
une planète sans pollution anthropique (c’est-à-dire sans émissions humaines de CO₂ ni d’aérosols) se réchauffeit plus vite à court et moyen terme que ce qu’on observe actuellement, même si le CO₂ accumulé reste présent.C’est l’un des paradoxes les plus contre-intuitifs du changement climatique, souvent appelé le « clean air paradox » ou « paradoxe de l’air pur ». Voici pourquoi, de façon claire et basée sur les connaissances scientifiques actuelles (y compris les travaux récents de 2024-2026).Les aérosols : un « masquage » refroidissant massif
- Les combustibles fossiles émettent à la fois du CO₂ et des aérosols (particules fines comme les sulfates, nitrates, carbone noir, etc.).
- Les aérosols majoritaires (sulfates surtout) réfléchissent la lumière solaire vers l’espace et rendent les nuages plus brillants et réfléchissants → effet refroidissant net très fort.
- Depuis l’ère industrielle, cet effet a masqué environ 0,4 à 1 °C de réchauffement potentiel causé par les gaz à effet de serre (GES). Sans aérosols, on serait déjà bien plus chaud aujourd’hui.
C’est exactement ce qu’on observe depuis ~2010-2015 :
- La baisse des aérosols en Asie de l’Est (surtout Chine) explique une bonne partie de l’accélération récente du réchauffement (environ +0,05 °C/décennie supplémentaire).
- Les nuages deviennent moins réfléchissants (moins de « graines » pour former des gouttelettes), laissant passer plus de soleil → amplification régionale (Pacifique, Atlantique Nord, etc.).
- Même si on atteignait zéro émission nette de CO₂ demain, sans aérosols, la température continuerait à monter un peu plus vite pendant 10-30 ans
L’étude, intitulée The hidden warming challenge in climate action, a été publiée le 13 janvier 2026 dans la revue Science Bulletin (DOI : 10.1016/j.scib.2025.09.024).
eurekalert.org
Elle est menée par une équipe de chercheurs chinois affiliés à des institutions comme l’Académie des sciences de Chine, et s’appuie sur des projections climatiques réalistes alignées sur la trajectoire de neutralité carbone de la Chine et l’objectif de 2 °C de l’Accord de Paris.
Accélération du réchauffement non freinée : Même avec une implémentation totale des NDC, le rythme actuel d’accélération du réchauffement (observé ces dernières décennies) ne ralentirait pas significativement d’ici 2040-2050. La raison principale ? La réduction des aérosols, qui agissent comme un « parapluie » en réfléchissant la lumière solaire et en refroidissant la planète. Leur diminution révèle le réchauffement accumulé par les GES, amplifiant l’effet net.
Impacts régionaux : L’effet est particulièrement marqué en hiver dans l’Arctique et l’Eurasie, où le réchauffement pourrait s’intensifier de manière prononcée en raison de la perte de cet effet refroidissant
Ce phénomène n’est pas nouveau et est corroboré par de nombreuses études. Les aérosols anthropiques (issus de la pollution industrielle, des transports, etc.) masquent environ 0,5 à 1 °C de réchauffement potentiel depuis l’ère industrielle.
carbonbrief.org Leur réduction, bien que bénéfique pour la santé, « démasque » ce réchauffement latent. Par exemple :
- Une étude de 2025 dans Communications Earth & Environment montre que les réductions d’aérosols en Asie de l’Est (surtout en Chine) ont contribué à environ 0,05 °C par décennie au réchauffement global depuis 2010, expliquant une grande partie de l’accélération récente. eurekalert.org
- Dans Nature Communications (2023), des chercheurs estiment que vers la neutralité carbone, les effets des aérosols pourraient surpasser ceux des GES dans l’accélération du réchauffement à court terme, augmentant la fréquence des extrêmes météorologiques. nature.com
- Une analyse de 2024 dans PNAS lie directement la cleanup de la pollution en Chine aux vagues de chaleur extrêmes dans le Pacifique, via une chaîne d’effets atmosphériques.