LA POLITIQUE ÉTRANGÈRE FRANÇAISE

Nous avons eu  sous Hollande un discours de politique étrangère qui s’est beaucoup focalisé sur les valeurs au détriment des intérêts de la France .

La politique étrangère de la Vème République a marqué une rupture avec celle qui avait été mise en œuvre pendant la IVème République. Elle est marquée, avec les nuances et les adaptations nécessaires, par une grande continuité de 1958 à 2007. Par-delà la personnalité des cinq présidents qui se sont succédé, du général de Gaulle à Jacques Chirac, elle a été caractérisée par quelques grands principes dont la mise en œuvre intangible a fait de la France pendant cette période un acteur majeur en Europe comme sur la scène mondiale. 
Cette politique a bénéficié d’un large consensus au niveau des partis politiques comme de l‘opinion publique. Certes il a toujours existé des universitaires, des diplomates et des militaires à la sensibilité atlantiste, mais leur influence n’affectait pas ce consensus.

L’orientation politique qui a conduit à la rupture de 2007 peut-elle être taxée de « néo-conservatrice » ? L’étiquette n’est certainement pas l’essentiel, et, qu’on l’accepte ou la récuse, le fait majeur de la rupture ne nous paraît guère contestable.
Il n’est, cependant, pas sans intérêt de s’interroger : existe-t-il un néo-conservatisme à la française ? 
Ce courant est un phénomène à l’origine typiquement américain, qui a été marginalisé par l’administration Obama comme par Donald Trump. Ses promoteurs avaient pris le pouvoir sous Georges W. Bush et imposé leur doctrine interventionniste visant à promouvoir les valeurs américaines, notamment la démocratie et la libre entreprise, telles qu’elles sont formulées par ses idéologues. Son principal point d’application a été le Grand Moyen-Orient que Georges W. Bush entendait « remodeler » de la Mauritanie au Pakistan, comme il l’avait annoncé devant le cercle néo-conservateur de l’American Enterprise Institute le 26 février 2003. On mesure actuellement l’ampleur de l’échec d’une telle politique qui a ouvert la porte à l’influence iranienne et contribué au développent du chaos au Moyen-Orient : on comprend que ceux qui s’inscrivaient dans ce courant en France ne souhaitent pas lui être assimilés ! 
Quoi qu’il en soit, il est vrai qu’une sensibilité atlantiste, privilégiant la relation avec les Etats-Unis, a toujours existé au sein du ministère des affaires étrangères comme parmi les chercheurs, notamment ceux qui s’intéressaient aux questions politico-militaires. Mais il est évident que son influence a décru entre 1958 et 2007 même si ses tenants ont essayé à plusieurs reprises, notamment en 2003, d’infléchir la politique étrangère, en particulier au Moyen-Orient.

 

Il est clair que le monde s’est profondément transformé depuis les années 1960. Plusieurs dates marquent des ruptures. Parmi bien d’autres, citons 1973 et le premier choc pétrolier qui fait apparaître le poids des pays du Sud ; 1989 et l’écroulement de l’empire soviétique, puis l’unification allemande ; 2001 et l’irruption spectaculaire de la menace terroriste ; 2003, la seconde guerre d’Irak et le début de la déstabilisation du monde arabe ; 2011 et le mal dénommé Printemps arabe ; 2017 et l’arrivée au pouvoir d’un candidat populiste américain erratique qui contribue à nourrir le chaos. 
Le monde est devenu non pas multipolaire mais chaotique ou, pour reprendre l’expression de l’ancien ministre des affaires étrangères Laurent Fabius, « apolaire ». La planète est sans gouvernance et sans leadership. Après le « leading from behind » cher à Obama et « l’America first » de Trump, les Etats-Unis se sont éclipsés de la scène internationale, mais leur puissance économique et militaire reste celle d’une « hyper-puissance ». L’Europe quant à elle, prématurément élargie à l’Est, économiquement écartelée entre Nord et Sud, divisée sur des principes fondamentaux d’un État démocratique et fragilisée par le Brexit, voit son influence politique s’éroder sur la scène internationale. 
L’URSS s’est écroulée mais la Russie est de retour. Certes, elle n’a pas l’ambition idéologique de changer le monde, mais la Russie défend une vision élargie de ses intérêts nationaux et parfois de façon brutale. Après la « décennie noire » et les humiliations des années 1990, elle est redevenue, malgré sa vulnérabilité économique, un acteur majeur, en particulier au Moyen-Orient.
Face à ces évolutions, le Sud, bien que disparate et peinant à afficher des positions communes, prend conscience de sa montée en puissance à la fois économique et politique. 
La Chine est non seulement devenue la 2ème puissance économique mondiale mais, depuis l’arrivée de Xi-Jinping, elle développe une politique étrangère qui dépasse sa dimension commerciale pour s’afficher comme grande puissance. La nouvelle Route de la soie est à l’évidence un grand dessein géo-stratégique pour étendre son emprise aussi bien en Afrique qu’au Moyen-Orient. D’une façon plus générale le temps de l’imperium européen, franc ou indirect, est révolu et les pays du Sud s’affranchissent de tutelles trop pesantes, qu’il s’agisse de la Turquie, du Mexique ou de l’Arabie saoudite. 
L’Iran, qui a su profiter des opportunités que la désastreuse intervention américaine de 2003 en Irak lui a offertes, est devenu un pays qui étend maintenant son influence du Golfe à la Méditerranée. 
Des Etats faillis se sont multipliés dans le monde arabe comme en Afrique. Il s’agit d’un élément essentiel de cette nouvelle donne, qui a contribué à la diffusion du terrorisme. De la Syrie à la République démocratique du Congo en passant par le Yémen et plusieurs pays du Sahel, nombreux sont les gouvernements qui n’exercent leur pouvoir que sur une partie de leur territoire : leur autorité est contestée par des groupes violents, dont certains, comme le Hezbollah, sont puissamment armés. 
Les interlocuteurs traditionnels perdent leur crédibilité tandis qu’apparaissent de nouveaux acteurs, parfois peu fréquentables, et quelquefois réellement agressifs et déstabilisateurs. Le terrorisme a exploité cette nouvelle situation : il s’agit d’un élément essentiel de cette nouvelle donne, appelée à perdurer. 
Les forces populistes montent en puissance, notamment aux Etats-Unis. L’arrivée au pouvoir de leurs hérauts, aussi bien aux Etats-Unis qu’en Europe a pris par surprise certains observateurs, pouvant avoir des conséquences graves sur la vie internationale, y compris en Europe.
Enfin de nouveaux domaines, qui relèvent nécessairement d’une approche globalisée, sont devenus des enjeux majeurs dont la diplomatie s’est emparée. A cet égard, le discours de Jacques Chirac à Johannesburg le 2 septembre 2002 – « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs » — marque le début d’un engagement actif de la France dans le domaine de l’environnement.


Certaines de ces évolutions ne paraissent pas avoir été correctement anticipées, notamment l’ampleur de la menace terroriste et l’élection de Donald Trump, ou prises en considération à leur juste proportion alors même que découlent plusieurs conséquences de cette nouvelle situation.

  • Les règles du jeu ont changé. Après la parenthèse qui a suivi l’écroulement de l’URSS, les pays occidentaux ne font plus, à eux seuls, la loi internationale. La diplomatie de la canonnière n’est plus de mise. Aux Nations unies, ils doivent compter non seulement avec la Russie et la Chine, mais aussi avec les grands pays émergents de plus en plus vigilants sur les atteintes possibles au principe de souveraineté.
  • La vie internationale est devenue beaucoup plus complexe. Il n’y a plus de « monde libre » versus « l’axe du mal ». Il y a maintenant des acteurs nouveaux, nombreux, dont certains ne sont pas des Etats, et qui suscitent des alliances ou des rivalités à géométrie variable. Le partenaire d’aujourd’hui peut être l’ennemi de demain.
  • La menace terroriste est devenue une préoccupation majeure qui n’est pas près de disparaître. La victoire militaire sur l’Etat islamique en Irak et en Syrie ne doit pas faire oublier l’action terroriste de nombreux mouvements qui dans le monde arabo-musulman se réclament de Daech ou d’Al Qaïda. Il s’agit d’un élément fondamental dont doit tenir compte la politique étrangère : la lutte contre le terrorisme est devenue une priorité durable pour l’ensemble de la communauté internationale.
  • Non seulement les interventions militaires ne peuvent résoudre les problèmes politiques, mais, au contraire, elles peuvent les compliquer, comme il ressort incontestablement des interventions américaine en Irak en 2003 ou de l’OTAN en Libye en 2011 : leurs conséquences désastreuses pèsent toujours sur la sécurité du monde. 
    Il apparaît de plus en plus clairement que, dans le contexte actuel, une intervention militaire ne peut réussir que si elle est légale au regard du droit international c’est-à-dire appelée par le gouvernement légitime, comme cela a été le cas au Mali, ou autorisée par le Conseil de sécurité. 
    Encore convient-il de veiller à ce que l’esprit du mandat reçu soit respecté – ce qui n’a pas été le cas en Libye où la mission de protection s’est muée en regime change – et qu’une solution politique pour le « jour d’après » ait été prévue. 
    Encore convient-il d’anticiper les crises et de ne pas décider dans l’urgence des interventions militaires, en République Centrafricaine ou au Mali, sans que l’on ait défini des objectifs politiques de nature à déboucher sur des solutions aux problèmes de fond qui ont rendu l’intervention nécessaire

Il est temps de renouer avec l’esprit d’une diplomatie indépendante, fidèle aux intérêts fondamentaux de la France et dénoué de toute tentation d’exporter la démocratie.

Emmanuel Macron  a eu le mérite de fermer la sinistre période hollando fabusienne images

https://www.boulevard-exterieur.com/Le-debat-sur-la-politique-etrangere-francaise-l-avenir-d-un-oxymore.html

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