Bien pire que l’affaire Benalla, une affaire Borello ?

jean-marc borello

 

Macron  vient de  confier à Borello son père spirituel  et pape de l’économie sociale et solidaire  le juteux marché de la déradicalisation   des islamistes , Liberation balance et  parle de « harcellement et abus sexuels »

Règlement de compte ?  véritable scandale ? Nous aimerions en savoir plus .

 

Une certitude, Borello est très très proche de Macron, peut être le plus proche

Celui qui murmure à l’oreille de Macron pour le Figaro, le vrai patron de Macron pour le Point, les journalistes  connaissent bien la place  de jean Marc Borello dans la Macronie . Il est un des  premiers, peut être le premier .

Président du directoire du géant de l’économie sociale et solidaire Groupe SOS, ancien coordinateur d’En Marche et président de sa commission d’investitures aux européennes, très proche du chef de l’Etat

http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2017/04/26/20002-20170426ARTFIG00179-jean-marc-borello-le-grand-patron-social-qui-murmure-a-l-oreille-d-emmanuel-macron.php

 

« Jean-Marc Borello, le grand patron (social) qui murmure à l’oreille d’Emmanuel Macron »

 

https://www.lepoint.fr/politique/jean-marc-borello-macron-n-est-pas-venu-au-pouvoir-pour-beurrer-les-tartines-06-10-2018-2260770_20.php

 

« Jean-Marc Borello est un géant atypique. Une grande gueule à la parole politique rare. Cet ancien socialiste, est aussi l’ami et un fervent soutien d’Emmanuel Macron, qu’il a épaulé pendant la campagne présidentielle. Patron excentrique sans bureau fixe, Borello est aujourd’hui président du directoire du Groupe SOS, un mastodonte de l’économie sociale et solidaire (1 milliard d’euros de chiffre d’affaires, première entreprise sociale d’Europe). Il est aussi membre du bureau exécutif de La République en marche, responsable de la transformation économique et sociale. Observateur avisé de la vie politique depuis des années, il fait partie du cercle des intimes du président, c’est même l’un des meilleurs connaisseurs de la macronie. On peut le croiser à l’Élysée, dans des ministères ou à l’Assemblée nationale… Il connaît les députés de la majorité pour avoir participé à la commission nationale des investitures (CNI), où il est devenu, à sa grande surprise, « copain avec Jean-Paul (Delevoye, NDLR) et avec Marlène (Schiappa, NDLR) ». S’il jure que « l’Élysée, c’est comme Las Vegas, ce qui s’y passe y reste », il a tout de même accepté de lever une partie du voile sur ce pouvoir qu’il soutient. Interview. »

L’inventeur de l’économie sociale et solidaire

https://www.liberation.fr/france/2018/12/20/jean-marc-borello-itineraire-d-un-patron-du-milieu-de-la-nuit-a-la-macronie_1699062

 

En trente ans, l’ancien éducateur de rue est devenu le pape – laïc – de l’économie sociale et solidaire (ESS), un secteur passé à la postérité depuis que François Hollande lui a dédié un ministère, niché au cœur de la forteresse de Bercy. Depuis, toutes les formules superlatives ont été tentées pour décrire Jean-Marc Borello, sorti de l’ombre associative pour devenir un acteur politico-économique majeur. «Bill Gates de l’ESS» quand on veut être gentil. «Bernard Tapie du social», quand on a quelques doutes sur le bonhomme quand même. Chez Borello, les cheveux mi-longs ont cédé la place à une coupe en brosse grisonnante avec raie sur le côté, le blouson en cuir a été remplacé par un costard.

Depuis trente ans, Jean-Marc Borello a toujours flirté avec la politique. D’abord à Marseille en 1981. Mitterandiste, il entre au cabinet de Gaston Defferre, maireemblématique. Entre 1984 et 1986, il est chef de cabinet de Gilles Trigano, alors délégué aux nouvelles formations auprès du Premier ministre Laurent Fabius. Gravitant dans la galaxie socialiste parisienne, Jean-Marc Borello rencontre Bertrand Delanoë puis Anne Hidalgo. SOS coche toutes les cases pour la gauche : le groupe s’occupe de publics défavorisés, s’investit dans l’insertion professionnelle. «Un patron comme lui fait toujours du bien aux politiques, c’est bien de l’avoir dans le paysage», concède un ancien adjoint de la mairie de Paris. Au début des années 2000, Borello rencontre Emmanuel Macron à Sciences-Po, où il enseigne. Le courant passe. A tel point que le boss du social prépare le futur président au concours d’entrée de l’ENA. Quand il arrive au ministère de l’ESS, Benoît Hamon rencontre rapidement Jean-Marc Borello. «Il tutoie, il rigole beaucoup et déjà, tout ce qu’il disait faisait qu’il n’était pas du tout sur la même ligne politique que moi. En fait, maintenant que j’y pense, il était déjà macroniste», se souvient l’ancien ministre délégué.

 

Seize ans après Sciences-Po, Emmanuel Macron propulsera son ancien prof au poste de délégué national du mouvement En marche. Pendant la campagne, Borello devient ce «patron social qui murmure à l’oreille» de Macron. On le voit entrer au gouvernement. «La question s’est posée mais je n’avais aucune envie d’être autre chose que président de SOS», raconte aujourd’hui Jean-Marc Borello à Libération. En mai 2017, il fait partie des invités à la passation de pouvoirs entre Hollande et Macron, dont il devient une courroie de transmission. Chargé d’un rapport sur les contrats aidés après leur suppression abrupte à l’été 2017, il multiplie les photos au côté de Muriel Pénicaud, ministre du Travail.

 Le pactole  de la déradicalisation

https://www.dalloz-actualite.fr/flash/qui-est-jean-marc-borello-president-du-groupe-sos-qui-va-reprendre-en-main-programme-de-deradi#.XC-wiFxKiM8

Le Groupe SOS va ainsi reprendre en main, à travers l’association Artemis, le programme de déradicalisation du ministère, le projet Rive (Recherche et intervention sur les violences extrémistes). Un nouveau centre a ouvert dans la capitale à la fin septembre, suivi par l’ouverture d’un deuxième lieu à Marseille d’ici la fin de l’année. L’organisation succède sur ce dossier à l’Association de politique criminelle appliquée et de réinsertion sociale, qui avait mis en place une première version du dispositif à Paris il y a deux ans. « Nous étions qualitativement bien placés, j’en déduis que la différence s’est faite sur le prix », regrette Frédéric Lauféron, le directeur général de l’APCARS.

 

« Son gène, c’est l’innovation, mais c’est un peu un éléphant dans un magasin de porcelaine, remarque le préfet Alain Régnier, administrateur du Groupe SOS et délégué interministériel chargé de l’accueil et de l’intégration des réfugiés. C’est un iconoclaste et, dans tout ce qu’il a conduit, cela a entraîné beaucoup de jalousies, de crispations, et parfois de recours. » Transgressif, Jean-Marc Borello suscite aussi la crainte à force de reprendre la main sur des associations. « Il y a beaucoup de fantasmes », balaye Alain Régnier.

Du côté de l’acteur historique du dispositif, qui l’a déjà mis en place à Paris, c’est la douche froide. «On baigne dans l’incompréhension, d’autant qu’on avait de très bons retours des juges antiterroristes et des services de l’administration pénitentiaire», explique Frédéric Lauféron, le directeur général de l’Apcars, l’Association de politique criminelle appliquée et de réinsertion sociale. Pour lui, la décision est aussi incompréhensible que brutale, d’autant que le dispositif parisien arrivait tout juste à maturité. «En général, il faut trois ans pour être totalement opérationnel», regrette Frédéric Lauféron. Le programme a été suivi par 22 personnes, 12 hommes et 10 femmes. Parmi eux, 80% faisaient l’objet de poursuites ou avaient été condamnés pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste. Actuellement, 18 personnes sont toujours dans le dispositif, et sept personnes étaient en cours d’admission. «Mais nous avons dû geler la procédure en apprenant la nouvelle», explique-t-il.

Il s’agit désormais pour l’Apcars d’entamer la «passation» avec le nouvel opérateur. «Nous avons déjà informé les personnes que l’on suivait de ce qui allait se passer, afin qu’ils ne l’apprennent pas dans la presse», dit Frédéric Lauféron. «Il nous reste très peu de délai pour nous retourner, et la décision menace les effectifs de notre structure», poursuit-il. Si elle rentre dans une période d’incertitude, l’Apcars pourra se porter candidate au prochain appel d’offres pour les villes de Lyon et Lille, courant 2019.

 

 

 

 

Les accusations de Liberation

https://www.liberation.fr/france/2018/12/20/harcelement-sexuel-je-ne-voulais-pas-de-ce-baiser-mais-borello-a-le-bras-long_1699070

 

 

 

Pilier de la macronie, figure du milieu de l’économie sociale et solidaire ne cachant pas son homosexualité, le président du groupe SOS est accusé de harcèlement et d’agressions sexuelles dans son entreprise. Il se défend en invoquant la «culture du groupe». «Libération» a recueilli le témoignage d’anciens employés décrivant les comportements déplacés de leur patron, au vu et au su de tous.

L’idée venait d’en haut, le timing était parfait. Juste avant la journée de lutte contre les violences sexistes et sexuelles du 25 novembre, les milliers de collaborateurs du groupe SOS, géant français de l’économie sociale et solidaire, ont reçu une invitation de leur direction. L’idée ? S’engager personnellement contre le harcèlement et les agressions, notamment homophobes. Depuis trente ans, la lutte contre les inégalités et la solidarité font l’ADN du groupe SOS. Le défi ? Poster sur les réseaux sociaux des photos d’un baiser entre salariés – homme-homme, femme-femme, femme-homme – accompagnées du hashtag #FraternitéChallenge. «Chaque agression est une agression de trop. Il n’est pas question ni de capituler ni de nous y habituer», souligne la newsletter envoyée par le service communication. La direction montre l’exemple, joignant deux clichés d’hommes s’embrassant sur la bouche. Sur l’une des images, le porte-parole LGBT du groupe dépose un baiser sur les lèvres du président du directoire, Jean-Marc Borello. «La liberté c’est le droit. L’égalité, c’est le fait. La fraternité c’est le devoir», souligne le grand patron dans un tweet lançant l’opération.

 

Car il y a des traditions à SOS. Faire la fête en est une. En septembre 2014, le groupe SOS célèbre ses trente ans d’existence. Salariés, directeurs, amis, partenaires : tout le monde se retrouve au Café monde qui ne s’appelle pas encore Fluctuat nec mergitur, sur la place de la République, à Paris. La règle non écrite veut que Jean-Marc Borello ouvre le bal, sur des rythmes antillais ou, plus souvent, Gigi l’amoroso, la chanson culte de Dalida, première icône gay de France. En fin de soirée, comme l’a raconté le Monde, le big boss a aussi pris l’habitude d’embrasser son cavalier, sélectionné parmi les stagiaires ou collaborateurs. Sur la bouche, au vu et au su de tout le monde et, dans les cas que Libération a documentés, sans le consentement des intéressés. La scène est devenue un classique des soirées SOS. Du genre que l’on ressasse à la machine à café le lendemain.

 

Ce soir de septembre il y a quatre ans, le choix de Borello se porte sur Antoine (1), 22 ans, qui termine un stage à SOS : «Il m’a invité à danser, en insistant. Il ne voulait pas me lâcher. Je savais ce qui pouvait arriver. On était près du bar, il y avait plein de monde autour. J’ai essayé de résister. Il savait très bien ce qu’il faisait puisque quand il m’a lâché, il a dit à la cantonade : « T’as mis la langue en plus, coquine ».» Sauf qu’Antoine ne voulait pas de ce baiser et que personne n’a bronché autour de lui, même si certains des convives ont pu faire des photos de la scène, que Libération s’est procurées. «J’ai assisté au baiser d’Antoine ce soir-là. Nous savions tous que ce n’était pas consenti. Ce genre de comportements était régulier de la part de Jean-Marc Borello», souligne un invité de la soirée baptisée «I love 1984».

Ces baisers volés sont de notoriété publique dans le groupe. De retour au bureau, «on en parlait entre nous. On disait : « Il y en a encore un qui s’est fait choper à la soirée »», explique Cyril (1), un ancien resté un an au siège de la rue Amelot (XIe arrondissement parisien) ayant assisté à plusieurs «baisers forcés» – la formule est de lui – en 2014 et 2015. L’appartenance au groupe SOS prend alors le dessus sur le reste : «On savait que le consentement n’était pas total mais comme les mecs n’avaient pas l’air au bout de leur vie non plus, on laissait faire. On disait : « C’est Jean-Marc, il est comme ça. » La culture d’entreprise libérée, ça faisait partie du package à SOS.»

 

Meneur d’hommes, boîte à idées, opiniâtre, fêtard, charismatique, ingérable, colérique : Jean-Marc Borello revendique tout. Son homosexualité aussi, qu’il n’a jamais cachée à ses collaborateurs, qu’ils soient hommes d’affaires ou hommes politiques. «C’était un boss qui ne faisait pas mystère de son homosexualité dans un milieu – les grands patrons – qui perpétue plutôt les codes virilistes, se souvient une responsable associative ayant passé quatre ans dans l’une des entités du groupe SOS. En fait, c’était une entreprise gay-friendly et ça faisait du bien.»

 

Au sein de son cabinet, le président du directoire de SOS s’entoure de nombreux hommes. Les «Borello boys», trentenaires, bardés de diplômes et ambitieux, occupent rapidement des postes de direction, signe de la confiance du boss. Nettement plus jeunes, les stagiaires personnels du patron ont aussi hérité d’un sobriquet, ce sont les «kikis». «Il disait « kiki » sans doute comme on dirait « loulou », raconte un ancien membre de ce groupe informel ayant effectué son service civique à SOS. C’est peut-être ses origines du Sud. Il est familial, il se comporte un peu comme un père.»

 

 

Lors de la journée des directeurs fin 2014, Clément (1), 24 ans, profite de la fête avec une amie, Claire (1), accoudé au comptoir de l’Usine, à Saint-Denis. Ils bossent depuis peu au groupe SOS tous les deux. Borello attrape Clément pour l’entraîner sur la piste. «Il veut m’obliger à danser avec lui. Il revient quatre ou cinq fois à la charge, devant tout le monde. C’est humiliant. J’essaie de m’accrocher à mon amie pour ne pas avoir à y retourner», se remémore le jeune homme. «Il faisait ce qu’il faisait toujours : il rôdait, abonde Claire quatre ans après. Il venait chercher Clément pour danser, il ne voulait pas le laisser partir.» Sur les photos de la soirée, que Libération a pu consulter, on voit clairement Claire s’interposer entre les deux hommes. «On sait très bien pourquoi je suis au milieu : c’est pour protéger Clément.» Le président du directoire finit par s’éloigner avant de revenir vers Clément : «Cette fois, il arrive par-derrière, il me pelote et essaie de m’embrasser de force sur la bouche. Je ne sais pas comment mais j’arrive à tourner la tête de l’autre côté. Du coup, il parvient juste à m’embrasser sur la joue. Je me souviens surtout d’une chose, j’étais trempé : il était en nage, il s’était collé à moi et il m’avait tenu serré.» Là encore, aucun supérieur hiérarchique ne vient à la rescousse.

 

De retour au siège de SOS, personne ne mentionnera jamais ce baiser devant Clément. «Moi j’étais choqué, je ne parlais pas. Je ne voulais pas de ce baiser mais Borello a le bras long, il connaît tout le monde donc on ne dit rien. C’est dingue tous ces mecs de HEC, avec tous leurs diplômes et leurs valeurs, qui ne lui disent rien. C’est pourtant pas compliqué : « Ça ne se fait pas, ce que tu fais fait du mal à la boîte ».» Clément «n’imagine même pas» porter plainte. «Puisque tout le monde avait ri devant la scène, était-ce vraiment grave ?»

 

Il remise la soirée dans un coin de sa tête mais son malaise va persistant : «Ce n’est que plus tard, à force d’en parler avec mes amis, que j’ai pris conscience que ce n’était pas anodin.» Depuis, les faits sont prescrits (2) et Claire, qui a quitté le groupe, ne décolère pas. Pour elle, «il y a une loi du silence dans le milieu homo. Si on faisait à des jeunes femmes ce qu’il fait à des jeunes hommes, l’histoire serait sortie dans la presse depuis longtemps».

Même topo un an plus tard. Amélie (1) débarque à la journée du personnel de 2015 avec quelques jeunes stagiaires du groupe. Cela fait trois ans qu’elle bosse à SOS, elle sait comment les soirées peuvent se terminer. «Quand je vois Jean-Marc Borello commencer à danser, je sais ce qui va se passer, se souvient-elle aujourd’hui. Je dis aux stagiaires d’aller dehors. En fait, je les mets à l’abri parce que je sais pertinemment que ce type peut les emballer et les embrasser de force, et je ne veux pas que cela arrive.» Quand Amélie revient dans la salle avec une de ses collègues, elles tombent sur Borello entrain de faire tourner un jeune homme sur Gigi l’amoroso. Le tour de piste se termine une fois de plus par un baiser. «C’est tellement admis dans le groupe, ça passe dans le registre du déluré gay, mais ça ne devrait pas», s’emporte Amélie.

 

«Je ne suis pas Noureev mais la danse fait partie de la culture du groupe», contre-attaque le patron du groupe SOS, que Libération a longuement rencontré. Jean-Marc Borello ne nie pas avoir embrassé des collègues – il exècre le mot «collaborateur» – ou des «petits», comme il appelle les stagiaires. Sa défense tient en deux points. D’une part, il ne se vit pas comme un patron et dément tout ascendant hiérarchique sur ses troupes. «Cette baraque, c’est une bande de copains», jure-t-il contre toute évidence vu la croissance exponentielle du groupe ces dernières années et la stature que cela lui confère. Et d’autre part, si embrassade il y a eu, «il s’agissait de simples smacks ou baisers à la russe», selon lui. Autrement dit, sans la langue. Un geste militant, explique même Borello, réminiscence des années sida, quand séropositifs et survivants s’embrassaient pour défier le monde. En tout cas, il rejette catégoriquement l’idée «d’un baiser sous emprise». «L’idée de contrainte m’insupporte, affirme-t-il. Je ne vais pas agresser, a fortiori devant 1 000 personnes, pour arracher un smack. Cela confinerait à de la pathologie ou du suicide.»

 

Le récit des victimes ou des témoins recueillis par Libération évoquent pourtant le contraire : un mélange de contrainte morale, hiérarchique et physique. «C’est le patron, tu es stagiaire : tu ne sais pas quoi faire alors tu laisses faire», relate Antoine, qui se souvient avoir essayé de se défaire de Jean-Marc Borello. A l’époque, lui aussi n’a pas porté plainte parce qu’il «ne savait pas bien» ce qu’il avait vécu et qu’il imaginait alors faire carrière dans l’économie sociale et solidaire. Aujourd’hui, les faits sont prescrits.

Dans les locaux de la rue Amelot, fine artère reliant les places de la République et de la Bastille à Paris, Jean-Marc Borello règne sans partage, volontiers provocateur. Il a vécu mille vies, il parle cash. C’est parfois sexiste, souvent sexuel. Passant la tête dans un bureau où une future recrue attend son rendez-vous, le patron lance «pas besoin d’entretien, la grande folle, on la prend». «En réunion, je l’ai entendu dire : « Il s’appelle comment déjà le stagiaire pédé ? » témoigne un ancien salarié ayant travaillé un an au siège de SOS. C’était un autre contexte, avant toutes les affaires #MeToo. On avait moins conscience de tout ça et cela faisait partie du personnage.»

 

Matthieu (1), qui a bossé au cabinet Borello il y a une petite dizaine d’années, a subi pendant des mois cette atmosphère de travail : «Jean-Marc Borello me pelotait en arrivant derrière ma chaise. Il mettait les mains dans le col de ma chemise pour les descendre. Tout le monde voyait, tout le monde était au courant. Pendant plusieurs mois, chaque fois que je prenais l’ascenseur avec lui, il prenait mon visage entre ses mains pour m’embrasser et je le repoussais.» Soit peu ou prou la définition du harcèlement sexuel dans le code pénal, article 222-33. «Après un moment, Jean-Marc Borello s’est lassé», se souvient Matthieu, qui a quitté le groupe depuis.

 

Dans les couloirs, «je l’ai vu mettre des mains au cul ou sur le sexe de stagiaires ou de salariés», corrobore un responsable associatif ayant débuté chez SOS au début des années 2000. Il ajoute : «Cela perdure toujours. C’est la construction d’un système : les gens sont pris dedans, ils ne voient même pas que ce qu’ils font est mal.»

 

Début 2017, une ancienne salariée du groupe va assister, tétanisée, à une réunion pendant laquelle Jean-Marc Borello va passer son temps à adresser des gestes sexuellement explicites à son voisin de table sans que personne n’intervienne. «Il mimait une fellation avec sa main et sa langue en faisant gonfler sa joue», se souvient la jeune femme. Rien, selon le président du directoire, qui ne contrevienne à la loi : «Il ne s’agit pas de harcèlement, dans un cas comme les autres». Jean-Marc Borello apparaît en tout cas en décalage total avec une époque qui fait du consentement le pilier de toute relation. A l’Altermundi café puis au Centenaire, la tradition a aussi longtemps voulu que directeurs et salariés se retrouvent le jeudi soir pour un apéro. Il y a une dizaine d’années, ces soirées étaient devenues le théâtre d’une forme de bizutage où des jeunes recrues – tous des hommes – se retrouvaient avec des tee-shirts soulevés voire déchirés «pour que Jean-Marc puisse tâter et peloter», raconte un ex-collaborateur ayant assisté une fois à la scène. «Moi on m’avait briefé, se souvient Matthieu. On m’avait dit : « Mets une chemise à laquelle tu ne tiens pas trop. » Ce n’est pas allé plus loin mais j’ai vu une fois un mec se retrouver à poil au milieu du café.» Pour Jean-Marc Borello, ces soirées, ouvertes à tout le monde, n’avaient aucun lien avec SOS : vient qui veut, sans aucun lien hiérarchique. «Les chemises déchirées, le patron qui danse sur un tabouret, oui, ça nous est arrivé, raconte Borello. Mais c’étaient des soirées entre amis.»

 

Sous couvert de bienveillance, l’entreprise tourne au verrouillage. La pression monte. Certains directeurs passent les coups de fil pour obtenir ces confessions de salariés, quand ce n’est pas Jean-Marc Borello lui-même : «Tu vas bien ? Dis, j’aurais besoin d’un petit service…» Les récits allant dans le sens de Jean-Marc Borello sont consignés, au cas où. De la communication de crise au sommet. Comme dans une véritable multinationale.

 

Les prénoms ont été modifiés.jean-marc borello

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2 commentaires pour Bien pire que l’affaire Benalla, une affaire Borello ?

  1. josephhokayem dit :

    A reblogué ceci sur josephhokayem.

    J'aime

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