostalgie de l’indépendance perdue.

C’est dans ce contexte très troublé que naît le christianisme ; les repères chronologiques que fournissent les Evangiles permettent de situer l’existence du Christ dans le premier tiers du premier siècle de notre ère. La Passion se serait déroulée en l’an 29 ou 30

Les premières communautés chrétiennes sont perçues comme un courant supplémentaire au sein d’un judaïsme divisé en de multiples tendances. Ils sont qualifiés de « parti des Nazoréens »

On assiste à une montée des violences qui débouche sur la grande insurrection juive de l’année 66 contre la domination de Rome

Il en résulte une véritable guerre qui dure de 66 à 73 et dont l’épisode central est la prise de Jérusalem par Titus en 70. La ville est mise à sac et le Temple est incendié. La résistance ne prend fin qu’en 73 avec le siège de Massada, forteresse naturelle située près de la Mer Morte dont les défenseurs préfèrent se suicider collectivement plutôt que se rendre

Le bilan de cette guerre est très lourd. Des dizaines de milliers de Juifs sont massacrés ou vendus comme esclaves. La Palestine perd toute trace d’autonomie, mais la vie religieuse parvient à se réorganiser malgré la suppression de la liturgie du Temple. C’est à partir de ce moment que les synagogues deviennent les principaux centres spirituels des communautés juives. Ainsi s’impose la conception de la vie religieuse défendue par les Pharisiens qu’on appelle le judaïsme rabbinique.

Le monde juif est secoué, au début du IIe siècle après J.-C., par une nouvelle vague de révoltes, qui touche d’abord les communautés de la diaspora (115-117). Puis c’est la Palestine qui s’insurge de nouveau sous la direction de Bar Kokhba (132-135). La révolte est écrasée et cette fois la défaite est sans appel. La répression s’accompagne de massacres et de déportations qui accentuent les effets de la précédente révolte.

Le nom même de Judée est effacé. La nouvelle province romaine est dénommée Palaestina, mot forgé à partir du nom grec de la Philistie (ou pays des Philistins). Les Juifs disparaissent pratiquement de la région de Jérusalem, et l’accès à cette ville leur est dorénavant interdit.

Le peuplement juif de la Palestine diminue sensiblement et ne couvre plus qu’inégalement le territoire. Les Juifs se regroupent notamment en Galilée qui a été épargnée par les troubles. Le reste de la population se compose de Samaritains, de Syriens, de Grecs et de tribus arabes. Les Arabes sont en effet présents dès le premier millénaire avant J.-C., aux confins de la Palestine, menant une existence nomade le long de la vallée du Jourdain. Des Etats arabes se sont constitués en Transjordanie et ont été soumis à l’autorité de Rome.

En échange de sa soumission, le droit de la nation juive à préserver son identité est reconnu. Le judaïsme reste une religion légale. La population juive de Palestine peut avoir ses propres institutions disposant de pouvoirs administratifs et judiciaires (le droit ayant un fondement religieux). Le pouvoir est confié à un patriarche héréditaire qui est assisté d’un sanhédrin et d’une haute-cour rabbinique. Un important travail de codification est effectué qui vise à intégrer la tradition orale dans la législation. C’est l’origine du Talmud qui devient une des bases essentielles de la culture juive.

Pendant les trois premiers siècles de notre ère, le christianisme ne joue pas de rôle important en Palestine, bien que ce pays soit le point de départ de l’évangélisation. Son implantation se limite aux villes et aux régions les plus hellénisées.

L’empereur Constantin fait édifier une basilique à l’emplacement présumé du tombeau du Christ.

Pourtant l’expansion du Christianisme continue à se heurter à la résistance des Juifs et des Samaritains qui constituent ensemble la majorité de la population palestinienne jusqu’à la conquête arabe.Les Juifs, échaudés par les expériences passées, se tiennent à l’écart des révoltes. En revanche ils accueillent plutôt favorablement l’invasion de la Palestine par les Perses, en conflit avec Byzance, au début du VIIe siècle. Les Juifs ouvrent aux Perses les portes de leurs villes et s’engagent en grand nombre dans leur armée. Les chroniqueurs tant byzantins qu’arabes en témoignent.

Les populations de Syrie-Palestine accueillent plutôt favorablement la conquête arabe.

Comme beaucoup d’autres territoires conquis alors par les Arabes, la Palestine connaît un double processus d’arabisation et d’islamisation.

L’arabisation est en partie ethnique. La conquête entraîne l’arrivée de populations arabes en Palestine. Deux groupes principaux viennent s’y établir : les Qaysi en Palestine méridionale et les Yamani au nord et dans la zone côtière. La plupart des nouveaux venus se sédentarisent, mais conservent une organisation sociale de type tribal. Certains restent nomades et la présence de tribus bédouines en Palestine devient un élément important de la vie du pays.

L’arabisation est surtout culturelle avec notamment l’adoption de la langue arabe.L a Syrie-Palestine, contrairement à d’autres parties de l’empire arabe, n’a jamais été entièrement islamisée. Il subsiste une forte minorité chrétienne 

 La Palestine continue d’abriter une communauté juive dont la situation évolue plutôt favorablement avec la conquête arabe, par rapport à la période byzantine. A l’instar des Chrétiens, mais de manière encore plus marquée, la population juive de Palestine devient essentiellement urbaine, Les Juifs retrouvent peu à peu le droit de s’installer à Jérusalem. La principale école talmudique (yeshiva) qui régit la vie des Juifs de Palestine est transférée de Tibériade à Jérusalem. La minorité juive de Palestine est par ailleurs renforcée par la venue d’éléments de la diaspora, en provenance surtout d’autres régions de l’empire arabe, et qui s’établissent en Terre Sainte. On peut noter par exemple la formation, au cours du IXe siècle, au sein du judaïsme oriental, d’un courant dissident, le karaîsme, qui prône le retour des Juifs en Palestine. 

Concrètement, Juifs et Chrétiens ont le statut de « dhimmis » (ou gens du pacte).Au total la situation des non-musulmans se caractérise surtout par sa précarité. Les périodes de relative tolérance et même de prospérité sont entrecoupées de phases de répression et de persécution qui entraînent des conversions à l’Islam ou des exodes de population.

La destruction, à partir de 1009, de la basilique du Saint-Sépulcre à Jérusalem soulève une émotion considérable dans l’ensemble du monde chrétien.La chrétienté occidentale, qui s’était jusqu’alors accommodée de la domination musulmane sur la Palestine, se montre désormais bien plus sensible que par le passé aux informations qui proviennent d’Orient.

Les Croisés viennent mettre le siège devant Jénisalem et s’en emparent le 15 juillet 1099, après plus d’un mois de combats. La conquête de la ville s’accompagne du massacre d’une grande partie de la population musulmane et juive. Sur ce point tous les témoignages concordent.

La Première Croisade débouche sur la création d’une série d’Etats, dirigés par des seigneurs occidentaux, le long de la côte méditerranéenne, de l’Asie Mineure à l’Egypte. Le plus important d’entre eux est le royaume de Jérusalem Les Croisades entraînent un apport non négligeable de population originaire d’Europe occidentale.

La Palestine franque abrite des communautés juives peu nombreuses. Beaucoup de Juifs, fuyant les massacres qui ont accompagné la conquête de la Terre sainte par les Croisés ont préféré émigrer dans les Etats islamiques voisins. Les Juifs ne sont pas autorisés à résider à Jérusalem, mais cette interdiction n’est pas totalement respectée. Des Juifs pieux, venant d’Occident, visitent les Lieux saints de Palestine et parfois s’y établissent. La principale communauté est établie à Acre.

Les récits des chroniqueurs font état d’une tendance à l’assimilation d’une partie de la population d’origine européenne

C’est sous la direction de l’Egypte que les Musulmans reprennent l’offensive. Jérusalem est reconquise par les Musulmans en 1244.La défaite finale des Etats latins est suivie d’une entreprise de restauration islamique qui n’est pas sans conséquences pour les minorités non-musulmanes qui continuent d’y vivre. La plupart des Francs d’Orient quittent la région et ceux qui restent finissent par se fondre dans la population locale.

A la différence des Latins, les Chrétiens orientaux restent bien présents au Levant. Bien qu’ils ne se soient pas mis en général au service des Etats latins, leur loyauté est mise en doute, certains d’entre eux ayant pactisé avec les envahisseurs mongols. Toute menace d’un retour offensif des Croisés d’Occident provoque des manifestations hostiles à leur égard, qui peuvent dégénérer en explosions de violence ponctuées de massacres et de destructions.

Quant aux Juifs, ils retrouvent une réelle liberté d’implantation, notamment à Jérusalem. Ils ne forment plus qu’une communauté aux effectifs restreints et fluctuants (les témoignages divergent sur ce point). Les derniers siècles du Moyen-Age sont une période de faible présence juive en Palestine, qui se maintient grâce à des apports extérieurs.

les Turcs font la conquête de la totalité de l’Empire Mamelouk (1516-1517).

Désormais la Palestine se trouve pour quatre siècles sous la domination ottomane qui assure une stabilité géopolitique durable à la région du Proche-Orient.

Si certains, comme Mark Twain en 1867, ont vu « un pays de désolation dont le sol est cependant suffisamment riche, mais entièrement abandonné aux ronces, une immense étendue triste et silencieuse… », d’autres voyageurs paraissent avoir été plus sensibles au spectacle offert par la richesse des régions cultivées, quitte à regretter une exploitation insuffisante. Tel est le cas, à la fin du XIXe siècle, du français Edouard Schuré

Décrire la Palestine de cette époque comme une terre dépeuplée et inhospitalière revient à légitimer l’entreprise sioniste fondée sur une forte immigration juive. Soutenir que la Palestine est, dès ce moment, une région en forte croissance économique et démographique conduit, au contraire, à voir dans le sionisme une opération de conquête menée au détriment de la population palestinienne autochtone.

Il est incontestable qu’après plus de deux siècles de quasi-stagnation, la Palestine connaît un accroissement important et continu de sa population. Celle-ci, estimée à 280000 habitants en 1800, passe à 470 000 en 1880 pour atteindre environ 730 000 en 1914.

Cet accroissement est dû pour une part à des mouvements migratoires. Au cours du XIXe siècle, la Palestine a vu s’établir différents groupes de populations musulmanes :

  • quelques 20 000 Egyptiens y sont installés à l’époque des conquêtes du pacha d’Egypte Méhémet-Ali, principalement dans la région de Gaza, à Jaffa et Jéricho ;
  • plusieurs dizaines de milliers de Musulmans, en provenance des territoires perdus par l’Empire Ottoman face aux puissances chrétiennes dans les Balkans et le Caucase, arrivent également en Palestine. Le sultan leur concède des terres à des conditions favorables en Galilée et dans la plaine côtière de Sharon. Les récits des voyageurs européens en Palestine attestent l’existence de nombreux districts ou villages où l’arabe n’était pas parlé.
  • La communauté juive qui, réduite à peu de choses à la fin du Moyen Age, a connu une véritable renaissance au XVIe siècle. Après avoir conquis la Palestine, les Ottomans laissent s’y implanter un nombre important de Juifs expulsés d’Espagne à la fin du XVe siècle et qui avaient d’abord trouvé refuge dans leurs possessions d’Asie Mineure. Dans les siècles suivants, ces apports extérieurs de population juive se poursuivent : des individus isolés ou des groupes conduits par des rabbins viennent à leur tour s’établir en Terre Sainte. Malgré l’existence de villages juifs, en Galilée surtout, cette communauté est essentiellement citadine. Les principaux foyers de population juive sont Jérusalem, Hébron, Gaza, Tibériade et Safed. Si les Juifs de Palestine exercent souvent des activités artisanales ou commerciales, une fraction importante d’entre eux se consacre aux études religieuses, leur subsistance étant assurée par des subsides versés par les communautés juives de la diaspora.
  • De 5 000 environ vers 1850, le nombre de Juifs de Jérusalem passe à 40 000 à la veille du premier conflit mondial, soit plus de 60 % de la population totale. A Jérusalem, comme dans le reste de la Palestine, le principal facteur d’accroissement de la population juive est l’immigration liée au mouvement sioniste.
  • Au XVIe siècle, la région de Syrie-Palestine comptait moins de 10 % de Chrétiens. A la veille de la première guerre mondiale, la Palestine seule en compte plus de 20 %. Le redressement amorcé dès le XVe siècle s’accentue surtout au XIXe siècle. 

La Palestine n’a donc rien d’une terre entièrement désolée, mais elle est inégalement mise en valeur. Plus encore que l’augmentation de la production, le fait principal qui affecte le monde rural est l’évolution des structures agraires, entraînée par l’application de la législation foncière élaborée par le pouvoir ottoman à partir de 1858. Le code foncier de 1858 maintient une distinction ancienne entre les terres d’appropriation privée et les terres communautaires dont l’exploitation est concédée aux paysans.

Jérusalem est une ville relativement atypique dans la Palestine du XIXe siècle, Elle apparaît comme une mosaïque confessionnelle où les musulmans deviennent minoritaires dans la deuxième moitié du siècle.

Description de Jérusalem à la fin du XIXe siècle
Jérusalem se divise en trois quartiers et en trois populations absolument distinctes. Il faut les visiter successivement pour saisir la sur prenante physionomie de cette ville, unique dans son genre. […]
et vieux Le quartier juif, resserré entre le quartier arménien, le quartier musulman et l’enceinte de la mosquée d’Omar, est le plus extraordinaire d’aspect. Une population soraide y pullule dans un dédale de ruelles et s’y entasse en des maisons à portes basses, à petites fenêtres grillées qui laissent à peine pénétrer un rayon de lumière. Ce sont pour la plupart des Sarardim ou des Juifs revenus de Pologne, aux yeux bleus et aux cheveux jaunes. Les jeunes gens, coiffés de bonnets de coton pointus, ont des lévitiques brunes serrées à la taille ; les vieillards pauvres portent des manteaux sans manches ; les vieux marchands, des manteaux de fourrure usés. Les rabbins en dalmatiques à ramages cheminent à petits pas. Les velours bleus ou violets, les soies cramoisi ou rose fané racontent des poèmes de luxe ancien ou de longue misère, de fierté indomptable et d’humiliation profonde. Presque tous, jeunes ou vieux, portent les cheveux en papillotes. Celte coiffure s’harmonise avec leurs traits fins et distingués.
Jeunes et vieux, ils vivent là parqués dans leur ghetto. Et cependant cette foule misérable, entretenue par l’activité de l’Alliance Israélite Universelle, augmente toujours et forme la majorité de la population. Les persécutions les poussent vers la Terre Sainte, mais aussi le désir d’être enterrés « auprès de leurs pères » dans la vallée de Josaphat. Mais pas un de ces Juifs ne pénétrera par les grilles de Haram-ech-chérif dans l’enceinte sacrée de l’ancien Temple. Il risque rait d’être tué par les soldats turcs, tout comme le chrétien qui oserait s’y aventurer sans la protection d’un cawas consulaire.
On s’aperçoit bien vite qu’on a changé de race, de religion et d’atmosphère morale, lorsqu’on passe du quartier juif au quartier musulman. Il ressemble à tous les bazars d’Orient : de longues rues pittoresquement sales, abritées de nattes. On y voit marcher fièrement, avec une nonchalance dédaigneuse, de grands Bédouins maigres, au profil d’aigle, à la peau brûlée, leurs longs manteaux bruns traînant derrière eux dans la poussière. On y voit aussi des femmes accroupies, aux mamelles pendantes, avec des regards d’animaux, et des Arabes à barbe blanche, beaux comme des patriarches.
Tout autre est le quartier chrétien. Le monde juif et le monde musulman sont marqués tous les deux d’un trait unique et fort. Dans le quartier chrétien par contre, monuments, costumes et visages, tout porte le cachet de la diversité, des luttes intestines et du travail incessant qui divise la chrétienté, mais aussi d’une vie morale et intellectuelle plus intense. Sur la petit place du Saint-Sépulcre, où l’on descend par un escalier comme dans une fosse, ce sont des défilés de pèlerins de tous les pays du monde et de toutes les églises chrétiennes. Là, prêtres et fidèles se croisent parmi les étalages d’objets de sainteté. Les popes grecs se distinguent par leur prestance autoritaire sous leurs grands chapeaux noirs. Ils pensent visiblement :  » Nous sommes ici les maîtres depuis les temps de Byzance et nous ne lâcherons pas notre domaine.  » La physionomie des moines et des prêtres latins exprime
une vie religieuse active, un prosélytisme ardent.
Edouard Schuré, Sanctuaires d’Orient
Librairie Académique Perrin 1898.

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About pgibertie

Agrégé d'histoire, Professeur de Chaire Supérieure en économie et en géopolitique, intervenant àBordeaux III et comme formateur à l'agrégation d'économie à Rennes Aujourd'hui retraité
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9 Responses to Des temps bibliques à la fin du 19eme , une histoire résumée de la Palestine

  1. Avatar de Jean Sentrais Jean Sentrais dit :

    Heu ! Patrice Gibertie, les Hébreux de jadis-jadis (il y a mille ans) ne se caractérisaient pas par leur religion.

    Ils constituaient une Ethnie propre, comme tant d’autres similaires ou différentes, caractérisée par leurs propres us et coutumes, c-à-d leurs lois de vie en société : toute occupation territoriale n’est légitime et durable que par la constitution de règles, lesquelles se doivent d’être claires et partagées par chacun des membres de la communauté.

    Mais en ces temps reculés (de -6 000 à +400 après JC), la religion, et toute autre religion n’existait pas.

    Par l’avènement religieux, c-à-d celui des cultes transcendentaux, sociaux et politiques conquérants du Christianisme et de l’Islam sur la décadence de l’Empire romain d’Occident, les Hébreux ont créé – à leur tour bien délibéré – la religion juive, hébreuse, hébraïque … laquelle devint elle-même aussi paradoxale : conquérante et sectaire, exclusive autant que les autres naissantes.

    S’il n’y avait pas eu d’Empire romain antique, si celui-ci n’avait pas été friable et décadent, aucune religion ni chrétienne ni musulmane ni juive ne se serait constituée pour palier à la déshérence* de cet Empire.


    *déshérence : défaut d’héritage

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    • Avatar de Jean Sentrais Jean Sentrais dit :

      Quant au mythe de la Terre Promise (mensonge et légende), il s’est construit sur les vestiges ruinés d’une querelle de voisinage … pour quelque arpent de terre cultivable.

      Un mythe rancunier, en somme ! Et, faut-il être Corse français pour le savoir et pour le comprendre ?

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      • Avatar de Jean Sentrais Jean Sentrais dit :

        J’aime et j’admire le drapeau corse : y figure une tête de Maure, comme on lirait une page vagabonde de l’Histoire …

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  2. Avatar de Pierre DRIOUT Pierre DRIOUT dit :

    DIEU a beau être amour il n’y aura jamais assez d’amour pour tout le monde sur Terre !

    Je promets un grand plouf-plouf à la marche de dimanche d’ailleurs moi j’ai piscine à la javel pour me laver de toutes mes impuretés !

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  3. Avatar de Pierre DRIOUT Pierre DRIOUT dit :

    « L’homme est l’endroit le plus chaud où se cacher » annonce-accroche de « The Thing » une chose-monstrueusement dieu !

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    • Avatar de Jean Sentrais Jean Sentrais dit :

      Ou ceci :

      -« L’Humain a inventé la parole pour dissimuler ses pensées » …

      Considérant, ensuite que l’écriture en a envisagé la puissance exposant mille !

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      • Avatar de Jean Sentrais Jean Sentrais dit :

        L’on peut également comprendre pourquoi la presse de Gutenberg – en 1450 – constitua une offense sacrilège à l’Église chrétienne. Lequel Gutenberg s’empressa (!) pour conjurer son mauvais sort, d’imprimer la Bible.

        Puis la suite moderne et contemporaine avec Microsoft dédié au grand’public, puis le premier Internet (international scientifique), puis le(s) web planétaire(s) …

        Etc : palabrer tout en dissimulant (le cas très échéant) des pensées.

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      • Avatar de Jean Sentrais Jean Sentrais dit :

        *palabrer : aujourd’hui l’on parle volontiers de macroner (to macronate) qui signifie concevoir une pensée diffusée par la parole seule qui ne s’engage à rien ! sinon de la contredire dans les actes s’ensuivant.

        Macroner est une rupture fondamentale de civilisation (us et coutumes communément partagées depuis quelques 40 millénaires).

        Macroner, élevé à la puissance de l’État français, c-à-d de l’Empire US, procède d’une destruction de l’antique Droit romain.

        Ce Droit romain considérait comme valeur légale et légitime la parole donnée : un Romain digne et respectable attestait de ses couilles …

        Or, nous savons aujourd’hui, que les accords verbaux qui ont (pré)valu lors de la dislocation de l’URSS ont été trahis par l’Empire US. Et davantage ! que tout accord écrit (les Accords de Minsk) souffrait de la perfidie opportuniste (et crapuleuse) de cet Empire en le pschittant …

        Fut-il si faible que l’Empire US considéra judicieux de ravager sa propre âme ?

        La Civilisation romaine, antique millénaire et contemporaine vient de mourir !

        Et notre EMmerdeur national prétend en jouir. En macronant … comme un gamin infernal, prépubère et masturbatoire.

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  4. Avatar de Led wil Led wil dit :

    Excellent ce résumé. Qui clarifie des idées floues sur l’histoire de l’est du bassin méditerranéen ! Merci. Le livre sera passionnant, je n’en doute pas.

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