La francophobie

 

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Des jeunes, citoyens français, nés en France, combattent la République  et perpétuent d’horribles attentats. En janvier une proportion inconnue de jeunes fait savoir qu’elle ne se sent pas « Charlie » et en décembre la réprobation des attentats  ne fait pas l’unanimité. Philippe Val raconte comment le 13 novembre au soir, au moment des attentats, il est entré dans un établissent parisien halal où certains se congratulaient…

Une question légitime se pose : quelle est l’origine de la francophobie ?

Nous avons admis les conséquences de la politique extérieure, nous acceptons l’idée que l’intégrisme religieux  ou la résurrection du califat puissent avoir sa part de responsabilité. Nous avons souligné  les dangers de la racialisation statistique  et du communautarisme.

Mais si toutes ces données concourent à la création d’un terreau favorable, au même titre que le chômage,  aucune ne peut expliquer la francophobie[1]. Il nous faut donc aller plus loin et chercher à expliquer pourquoi des citoyens français en arrivent à se détester.

Quelle est la responsabilité de tous ceux qui accusent la France de colonialisme et de racisme ?

Deux tendances majeures se font jour, d’une part la montée de la phobie de l’islam, d’autre part la dénonciation de l’islamophobie.

 

La France islamophobe et raciste

Le concept de phobie renvoie à la peur, avoir peur n’est pas un délit. Cependant la peur peut conduire à une aversion vive, est- ce interdit ?

Le concept d’islamophobie dépasse la notion même de phobie à partir du moment où l’islam est concerné. Le dictionnaire Robert valide l’amalgame étudié ci-dessus et définit ainsi l’islamophobie : « forme particulière de haine dirigée contre l’islam et les musulmans qui se manifeste en France par des actes de malveillance et une discrimination ethnique contre les immigrés maghrébins »

Pour certains la priorité doit être donnée à la lutte contre l’islamophobie, pour d’autres  les abus de la lutte contre les « actes  islamophobes » seraient l’origine du mal.

Thomas Deltombe à l’inverse justifie le combat contre l’islamophobie car il y a « trois éléments clés de la peur de l’islam : le traumatisme de la guerre d’Algérie, la visibilité de la religion musulmane et la crainte de l’islamisation des modes de vie ».

Gourevitch étudie même les éléments constitutifs de la pensée islamophobe marquée par « « Le refus du compromis. Il n’y a pas d’islamistes modérés. Ceux qui se prétendent tels font le jeu des radicaux. Islam et islamisme sont semblables et tous deux à combattre. »

Le Collectif Contre l’Islamophobie en France (CCIF) a été créé en 2003. Il compte des antennes dans plusieurs villes de France, et a gagné en  une véritable reconnaissance au niveau international en nouant un partenariat avec l’OSCE et en devenant membre consultatif de l’Organisation des Nations Unies.

Il appelle les musulmans à dénoncer l’islamophobie, de l’insulte à une femme porteuse d’un hijab à l’interdiction faite à des femmes voilées d’accompagner une sortie scolaire.

A  titre d’exemple  le site islamophobie.net  s’en prend  vigoureusement à la laïcité[2]:

« La mission laïcité compte en son sein des personnalités qui se sont distinguées par leurs prises de positions islamophobes, tels que Patrick Kessel, à la tête d’un « Comité Laïcité République » qui a récemment attribué un « prix national de la laïcité » à Françoise Laborde, la sénatrice à l’origine du projet de loi visant  à étendre l’obligation de neutralité aux structures privées responsables de la petite enfance. On y retrouve également Elisabeth Badinter et Sihem Habchi, tenantes d’un féminisme excluant et paternaliste, qui pense pouvoir dicter aux femmes comment elles doivent se libérer. Enfin le responsable de la mission laïcité Alain Seksig, interdisait dès 2005, en tant qu’Inspecteur de l’Education Nationale, aux mamans voilées d’accompagner les sorties scolaires de leurs enfants, prétextant qu’elles étaient assimilables à des agents de la fonction publique. Au regard des membres permanents, on voit bien la vision de la laïcité qui est ici véhiculée. Il en va de même des principaux intervenants du cycle de conférences 2012/2013 organisé par le HCI et intitulé « Vivre et faire vivre la laïcité » : Françoise Laborde y animait hier 22 janvier une conférence sur la laïcité et la petite enfance, accompagnée de la directrice de la crèche privée « Baby-loup », Natalia Baleato, qui avait licencié l’une de ses employées au seul motif qu’elle portait le voile. Le troisième intervenant est Charles Conte, chargé de mission laïcité à la Ligue de l’Enseignement, laquelle s’était illustrée l’été dernier lors du licenciement de trois animateurs d’une de ses colonies de vacances à Gennevilliers ; le motif ? Ils jeûnaient pendant le Ramadan. Il en va de même pour les autres conférences dont on comprend, par le choix des thèmes, des exemples ou des intervenants, qu’elles ne laisseront aucune place au débat : ces conférences ne sont que des séances de propagande, qui réunissent entre eux les tenants de cette novlangue dans laquelle laïcité = islamophobie ».

Pascal Bruckner dans son ouvrage  «chantage à l’islamophobie »[3] dénonce le travers de l’amalgame  et les conséquences de pratiques rendant l’islam intouchable :

 «  L’islam est intouchable: le critiquer ou le soupçonner, c’est faire preuve de racisme. Telle est la nouvelle vulgate que tente d’accréditer le Mrap, un certain nombre de médias et de chercheurs et une partie des dirigeants politiques. De quoi s’agit-il en l’occurrence? De soustraire la religion coranique à l’épreuve que subissent, depuis longtemps, les deux autres monothéismes existants: l’épreuve de la remise en cause. Un petit brûlot rédigé par un «spécialiste») tente d’accréditer cette thèse: l’islam ferait l’objet d’amalgames scandaleux. Attaqué par des écrivains, tel Michel Houellebecq, ou des journalistes, telle Oriana Fallaci, il constituerait le paria des confessions et la confession des parias.

Or ceux qui l’incriminent ne le connaissent pas et leur virulence serait proportionnelle à leur ignorance: «fantasme» des fous d’Allah invoqué par des «intellectuels médiatiques», «fantasmes sécuritaires» dirigés contre les nouvelles classes dangereuses que sont les jeunes de banlieue; fantasme, enfin, de l’asservissement des femmes islamiques qui n’est rien d’autre qu’un «cliché». Conclusion: vilipendé, caricaturé, l’islam doit être protégé par tous les moyens, et ceux qui médisent de lui, traînés devant les tribunaux. »

Jean Christophe Moreau dans « islamophobie contre-enquête »[4] dénonce l’ambiguïté du CCIF, de Gresh et Deltombe

« Mais Gresh s’attache surtout, au détour d’une énième attaque contre Caroline Fourest, à discréditer notre démonstration de la construction tendancieuse des statistiques du Collectif Contre l’Islamophobie en France (CCIF), qui recensent comme « actes islamophobes » -entre autres exemples- des fermetures de mosquées clandestines ou des mesures d’expulsion contre des individus impliqués dans des entreprises terroristes!

…Mais quels « aléas » égarent le CCIF lorsqu’il recense comme « acte islamophobe », par exemple, la fermeture en 2004 d’une école coranique clandestine à Grisy-Suines après que quatre de ses membres (dont le directeur) ont agressé des journalistes?

Au-delà du cas du CCIF, nous ne pouvons aujourd’hui faire l’économie d’une véritable réflexion sur la charge affective que l’accusation « d’islamophobie » véhicule dans le débat public. Car elle brouille les repères traditionnels entre ce qui relève de la liberté d’expression et ce qui relève de l’incitation à la haine : en témoignent les accusations réitérées contre Charlie Hebdo depuis « l’affaire des caricatures”. Une telle réflexion doit avoir lieu parce que nous avons besoin de rationalité pour lutter contre tous les amalgames. D’abord pour rompre le cercle vicieux de l’appel à la « désolidarisation » des musulmans face aux violences commises au nom de l’islam, qui entretient quoiqu’on en dise une présomption de culpabilité collective. Mais aussi pour rompre avec l’idée qu’il existerait en France une prédisposition particulière à la haine des musulmans.3

La difficulté à étudier l’islam  et l’islamisme est grande comme le montre l’enquête sur Lille, les accusations d’islamophobie sont sous-jacentes[5].

« Lors de l’élaboration de notre état de lieux, nous avons contacté un sociologue qui avait déjà étudié des questions liées à l’islam sur le territoire de Lille. Après que nous lui ayons présenté le cadre de l’étude, il a émis des doutes sur la neutralité de notre positionnement et a souhaité que son nom ne figure pas dans notre rapport. Pour lui, ce qu’on appelle ‘radicalisation islamiste’ diffère selon l’angle d’approche adopté : ainsi, si l’on opte pour l’approche des politiques d’intégration en France ou en Belgique, pays proche de la métropole lilloise, la définition n’en sera pas la même. Cette remarque signifie que le débat sur l’islamisme ne découle que du regard porté sur la place de l’islam dans la société européenne. Par conséquent, tout questionnement sur l’islamisme en tant qu’idéologisation de l’islam et son impact sur l’évolution des populations dites musulmanes en France nourrirait nécessairement la stigmatisation de l’islam et des musulmans. Pour ce sociologue, notre démarche qui visait à interroger les vécus et les représentations de jeunes, d’acteurs religieux et politiques et d’intervenants sociaux sur l’islam et l’islamisme, ne pouvait qu’être scientifiquement illégitime et politiquement incorrecte.

Nous avons rencontré la même réaction suspicieuse, mais plus virulente, de la part d’un élu politique. Suite à la présentation de l’enquête, cet élu a fortement désapprouvé qu’une telle étude soit menée à Lille, et nous a précisé, avec insistance, que le phénomène de radicalisation islamiste n’existait pas à Lille et qu’un tel sujet ne pouvait qu’attirer des journalistes en recherche de scandale. Puis, il nous a ordonné de mettre un terme à cette étude nuisible. Nous avons argumenté que l’intérêt d’une telle étude pourrait précisément être de réfléchir au bien-fondé ou non des constats médiatiques, sans arriver à le convaincre tant il était persuadé que ce genre d’étude était de toute façon inacceptable si l’on ne s’intéressait qu’à la religion islamique et qu’elle n’attiserait que les discriminations et le racisme antimusulmans.

Enfin, une militante associative, opposée à tous les partis politiques, a réagi de la même façon. Militante antiraciste, elle réfutait l’intérêt d’une telle étude dans la mesure où, selon elle, il aurait plutôt fallu chercher les causes de la radicalisation islamiste dans les inégalités socioéconomiques qui tirent leur origine de la domination des blancs. »

De telles réactions témoignent de la gravité du problème et de l’incapacité actuelle de la société française à traiter sereinement de l’islam.

 

La République, c’est le pouvoir blanc

 

En 2005  un appel dit des « indigènes de la République »[6] a été signé par Tariq Ramadan  et Éric Hazan. Le premier est le penseur islamiste déjà cité, le second s’est rendu célèbre pour avoir  lancé une pétition contre la police, armée d’occupation de Villiers le Bel. En dix ans le mouvement des indigènes a  popularisé des thèses francophobes. L’extrait ci-dessous  reprend le thème de  la repentance, et  les reproches adressés habituellement aux colonisateurs  pour les chasser.

« Discriminés à l’embauche, au logement, à la santé, à l’école et aux loisirs, les personnes issues des colonies, anciennes ou actuelles, et de l’immigration postcoloniale sont les premières victimes de l’exclusion sociale et de la précarisation. Indépendamment de leurs origines effectives, les populations des « quartiers » sont « indigénisées », reléguées aux marges de la société. Les « banlieues » sont dites « zones de non-droit » que la République est appelée à « reconquérir ». Contrôles au faciès, provocations diverses, persécutions de toutes sortes se multiplient tandis que les brutalités policières, parfois extrêmes, ne sont que rarement sanctionnées par une justice qui fonctionne à deux vitesses. Pour exonérer la République, on accuse nos parents de démission alors que nous savons les sacrifices, les efforts déployés, les souffrances endurées. Les mécanismes coloniaux de la gestion de l’islam sont remis à l’ordre du jour avec la constitution du Conseil français du Culte Musulman sous l’égide du ministère de l’Intérieur. Discriminatoire, sexiste, raciste, la loi anti-foulard est une loi d’exception aux relents coloniaux…. On refuse le droit de vote à ceux qui ne sont pas « français », en même temps qu’on conteste « l’enracinement » de ceux qui le sont. Le droit du sol est remis en cause. Sans droit ni protection, menacées en permanence d’arrestation et d’expulsion, des dizaines de milliers de personnes sont privées de papiers. La liberté de circulation est déniée ; un nombre croissant de Maghrébins et d’Africains sont contraints à franchir les frontières illégalement au risque de leurs vies. »

Le mouvement s’en prend aux lois sur le voile et aux féministes blanches  et les mouvements pro homo : « Bilan des courses, de la même façon que le MLF a tu les revendications de Coordination des femmes noires portant sur l’oppression coloniale et s’est focalisé sur les thèmes de la polygamie et des mutilations génitales, des organisations LGBT s’installent aujourd’hui pour des kiss-in devant des mosquées comme s’il pouvait en être de même que devant des églises dans un contexte de racialisation de l’islam et de montée l’islamophobie »

Le magazine Marianne accuse de racisme  Houria Bouteldja. Chez Dominique Taddei cette dernière avait utilisé (à l’oral) l’expression de « sous chiens «  ou de « souchiens »  pour parler des blancs. L’homophonie fit polémique. Pour le mouvement la République c’est le pouvoir blanc ²: « C’est le reste de la société qu’il faut éduquer, […] c’est le reste de la société occidentale, enfin de ce qu’on appelle, nous, les souchiens — parce qu’il faut bien leur donner un nom —, les Blancs, à qui il faut inculquer l’histoire de l’esclavage, de la colonisation ».

Après les attentats de novembre un collectif appelle  à une grande réunion publique  à Saint Denis « Contre les dérives racistes et islamophobes de l’état d’urgence, la politique guerrière de la France, le tout sécuritaire et l’état d’exception liberticide ». Tariq Ramadan se trouve en tête d’affiche…

Un mécanisme fonctionne parfaitement pour légitimer la francophobie et transformer en déviants les Français. Par lâcheté et sans doute pour ne pas être accusés de racisme et d’islamophobie, les politiques se taisent  ou pire, donnent des gages …

 

[1] L’ethnicisation du lien social dans les banlieues françaises Jacqueline Costa-LascouxMarie-Antoinette Hily Revue européenne des migrations internationales  Année 2001  Volume 17  Numéro 2  pp. 123-138

[2]http://www.islamophobie.net/articles/2013/01/23/islamophobie-hci-haut-conseil-integration-laicite-femme-voilee-universite

 

[3] http://www.denistouret.net/textes/Bruckner.html

   [4]Islamophobie la contre-enquête 2014 de Isabelle Kersimon  (Auteur), Jean-christophe Moreau (Auteur)

 

[5] The Denmark School  Jeunes et radicalisation islamiste: parcours, facteurs et acteurs influents 2010

 

[6]https://www.facebook.com/Parti-des-Indig%C3%A8nes-de-la-R%C3%A9publique-116242968414933/

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2 commentaires pour La francophobie

  1. Guillaume P dit :

    Intéressant, car pendant ce temps là, HEC recrute à tour de bras auprès des universités étrangères avec un atout: la francophonie, le français étant amené à être la seconde langue dans la monde (hors chine/inde) grâce à la montée démographique en Afrique.

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