Canicules: elles sont cycliques et il y en a eu dans l’histoire, de bien pires, celles du cycle tiède (1523/1563) à l’époque ils chassaient les sorcières, pas les pêts des vaches

Dans le lit de l’Elbe, du Danube, du Rhin et même de la Moselle, les Hungerstein, Pierres de la Faim en allemand, rappellent que le continent européen a déjà souffert à cause du manque d’eau. Elles ont été placées dans les cours d’eau du milieu du Moyen Âge, vers 1340, jusqu’au 18e siècle, pour que les prochains habitants prennent conscience des dangers provoqués par une sécheresse.

Les étés caniculaires ont avant tout été à l’origine de catastrophes sanitaires , cela en raison des pénuries d’eau, le niveau des nappes phréatiques et des rivières baissant drastiquement lors des épisodes de sécheresse. 

Moins abondante, l’eau devient plus vaseuse et sa consommation génère des infections bactériennes, telles que la dysenterie, une maladie des intestins qui fut un véritable fléau. 

Au Moyen Âge, la dysenterie emporta ainsi de nombreux souverains : Louis VI le GrosLouis VIIISaint Louis, Philippe V, Jean sans Terre ou encore Édouard Ier et Henri V d’Angleterre. Au cours des siècles suivants, elle coûta la vie au conquistador Hernan Cortès, à l’écrivain Étienne de la Boétie, au corsaire Francis Drake ainsi qu’à l’explorateur David Livingstone.

https://www.herodote.net/Mortelles_canicules-synthese-2294.php

L’année 1540 constitue un phénomène météorologique extrême. Une masse de chaleur s’était accumulée au-dessus de l’Europe centrale et l’anticyclone stationna pendant plusieurs mois. Les rivières s’asséchèrent. Si le Rhin atteignit la moitié de son débit normal pendant l’été 2003, en 1540, c’était seulement 10 à 15 %. À Bâle, on traversait même le fleuve à pied. Les chutes du Rhin étaient lourdes d’un silence sinistre, le lac de Constance était réduit à l’état de flaque d’eau. Les gens arpentaient son fond à la recherche de pièces de monnaie romaines.

La chaleur se nourrissait de sa propre énergie. Le sol se craquelait. Certaines crevasses étaient même si larges que l’on pouvait s’asseoir sur leur bord et balancer les jambes. Aucune humidité ou presque ne s’évaporant du sol desséché, les températures montaient de plus belle. Le mercure dépassa quarante degrés à plusieurs endroits. Les nuits n’apportaient pas non plus la fraîcheur que tous appelaient de leurs vœux.

«Le mois de juillet est brûlant et terrible», nota un chroniqueur alsacien. La fumée obscurcissait le soleil, l’odeur du feu flottait dans l’air. Il y avait de plus en plus de départs d’incendie et les arbres qui n’avaient pas brûlé, perdirent leurs feuilles au mois d’août. La récolte fut maigre. La faim et la soif rendaient les gens fous. Ils se livrèrent à des chasses aux sorcières et à des violences. Les sages se retiraient à l’ombre et buvaient ce qu’ils trouvaient. Mais la dysenterie se répandit, car l’eau était souvent insalubre. Les symptômes? Diarrhée, crampes d’estomac et – comme si c’était nécessaire – déshydratation. Personne ne sait combien de vies coûta l’été 1540. En automne, lorsque les températures se remirent lentement à baisser, les vignerons cueillirent des raisins rabougris

https://blog.nationalmuseum.ch/fr/2019/04/la-suisse-et-la-secheresse/

L’année 1540, écrit Emmanuel Leroy-Ladurie, dans son Histoire humaine et comparée du climat, a été « formidablement xérothermique ».

Ce terme d’apparence redoutable désigne simplement un climat plus chaud et plus sec. De mars à octobre cette année-là, tous les mois sont chauds et secs. Les cours d’eau sont tellement à l’étiage que l’on peut traverser le Rhin à pied.

Le sherry aurait pu être inventé par la même occasion, tant le vin est chargé de sucre. Le fameux anticyclone des Açores domine en juin dans l’Europe occidentale avant d’étendre encore son emprise vers l’Europe centrale : la Suisse du centre ne reçoit pas une goutte d’eau au mois de juillet.

Comme le note un ancien recteur de l’université de Cracovie qui tend à assimiler sa région à l’ensemble du globe : « sévère sécheresse à travers le monde entier » !

Mais cette chaleur abondante et sèche n’a rien d’exceptionnel au XVIe siècle : elle s’inscrit dans un « cycle tiède » de 1523 à 1562. En 1524, « l’échaudage » du mois de mai provoque une forte hausse du prix du blé, la chaleur torride favorisant l’incendie de Troyes qui détruit 1500 maisons et quelques églises.

En 1545, nouveau coup de chaud et nouvelle montée du prix des céréales. C’est l’une des plus importantes crises de subsistances du siècle, et provoquée par la chaleur ! En 1556, la vendange a lieu le 1er septembre tant l’été a été brûlant ! Un curé note que « ladite sécheresse accéléra les moissons près d’un mois plus tôt que de coutume ». La moisson se révèle médiocre, en quantité mais pas en qualité.

Le sire de Gouberville, qui vit dans le Cotentin, relève la brève pluie du 1er juin, la première depuis le commencement d’avril. En juillet des incendies de forêt sont signalés dans cette Normandie d’ordinaire plus humide.

Ceci dit, foin de catastrophisme. Notre historien le souligne : la chaleur d’une façon générale « a plus éclairé, chauffé et stimulé, plutôt que brûlé et grillé les céréales ». Les hommes de la Renaissance trouvaient normal qu’il fasse chaud en été et redoutaient surtout les hivers doux et humides annonciateurs de récoltes mauvaises.

Et la poussée glaciaire, le net refroidissement dit Petit Âge glaciaire, avait encore des répercussions bien plus dramatiques. C’est le froid plus que le chaud qui allait se révéler redoutable.

https://www.liberation.fr/france/2003/08/14/700-000-morts-lors-des-canicules-de-1718-1719_442098/

En 2003, à l’occasion de l’épisode caniculaire, Libération avait interviewé Emmanuel Le Roy Ladurie

En 1168, la Sarthe a séché. De même, l’été magnifique de 1351, où le prix du froment a été multiplié par trois à cause de sa rareté, avec «échaudage», comme l’on disait, ce qui entraînait des moissons et des vendanges très précoces, un vin en faible quantité mais excellent. Vous avez aussi des séries d’étés caniculaires consécutifs, des microères climatiques : 1331-1334, quatre étés de suite, 1383-1385, trois étés, ou encore la première moitié du XVIe siècle, particulièrement douce, où l’on peut parler d’un petit âge du réchauffement. L’été, les glaciers reculent beaucoup, la neige fond très haut. En 1540, beaucoup de témoins habitant les Alpes l’ont noté. A partir de 1560, on entre dans une autre période climatique, le «petit âge glaciaire», les étés caniculaires se font plus rares. Il y en a cependant encore, par exemple en 1636, l’été du Cid, où les témoins évoquent «un effroyable harassement de chaleur» pendant plusieurs semaines à Paris.

Mais la pluie est l’ennemi numéro 1, davantage que la chaleur : l’été pourri est plus redouté que l’été trop chaud. En revanche, la mortalité grimpe lors des étés trop chauds à cause de la dysenterie. Le niveau des fleuves et des cours d’eau baisse, l’eau puisée pour vivre et boire est plus vaseuse, infectée, polluée, et la mortalité est spectaculaire. 500 000 morts lors de l’été 1636 ou de l’été 1705, 700 000 lors des étés caniculaires de 1718-1719, avec même l’apparition de nuées de sauterelles et une forme de climat saharien sur l’Ile-de-France. Ces morts, ce sont surtout les bébés et les petits de l’année. Il y a, régulièrement, des générations décimées en France par la chaleur.

le climat était le sujet principal de conversation. Les marchés, par exemple, étaient suspendus aux nouvelles. On trouve aussi des théories, assez tôt, non pas sur les prévisions, impossibles, mais sur les tendances. Les fontes de glaciers ou les séries étaient interprétées : Mme de Sévigné évoque le fait que «le procédé du soleil et des saisons a changé» pour expliquer une série d’étés caniculaires successifs. Les curés jouaient aussi un rôle spécifique, ils étaient les baromètres de l’époque, prédisant plus ou moins le climat à venir. Si bien que les autorités, souvent sous la pression des Français, pouvaient anticiper. Arrachage de vignes, par exemple (entre 1587 et 1600), ou même constitution de réserves d’eau potable, qui commencent dès le début du XIXe siècle dans certaines municipalités.

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Agrégé d'histoire, Professeur de Chaire Supérieure en économie et en géopolitique, intervenant àBordeaux III et comme formateur à l'agrégation d'économie à Rennes Aujourd'hui retraité
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6 Responses to Canicules: elles sont cycliques et il y en a eu dans l’histoire, de bien pires, celles du cycle tiède (1523/1563) à l’époque ils chassaient les sorcières, pas les pêts des vaches

  1. Avatar de Stanislas Stanislas dit :

    Que ce soit pour la canicule ou pour les épidémies, ce qui est drôle finalement c’est que tout se résume à 20 ans d’histoire juridique et constitutionnelle, de ce qui s’appelle « le principe de précaution » politique..
    Le principe de précaution qui est une forme d’aïkido politique, qui se retourne désormais contre la population, qui exige sa sécurité « über alles » comme un bébé qui veut retourner dans le ventre de sa mère en ayant compris que son arrivée ici bas se fait déjà dans la douleur..

    Le principe de précaution, ou « l’anticipation du risque » est celui qui permet au politique de se couvrir dès l’apparition d’un rhume d’un mongol avec une suspicion de « virus émergent inconnu », qui a pris l’avion et a atterri à Paris. Le vol étant ce qu’il est, le mongol est introspecté jusque dans les chiottes PCR et la liste de ses « contacts » bien involontaire passe aussi à la moulinette de pif.

    PLus on trouve de cas contacts et plus on trouve de positifs à quelque chose, selon des procédures de RT bien planquées contrairement à une prise de sang qu’on peut vérifier soi même..
    Reste plus que le parano de service de l’institut pasteur pour balourder une opinion matheuse sortie de sa coiffe ravagée par des nids d’araignées afin de trouver une transmission virussale quarante douze fois plus terrible qu’une teléspectatorale d’un JT de BFM

    Le climat pareil, c’est aussi du principe de précaution puisque c’est sur la charte de l’environnement qu’il est passé dans le droit et la constitution française

    Alors ?
    Quand je suis « positif » moralement, j’ai envie de rire entre deux colères Pourquoi ? parce que la bande de putes télés et médiatiques , médicales, sanitaires qui organisent l’infection R0 des cerveaux ne se rendent pas compte qu’ils sont en train de s’enfermer dans la même cellule que la population dont elle veut faire des lapins hypnotisés par les phares d’une voiture

    C’est simple à comprendre.
    Pour protéger sa propre liberté est ses droits fondamentaux d’être Humain, il faut d’abord veiller à ce que celle des autres soit protégée..

    Comme quoi on a à faire à des ignares d’imbéciles qui prennent leur 10 à 40 000 balles par mois dont ils n’auront rien à faire de plus s’ils considèrent que leur liberté consiste à pouvoir serrer la main d’un ministre en ayant montrer leur sale gueule à une caméra d’identification ou en étant bien préalablement piqué par une merde sous secret des affaires

    gigantesque monde de suicidaires

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  2. Ping: Canicules: elles sont cycliques et il y en a eu dans l’histoire, de bien pires, celles du cycle tiède (1523/1563) à l’époque ils chassaient les sorcières, pas les pêts des vaches – Jolie Fiole & Beau Flacon

  3. Avatar de christophe nicolas christophe nicolas dit :

    Ce qui est assez subtil dans le climat est l’influence des nuages dû à l’albédo et l’effet de serre de la vapeur d’eau.


    http://climat-evolution.over-blog.com/article-effets-radiatifs-des-nuages-1-53087527.html

    La vapeur d’eau à besoin de germes pour faire des gouttelettes, germes qui exercent des différences de potentiel donc les meilleurs germes sont les bombardements ioniques de protons très énergétiques venus de l’espace qui pénètrent très profondément l’atmosphère fabriquant des nuages bas.

    Forte activité solaire => peu de nuages => chaleur
    Faible activité solaire => beaucoup de nuages => froid

    Ce qui serait réchauffant, ce serait d’exciter légèrement les protons de la ceinture intérieure de van Allen impactant seulement la haute atmosphère car cela fabriquerait surtout des nuages hauts….

    « La première, située entre 700 km et 10 000 km d’altitude, est constituée principalement de protons à haute énergie (jusqu’à plusieurs centaines de mégaélectronvolts à des débits de fluence de plusieurs dizaines de milliers de protons par centimètre carré et par seconde dans les zones les plus intenses) provenant du vent solaire et du rayonnement cosmique, piégés par le champ magnétique terrestre. »
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Ceinture_de_Van_Allen

    Voici la courbe tendancielle des températures qui reste vrai même si certains exagèrent fortement les valeurs absolues :

    On remarquera que les radars furent inventés en 1935 et tout de suite fortement utilisés à des niveaux de puissance élevée à cause de la seconde guerre mondiale puis en masse dans les années 70 à cause de l’essor de l’aviation civile.

    Si on accuse un innocent, cherchez le vrai coupable est le meilleur moyen de l’innocenter mais ça ne va pas plaire à certains… 🙂

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  4. Avatar de Philippe fenieres Philippe fenieres dit :

    Il faut bien nous laver le cerveau pour qu’on accepte des privati9ns de liberte

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  5. Avatar de UBU UBU dit :

    Quelle angoisse, mais quelle angoisse quand je me pose la question de savoir quelle sera la souffrance de nos si géniaux éditorialistes de la météo (CLIMAT) aux ordres d’un autre génie transcendant: Jupiter premier
    Il va leur falloir, s’ils veulent continuer à « informer » avec leurs cartes de plus en plus rouge foncé, frisant le noir ….. Il leur faudra trouver un noir plus noir que le noir afin de bien continuer la manipulation des cervelles sinon c’est la perte de crédibilité est assurée ….
    ATROCE pour un journaliste « indépendant » manipulé par Jupiter et ses sponsors Atalli, Bolloré et consorts

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