Macron tente de réinventer le mythe d’al Andalus ; le discours d’un inculte ou d’un provocateur qui manipule l’histoire

Universitaire espagnol et arabisant mondialement reconnu, SerafínFanjul a consacré sa vie à l’étude de l’islam comme phénomènereligieux, sociologique, économique et politique. Ses travaux majeurs,dont le présent ouvrage est la première traduction en français, ont faitgrand bruit en Espagne et l’on peut aisément comprendre pourquoi.Il s’est en effet penché principalement sur Al-Andalus, cette Espagnemédiévale dite des trois cultures, où la domination politique del’islam aurait permis pendant des siècles d’extraordinaires échangesculturels entre les communautés islamique, chrétienne et juive, surfond de cohabitation harmonieuse

.Il montre avec érudition comment l’imaginaire des romantiques est passé par là, laissant en héritage une vision du passé hispanique qui relève davantage du fantasme que de la réalité. La vérité historique a été emportée par la croyance, et celle-ci est d’autant plus séduisante que les sirènes du conformisme ont su la détourner à leur profit pour faire de l’Espagne d’alors un véritable paradis perdu du multiculturalisme européen.La réalité que le travail de Fanjul restitue est celle d’une péninsule où règnent entre les communautés l’intolérance et le conflit, la souffranceet la violence, bien loin de l’ouverture et de l’apaisement trop souvent soutenus.

L’Espagne à la veille de l’invasion musulmane de 711 était une terre de haute et ancienne culture. Province romaine depuis les Guerres puniques, elle a fourni nombre d’écrivains latins et d’empereurs romains.

Les Wisigoths, latinisés, installés depuis trois siècles, se considéraient comme les héritiers de plein droit de Rome. Pour Dario Fernandez-Morero, « la culture hispano-wisigothique existait déjà en Espagne lorsque l’islam naquit en Arabie parmi les tentes, les moutons et les chameaux bédouins ». De fait, au VIIIe siècle, le niveau de civilisation était bien plus élevé que celui des envahisseurs musulmans. Les chroniques musulmanes décriront d’ailleurs l’Espagne comme « un pays rempli de trésors de toute sorte » qui stupéfia les bédouins arabo-berbères incultes.

L’Hispanie wisigothique bénéficiait également de l’influence culturelle directe de l’Empire chrétien gréco-romain, que l’expansion musulmane interrompit brutalement.

Reprenant la thèse d’Henri Pirenne, Dario Fernandez-Morero considère en effet qu’en s’interposant à travers la Méditerranée, l’islam aurait ralenti la transmission culturelle entre les Grecs et l’Occident.

Il fait d’ailleurs sienne la thèse de Sylvain Gouguenhein qui dénonçait la fable d’une prétendue transmission du savoir antique à l’Occident par les Arabes (Aristote au Mont Saint-Michel, Seuil, 2008). Selon l’auteur, les musulmans n’ont jamais assimilé les civilisations précédentes : ils ont su en tirer profit et procéder à leur remplacement. Ainsi l’éclat du califat de Cordoue, si souvent vanté, se nourrissait de la romanitas et de l’islamisation d’une partie des élites wisigothiques, réemployant les techniques romaines, comme l’arc outrepassé ou l’alternance de brique et pierre.

La musique, qui représentait une science quasi-inconnue des Arabes avant leurs conquêtes, fut proscrite de « l’éclairée al-Andalus ».

« S’il n’y avait pas eu de bataille de Poitiers, pas de Reconquista, et pas de bataille de las Navas de Tolosa, (…) il n’y aurait peut-être pas eu de chants grégoriens, pas de polyphonie, pas d’orgues, pas de messes chantées ou instrumentales, pas de Bach, Mozart ou Beethoven. Les symphonies, les opéras, les grands compositeurs et le jazz n’auraient jamais existé », estime ainsi Dario Fernandez-Morero.

L’horizon des femmes d’al-Andalus : voilées ou esclaves sexuelles

La place de la femme dans la société cristallise la différence entre l’islam et l’Europe. Le livre de Dario Fernandez-Morero consacre d’importants développements à ce sujet.

Le sort des femmes d’al-Andalus ne fut pas différent des autres pays musulmans : l’excision était généralisée et la lapidation pour adultère de règle. L’horizon des femmes musulmanes se limitait à la sphère domestique et nulle place ne leur était accordée dans la vie publique.

Situation peu enviable au regard du statut accordé aux femmes dès l’époque wisigothique dans l’Europe chrétienne, grecque ou romaine, avec les exemples d’Anna Comnène à Constantinople, Christine de Pisan ou Marie de France en Europe occidentale.

Quant aux poétesses d’al-Andalus, présentées comme une preuve d’émancipation féminine, elles ne pouvaient pratiquer leur art que dans le confinement, éloignées du regard des hommes. De surcroît, l’abondante poésie amoureuse d’al-Andalus évoquait des concubines, c’est-à-dire des esclaves sexuelles, jamais des femmes musulmanes.

La question de l’esclavage représente un aspect central d’al-Andalus, important centre de commerce d’esclaves alimentant ses trafics tant en Afrique qu’en Europe. Dario Fernandez-Morero souligne que les musulmans ont été les pionniers de la mise en esclavage des Noirs africains, considérés comme des êtres inférieurs, mais aussi des Européens, dont on estime que plus d’un million furent réduits en esclavage au profit du monde musulman à l’époque moderne (alors qu’al-Andalus n’existait plus). Les princes musulmans disposaient d’immenses harems motivant un très important esclavage sexuel, de femmes et d’enfants de race blanche, les femmes blondes ou rousses étant les plus recherchées. Sur cet aspect, Dario Fernandez-Morero nous enseigne que de nombreuses mères de dirigeants omeyyades étaient des esclaves sexuelles de souche franque ou galicienne, donnant une ascendance et un type physique caucasien à de nombreux princes musulmans espagnols.

D’al-Andalus à l’Etat islamique, une même terreur…

Loin d’une installation pacifique, l’invasion du royaume wisigoth a été conduite au nom du jihad, qui s’inscrivait dans le cadre historique de la grande poussée musulmane contre l’Europe, stoppée à Poitiers quelques années plus tard. C’est par la guerre et la terreur que l’islam s’imposera en Espagne. Bibliothèques livrées aux flammes des autodafés, destructions de monuments et d’églises (Dario Fernandez-Morero souligne qu’il n’existe plus aucune église antérieure à la Reconquista en Espagne), villes passées au fil de l’épée, mise en esclavage, arabisation systématique des noms de lieux… La conquête de l’Espagne procédera ainsi à l’anéantissement complet de la prometteuse civilisation hispano-wisigothique.

Sitôt les conquérants installés, la sharia devient la loi commune dans l’Hispanie occupée et sera rigoureusement appliquée par les ulémas, juges religieux disposant des pouvoirs politiques, juridiques et administratifs, légiférant sur les aspects les plus insignifiants de la vie humaine.

Contrairement à la légende de la « conviviencia », symbole d’une cohabitation heureuse, Dario Fernandez-Morero considère plutôt que les non-musulmans subirent une « coexistence précaire ». Soumis à la dhimma, ils n’avaient d’autre choix que d’acheter leur protection par un impôt spécial (que l’auteur assimile à un véritable racket), toute présence visible leur étant interdite dans l’espace public, chacun étant confiné dans un strict apartheid ethnico-religieux établi par une société très hiérarchisée dominée par les élites arabes, puis les masses berbères. Les mulédas (convertis) se retrouvaient au bas de l’échelle sociale, juste au-dessus des dhimmis. La pseudo-tolérance d’al-Andalus fonctionne tellement bien qu’au XIIe siècle, il n’existe plus de communautés chrétiennes dans l’Espagne musulmane…

La dynastie des Omeyyades, souvent présentée par les historiens occidentaux comme un exemple de convivienca et de tolérance, fait l’objet d’un chapitre édifiant, qui rappelle que

D’après Dario Fernandez-Morero, le caractère multiculturel d’al-Andalus motivait cette politique de terreur, seule capable de maintenir une société menacée en permanence de désintégration.

***

Des destructions d’édifices pré-islamiques à l’esclavage sexuel, de l’établissement de la sharia aux décapitations, al-Andalus n’est pas sans rappeler les exactions de l’Etat islamique en Irak et au Levant.

Et pourtant le califat islamique espagnol continue à nous être présenté comme un modèle d’islam éclairé. Comme l’écrit Rémi Brague dans sa préface, « l’évocation d’al-Andalus doit démontrer la possibilité d’une renaissance dans le futur de ce qui est censé avoir eu lieu dans le passé ». Autrement dit, cette falsification historique est une arme idéologique que nous vendent des universitaires complices ou complaisants, afin d’inciter les Européens à accepter l’immigration et l’islamisation, mais aussi pour les culpabiliser d’avoir brisé un modèle de civilisation multiculturelle qui était censé leur être supérieur.

Dario Fernandez-Morero cite dans son épilogue l’historien médiéviste Enrique Ruiz-Doménec, qui écrivait que « selon certains spécialistes, la frontière entre l’Espagne et le Maroc est la frontière dans le monde où existe la différence la plus visible entre deux mondes. » Cette citation édifiante n’est pas sans rappeler la formule de René Marchand, reprise par Dominique Venner, qui considérait que « les grandes civilisations ne sont pas des régions différentes sur une même planète, ce sont des planètes différentes ». Au-delà de la dénonciation du mythe d’al-Andalus, ce livre nous permet de juger de l’importance des frontières civilisationnelles entre l’islam et l’Europe. Et, au-delà, entre Nous et les Autres.

Dario Fernandez-Morero, Chrétiens, juifs et musulmans dans al-Andalus, mythes et réalités (éditions Jean-Cyrille Godefroy)

institut-iliade.com/le-mensonge-dal-andalus/

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About pgibertie

Agrégé d'histoire, Professeur de Chaire Supérieure en économie et en géopolitique, intervenant àBordeaux III et comme formateur à l'agrégation d'économie à Rennes Aujourd'hui retraité
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7 Responses to Macron tente de réinventer le mythe d’al Andalus ; le discours d’un inculte ou d’un provocateur qui manipule l’histoire

  1. Avatar de Jean-louis Roba Jean-louis Roba dit :

    Le mythe d’Al Andalus est une fable destinée à des crétins comme Macrotte Ier.

    Ainsi, les juifs et les chrétiens y étaient discriminés. Les juifs, pour être identifiés comme tels, devaient porter des vêtements jaunes. Quand en 41, les juifs devaient arborer une étoile jaune, c’était un crime abominable; Quand les juifs devaient porter des vêtements jaunes, c’était la preuve de l’admirable tolérance de leurs maîtres.

    On nous prend pour des cons.

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  2. Avatar de Françoise Bianchi Françoise Bianchi dit :

    Merci de participer à la dénonciation du mythe d’Al Andalus véhiculé par une intelligentsia de gauche mondialiste complaisante à tous les internationalismes pourvu qu’ils soient totalitaires…

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  3. Avatar de ghostlysuit63852b9874 ghostlysuit63852b9874 dit :

    Bonjour et mille fois merci pour les infos de votre Blog ! Tout est de grande qualité et je suis impatiente chaque jour de découvrir de nouveaux post! (Je les garde précieusement dans ma boîte mail !) Cela rejoint mes pensées et mes convictions. (J’ai 82 ans et il n’ est jamais trop tard pour s’instruire !) Longue vie à vous et à votre Blog ! Cordialement. Nico

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  4. Avatar de Françoise Bianchi Françoise Bianchi dit :

    Merci de participer à la dénonciation du mythe d’Al Andalus véhiculé par une intelligentsia de gauche mondialiste complaisante à tous les idéologies universalistes pourvu qu’elles soient totalitaires…

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  5. Avatar de Liz barynyafirst dit :

    Sept siècles, de 711 à 1492 d’occupation musulmane en terre ibérique. 700 ans à supporter le joug de l’envahisseur. Ce fut ensuite le tour de la France où ils furent repoussés par Eudes d’Aquitaine à Toulouse en 721.

    Vinrent ensuite les razzias, les massacres commis par les barbaresques à partir de ce qui n’était pas encore l’Algérie. Ce qui eu pour résultant, après mille ans de harcèlement, la déclaration de la fin de l’esclavage et la colonisation de l’Algérie avec les protectorats marocains et tunisiens. De fait, la colonisation mit un terme à toutes ces attaques :

    https://dis-leur.fr/histoire-la-traite-oubliee-des-esclaves-blancs-en-afrique-du-nord/

    Le blog de Bernard Lugan ainsi que ses livres, recèlent tout un pan de cette histoire que l’on veut taire :

    https://www.revueconflits.com/lalgerie-doit-plus-a-la-france-que-la-france-a-lalgerie/

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  6. Sur la transition de la période wisigothe à la période musulmane, ce que l’on peut dire ç’est que les conquêtes opérées sur le nord de la catalogne et l’ancienne Septimanie ne se font pas dans la douceur.

    On ne sait pas vraiment quelle est l’origine de l’invasion mozarabe, est ce une demande d’Agila fils de Witiza ou du nouveau roi Rodrigo élu par une partie de la noblesse puisque ç’est un système électif comme pour les premiers Francs mérovingiens. En tout cas les voilà aux côtés d’Agila peut-être en tant que mercenaires dirais-je. Mais les employeurs deviennent vite subordonnés des employés pour une question de poids militaire.

    Du coup, les enfants de Witiza (roi des Wisigoths) deviennent vite des subalternes du califat mozarabe.

    Du côté des chroniqueurs musulmans la conquête est en faveur des conquérants, leur prêtant toutes les vertus de magnanimité, comme d’ailleurs le faisait les chroniqueurs Francs pour leurs maîtres.

    Ce que l’on sait ç’est que les villes de Césaracosta et Tarraco sont détruites et la population mise en esclavage là ou siégeait le dernier roi Wisigoth Ardo (Ardabast) soit vers 713/714.

    Il s’installe à Narbonne en Septimanie d’alors jusqu’en 720/721, à cette date les villes de Beziers, Nîmes, Narbonne, Adge, Lodèves, Maguelone tombent et subissent partiellement le même sort que Césaracosta et Tarraco, une bonne partie de la population est réduite en esclavage.

    Après que ces villes eussent été remises à Pépin le Bref par le comte Ansemund dans le but d’une reconquête en 752 après le pillage et la destruction des forteresses en 737 par ce même maire du Palais.

    N’oublions pas ici qu’en 751 Pépin est sacré roi des Francs, après s’être débarrassé du dernier roi de la dynastie Mérovingienne Childéric III en le faisant tondre et enfermer dans un monastère. il fait éliminer son frère cadet Griffon en 753, puis le duc Waifre d’Aquitaine vers 768.

    On ne s’embarrasse d’adversaire en politique chez les premiers carolingiens.

    Quoiqu’il en soit ç’est Charlemagne qui fait opérer la reconquête pour le nord de l’Espagne il y place un premier comte de Barcelone.

    C’est vers ce moment qu’est instaurée ce que l’on nomme l’aprision (est l’un des mécanismes du repeuplement aux débuts de la Reconquista, basé sur le droit romain. Dans le sud du royaume carolingien, cette coutume bénéficie autant aux réfugiés hispanis qu’aux ressortissants locaux.)

    Donc il n’y aurait pas eut d’aprision s’il n’y avait eut un dépeuplement des terres sous emprise mozarabes, dont on sait notamment que la ville de Narbonne eut a subir une mise en esclavage de la population.

    Voilà pour le côté historique de la chose difficilement contestable.

    bien à vous tous

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  7. Avatar de elba jovialedbba43735 dit :

    Merci à vous, Henri darthenay.

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